La Passion de l'Église

Articles de fond

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  • La vraie et seule solution du problème de la cohabitation des juifs et des arabes en Terre sainte, ou le miracle extraordinaire de la théandrie.

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  • La canonisation de Jean-Paul II : une "si grande contradiction" (He XII, 3).

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  • L'Antéchrist-personne devant clore notre fin des temps sera-t-il... le dernier pape LÉGITIME de l'Église catholique ?

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"La crise de l'église"

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Coup d'œil profond sur l'actu qui buzze et le buzz de l'actu (INVALIDITÉ de la destitution de Mgr Strickland par François... comme de celle des 82 évêques français par Pie VII lors du Concordat napoléonien...! ― Défense des évêques Réclamants)

 
 
 
 
Coup d'œil profond sur l'actu qui buzze et le buzz de l'actu
(INVALIDITÉ de la destitution de Mgr Strickland par François...
comme de celle des 82 évêques français par Pie VII
lors du Concordat napoléonien...!
― Défense des évêques Réclamants)
 
 
           
           
À Messeigneurs
Louis-Charles & Jean-Baptiste
du Plessis d'Argentré,
Évêques glorieusement Réclamants,
dont le bien-fond familial breton est
ma commune... Argentré-du-Plessis.
 
Blason du Plessis dArgentré2               
 
        Il est très-important pour le catholique actuel d'activer et tisonner sans cesse sa Foi, de la mettre sans relâche en œuvre avec vigueur et énergie, pour qu'elle triomphe victorieusement tous les jours sur les faits de l'actualité qui viennent, eux aussi sans cesse, surtout ceux ecclésiaux, l'agresser dans son âme aux fins évidentes de l'y faire mourir. La Foi en Jésus-Christ mort et ressuscité, la Foi dans son Épouse-Église très-sainte, doit toujours rester victorieuse en nous. C'est un exercice spirituel, ou plutôt un combat à mort incessant dans l'arène, que le catho de nos jours doit mener sans jamais se lasser mais tout au contraire en saisissant le taureau par les cornes pour toujours vaincre. Cela a pour effet non seulement de nous faire garder la Foi véritable jusqu'à la fin, assurance de notre salut éternel, mais de l'aguerrir et la rendre de plus en plus forte, corsetée de fer contre le mysterium iniquitatis qui, autrement, la ferait tôt ou tard mourir dans l'âme si ce bon combat n'était mené. C'est un combat à mort et sans merci, qui ne vainc pas sera vaincu, que Jésus a mené avant nous contre les pharisiens et les anciens du peuple juif, quand bien même, quant à Lui, évidemment, Il n'avait pas besoin de mener ce combat spirituel pour garder la grâce divine de son Père, étant le Saint des saints et Dieu Lui-même.
           
        C'est à ce prix que nous pouvons connaître dès ici-bas et maintenant, à l'instar des martyrs, la joie intérieure suréminente et pleine de gloire divine que Jésus-Christ n'a jamais manqué de posséder lors même qu'il Lui fallait vivre et mourir sa terrible et affreuse Passion, selon qu'Il le révéla à ses Apôtres le soir du Jeudi-Saint : "Je vous ai dit ces choses, afin que Ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. (...) Mais maintenant Je viens à Vous [ô Père saint, par la Passion qui va commencer pour Moi], et Je dis ces choses dans le monde, afin qu'ils [mes Apôtres] aient Ma joie complète en eux-mêmes" (Jn XV, 11 & XVII, 13). Jésus, en effet, prononçait ces Paroles de joie quelque très-court moment seulement avant de souffrir la mâlemort mystique, une agonie morale épouvantable dans la grotte de Gethsémani, jusqu'à en suer Son sang : "Mon âme est triste jusqu'à la mort" (Matth XXVI, 38). Cela nous enseigne que dans cette "crise de l'Église" atroce que nous vivons, qui réplique en décalcomanie la Passion du Christ puisqu'elle est "PASSION DE L'ÉGLISE", nous pouvons, nous aussi, si nous faisons sans cesse, en combattants infatigables, triompher la Foi dans nos âmes sur toute contradiction prétendument mortelle mais en réalité inconsistante et passagère, connaître cette joie et cette paix glorieuses et divines qui dépassent tout sentiment, dont l'âme du Christ était inhabitée jusque dans sa Passion...
           
        C'est dans cet esprit de triomphe surnaturel invincible du Bien sur le mal, alors même que, ecclésialement, de nos jours, nous sommes tous, au for externe, "foulés aux pieds par la Bête" (Dan VII, 25), que je vous livre maintenant, chers amis catholiques fidèles à votre Foi, le fruit de mon combat spirituel de ces derniers mois, interpellé voire pris au collet par certains faits qui buzzent dans l'actu à qui mieux mieux pour prétendument contredire la Foi et la renverser sans merci.
 
Jacob Angel Delacroix 
Lutte de Jacob avec l'Ange (Delacroix)
 
        Le principal fait ecclésial en montre spectaculaire qui interpelle vigoureusement ma Foi, est en soi tout positif quant à lui. C'est la magnifique figure d'un saint évêque de l'Église moderne actuelle, Mgr Joseph Strickland (à laquelle figure de saint pontife du Seigneur, on peut joindre aussi celle du cardinal chinois, Joseph Zen, vieux par l'âge mais si jeune d'âme, pareillement issu de l'Église moderne). Tout le monde connaît son histoire, et il est bien inutile que je rappelle ici que le plus clair de ce qui a motivé sa destitution épiscopale par le pape François, est qu'il est non seulement catholique ("curé mais catholique", comme disait l'abbé Sulmont !), mais qu'il l'est... saintement et héroïquement, jusqu'à pouvoir mériter la palme du martyre.
           
        Or, pour notre Foi, il y a là une toute première très-grande leçon à retenir de ce fait ecclésial bougrement aberrant, je n'ai cependant vu personne y réfléchir : c'est tout simplement qu'un fidèle catholique formé dans le giron de l'Église moderne pendant toute sa vie, de l'enfance à l'épiscopat, puisse... devenir fervent voire saint, estimer la Tradition, tant celle doctrinale que liturgique, enfin mener vraiment dans sa vie le saint combat spirituel, le bonum certamen paulinien ! Ce qui signifie que l'Église Universelle actuelle dont François est le pape crucificateur est donc bien encore assistée par le Saint-Esprit puisqu'elle peut donner et donne effectivement la grâce de la sainteté à ses membres qui la désirent ardemment et sincèrement. Comment, en effet, autrement, si l'on voyait "la crise de l'Église" avec la télé en noir et blanc des années 60, les bons d'un côté (tradi) les méchants de l'autre côté (moderne), pourrait-il bien surgir de cette Église contemporaine pourtant bel et bien abominablement "faite péché pour notre salut" (II Cor V, 21), des géants de sainteté à la Foi pure, vraie, forte et innocente, comme Mgr Strickland, n'hésitant pas à aller avec force d'âme jusqu'au sacrifice personnel, vivant authentiquement de Jésus-Christ crucifié ?, ainsi qu'on le constate presque interloqué par les messages si édifiants, d'une Foi vive, humble, simple et ardente, presque incroyable, adressés aux fidèles par cet évêque américain se mouvant dans le giron de l'Église moderne depuis qu'il est prêtre, sans jamais rejoindre quelque mouvance tradi que ce soit...??
           
        C'est une très-belle et excellentissime première leçon que Mgr Strickland, sûrement sans s'en rendre compte, nous donne là, elle nous aide à mieux comprendre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" en évitant et expurgeant soigneusement de notre âme tout pharisaïsme intégriste. Je viens d'écrire une nouvelle fois que l'Église, vivant dans sa période moderne sa Passion propre et personnelle, est "faite péché pour notre salut". Cela veut dire qu'elle est faite péché simplement matériel et sans coulpe aucune, en toute innocence. C'est bien pourquoi justement ses membres, d'une manière générale, en ce compris ceux qui sont les plus élevés dans l'échelle hiérarchique, n'ont pas la moindre conscience et advertance de ce "être fait péché" ecclésial et peuvent donc y trouver la grâce de la sainteté véritable, ce que j'ai montré dans plusieurs de mes précédents articles (très-notamment, par exemple, à propos du pape Benoît XVI, dans l'article écrit après sa mort, cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/Que%20le%20pape%20Beno%C3%AEt%20XVI,%20MALGR%C3%89%20%20TOUT,%20repose%20en%20paix%20dans%20le%20Christ?Itemid=1), un péché simplement matériel que par ailleurs l'Église moderne vit non seulement depuis Vatican II mais bien avant, beaucoup avant, depuis le Concordat napoléonien comme nous allons le voir tout-de-suite, là aussi de manière éclatante.
           
        Quoiqu'étant faite péché, l'Église moderne qui est aussi Universelle n'en garde pas moins, en effet, la Note de sainteté (car elle est faite péché pour notre salut, donc dans une mission immaculée de co-Rédemption que la Providence de Dieu lui impartit, vivant ainsi l'économie spécifique de la Passion), Note de sainteté qu'elle peut donc, comme en tous temps ecclésiaux ordinaires, transmettre de par le Saint-Esprit à ses membres aspirant sincèrement à la perfection chrétienne. Il ne faudrait pas s'imaginer en effet que cette Note de sainteté inhérente à l'Épouse du Christ est désormais le seul apanage des morceaux d'Église tradis, elle réside autant, et à égalité, dans le grand morceau de l'Église moderne, bien entendu à la discrétion et saint vouloir d'en user de la part des membres respectifs de cesdits morceaux d'Église, qu'ils soient tradis ou modernes. Quant à l'Église moderne, Mgr Joseph Strickland en est donc, à la vérité, une preuve merveilleuse et éclatante, un témoin des plus édifiants et aussi, des plus surprenants. On voit certes d'autres évêques et cardinaux post-vaticandeux se lever dans l'Église actuelle pour défendre la vraie Foi, et il est important de bien remarquer qu'ils le font tous non pas à partir d'une conversion au traditionalisme mais tout simplement à partir de la grâce du Saint-Esprit qu'ils ont puisée dans leur morceau d'Église moderne, car elle y reste encore et toujours, mais il faut reconnaître qu'ils n'ont pas cette héroïcité pure et forte de témoin de la Foi, étymologiquement martyr, qu'on voit, édifié, dans Mgr Joseph Strickland...
           
        ... Prions pour que le Bon Dieu soutienne dans sa grande épreuve actuelle ce saint prélat (dont il est bon de noter qu'il fut sacré évêque par le pape Benoît XVI), par laquelle il lui est désormais donné la meilleure et plus grande récompense, celle du Juste persécuté, à savoir d'être ecclésialement crucifié. Comme Jésus-Christ le fut il y a 2 000 ans par l'église synagogale-mosaïque, au mont Golgotha qui se situait en-dehors des murailles de Jérusalem, signe formel de Son excommunication religieuse.
 
        Jésus, en effet, ayons bien garde de l'oublier, fut le premier excommunié par l'Église...................
 
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Mgr Joseph Strickland, évêque de Tyler (USA)
 
        Concernant Mgr Strickland, j'ai lu des choses bien surprenantes ces derniers jours, mais qui vont nous permettre de dégager une autre leçon extrêmement grave et importante, et de pénétrer beaucoup plus avant dans la profondeur et la vérité des choses de "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Certains clercs et prélats qui ont réagi à l'annonce de la destitution de Mgr Strickland par François, non seulement ont dénié toute raison canonique valable à cette destitution, et c'est juste l'évidence catholique des choses de dire que ce très-édifiant évêque n'a commis aucune vraie faute la justifiant, mais ont été jusqu'à connoter d'anormale la destitution elle-même. Car en fait il n'y a pas eu de procès canonique où l'accusé puisse présenter juridiquement sa défense, et pas plus n'y a-t-il eu un jugement ecclésiastique formel, il n'y a eu qu'une décision motu proprio du pape sans procès ni possibilité de faire appel, suite à une visite apostolique complètement hypocrite de son diocèse, scandaleusement tendancieuse et pro-bergoglienne. Celui qui a le mieux exprimé la question est Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas (... autre exemplaire d'évêque de l'Église moderne, soit dit en passant, qui, lui aussi, a néanmoins trouvé dans son sacerdoce issu de cette dite Église la grâce du Saint-Esprit de s'appuyer sur la Tradition et de la défendre avec vigueur...). Mais laissons cet évêque néerlandais nous dire son profond scandale quant à la procédure, ou bien plutôt absence de procédure, de destitution de Mgr Strickland : "Il est extrêmement inhabituel d'être privé d'une procédure canonique. Ce sont des méthodes que l'on pourrait s'attendre à voir en Corée du Nord ou à Rome à l'époque de Néron". Plus loin, il souligne à juste titre : "Aucune accusation spécifique n'a été portée [contre Mgr Strickland, qui] n'a même pas eu l'occasion d'être entendu". Mgr Mutsaerts s'est particulièrement indigné de l'absence de recours canonique ouvert à son frère évêque : "Ce n'est pas la première fois, note-t-il, que le pape François impose personnellement une telle sanction, en tant qu'autorité suprême de l'Église. Privant ainsi son destinataire de toute forme d'«appel à la défense». (...) Le pape étant la plus haute autorité, aucun appel ou défense n'est possible. Une procédure canonique s'imposerait pourtant" (Cf. https://www.lifesitenews.com/fr/blogs/le-pape-francis-a-eu-tort-de-destituer-leveque-strickland-sans-appel/). 
           
        Cette réflexion de Mgr Mutsaerts va certes dans le bon sens, il a au moins le grand mérite de lever le lièvre (il est au reste bien le seul à le faire), mais c'est cependant mal formuler et poser le problème. La vraie grande question qui se pose en l'occurrence est en effet, premièrement et en avant de toute autre, celle-ci : Le pape a-t-il le droit et le pouvoir, théologiquement et canoniquement, de destituer un évêque légitimement intronisé dans son diocèse sans aucun procès canonique, uniquement par voie de motu proprio appuyé sur la plénitude universelle de son pouvoir pontifical...?
           
        Or, je vais en faire la démonstration théologique tout-à-l'heure, la réponse à la question est formellement NON. Le pape n'en a, de droit divin, ni le droit ni le pouvoir. Une prétendue procédure de destitution par le pape d'un évêque légitimement intronisé dans son diocèse, sans aucun procès canonique en bonne et due forme près la cour de Rome, est, dans le principe de droit divin de la chose, formellement INVALIDE ; quelque soit par ailleurs le motif, non-fondé ou même fondé, de cette destitution. Dire donc qu'une telle procédure est seulement "inhabituelle", comme le fait Mgr Mutsaerts, c'est maladroitement et surtout inexactement affirmer implicitement qu'elle serait valide, quoiqu'étant cependant à ranger dans la catégorie "exception confirmant la règle générale en la matière", ce qui est faux. La vérité est toute autre : il est rigoureusement impossible de qualifier une telle procédure, ou plus exactement dit une telle absence de procédure, de rare, inhabituel, mais qui pourrait cependant arriver, par conséquent être valide, sans commettre ipso-facto un attentat mortel contre la Constitution divine de l'Église telle que le Christ l'a confectionnée quant à l'Ordre épiscopal, je vais bien l'expliquer tout-à-l'heure.
           
        Parvenu ici dans mon discours, je donnerai ce grave avertissement. Il est vraiment grand'temps que les catholiques actuels, qu'ils soient d'ailleurs modernes ou tradis, sortent de l'engourdissement cataleptique, de l'aveuglement spirituel où ils croupissent quasi tous, peu ou prou, depuis de si longues décennies, depuis de si nombreux et calamiteux lustres, et même très-miteux, bien avant Vatican II. Qu'ils veuillent bien enfin tirer le bandeau d'aveuglement qu'ils ont sur les yeux, afin de ne pas ressembler à l'insensé "qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt quel il était" (Jac I, 23-24).
           
        Ne se souviennent-ils donc pas que ce problème de destitutions épiscopales iniques et invalides par un pape est terriblement déjà arrivé dans l'Église lors du Concordat napoléonien il y a plus de deux siècles à présent ?, que ce fut le tout premier acte pontifical très-peccamineux qui ouvrit ainsi la porte à "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53) pour subvertir et investir l'Église, d'abord celle de France puis ensuite celles du monde entier ?, générant et accouchant dans la suite des temps, de Charybde en Scylla, "la crise de l'Église" dans sa phase terminale, c'est-à-dire son épisode vaticandeux final ? Veulent-ils donc toujours continuer à ressembler jusqu'à leur mort à la tête de linotte sans cervelle de l'épître de saint Jacques qui, à peine ayant vu, oublie ce qu'elle a vu, oublie ce que l'Histoire ecclésiastique a pourtant formellement enregistré ? Le premier épisode de "la crise de l'Église" que nous vivons actuellement, en effet, et dont le dernier volet spectaculaire et scandaleux est l'inique destitution de Mgr Strickland, n'est pas du tout le Concile Vatican II, se situant chronologiquement dans la moitié du siècle précédent (1961-1965), c'est le Concordat napoléonien, se situant chronologiquement dès le sortir de la Révolution française (1801) qui, nous allons le voir avec le pape du Concordat, à savoir Pie VII Chiaramonti, fit bien pire que ce que fait actuellement notre pape François post-vaticandeux, quant aux mœurs pontificales pour destituer injustement des évêques.
           
        ... Qu'est-ce bien, en effet, la destitution non-canonique de quelques évêques épars, par-ci par-là, de temps à autre, par coups d'autoritarisme félons, comme s'en rend certes bougrement coupable le pape François, comparée à l'incroyable destitution non-canonique, en forme d'oukase et sans aucun respect de la personne épiscopale, de TOUT l'épiscopat français en corps de nation par le pape Pie VII, quatre-vingt deux évêques en bloc, sans leur demander le moins du monde leur avis, tout au contraire leur interdisant sévèrement de le donner, pour permettre la signature hérétique et inique du Concordat, sinon... rien ?
           
        L'actualité ecclésiale qui buzze rend donc apparemment urgentissime la mise à plat chirurgicale de cette cataclysmique page historique, et on va voir qu'elle éclaire prodigieusement "LA PASSION DE L'ÉGLISE" en nous faisant comprendre que celle-ci commence dès le Concordat napoléonien, Vatican II n'en étant qu'une lointaine et subséquente suite, qu'on pourrait même évaluer comme étant moins hérétiquement grave, ou, à tout le moins, n'étant pas la cause génésiaque première du mal hérétique que ce très-funeste concile universel a eu le malheur immense de manifester ad extra dans l'Église au niveau de la Foi, ce mal hérétique étant en effet déjà vécu occultement ad intra au niveau des Mœurs depuis le Concordat napoléonien, plus d'un siècle et demi auparavant...
 
440px Gérard Signature du Concordat entre la France et le Saint Siège le 15 juillet 1801
Dans ce tableau si représentatif, remarquons bien
 comme l'État (Napoléon) est ASSIS, regard impérieux,
quand l'Église (Cal Consalvi) est DEBOUT, regard baissé...
 
        Pour commencer, je ne saurai évidemment pas reproduire ici, dans ce nouvel article, les raisons théologiques qui font que le Concordat napoléonien est intrinsèquement mauvais et pervers. J'ai établi soigneusement ces raisons dans une trilogie d'articles rédigée il y a plus de trois ans à présent, en mai 2020, intitulée Les Mœurs ecclésiales concordataires avec les États modernes athées, sont la cause première de "la crise de l'Église" ; la subversion de la Foi à Vatican II n'en est que le fruit pourri (cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-partie-1?Itemid=1), et bien sûr aussi dans mon livre J'accuse le Concordat !, datant quant à lui de 2009 (cf. https://eglise-la-crise.fr/images/stories/users/43/JaccuseLeConcordat.pdf).
           
        Je n'en ferai ici que résumer les attendus de fond, renvoyant le lecteur qui veut l'exposé complet et le grand détail de la question, aux articles et livre susdits : le Concordat napoléonien est en effet intrinsèquement mauvais et pervers, pour la fondamentale raison qu'il a attenté hérétiquement au criterium catholique de validité des sociétés politiques enseigné par saint Paul en son célèbres chapitre XIII de l'épître aux Romains, que voici (je résume synthétiquement l'enseignement paulinien) : Une société politique est valide et l'exercice de son pouvoir est légitime, si, et seulement si, elle est constitutionnellement ordonnée à la poursuite du Bien commun véritable, normé à la fois sur les lois naturelles et celles surnaturelles ; si une société politique n'est pas ordonnée constitutionnellement à la poursuite dudit Bien commun, par-là même, elle n'est pas valide et n'a aucune existence aux Yeux de Dieu, et bien sûr n'en doit avoir aucune pour les hommes.      
           
        Saint Paul, en effet, dans ce chapitre politique de Rom XIII, ne parle que des pouvoirs politiques qui sont constitutionnellement ordonnés à la poursuite du Bien commun, à l'exclusion formelle de tout autre. La démonstration en est facile à faire.      
           
        Nous en avons la preuve formelle dans le v. 3 dudit chapitre XIII, qui, Lapalisse l'aurait dit, suit immédiatement les deux premiers versets, que voici : "Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures : car il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par Dieu. C'est pourquoi celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre établi par Dieu ; et ceux qui résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes". Et saint Paul, de continuer immédiatement au v. 3, en disant, sans hiatus : "CAR les princes ne sont pas à craindre pour les œuvres bonnes mais pour les mauvaises. Veux-tu donc ne pas craindre la puissance ? FAIS LE BIEN, ET ELLE TE LOUERA".      
           
        La pensée de saint Paul est claire : il nous dit là qu'à chaque et toutes les fois que je fais le bien dans l'ordre public, la puissance m'en louera, m'en récompensera. Mais, théologiquement, il est rigoureusement impossible qu'une puissance qui n'est pas constitutionnellement ordonnée à la poursuite du Bien commun, puisse, à tout coup, à chaque et toutes les fois, me louer pour le bien public que je fais : il ne reste en effet pas assez de grâce dans l'homme taré du péché originel, qu'il soit seul ou réuni avec ses semblables également tarés comme lui, pour pouvoir, à chaque et toutes les fois que le bien public est acté, opéré, louer celui qui le fait. Un pouvoir politique qui n'est pas ordonné constitutionnellement à la poursuite du Bien commun, pourra certes louer quelques biens publics, mais pas tous et à chaque fois, comme l'enseigne saint Paul. Or, depuis le passage du Christ sur la terre, Lui qui a tout racheté dans sa Rédemption y compris la sphère sociopolitique, seul un pouvoir politique chrétien-sacral constitutionnellement ordonné à la poursuite du Bien commun, c'est-à-dire basant son pouvoir politique explicitement sur le Christ, a ce pouvoir de louer tout bien public opéré par l'homme, quel qu'il soit.      
           
        Il est donc clair que saint Paul n'entend parler, dans son fameux ch. XIII aux Romains, que des pouvoirs politiques qui sont constitutionnellement ordonnés à la poursuite du Bien commun, qui, eux et eux seuls, sont capables de louer celui qui fait le bien dans l'ordre public, à chaque et toutes les fois qu'il l'opère. Lorsque saint Paul dit : "Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu", omnis potestas a Deo, cela ne doit être entendu que de la façon suivante : "Il n'y a pas d'autorité ordonnée constitutionnellement à la poursuite du Bien commun qui ne vienne de Dieu". Un point catholique, c'est tout. Les autres "autorités" n'existent tout simplement pas, pour saint Paul, et c'est pourquoi il n'a aucun mot pour elles (le cas de l'Empire romain, qui était le pouvoir politique aux temps de saint Paul, ne contrevient nullement à cette grande loi que je rappelle : sans faute de sa part, le pouvoir romain ne connaît pas Jésus-Christ, certes, cependant, comme toutes les structures politiques de l'Antiquité, sa constitution est ordonnée inchoativement à la poursuite du Bien commun, et c'est pourquoi saint Paul le range dans les autorités politiques "qui viennent de Dieu", auxquelles, donc, le devoir de soumission des chrétiens est dû ; mais il serait hors-sujet et trop long d'en donner toute l'explication ici, je l'ai donnée dans la seconde partie de mon article L'obéissance et le respect dûs aux Autorités politiques légitimes sont-ils dûs à la République française actuelle et aux dépositaires de son "pouvoir"...?, auquel je renvoie mon lecteur, article qu'il pourra trouver ici : http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/l-obeissance-et-le-respect-dus-aux-autorites-politiques-legitimes-sont-ils-dus-a-la-republique-francaise-actuelle-et-aux-depositaires-de-son-pouvoir?Itemid=483).      
           
        C'est bien pourquoi d'ailleurs l'Apôtre des Nations continue très-logiquement son propos, dans le v. 4, par ces mots : "CAR elle [la puissance politique] est le ministre de Dieu pour le bien", qui a même sens et complète très-bien le "CAR les princes ne sont pas à craindre pour les œuvres bonnes mais pour les mauvaises" du v. 3. Comprenons bien là encore ce que nous dit saint Paul. Il ne dit pas, comme l'entendent très-pernicieusement et très-faussement les scolastiques : la puissance est le ministre de Dieu seulement quand elle poursuit accidentellement le Bien commun quand bien même elle n'y est pas ordonnée constitutionnellement, l'Apôtre des Nations nous dit tout au contraire qu'elle est le ministre de Dieu dans son être et son essence même qui la constitue politiquement et la fait tenir dans l'existence. D'où il s'ensuit précisément qu'à chaque et toutes les fois que le bien est opéré dans le for public, elle le loue, car l'agir suit l'être, agere sequitur esse : puisque l'être du pouvoir politique est ordonné au Bien commun, alors, lorsque ce bien est opéré, il le loue tout naturellement et systématiquement. Et c'est également pourquoi du reste, toujours aussi logiquement, saint Paul continue ainsi ce v. 4 : "Que si tu fais le mal, crains ; car ce n'est pas sans motif qu'elle [la puissance politique] porte le glaive, puisqu'elle est le ministre de Dieu dans sa colère contre celui qui fait le mal". Notons soigneusement comme saint Paul fait exactement le même raisonnement pour celui qui fait le mal au for public que pour celui qui y fait le bien : celui qui fait le mal au for public doit s'attendre, à chaque et toutes les fois qu'il le commet, à être châtié par "la puissance", comme il dit pour parler des pouvoirs politiques. Or, si à chaque et toutes les fois que je fais le mal au for public, je dois m'attendre à être châtié par la puissance, c'est donc bien que ladite puissance est constitutionnellement ordonnée au Bien commun, et non accidentellement.      
           
        Il est donc absolument clair et tout ce qu'il y a de plus indiscutable que dans Rom XIII, saint Paul n'entend parler que des pouvoirs politiques qui sont ordonnés constitutionnellement à la poursuite du Bien commun, À L'EXCLUSION FORMELLE DE TOUS LES AUTRES. Or, depuis la Révélation, c'est-à-dire depuis le passage du Christ sur la terre, le Bien commun a un Nom : celui du Christ, celui de Jésus. Tout pouvoir politique donc, depuis lors, pour être ordonné constitutionnellement à la poursuite du Bien commun sur la terre, doit être explicitement basé sur le Christ, ou, à tout le moins, sur le Dieu Un et Trine, le vrai Dieu catholique. Sous peine, tout simplement, de... ne pas exister métaphysiquement. La doctrine que j'expose ici à la suite de saint Paul, et qui veut qu'un pouvoir politique qui n'est pas constitutionnellement ordonné au Dieu vrai et à son Christ, et donc au Bien commun, n'a aucune existence métaphysique, n'est pas nouvelle, elle est au contraire celle de la Foi catholique, bien connu de tous les papes... avant les papes modernes. Voyez par exemple le pape saint Pie V reprenant vertement le faible roy de France Charles IX d'avoir nommé dans une lettre "empereur" le Pacha turc, en ces termes : "... Votre Majesté désigne le tyran le plus inhumain, qui est en même temps l’ennemi le plus acharné de la Religion chrétienne, sous le nom d’Empereur des Turcs, COMME SI CELUI QUI NE CONNAÎT PAS LE VRAI DIEU POUVAIT JAMAIS ÊTRE EMPEREUR ! Très cher fils en Jésus-Christ, donner le nom d’empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal" (Saint Pie V, un pape pour notre temps, Tilloy, p. 248). Pour saint Pie V, comme pour tout vrai catholique, le Politique dérive du Religieux, tout pouvoir politique post-christique qui ne s'appuie pas sur le Dieu vrai et sur son Christ-Messie, explicitement et constitutionnellement, n'existe... tout simplement pas.      
           
        Ce criterium de validité des sociétés politiques, basé sur l'ordonnance constitutionnelle obligatoire desdits sociétés politiques à la poursuite du Bien commun, regarde au premier chef, c'est bien le cas de le dire, les Mœurs couvertes par l'infaillibilité de l'Église. Prenons donc bien conscience qu'on ne saurait le rejeter sans pécher hérétiquement contre les Mœurs AUSSI GRAVEMENT QUE SI L'ON TOUCHAIT À UN DOGME DÉFINI DANS LA FOI.
           
        Or, les sociétés politiques post-révolutionnaires constitutionnellement basées sur les "droits de l'homme", lesquels rejettent formellement le vrai Dieu et son Christ à la source du pouvoir politique, ne satisfont pas à ce criterium paulinien fondamental d'être constitutionnellement ordonnées au Bien commun (on s'en rend compte de nos jours par les lois sur l'avortement, le mariage gay, etc., mais dès l'État français de Napoléon, le Code civil, base juridique de cet État, introduisait et légalisait le divorce, sans parler de son fondement juridique destructeur de la famille ; il était en effet rédigé, dira un célèbre auteur dont le nom malheureusement m'échappe, "pour un homme qui n'a ni père ni mère, ni enfants", pour l'individu des "droits de l'homme" autrement dit, au détriment de la famille, un individu idéologique formaté par les prétendues Lumières, inexistentiel, qui n'est pas l'homme vivant, c'est-à-dire l'homme-famille, que Dieu crée), et à cause de cela même, elles ne sont pas valides, elle sont radicalement invalides, in radice.
           
        C'est pourquoi le pape Pie VII n'avait théologiquement pas le moindre droit de recevoir dans un concordat comme partenaire co-contractant l'État français de Napoléon qui était un de ces pouvoirs post-révolutionnaires invalides, car le seul fait d'accepter un partenaire concordataire est lui réputer ipso-facto et formellement la validité, à cause de la structure synallagmatique de tout concordat, acte diplomatique solennel qui présuppose juridiquement la validité de tout co-contractant audit acte. Mais dire d'un pouvoir politique constitutionnellement athée et donc invalide, qu'il est valide, c'est une hérésie gravissime comme étant un attentat formel et à son plus haut niveau contre les Mœurs, dont l'Église est garante infailliblement, au même titre que pour la Foi.
           
        Or, ce qui aggrave considérablement la faute commise, c'est que Pie VII, en acceptant l'État français non-valide dans le Concordat napoléonien, lui réputant ainsi hérétiquement la validité, n'a pas seulement commis une faute passagère, dans le de facto, seulement pour l'État français de Napoléon, c'est au contraire dans le principe même de droit divin de la chose qu'il a prétendu changer radicalement le criterium de validité des Sociétés politiques enseigné par saint Paul, appuyé sur une fausse philosophie scolastique idolâtrant l'en-soi, l'être politique par laquelle on a, depuis le Concordat qui a servi de matrice archétypale à ce nouvel enseignement hérétique pour tous les temps qui lui ont succédé, donné une interprétation hérétique de Rom XIII, en voulant que le "tout pouvoir vient de Dieu" paulinien, omnis potestas a Deo, soit à entendre d'une manière absolutiste, qu'il s'appliquât désormais aux pouvoirs constitutionnellement mauvais comme à ceux qui sont constitutionnellement bons, sans plus tenir aucun compte du théologiquement nécessaire et obligatoire ordonnancement constitutionnel au Bien commun du pouvoir politique, ce qui est hérétique. C'était là pécher, et soumettre l'Église audit péché, en commettant un attentat formel contre les Mœurs, auxquelles sont inhérentes toutes choses regardant le domaine politique constitutionnel, et singulièrement quand il était ni plus ni moins question de renverser le criterium paulinien catholique de validité des puissances, comme dit l'Apôtre des nations en parlant des pouvoirs politiques. C'était là, pour la première fois depuis les assises de l'Église, depuis dix-huit siècles, faire rentrer l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion qui consiste essentiellement à être "faite péché pour le salut" (II Cor V, 21), le Concordat s'avérant être le portillon du jardin de Gethsémani...
           
        Cependant, dans cette question du Concordat, ce n'est pas cette problématique de fond que j'étudierai ici, l'ayant déjà fait et bien fait dans les grandes profondeurs me semble-t-il, notamment dans mes écrits sus-visés, mais celle en relation directe avec la destitution invalide de Mgr Strickland par le pape François... qu'on retrouve exactement à l'identique, pour copie conforme, et cela ne saurait surprendre, dans la destitution invalide et en bloc, d'un seul coup d'un seul, des quatre-vingt deux (!) évêques français d'Ancien-Régime par le pape Pie VII, pour permettre la signature du Concordat. On ne saurait se montrer étonné, en effet, que le moyen employé par François Bergoglio ou par Pie VII Chiaramonti pour mettre en œuvre leur agenda respectif au service du diable, à deux siècles de distance, soit lui-même hérétique, car en effet, si j'ai un mauvais but, je ne peux qu'employer de mauvais moyens pour y arriver.
           
        C'est ce qu'on va voir maintenant...
 
Claude Louis Desrais signature concordat Bonaparte encre lavis 1024x669
Signature du Concordat, très-faussement représentée
en stéréotype idéal et parfait entre l'État et l'Église...
 
        Commençons par dire que le pape Pie VII ne se rangea pas tout-de-suite à la tyrannique et implacable exigence de Napoléon sur ce chapitre, car c'est Napoléon en effet qui exigea, comme condition sine qua non du Concordat, la destitution de tous les évêques français en place à la fin de la Révolution. Cet hypocrite fils de Satan mit haut et fort en avant la raison du royalisme de ces évêques, mais en réalité, la véritable et profonde raison de son exigence était que des évêques catholiques intégraux l'auraient empêché radicalement de mettre en œuvre la reconstruction totale de la France qu'il voulait faire sur la seule base exclusive des "droits de l'homme", tant politiquement que religieusement. Napoléon en effet voulait rien moins que construire un véritable novus ordo sæculorum, en France pour commencer, exactement comme de nos jours les tenants de la IVème révolution dite industrielle veulent, derrière le mondialiste initiatique Klaus Schwab accouplé à la papauté moderne corrompue, introduire le monde dans une nouvelle économie de salut tant politique que religieuse. Comme il avait fait dire à son frère Jérôme Bonaparte, "La Révolution, c'est autre chose que du fumier retourné", il ne s'agissait pas de faire quelques amendements à une vieille constitution, il s'agissait de TOUT reformater le cosmos sociopolitique dans un tohu-bohu pseudo-génésiaque car franc-maçonnique... Or, dans les deux cas, la Religion catholique est un obstacle absolu qui empêche ce grand'œuvre initiatique, opera magnum, et il faut bien sûr commencer les choses par le supprimer, cet obstacle. Il faut donc bien comprendre que derrière son hypocrite volonté de supprimer non seulement tout le corps épiscopal français mais encore toute la structure géographique spirituelle des anciens diocèses qui remontaient à la naissance de la France chrétienne et qui fleuraient bon la sainteté antique, Napoléon n'avait rien moins en projet que de vouloir effacer complètement et radicalement toute trace de la vraie Religion en France...
           
        Et c'est pourquoi, pour y aboutir, sachant fort bien qu'il ne pouvait pas se passer de la force religieuse mais qu'il ne pouvait au contraire qu'en avoir nécessairement besoin pour bâtir son ordre nouveau, ayant vitalement besoin de la force de cohésion sociale que le Spirituel génère et lui seul, il lui fallait absolument des évêques dévoués corps et âmes à l'État, faisant obligatoirement allégeance à son pouvoir... constitutionnellement athée ("L’abbé Bernier [négociateur de l'État français] fait valoir que le Gouvernement «ne veut en France d’autre clergé que celui sur les dispositions duquel il pourra parfaitement compter» ― Lettre de l’abbé Bernier à Mgr Spina du 17 brumaire an IX -8 novembre 1800- Cf. Un coup de force dans l’église : le bref Tam multa du 15 août 1801, Arnaud Decroix, in https://books.openedition.org/putc/12694?lang=fr). Et c'est la raison profonde pour laquelle ce précurseur de l'Antéchrist-personne voulait refaire toute la structure épiscopale en France, personnes et diocèses et même jusqu'aux simples cures, le redécoupage de toutes les paroisses de France et de Navarre étant en effet au programme, en commençant bien évidemment par la destruction radicale de l'ancien Clergé. Par certaines déclarations, on peut bien voir que le fond de la pensée de Napoléon était la haine de la Religion catholique et que s’il avait pu, il l’aurait rayée de la face de la terre. Voyez par exemple, sa petite phrase au philosophe-médecin Cabanis : "Je veux rétablir la religion [catholique en France] comme vous la vaccine, l’inoculer POUR LA DÉTRUIRE". Il écrivit aussi à son frère Joseph Bonaparte, après la mort de Pie VI, faisant écho aux pires sans-culottes révolutionnaires : "Mettez tout en œuvre, pour qu’un autre Pape ne soit pas élu !" (Jeanne d’Arc et la Monarchie, abbé Marie-Léon Vial, p. 496). Le drame, c'est qu'on va voir le pape Pie VII, complètement aveuglé par sa propre corruption démocratique personnelle, lui donner entièrement main et même bras pour cela, honteusement, jusqu'au pire du pire...
           
        De plus, on a peine à s'imaginer, en nos jours éloignés de l'épopée napoléonienne, l'inouïe emprise morale que, certainement pour la punition des peuples et... des papes, la Providence de Dieu avait donné à Napoléon Bonaparte sur tous les esprits, même sur ceux qui le haïssaient, c'était ni plus ni moins cette "puissance active d'égarement" dont parle saint Paul lorsqu'il traite de l'Antéchrist-personne, venant "avec toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui périssent, parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés. C'est pourquoi Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge" (II Thess II, 10).
           
        Une dizaine d'années après sa mort (1821), Henri Heine, séjournant à Paris dans les années 1830, aura ce commentaire sur la puissance maléfique de Napoléon sur les esprits, donnant cette photo littéraire de l'époque : "Napoléon est pour les français une parole magique qui les électrise et les éblouit... Le portrait de l'homme est suspendu dans chaque chaumière... Je l'ai trouvé couronné d'immortelles, comme nos images du Sauveur pendant la Semaine-Sainte [!!!]" (La postérité spirituelle de Joachim de Flore, Henri de Lubac, t. II, p. 255). Mais voici un souvenir personnel. Au cours d’un pèlerinage, j’ai eu l’occasion de toucher l’orgue Aubertin de l’église saint Louis à Vichy, église qui a été rebâtie par Napoléon III (1808-1873) et que Pétain fréquenta entre 1940 et 1943. Or, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre par l’organiste qui tenait à me présenter son originale église, que le généreux bienfaiteur, voulant que les vitraux du fond représentassent les saints de la famille impériale, y adjoignit, à côté des saints Eugène, Jean, Hortense, Louis, Eugénie, Joseph et Charles, un vitrail représentant le fameux saint… Napoleone (qui n’existe pas, au Martyrologe !), avec, tenez-vous bien… LA TÊTE DE NAPOLÉON 1ER !!! Bien entendu, le vitrail, dont je reproduis la carte postale ci-dessous (car apparemment le clergé est fier de ce qui fait sa honte), fut béni-oui-oui par la clergie post-concordataire XIXème siècle…!!!
 
NapoléonVitrailEgliseVichy
 "Ils mettent leur gloire
dans ce qui est leur honte"
(Phil III, 19)
       
        Nous sommes là dans l'idolâtrie du personnage post-mortem. Que dire, de son pouvoir magique sur les esprits faibles et pas assez catholiques, c'est-à-dire sur les 99 % de la tourbe humaine, de son vivant !! Le premier à être séduit, c'était... le pape Pie VII, il était complètement sous l'emprise totale et honteuse de son faux charme d'"homme fort" basé sur l'orgueil et l'idolâtrie très-révolutionnaire de l'homme (... alors que le seul "homme fort" qui a jamais existé et qui existera jamais, c'est Jésus-Christ...). Ce qui le prédisposa à cette emprise maléfique fut certainement les opinions politiques non pas même seulement républicaines mais démocrates qu'il avait, comme il osa le montrer scandaleusement dans son incroyable sermon de la Noël 1797 à ses ouailles d'Imola (que j'ai reproduit et analysé dans la 1ère partie de ma trilogie d'articles sus-mentionnée), lequel, Napoléon, l'ayant lu, qualifia de "sermon jacobin".
           
        Mais pour en finir sur le mauvais sujet de l'époque, je dirai que Napoléon Bonaparte ne fut qu'une sale bête malfaisante très-pénétrée de l'orgueil luciférien des "droits de l'homme" au service de l'Antéchrist et de Satan. Peut-être, au reste, en quelques très-rares éclairs de lucidité sur ce qu'il était vraiment devant le Seigneur, il s'en rendit compte lui-même, témoin cette phrase qu'il prononça un jour lorsqu'il fit halte sur la tombe de Jean-Jacques Rousseau, en Suisse : "Il eut mieux valu pour les hommes que ni lui ni moi ne fussions nés". Terrible aveu, qui n'est pas sans faire penser à la parole indignée du Christ lorsqu'Il prédit la trahison de Judas : "Malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme sera trahi ! Il aurait mieux valu pour cet homme de n'être jamais né" (Matth XXVI, 24)...
 
        Le Fils de l'Homme n'était-Il pas abominablement trahi dans son Épouse l'Église par le Concordat, dont Napoléon, bien plus que Pie VII, est la principale cheville ouvrière d'iniquité...?
 
og napoleon waterloo
Napoléon, après la défaite de Waterloo : comprit-il enfin
qu'il avait un Maître, un Dieu, comme tout le monde...?
       
        Toujours est-il que lorsque Napoléon fit part directement à la cour romaine de son exigence inconditionnelle de destituer tous les évêques de France en 1800, le pape Pie VII, dans un premier temps, tâcha de trouver des expédients pour l'éviter. Il avait tout-de-même trop conscience de l'anormalité incroyable de destituer tout un corps épiscopal national d'un seul coup d'un seul... quand bien même il finit par céder sur toute la ligne à la volonté inflexible de Napoléon qui l'obligea à marcher sur sa conscience pontificale, laquelle lui montrait pourtant la radicale inconstitutionalité d'une telle procédure par rapport à la Constitution divine de l'Église quant à l'Ordre épiscopal, ainsi que je vais le montrer plus loin.
           
        Ce rusé antichrist, devinant fort bien que s'il avait commencer d'exposer son projet de destitution aux évêques légitimes de France, ceux-ci, évidemment, l'auraient rejeté d'emblée, les court-circuita d'entrée de jeu, dès les prémisses de la négociation, en s'adressant directement, par-dessus leurs têtes, au pape, à Pie VII. Une fois averti des intentions de Napoléon, Pie VII, "par une lettre en date du 13 septembre 1800, informe les évêques de France de la tenue de négociations avec le Gouvernement français. Cependant, là encore, les évêques sont tenus éloignés de l’avancée des négociations que se réserve le Saint-Père, qui ne consulte qu’un petit nombre de cardinaux et de théologiens à qui est imposé le secret" (Decroix, ibid.). Ainsi donc, scandalisé, on voit le pape, foulant aux pieds les droits les plus élémentaires et sacrés des évêques français, ne manifester honteusement aucune autre volonté que celle de suivre Napoléon comme un petit toutou dans la sacrilège mise sur la touche des évêques concernant la grande affaire de leur destitution et du saccage complet de leurs diocèses...
           
        Les négociations du Concordat, qui durèrent plus d'un an, commencent en effet "immédiatement par la question si difficile et si grave de la démission des anciens évêques. Le gouvernement consulaire exige, en effet, l’acceptation de cette mesure comme préalable à toute discussion. Mgr Spina [négociateur du pape] s’efforce de combattre cette position, sachant combien la conscience de Pie VII s’oppose à la démarche impérative qui lui est demandée. Il propose, ainsi, la voie de l’exhortation et de l’obéissance [faite aux évêques légitimes d'avoir à démissionner] au lieu de celle du commandement. Cependant, il ne peut rien obtenir. Le Premier consul reste inflexible et maintient ses exigences qu’il prétend imposer au Saint-Siège comme clauses fondamentales du futur concordat. Ainsi, bien que Rome porte, en partie, devant l’histoire la responsabilité du coup de force que nous étudions, elle n’a, cependant, rien négligé au début pour résister à la demande brutale de Bonaparte" (Decroix, ibid.).
           
        On voit très-bien ici que le grand point, le point le plus important du Concordat voulu par Napoléon, était bel et bien la destruction de tout le corps épiscopal national de la France réelle doublé de l'anéantissement géographique des anciens diocèses, basés sur l'Ordre très-chrétien remontant aux assises mêmes de la fille aînée de l'Église, c'est "l’article essentiel, la clef de voûte du Concordat" (Initiation à l’histoire ecclésiastique, Dom Poulet, t. II, p. 36, cité par Decroix, ibid.). Napoléon va même jusqu'à faire du chantage pour l'obtenir, car il menaçait d'envahir les États Pontificaux dont il avait déjà occupé les Légations, et même Rome : "Vous réclamez les Légations ? Vous voulez être débarrassé des troupes ? Tout dépendra de la réponse que vous ferez à mes demandes, particulièrement au sujet des évêques" (Le Premier consul à Mgr Spina, in L’Église de France sous le Consulat et l’Empire 1800-1814, abbé Constant, p. 113, cité par Decroix, ibid.).
           
        Mais Pie VII, personnellement perverti par son démocratisme, ne comprend pas qu'en cédant à cet homicide spirituel inouï, il va ainsi introduire le sanglier dans la Vigne du Seigneur et que celui-ci, une fois dedans, va la ravager, y faisant son office diabolique. Le rouge de la honte au front mais encore la sainte-colère Boanergès dans l'âme, on le voit se soumettre à la volonté antichristique de Napoléon, et, faute gravissime de sa part pontificale, le suivre dans le mépris sacrilège de l'autorité des évêques légitimes de France pour décider, excusez du peu, de leur... destitution. Ainsi donc, le pape obéissant à Napoléon décida du sort des évêques sans les consulter aucunement, sans aucune forme de procès, par un autoritarisme outrant son pouvoir pontifical et attentant sacrilègement à l'autorité épiscopale et à la Constitution divine de l'Église, ce qui, je vais l'expliquer tout-à-l'heure, invalidait formellement la procédure de leur destitution sur le plan théologique (... et c'est exactement la même chose qui arrive avec Mgr Strickland, de nos jours...).
           
        Puis, le cardinal Ercole Consalvi, Secrétaire d'État de Pie VII, homme énergique qui prendra auprès de Napoléon la suite des négociations après l'effacement de Mgr Spina, finit la convention, après de mémorables entretiens entre Napoléon et lui dont il nous a laissé le souvenir haut en couleurs dans ses Mémoires (dans lesquels, entre autres, on voit l'odieux sans-culotte refuser de déclarer catholique la France dans l'acte concordataire), et le Concordat, achevé de rédiger le 15 juillet 1801, fut avalisé promptement par le pape Pie VII le 15 août suivant. L'article principal du Concordat en était donc le § 3, dans lequel le pape, d'une manière incroyable, inconcevable sur le plan catholique, détruisait non seulement tout l'épiscopat légitime de France mais encore la structure même des diocèses et des cures dont la plupart existaient depuis l'ère mérovingienne, voire même avant, dans l'ère gallo-romaine, c'est-à-dire, on l'a compris, dès la naissance chrétienne de la France (ce que le § 2 formulait lapidairement ainsi : "Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français") ! Ce que le pape, je vais l'exposer plus loin, n'avait rigoureusement pas plus le droit de faire quant à la géographie spirituelle de la France que quant à l'institution épiscopale légitime...
           
        Mais voici cet article 3 du Concordat, suivi du 4 qui lui est attaché : "Sa Sainteté déclare aux titulaires des évêchés français qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance, pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce de sacrifices, même celui de leurs sièges. D'après cette exhortation, s'ils se refusaient à ce sacrifice, commandé par le bien de l'Église (refus, néanmoins, auquel sa Sainteté ne s'attend pas), il sera pourvu par de nouveaux titulaires au gouvernement des évêchés de la circonscription nouvelle, de la manière suivante : Article 4. Le premier Consul de la République nommera, dans les trois mois qui suivront la publication de la bulle de sa Sainteté, aux archevêchés et évêchés de la circonscription nouvelle. Sa Sainteté conférera l'institution canonique suivant les formes établies par rapport à la France avec le changement de gouvernement".
           
        Il est clair ici que le pape destitue l'évêque légitime français, ou menace de le faire sans appel s'il refusait, par motu proprio ou mouvement propre qu'il prétend abusivement pouvoir tirer de son pouvoir pontifical suprême. C'est exactement ce qu'il va oser leur dire dans le bref Tam multa, lettre adressée le jour même de la promulgation du Concordat, le 15 août 1801, à tous les évêques légitimes de France, pour exiger d'eux brutalement et sans ménagements aucuns autrement que de pure forme, leur démission obligatoire (cf. https://www.vatican.va/content/pius-vii/it/documents/breve-tam-multa-15-agosto-1801.html, en italien). Mais laissons Arnaud Decroix résumer le bref, il le fait très-bien, quoiqu'en suivant la doxa pro-concordataire : "Le bref Tam multa commence par un éloge des évêques qui ont souffert pour l’Église. Mais le Pape termine en leur demandant le sacrifice de leurs sièges, dans l’intérêt de l’unité de l’Église et du rétablissement de la religion catholique en France. En effet, ces motifs justifient la démission des évêques légitimes de leurs sièges. Ils doivent, alors, en faire librement la remise entre les mains du Pape. Ainsi, le bref est rédigé en termes impératifs : les victimes, priées de se «démettre spontanément», sont tenues d’envoyer dans les dix jours une réponse définitive, «absolue et non dilatoire», faute de quoi le Saint-Père passera outre. Par ailleurs, il se dispense de communiquer le traité qui motive cette rigueur. Par conséquent, soit que les évêques donnent leur démission passé ce délai de dix jours, soit qu’ils ne la donnent pas, ils seront réputés en avoir donné une négative. Dans ce cas, Sa Sainteté peut, alors, procéder, sans autre avertissement, à ce qui est nécessaire pour rétablir la religion, conformément à l’article 3 du concordat. De plus, ce court délai de dix jours vise également à empêcher d’éventuelles concertations entre les évêques auxquels la démission est demandée" (Decroix, ibid.).
           
        Consignons dès ici le résultat de la demande du pape aux évêques français : "Au total [sur les 135 évêques institués lorsque la Révolution commence en 1789, il n'y en avait plus que 98 toujours en vie en 1801], 37 refusent la démission contre 48 qui l’acceptent et 13 qui le font avec réserves et protestations, ce qui constitue selon Camille Latreille une «majorité morale pour la résistance»" (L’opposition religieuse au Concordat de 1792 à 1803, Camille Latreille, pp. 214-215)" (Anticoncordataires ou Petite Église ? Les oppositions religieuses à la loi du 18 germinal an X, Jean-Pierre Chantin, p. 99).
 
Pie VII
 Barnabé Chiaramonti, futur Pie VII
 
        Or, cette lettre Tam multa contient deux gravissimes mensonges de la part de Pie VII, qui en invalident complètement les exigences, in radice.
           
        Le premier mensonge, c'est le motif de fond qui soi-disant légitimerait sur le plan spirituel l'acte concordataire, à savoir "l’intérêt de l’unité de l’Église et du rétablissement de la religion catholique en France". Or, la vérité, c'est que le Concordat, c'est tout, sauf ça. Le Concordat ne rétablit en effet nullement la vraie Religion catholique en France, doctrinalement intégrale, pure et libre comme devant, ce qui donc, en conséquence, ne peut pas servir "l'intérêt de l'unité de l'Église". Il n'y rétablit en effet qu'un ersatz frelaté, hérétique et corrompu, de religion catholique, institutionnellement ligotée à une puissance politique constitutionnellement athée, avec en plus l'obligation de professer la validité de ladite puissance... invalide, sous peine de destitution et même d'excommunication, ce qui attente au criterium paulinien de validité des sociétés politiques comme on l'a vu plus haut. Loin de servir "l'intérêt de l'unité de l'Église", le Concordat ne fit donc en droit et en fait qu'établir une église schismatique en France, au regard de toutes les autres églises du monde entier qui, elles, vivaient toujours dans la vraie liberté des enfants de Dieu, dans les Mœurs politiques constitutionnelles toujours catholiques, comme respectant le criterium paulinien de validité des sociétés politiques. Ce qui donc, à partir du Concordat, n'était plus du tout le cas de la seule Église de France parmi toutes les autres églises dans le monde entier, elle ne vivait plus, dès lors, qu'inféodée à l'Antichrist politique, sous la botte de son précurseur Napoléon qui, gloussant de plaisir d'être arrivé à ses fins une fois l'acte signé, par la faute gravissime du pape, parlait sans cesse de "MES curés et mes gendarmes", appelant SES évêques, mes préfets en violet...
           
        La conséquence, c'est que si la Foi restait encore intacte doctrinalement, les Mœurs de cette prétendue "religion catholique" rétablie en France par le Concordat étaient corrompues jusqu'à la mœlle et de force par l'indifférentisme religieux au for public imposé à tout fidèle catholique par l'État constitutionnellement athée et approuvé par le pape rien qu'en promulguant le Concordat, lequel indifférentisme, par la dynamique du mal, après un siècle et demi de transvasement des Mœurs dans la Foi, toujours insensible et occulte, finira par amener Vatican II avec sa proclamation apostate de la Liberté religieuse. Car si je ne vis pas par mes Mœurs comme je pense par ma Foi, je serai inéluctablement obligé, tôt ou tard, de penser par ma Foi comme je vis au niveau de mes Mœurs. La raison en est que les Mœurs et la Foi sont aussi viscéralement liées entre elles que le corps et l'âme dans l'être humain, elles ont une interaction directe et immédiate l'une sur l'autre, se forçant mutuellement à l'unité absolue de direction métaphysique. Ce n'était donc pas la Religion catholique véritable qui était rétablie en France par le Concordat, intégralement pure quant aux Mœurs et quant à la Foi, elle n'était pure seulement, et encore pas pour très-longtemps, que quant à la Foi et affreusement impure quant aux Mœurs sur le plan Politique constitutionnel, on avait en fait affaire à une prétendue "religion catholique" ayant en outre maudite vocation de corrompre tôt ou tard la Foi par ses très-mauvaises Mœurs, ce qui arriva à Vatican II.
           
        Et non seulement on rétablissait la Religion catholique en France en corrompant radicalement ses Mœurs, mais de plus, seconde raison théologique mais non des moindres que le Concordat ne travaillait nullement pour "le bien supérieur de l'Église" comme osait le dire le pape Pie VII, on attribuait le fait de ce rétablissement à l'homme et non pas à Dieu. Alors que Dieu, et Lui seul, a le pouvoir, qui est tout surnaturel, de faire vivre ses enfants dans la liberté de la Religion. On orientait donc ainsi les âmes à la fois sur l'effacement, l'apostasie de Dieu, et sur l'idolâtrie de l'homme déifié, en prétendant attribuer faussement à ce dernier le pouvoir de donner la liberté de Religion. La doctrine concordataire napoléonienne professe en effet que c'est l'homme qui donne la liberté des enfants de Dieu en matière de Religion, non seulement d'ailleurs aux catholiques, mais à tous les tenants des autres religions en France (l'État français, en effet, ne contracta pas un Concordat seulement avec la Religion catholique, il en contracta d'autres, dans la foulée, avec les protestants, avec les juifs, et même avec... les franc-maçons !).
           
        En voici une illustration, parmi tant d’autres. Le pieux biographe de saint Vincent Ferrier au XIXe siècle, le R.P. Fages, relate une anecdote du temps de la Révolution, une sordide effigie sans-culotte qui, au fronton d’une des portes de Vannes, avait été mise en lieu et place de la belle statue du saint, qui avait été détrônée… mais voyez plutôt comment il termine l’épisode : "Ce mannequin disparut en 1802, dès que le concordat eût accordé aux catholiques la Liberté religieuse" (saint Vincent Ferrier, Fages, p. 187) ! Voyez comme dans l’esprit de l’auteur, pourtant fort catholique, ce n’est déjà plus Dieu qui accorde la Liberté religieuse, mais un traité humain, mais l'homme… la glissade infernale est commencée. Il faut d'ailleurs bien remarquer que c'est le pape lui-même, c'est le démocrate Pie VII, qui, dans le Préambule du Concordat, gauchit la bonne doctrine en la matière, en formulant que la liberté de Religion en France dépend désormais de la bonne volonté des... Consuls de la République : "Sa Sainteté reconnaît également que cette même religion [catholique, apostolique et romaine] a retiré et attend encore en ce moment le plus grand bien, et le plus grand éclat de l'établissement du culte catholique en France et la protection particulière qu'en font les Consuls de la République" (notons comme la formule, soit dit en passant, est étrangement tarabiscotée et absconse...).
           
        Donc, nous sommes en train de voir que le prétendu "bien supérieur de l'Église", au nom duquel le pape prétend légitimer le Concordat devant Dieu et les hommes... et légitimer la destitution des évêques légitimes de France, est un pur mensonge, un diabolique trompe-l'œil en carton-pâte, une très-funeste illusion d'optique, une super-supercherie. La vérité, si l'on va au fond des choses, c'est qu'il s'agit en fait d'un "mal supérieur de l'Église", comme étant le premier épisode de la mise de l'Église sous "la puissance des ténèbres" antichristiques, par lequel l'homme, épousant la doctrine révolutionnaire, prétend être l'étalon normatif du droit de la Religion, et non plus Dieu. Il est trop vrai que le Concordat, première pierre fondatrice de construction sur laquelle s'ajouteront beaucoup d'autres dans la suite des temps post-concordataires, est métaphysiquement ordonné à l'avènement du règne de l'Antéchrist-personne à la toute-fin des temps, adveniat regnum antechristus tuum, c'est-à-dire au "mal supérieur de l'Église"...
           
        La conclusion est simple. Le pape Pie VII ne pouvait donc absolument pas prétendre être moralement fondé à déployer ce qu'il croyait être la plénitude de son pouvoir pontifical au nom de ce qui est objectivement "le mal supérieur de l'Église", mais qu'il voulait appeler très-mensongèrement "le bien supérieur de l'Église" : cette dite plénitude de pouvoir, en effet, aurait-elle pu être théologiquement déployée pour destituer tous les évêques légitimes de France par simple motu proprio pontifical (et nous allons voir que non, là encore le pape se trompait complètement), ne le pouvait théologiquement être, de toutes façons et en tout état de cause, que sur une bonne motivation, une bonne raison de l'employer. Le pape en effet, n'est autorisé à employer son pouvoir magistériel pontifical que pour le Bien-Fin de l'Église...
 
consalvi 1840
Le cardinal Ercole Consalvi qui finit
au bras-de-fer le Concordat avec Napoléon...
       
        Or, justement, deuxième mensonge gravissime dans le bref comminatoire et brutal Tam multa, très-napoléonien, non seulement le pape Pie VII n'était nullement habilité à déployer la plénitude de sa puissance pontificale pour un mauvais objet, mais en outre, le déploiement de la plénitude de sa puissance pontificale ne pouvait théologiquement pas aller jusqu'à destituer des évêques par simple motu proprio. Même si la motivation pour le faire eût été spirituellement bonne. C'est ce que n'ont pas voulu comprendre les thuriféraires mondains du Concordat, qui, fort honteusement, voudront tous s'éblouir, se shooter jusqu'à l'extase, de la prétendue extraordinaire puissance pontificale déployée en l'occurrence par le pape Pie VII dans le § 3 du Concordat...
           
        ... Dieu sait assez en effet, ad nauseam, leurs dithyrambes hérétiques, impudents et indécents !
           
        Avant de poursuivre, il n'est d'ailleurs pas inutile, pour se dérider un peu dans un sujet d'étude tellement triste et funeste, d'en citer quelques-uns, rapportés par Arnaud Decroix. Voici, pour commencer, une tirade signée de l'abbé Émery, un des pires collabos qui se puissent jamais non pas rêver mais cauchemarder, aux temps atroces de la Révolution (sa biographie fait penser à Laval, le ministre de Pétain durant la seconde guerre mondiale...) : "Les papes qui ont porté le plus loin leur autorité n’ont point fait dans la suite des siècles des coups d’autorité aussi grands, aussi importants que ceux qui ont été faits en ce moment par le pape Pie VII" (Decroix, ibid.).
           
        Grand-clerc de cette époque qui alla sans cesse dans le sens d’une compromission aveugle avec les nouvelles "autorités constituées", comme osait dire le pape Pie VI dans son bref Pastoralis Sollicitudo du 5 juillet 1796 en parlant du gouvernement du Directoire, le plus franc-maçon des gouvernements révolutionnaires, l'abbé Émery s’abouchait sans vergogne aucune avec lesdites nouvelles "autorités constituées", quelles qu'elles soient, même les pires coupeurs de têtes, et quoiqu'il en soit. Il ira dans ce sens jusqu’à la limite insupportable de la servilité, de la veulerie, de la malhonnêteté intellectuelle insoutenable, voire de l'abandon de la Foi. Un seul exemple. Le serment que le Directoire fit prêter l’an V de la République incluait une déclaration explicite "de haine à la royauté". Émery, sans jamais vouloir quitter sa position de reconnaître les nouvelles "autorités constituées" adoptée par lui dès le début de la Révolution, se disculpa toujours de donner un quelconque mot d’ordre sur ce qu’il fallait faire dans ce cas précis, signer ou non (signer était faire profession de haine envers une catégorie de prochain, en l’occurrence les roys, ce qui est formellement incompatible avec la profession de Foi chrétienne ; ne pas signer, c’était se mettre en infraction avec les nouvelles "autorités constituées")... Émery était là bel et bien coincé dans ses petites sinuosités intellectuelles et ses subtils distinguos, il se contenta donc de ne... rien dire, de ne donner… aucun mot d’ordre. Et voilà à quel genre d’impasse insurmontable on voit tôt ou tard se vouer infailliblement, dans leurs impures caresses aux "nouvelles autorités constituées", les contempteurs de l’Ordre très-chrétien que Pie VII, dans le Concordat, osa sacrilègement appeler "l'ancien gouvernement" (§ 16) !
           
        L'influence de l'abbé Émery fut cependant très-grande pendant toute la période révolutionnaire au sein du clergé français voire même romain : au pire moment de la tourmente révolutionnaire, celui que P. de la Gorce appela "l’éminence grise de l’Église gallicane" (Histoire religieuse de la Révolution, t. IV, p. 161), par de rusées et fort subtiles complicités avec les nouvelles "autorités constituées", résidait toujours à Paris, même en pleine Terreur, sans être inquiété ! Et de là, avec bénédiction de Rome, il fut celui qu’on consultait sur les affaires de France, le maître à penser de l’Église gallicane jusqu’à Napoléon, lequel fit de ce prêtre, contradictoirement saint dans son privé, "l’un de ses conseillers favoris" (Monsieur Émery, l’Église d’Ancien-Régime et la Révolution, Leflon, p. 557).
           
        Mais je redis sa tirade, j'en éprouve beaucoup de plaisir : "Les papes qui ont porté le plus loin leur autorité n’ont point fait dans la suite des siècles des coups d’autorité aussi grands, aussi importants que ceux qui ont été faits en ce moment par le pape Pie VII". À la peser sur la balance de la vérité, nous n'allons pas tarder à voir ce que cela vaut, convertis en assignats...
           
        Arnaud Decroix cite d'autres mondains qui lancent l'encensoir très-haut en l'air dans le ciel en faveur du Concordat. Mgr Frayssinous, la coqueluche ecclésiastique mondaine sous la Restauration, le qualifia de "plus grand acte de puissance pontificale qui se fût produit depuis dix-huit siècles" (Histoire religieuse de la France, Goyau & Hanotaux, p. 290, cité par Decroix, ibid.)...!! Portalis, le ministre des Cultes de Napoléon (notez bien le pluriel) et franc-maçon très-distingué, le considérait quant à lui comme un véritable "prodige politique et moral" (Decroix, ibid.). L'historien Rohrbacher n'est pas en reste, lui aussi, de son côté, lorsqu’il commente ainsi la suppression en corps d’institution de tous les évêques français lors du Concordat : "Il s’agissait d’une opération unique dans l’histoire ; il s’agissait, par un même acte, d’anéantir tout un monde et d’en créer un autre" (Histoire universelle de l'Église catholique, t. XXVII, p. 578). C'est effectivement très-exactement ça : comme je l'ai écrit que dessus, il s'agissait pour Napoléon d'anéantir tout un monde vivant sur le droit divin pour le remplacer par un monde maçonnique d'iniquité fondé sur le droit du diable. C'était effectivement un peu autre chose que "du fumier retourné" dans le champ du monde...
           
        Mais il me semble que Hippolyte Taine, cartésien et positiviste, mérite haut la main le 1er accessit avec les félicitations du jury pour son dithyrambe exalté et illuminé dont les pieds ne touchent visiblement plus du tout la terre du réel, lorsqu'il reconnaît au pape, dans son acte de destruction de toute une Église nationale et la reconstruction d'une autre sur ses ruines, "un pouvoir extraordinaire qui n’est limité par aucune coutume, ni par aucun canon, une autorité plénière et absolue, un droit au-dessus de tous les droits, en vertu duquel, dans des cas qu’il détermine lui-même, il pourvoit d’une façon discrétionnaire aux intérêts catholiques, dont il devient ainsi l’arbitre suprême, l’interprète unique et le juge en dernier ressort" (Les origines de la France contemporaine, t. II, p. 637-638, cité par Decroix, ibid.)...!!! Il n'a vraiment manqué à cet alumbrados bourgeois XIXème siècle d'un nouveau genre que de faire un tout petit peu de théologie élémentaire : ce qu'il décrit là ne fait guère, en effet, que montrer un pouvoir absolutiste du pape, et donc complètement hétérodoxe...!! Mais un siècle plus tard, un auteur interroge encore : "Qui aurait jamais pu imaginer un pareil coup d’autorité ?" (Hippolyte Prélot, in Études, t. LXXXVIII, 1901, p. 306, cité par Decroix, ibid.).
             
        À un seul mot et "détail" près, je suis tout-à-fait d'accord avec ce dernier auteur : qui aurait jamais pu imaginer un pareil ABUS d'autorité...?
           
        Car nous sommes là bel et bien en présence d'un pur abus d'autorité de la part du pape, comme nous l'allons voir à présent...
 
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        Ainsi donc qu'on vient de le constater, les thuriféraires du Concordat, suivis d'une multitude complètement innombrable de nabots de la pensée jusqu'en nos sinistres jours, se sont extasiés jusqu'au délire indécent sur le prodigieux pouvoir employé par le pape dans l'acte de destitution de tous les évêques légitimes de France. Alors que la vraie signification de cet acte inique s'il en fût jamais en Église, était que Rome avait été "l'instrument docile d’apaisement de Napoléon et comme l’exécuteur d’un meurtre des apôtres" (La primauté du Pape, son histoire, des origines à nos jours, Klaus Schatz, p. 214, cité par Decroix, ibid.), d'autres auteurs bien inspirés ayant qualifié le bref Tam multa d'"apostolicide" (Nouvelle Histoire de l’Église, Rogier, Bertier de Sauvigny & Hajjar, t. IV, p. 279 & Histoire religieuse de la France contemporaine, Dansette, p. 141, cités par Decroix, ibid.).
           
        Dès lors, convenait-il vraiment, était-il décent, de s'enthousiasmer sans retenue de l'assassinat spirituel de tout un corps épiscopal national, de quatre-vingt deux évêques valeureux et méritants ayant souffert généreusement les affres de la Révolution sans faiblir, mais destitués à la guillotine pontificale, sans aucun droit d'appel...? Même le cardinal Consalvi, qui pourtant mena à terme le Concordat dans un duel éreintant et personnel avec Napoléon, s'en rendit compte : "Qu’on lise tant que l’on voudra l’histoire ecclésiastique. On ne trouvera pas un exemple semblable. Un massacre de cent évêques ne se peut faire" (Histoire religieuse de la France contemporaine, Dansette, p. 133, cité par Decroix, ibid.). Il n'est pas le seul, s'occupant aux premières lignes de l'affaire du Concordat, à s'en rendre compte : "La majorité des membres de la Congrégation [ad hoc, constituée par Pie VII pour s'occuper de la grande affaire], à la suite de Mgr Di Pietro, déclare que le Pape ne doit pas commettre un pareil abus d’autorité. Selon Mgr Spina : «Vous ne trouverez pas de pareils exemples dans l’histoire ecclésiastique. Quoique l’objet de cette destitution et substitution des nouveaux évêques fût le précieux rétablissement de la religion catholique en France [ce qui était archi-faux, nous l'avons vu, il s'agissait du rétablissement d'une religion catholique prostituée à la Bête républicaine constitutionnellement athée, avec obligation hérétique de professer sa validité et d'attenter ainsi très-hérétiquement aux Mœurs de l'Église], il serait bien étrange de voir arborer de nouveau dans ses provinces l’étendard de notre sainte religion sur les ruines de quatre-vingts colonnes de la foi renversées et anéanties par le même bras de Pierre qui doit les soutenir et les protéger» (Lettre de Mgr Spina à l’abbé Bernier du 11 novembre 1800, cité par Theiner, in Histoire des deux Concordats de la République française et de la République cisalpine, p. 96)" (Decroix, ibid.).
           
        Mais tous les intervenants et acteurs du Concordat au plus haut niveau, tant du côté ecclésiastique que gouvernemental, désirant rester à s'éblouir les yeux avec le miroir aux alouettes concordataire, tous, cul et chemise, se poussant du coude à qui mieux mieux les uns les autres à pécher à cet effet très-passionnellement voulu de tous, ne voulurent conclure qu'une chose, c'est que le pape avait le droit d'employer son pouvoir pontifical pour cet acte inouï de destituer d'un seul coup d'un seul tout un corps national épiscopal, évitant soigneusement d'avoir à se demander si, en fait, il le faisait en outrepassant hérétiquement son pouvoir pontifical, tel que le Christ l'a donné à Pierre, ou bien non.
           
        C'était pourtant bien la toute première question théologique de fond dont il fallait impérativement s'occuper dans l'affaire, et dont je vais m'occuper maintenant, Deo adjuvante.
           
        Je vais d'abord commencer par mettre en exergue la grande règle catholique en la matière, qui domine toute la problématique :
           
        Le modèle constitutionnel de l'Église ordonné par le Christ est fondamentalement et exemplairement tempéré : autant de vouloir abolir l'Autorité pontificale par l'ensemble des évêques de l'orbe catholique (doctrine conciliariste et/ou gallicane, donnant un pouvoir absolutiste aux évêques), est formellement prohibé pour cause d'hérésie, autant de vouloir abolir l'Autorité épiscopale d'une manière absolutiste par le pouvoir universel pontifical, l'est.
           
        La raison théologique en est que, autant l'institution de la Papauté que l'institution de l'Épiscopat, est sujet de droit divin. Laissons un théologien pourtant vraiment pas recommandable par son modernisme ultra, Karl Rahner, fort bien synthétiser la doctrine sur cela : "L’essence juridique de l’Église est constituée à la fois par la Primauté pontificale et par l’Épiscopat, qui, tous deux, procèdent de manière également immédiate de l’Institution par le Christ" (in Quelques réflexions sur les principes constitutionnels de l’Église, cité par Decroix, ibid.). Ce qui signifie qu'il est impossible que l'une des deux Institutions puissent avoir droit de vie ou de mort sur l'autre, car l'une comme l'autre est de droit divin. C'est pourtant ce que l'on veut supposer en donnant un pouvoir discrétionnaire au pape de destituer par motu proprio l'évêque... Par ailleurs, saisissons bien que si l'une des deux donnait la mort à l'autre, elle se donnerait la mort à elle-même ipso-facto, par et dans le même acte, et les deux droits divins fondateurs de l'Église étant morts signeraient par le fait même la mort instantanée de l'Église.
           
        Il devient d'une grande nécessité, parvenu ici, de bien exposer la doctrine, en la décortiquant avec soin de long et de large, pour avoir une vue exacte sur cette question très-importante. L'Institution de droit divin de l'évêque comprend son pouvoir d'Ordre sacramentel (Christ-Prêtre), et son pouvoir de juridiction (Christ-Roy). Dans l'affaire qui nous occupe, il n'est évidemment question que du pouvoir de juridiction épiscopal. Cependant, il faut déjà bien comprendre que dès lors que ce pouvoir de juridiction est donné par le pape à l'évêque lors de l'institution canonique sur une église particulière ou diocèse, il se lie aussitôt ipso-facto au pouvoir d'Ordre et participe intrinsèquement immédiatement du droit divin. Il y a en effet un distinguo très-important à faire entre la juridiction épiscopale en amont, donnée par le pape à l'évêque lors de son investiture, et celle en aval, dont jouit l'évêque une fois qu'il est canoniquement institué...
           
        Mais commençons par régler une question préliminaire, qui a agité les siècles ecclésiastiques sans être résolue vraiment que dans ces derniers temps, sous le pontificat du pape Pie XII : la juridiction donnée à l'évêque sur une portion du troupeau du Christ est-elle donnée médiatement ou immédiatement par le pape ? C'est-à-dire, ressort-elle au premier chef du Christ ou du pape ?
           
        L'abbé Fsspx Gleize a fort bien exposé la question dans son article L'opinion commune des théologiens sur l'épiscopat (cf. https://laportelatine.org/formation/crise-eglise/sacres-1988/lopinion-commune-des-theologiens-sur-lepiscopat#footnote_4_193460), lisons-le : "Dans l’état de l’explicitation de la doctrine, relative à l’épiscopat, telle qu’elle avait été proposée par le Magistère avant Pie XII, les théologiens restaient partagés pour résoudre la question de l’origine de la juridiction chez l’évêque. Certains d’entre eux ont pu estimer que les évêques reçoivent leur pouvoir de juridiction immédiatement du Christ, l’investiture du Pape n’intervenant que comme une condition nécessaire mais non suffisante. On rencontre cette explication chez les espagnols François de Vitoria, op (1492–1546), Alphonse de Castro, ofm (1495–1558), Gabriel Vasquez, sj (1549–1604) et chez le lazariste français Pierre Collet (1693–1770). Pour ces théologiens, le pouvoir de juridiction est donné immédiatement par le Christ, et moyennant la mission canonique du pape qui joue le rôle d’une simple condition. Il est bien connu que cette explication théologique a été élaborée à l’occasion de la 23e session du concile de Trente. Cette explication ne dit pas encore que le Christ donne l’investiture [juridictionnelle] dans et par le sacre, et distinction est donc faite entre le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction non seulement selon leur essence de pouvoir mais même selon leur origine.
           
        "Par la suite, d’autres théologiens sont même allés jusqu’à soutenir que ce pouvoir de juridiction était formellement communiqué à l’évêque par la consécration épiscopale, de concert avec le pouvoir d’ordre. Cette explication se présente sous sa forme la plus achevée chez Jean-Vincent Bolgeni (1733-1811), dans son ouvrage L'Episcopato ossia la potestà di governare la Chiesa, de 1789. Ces explications sont restées relativement isolées.
           
        "Avant le concile de Trente et après, la plupart des théologiens suivent l’opinion classique, déjà soutenue par saint Thomas, selon laquelle l’évêque reçoit son pouvoir de juridiction directement du Pape lors de l’investiture ou de l’institution canonique : Jean de Torquemada, op (1388-1458), saint Robert Bellarmin, sj (1542-1621) et Benoît XIV (1675-1758) en sont les témoins principaux. L’explication de Bolgeni, en particulier, a été critiquée et réfutée par la grande majorité des théologiens" (ibid.).
           
        Il aurait semblé, pourtant, que la thèse soutenue par Bolgeni avait grande valeur, s'appuyant sur des raisons théologiques très-fortes. En effet, on dit souvent sans trop réfléchir à ce qu'on dit que les évêques sont les "successeurs des Apôtres". Mais les Apôtres, qui donc sont les tout premiers évêques, ont reçu leur juridiction directement par le Christ Lui-même, et de plus, leur juridiction était de soi universelle, sans être circonscrite de quelque manière par Pierre ! Puisque donc les évêques sont les "successeurs des Apôtres", il semblait des plus orthodoxes de pouvoir soutenir qu'ils reçoivent leur juridiction directement du Christ, et l'on pourrait même ajouter de plus que leur juridiction, à tous et chacun des évêques postérieurs aux Apôtres jusqu'à ceux de maintenant, serait, de soi, virtuellement universelle ! L'abbé Gleize, dans les grandes lignes, ne peut qu'en convenir : "Certes, cette opinion nouvelle [de Bolgeni] ne va pas directement contre la Foi, dans la mesure où elle reste conciliable avec le dogme du Primat du Souverain Pontife et avec la distinction formelle entre le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction" (ibid.).
           
        Mais la thèse Bolgeni doit être abandonnée, après décision de Pie XII : "Cependant, les enseignements subséquents du Magistère de Pie XII ont fini par dirimer la question. En vertu de l’autorité de ce Magistère ordinaire tel qu’il s’est exprimé notamment dans les trois Encycliques Mystici corporis, Ad sinarum gentem et Ad apostolorum principis, les fidèles catholiques doivent désormais regarder comme une doctrine catholique commune et certaine l’explication traditionnelle selon laquelle l’évêque reçoit sa juridiction immédiatement du Pape, de par l’investiture canonique, et indépendamment de la consécration épiscopale. Pie XII déclare en effet dans la troisième de ces Encycliques, qui fait référence aux deux autres, que : «la juridiction ne parvient aux évêques que par l’intermédiaire du Pontife romain, comme Nous vous en avertissions dans Notre encyclique Mystici Corporis : “Si les évêques jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife [immediate sibi ab eodem Pontifice impertita]”. Nous avons rappelé cet enseignement dans la lettre encyclique, à vous destinée, Ad Sinarum gentem : “Le pouvoir de juridiction, qui est conféré directement au Souverain Pontife par le droit divin, les évêques le reçoivent du même droit [divin] mais seulement à travers le Successeur de saint Pierre”. L’opinion inverse doit être logiquement abandonnée comme étant — implicitement — sinon téméraire et fausse, à tout le moins improbable"(ibid.).
           
        Soit dit en passant, ne soyons pas surpris de ces hésitations quant à formuler le dogme dans une "sententia finalis terminativa" (Dom Paul Nau) au cours de l'histoire ecclésiastique, rien là que de très-normal, le Dépôt de la Foi, le Donné révélé, depositum fidei, n'est pas en effet un catalogue de règles mais avant tout la Vie du Christ en son Église, que l'avancement des siècles, sous l'inspiration du Saint-Esprit, désenveloppe harmonieusement à l'intelligence des fidèles sous forme doctrinale (sans que ne s'y trouve jamais aucune vraie contradiction, comme le veulent les modernistes), quand bien même tout le fond doctrinal se trouve bien sûr déjà dans l'Église dès sa naissance au pied de la croix du Salut. On pouvait déjà aussi noter, quant à la doctrine de la Légitimité pontificale, une pareille hésitation doctrinale à laquelle Pie XII, là encore, mettra un terme, autour de la question : Le pape est-il vrai pape dès le moment de son élection conclavique approuvé par lui ou seulement au moment de son intronisation-couronnement, ayant lieu rituellement dans l'octave de ladite élection conclavique ? Dans l'Ancien-Régime et plus généralement depuis la Renaissance, les papes opinaient pour l'intronisation-couronnement, mais les papes modernes, surtout Pie XII, décidèrent qu'un pape est vrai pape dès son élection conclavique approuvée par lui, et non pas seulement à son couronnement ou intronisation.
           
        Mais revenons à notre sujet. Ce bon exposé de la question nous permet déjà d'avoir les idées très-claires sur l'origine de la juridiction chez l'évêque, la juridiction en amont : elle est toute entière dans la main du pape. C'est le pape qui donne formellement la juridiction à l'évêque, et il la donne de manière discrétionnaire, à qui il veut et comme il veut, c'est-à-dire en délimitant selon sa seule volonté pontificale la portion du troupeau des fidèles du Christ donnée à gérer par l'évêque.
           
        Mais il nous faut maintenant impérativement poser la doctrine catholique quant à la juridiction épiscopale en aval, c'est-à-dire définir son statut théologique après que l'évêque en ait été légitimement institué par le pape. Car c'est là que se situe notre problème, le nœud gordien à dénouer. Or, il s'en faut qu'une fois canoniquement donné par le pape à l'évêque, le pape ait le même pouvoir discrétionnaire sur le pouvoir de juridiction épiscopal en aval que celui dont il disposait pour ledit pouvoir en amont, de par la Constitution divine même de l'Église fondée par le Christ quant à l'Ordre épiscopal ! Le pape, en effet, une fois canoniquement donné à l'évêque le pouvoir de juridiction, n'a pas plus de pouvoir sur lui que l'évêque le possédant légitimement, ils ont tous les deux à parité, de droit divin, le même pouvoir sur lui, pape et évêque, évêque et pape. C'est ce point extrêmement important que n'ont pas compris, ou plutôt n'ont pas voulu comprendre, les concordataires (à commencer par Pie VII), qui ont tous passionnellement foulé aux pieds la doctrine sur cela, aux fins mauvaises d'autoriser le pape à faire le Concordat dont le premier point préliminaire était, nous l'avons vu, la destitution du corps épiscopal français.
           
        Expliquons-la bien, cette doctrine, si importante pour notre sujet, de la juridiction épiscopale en aval. Avant de donner à l'évêque le pouvoir de juridiction, celui-ci, en effet, est à l'entière discrétion du pape ; mais après l'avoir donné, et immédiatement après et non médiatement, le pouvoir de juridiction donné à l'évêque n'est plus du tout à la discrétion du pape, parce que, rien qu'en le donnant, le pape a mis immédiatement en œuvre un lien sponsal sacré créé par le Saint-Esprit entre l'évêque institué et son église particulière qui devient son épouse, également entre l'Ordre et la juridiction de l'évêque sur l'objet de l'église particulière épousée, par lequel lien sponsal sacré, qui a plusieurs objets, le droit divin épiscopal joue automatiquement, se met automatiquement en œuvre. L'Église percevait si bien et si fortement le lien sponsal sacré entre l'évêque institué et son église-épouse particulière, qu'elle interdisait très-sévèrement les translations d'un siège épiscopal à un autre, ce qui eut lieu au moins jusqu'au IXème. Tellement l'évêque, une fois canoniquement institué, est considéré comme l'époux de son église particulière, et alors joue pour lui instantanément la grande règle de l'indissolubilité du mariage. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, l'élection au Siège de Pierre était toujours doublée du sacre épiscopal de l'élu, car, avant le IXème siècle, celui qui devait être le nouveau Vicaire du Christ n'était jamais évêque.
           
        Le pouvoir juridictionnel de l'évêque légitimement institué par le pape est à partir de là théandriquement immédiatement lié à son pouvoir d'Ordre, dans l'unité du droit divin épiscopal mis en œuvre. "Avec ceci, il reste vrai que les deux pouvoirs sont un, d’une unité d’ordre, car l’un dépend de l’autre dans son exercice et c’est pourquoi ils sont le plus souvent sinon ordinairement exercés par un seul et même sujet. Dans le passage déjà cité, Charles Journet a soin de le préciser. «Le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction sont deux pouvoirs réellement distincts. Ils ne sont pas cependant, disons-le ici déjà succinctement, indépendants l’un de l’autre»" (Gleize, ibid.).
           
        Ce qui signifie qu'une fois intronisé canoniquement par le pape dans son église particulière, alors, les deux droits divins qui fondent l'Église Universelle, celui du pape et celui de l'évêque, sont tous deux à équiparité en présence dans l'évêque institué, à parfaite égalité, l'un en regard de l'autre dans la Charité de Dieu, et qu'on ne saurait plus du tout supposer sans attenter mortellement à la Constitution divine de l'Église que l'un, tout seul, aurait droit de supprimer l'autre sans son formel accord, sans devoir en conclure ipso-facto que l'Église est, par-là même, radicalement détruite. Ce qui signifie évidemment que le pape Pie VII n'avait absolument pas le droit de destituer les évêques légitimes de toute la France de son seul propre mouvement, motu proprio, sans que lesdits évêques concernés, à parité de pouvoir avec lui, ne donnassent leur exprès et formel accord à cette destitution, sous peine d'invalidité radicale et ipso-facto de ladite destitution. Et, on l'a déjà compris, le même raisonnement est à faire pour la "destitution" par le pape François de Mgr Strickland...
           
        C'est précisément cette doctrine très-catholique des épousailles de droit divin de l'évêque avec son église particulière, de soi indissolubles une fois l'évêque canoniquement institué par le pape, doctrine qui existe dès les assises de l'Église, que vont rappeler d'une manière très-édifiante les évêques français Réclamants dans leurs Réclamations canoniques et très-respectueuses adressées à notre très-saint Père Pie VII, par la Providence divine, Souverain Pontife, contre différens Actes relatifs à l'Église Gallicane, 1804 (cf. https://books.google.fr/books?id=hp7ugYcbWSEC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false).
           
        Doctrine très-catholique disais-je, dont il faut remarquer avec grand'soin que si elle avait été respectée par Pie VII, qui se serait retranché derrière elle dans un triomphant Non possumus (Nous ne pouvons pas destituer validement les évêques de France par notre seul pouvoir pontifical, il Nous faut obligatoirement leur libre accord), comme il aurait été catholiquement tellement souhaitable qu'il le fît et comme nous verrons tout-à-l'heure son prédécesseur, Pie VI, le faire en 1790, elle aurait instantanément dressé un rempart infranchissable et inexpugnable qui aurait d'un seul coup d'un seul terrassé Napoléon et son projet maçonnique de détruire la vraie Église de France dans ses évêques, projet auquel s'est hélas accouplé misérablement, traîtreusement, hérétiquement et ignominieusement Pie VII ; doctrine très-catholique qui, en sauvant l'Église de France aurait en même temps empêché radicalement la subversion a-posteriori de l'Église Universelle, mais que les habituels mondains de service, minus habens avec ou sans soutane, petits insectes méprisables, affecteront de connoter péjorativement de gallicane pour mieux l'évacuer, alors qu'elle n'était que romaine et très-catholique...
 
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        Voyons, justement, le remarquable exposé qu'en font les victimes épiscopales du Concordat, ces glorieux évêques de Louis XVI dont l'assiette diocésaine remontait aux assises mêmes de la France très-chrétienne. Voici la première phrase qu'ils prononcent dans leur discours de gémissements plaintifs, comme de doux agneaux innocents qu'on mène à l'abattoir, sans pour autant qu'ils aient, pas plus que le Christ Lui-même, aucun mauvais sentiment contre celui qui les y mène :
           
        "Nous supplions instamment et nous conjurons VOTRE SAINTETÉ, avec un profond sentiment de respect et d'amour, comme il convient à des enfans [sic ; j'avertis dès maintenant que je respecterai l'orthographe vieux-françois du texte], de daigner, dans sa justice, nous écouter favorablement ; nous allons plaider la Cause la plus importante, peut-être, et la plus intéressante qu'il soit possible d'imaginer. (...) Ce témoignage de notre dévouement ne peut paroître suspect à V. S., puisqu'il lui est rendu par des Évêques blanchis dans l'exil et sous le poids d'une longue tribulation, pour avoir toujours enseigné, soutenu, défendu, avec un courage invincible, la primauté d'honneur et de jurisdiction dans l'Église universelle, qui appartient de droit divin au Pontife Romain. Ni les calomnies, ni les invectives ne répandront jamais le moindre nuage sur cette foi dont nous faisons profession, sur cette amour filial pour le Siège apostolique et pour VOTRE SAINTETÉ, que tant de voyages, de dangers, d'exils, de travaux et de souffrances ont annoncés depuis douze ans, et annoncent encore à l'univers" (pp. 11-13).
           
        Voilà comment les victimes innocentes s'exprimaient dans la grande sincérité de leur Foi pure, avec un ton d'humilité touchant qu'il n'est pas besoin de souligner.
 
CharlesLouisDuPlessisDArgentré Jean BaptisteDuPlessisDArgentré Alexandre Angélique de Talleyrand Périgord
De gauche à droite :
Louis-Charles du Plessis d'Argentré (Limoges), Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré (Séez), 
Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, oncle du "diable boîteux" (Reims),
 
Évêques Réclamants
 
        Puis, les évêques Réclamants, après avoir dit à grande raison que l'affaire de la destitution de leurs sièges épiscopaux par la seule main du pape est une affaire qui ne regarde pas seulement leurs personnes épiscopales, mais qu'elle regarde le statut même de l'Épiscopat catholique dans l'Église, car "il s'agissait du sort de chacun de nos Diocèses en particulier, de toute l'Église gallicane, et même de tout l'Épiscopat catholique" (p. 19), commencent par montrer que le pape n'a eu aucun respect envers leur fonction épiscopale de droit divin, très-notamment en fixant un délai comminatoire, brutal et irrespectueux, napoléonien pour tout dire, de dix jours seulement, si petit pour une si grande affaire, donné pour faire l'envoi de leur démission au pape. Surtout pour ceux qui, parmi eux, n'avaient même pas reçu le bref Tam multa où ce délai leur était intimé, car il y en eût dont ce fut le cas, mais qui furent traités comme s'ils l'avaient reçu, subissant comme les autres le couperet de leur destitution formelle et définitive décrétée dans le bref du 29 novembre 1801.
 
        C'était ignominieusement montrer là que Pie VII n'avait aucun souci des évêques français légitimes, le seul souci qu'il montrait était, encore et toujours, de satisfaire à tout prix la volonté de Napoléon de construire une nouvelle église en France, donc de faire à toute vitesse la démission des évêques français pour satisfaire ce précurseur de l'Antéchrist, sans aucuns égards pour eux, et non seulement quant à leurs personnes privées mais infiniment plus gravement quant à leur fonction épiscopale de droit divin, dont le pape, honteusement indigne de la Chaire de Pierre, montrait qu'il n'avait que foutre...
           
        Le pape, en effet, osait refuser dans le bref Tam multa toute concertation avec les évêques français pour leur démission, leur interdisant en dictateur toute réponse "dilatoire" à sa demande de démission pure et simple. Il est à peine besoin de faire remarquer que c'était là faire usage d'un despotisme absolutiste complètement réprouvé, que la fonction pontificale suprême de Pierre ne permet absolument pas sur la fonction épiscopale, et dont, soit dit en passant, on voit de nos jours le pape François faire un bougre d'usage immodéré... très-notamment dans l'affaire de Mgr Strickland. Il était évident que Pie VII voulait faire l'acte de démission des évêques français tout seul, en tant que pape, et en cela précisément, il outrepassait hérétiquement le pouvoir de la fonction pontificale, comme nous l'avons vu plus haut en définissant le pouvoir juridictionnel des évêques en aval, dont je rappelle ici l'élément essentiel : dès lors que l'évêque est institué canoniquement, les deux droits divins de l'Église, celui du pape et celui de l'évêque, sont théologiquement en équiparité, et donc, la démission d'un évêque ne peut canoniquement se faire qu'avec l'accord de l'évêque (sauf s'il y a faute grave de l'évêque, et que celui-ci ne veut pas donner sa démission : dans ce cas, certes, seul un procès canonique en cours de Rome peut prononcer sa destitution valide ; mais là, avec les évêques Réclamants, nous sommes exactement dans le cas contraire : c'est le pape qui est en faute, et les évêques ont le bon droit pour eux ; en ce cas, si l'évêque, injustement poussé, acculé à démission, ne la donne pas, la destitution par le pape seul ne peut avoir et n'a effectivement aucune valeur canonique).
           
        Mais qu'à cela ne tienne : Pie VII, sans cesse obsédé par Napoléon comme je ne le serai pas d'une prostituée sur le bord du trottoir (dès que le Concordat fut signé, Pie VII entra dans une "agitation, une inquiétude, et le désir d'une jeune épousée qui n'ose se réjouir le jour de son mariage"Histoire religieuse de la France contemporaine de la Révolution à la troisième République, Dansette, p. 175), ne tint absolument aucun compte de ses évêques français, qu'il trucida sans vergogne dans le décret du 29 novembre 1801, sans aucune Charité, avec une brutalité toute... napoléonienne, et, ce qui est à peine croyable, absolument sans aucun égard pour le droit divin épiscopal inhérent à la Constitution divine de l'Église dont il était le suprême Pasteur et Gardien. Laissons les victimes porter leur juste plainte à la barre : "Maintenant V. S. a passé outre ; ce qu'elle ne nous avoit d'abord annoncé qu'à mots couverts [dans le bref Tam multa du 15 août 1801], elle l'exécute aujourd'hui publiquement [dans le bref Qui Christi Domini vices du 29 novembre 1801] ; et elle prononce, à la face de toute I'Église, un décret en vertu duquel ceux d'entre nous dont les libres démissions ne lui sont pas parvenues au 29 Novembre 1801 subiroient un sort parfaitement semblable à celui des Évêques punis par une sentence de déposition. (...) Nos Églises seroient regardées comme vacantes, quoique de notre vivant, et malgré notre refus de nous démettre ; nous-mêmes interdits à perpétuité de tout exercice de la Jurisdiction ecclésiastique, et les actes que nous en pourrions faire à l'avenir, déclarés nuls et invalides" (p. 20).
           
        Nous venons pourtant de voir que le droit ecclésial fondé sur le droit divin, et du pape, et de l'évêque, exigeait que dans l'affaire d'une démission épiscopale sans qu'il y ait aucune faute grave de l'évêque, il y eut obligatoirement concertation et accord entre le pape et l'évêque pour ladite démission. Sans quoi, tout est frappé d'invalidité formelle. Le pape Pie VII était donc, dans sa procédure, ou plutôt son absence de procédure (dont on voit un exemple de nos jours dans la "destitution" forcée de Mgr Strickland), doublement en faute, et en faute gravissime : premièrement, il n'avait pas à prononcer une sentence de déposition de l'évêque, qui en l'occurrence était rien moins, excusez du peu, que tout un corps épiscopal national de 82 évêques, laquelle, théologiquement, ne valait rien sans l'accord formel des évêques de France, mais de plus, le droit lui faisait obligation d'en débattre préalablement avec l'évêque. Ce qui signifie bien évidemment qu'il n'avait rigoureusement pas le moindre droit d'exiger des évêques français qu'ils ne fassent aucune demande d'explication quant à cette demande de démission, mais juste de la donner sans aucun commentaire, comme il osa scandaleusement le formuler quasi manu militari dans Tam multa, en leur interdisant avec une brutalité inqualifiable quoique enrobée dans du papier de soie, toute réponse "dilatoire" à sa demande de démission !
           
        Dilatoire veut dire, en effet : "Qui tend à différer l'instruction ou le jugement d'une affaire, d'un procès" (Cnrtl). Or précisément, la justice théologique de l'affaire EXIGEAIT TOUT AU CONTRAIRE qu'il y eût ajournement de la demande de démission des évêques français tant qu'elle ne fut pas instruite par lesdits évêques français à parité et de concert avec le pape ! Le pape, aux antipodes du bon droit et de la justice, exigeant de traiter la question tout seul en excluant formellement l'avis des évêques dont il ne voulait aucune "réponse dilatoire", voulait là une procédure complètement hérétique, eu égard au droit divin épiscopal. Et c'est là qu'on est bien obligé de remarquer, atterré, que le démocrate pape Pie VII rentrait étonnamment bien dans les vues antichristiques de Napoléon, comme pied dans chausse exactement de même pointure ; indigné, on le voit ne pas du tout reculer devant l'attentat mortel contre la Constitution divine de l'Église fondée par le Christ quant au droit divin épiscopal, pour œuvrer de son pontifical côté et satisfaire à la mise en œuvre du plan antichristique de Napoléon... Je ferai remarquer ici qu'on détecte déjà dans Pie VII, dès le Concordat de 1801 donc, toute l'attitude radicalement pro-antichristique qu'on est affligé et plus encore encoléré de sainte-colère de constater dans François...
 
Louis Joseph de Montmorency Laval 1 arthur richard dillon quartier saint cyprien toulouse Louis Hilaire de Conzié
De gauche à droite : Cardinal-évêque Louis-Joseph de Montmorency-Laval (Metz), 
Arthur-Richard Dillon (Narbonne), Louis-François-Marc-Hilaire de Conzié (Arras),
 
Évêques Réclamants
       
        Mais après s'être justement plaint saintement, avec douceur et sans passion, de leur hérétique mise à l'écart par le pape dans l'affaire de leur démission, les évêques français vont maintenant faire appel au droit, ce qui va convaincre la procédure de Pie VII d'hérésie dans l'affaire de leur démission sans leur accord exprès (dans ce qui va suivre, je vais mettre en gras voire en rouge ce qui, dans leur texte, fait allusion au droit divin épiscopal foulé aux pieds scandaleusement par le pape Pie VII, comme vil sanglier saccageant la Vigne du Seigneur) :
           
        "D'ailleurs, comment faire un crime à des Évêques de ces réponses dilatoires, dont l'objet n'était pas de chercher des prétextes pour reculer leurs démissions, mais d'exposer clairement les motifs [en italiques dans le texte] qui leur imposoient l'obligation de les différer ; de ces réponses, dans lesquelles ces mêmes Évêques, avec tous les égards et toutes les marques d'une soumission filiale, ainsi qu'il convenait, ont représenté à V. S. ce qu'ils craignoient pour leurs Diocèses respectifs, pour leur Église nationale de France, pour tout l'Ordre épiscopal, pour l'Église catholique toute entière, pour le Saint-Siège lui-même, si l'on consommoit les projets dont l'exécution paroissoit déjà entreprise ; de ces réponses, dans lesquelles ils ont supplié, conjuré V. S., avec de si vives instances, de leur communiquer, avec bonté, les motifs qu'elle avoit de se rassurer et de se livrer à la confiance pour l'avenir, s'il pouvoit y en avoir quelques-uns dans des conjonctures aussi extraordinaires ?
           
        "Votre Prédécesseur, Benoit XIV, de glorieuse mémoire, a enseigné que des Évêques qui se conduisent de la sorte [en faisant leurs représentations au pape], non-seulement sont exempts de tout reproche, mais qu'ils ne font que s'acquitter d'un devoir indispensable. «Un Évêque, disoit ce Pontife (dans son Traité du Synode diocésain), qui a lieu de craindre qu'une loi du Siège apostolique ne soit préjudiciable à son Diocèse, a non-seulement le droit de faire ses représentations au Pontife Romain, mais il y est même étroitement obligé» (Benoît XIV, Traité du Synode diocésain, Liv. 9, ch. VIII, n° 3).
           
        "Pie VI, pareillement de glorieuse mémoire, votre Prédécesseur immédiat, n'a pas moins expressément justifié d'avance les Évêques françois qui, dans l'affaire importante dont il est question et qui concerne leur Église, exposent, avec respect, leurs sentimens à V. S., lui qui, dans ses Lettres données à Rome à Saint-Pierre, le 10 Mars 1791, les prioit, les supplioit si ardemment de lui faire parvenir leurs avis. «Le Roi nous demande entr'autres choses, écrivoit Pie VI, d'exhorter les Métropolitains et les Évêques à consentir à la division et à la suppression des Églises métropolitaines et épiscopales..... cette demande du Roi prouve clairement qu'il reconnoît lui-même la nécessité de consulter les Évêques dans une pareille circonstance, et qu'en conséquence il est juste que nous ne décidions rien avant de les avoir entendus. Ainsi nous vous demandons un exposé fidèle de vos avis, de vos sentimens, de vos résolutions, signés de tous, ou du plus grand nombre. Nos idées s'appuyeront sur ce monument comme sur une base solide ; il sera le guide et la règle de nos délibérations ; il nous aidera à prononcer un jugement convenable, également avantageux pour vous et pour tout le Royaume de France..... Nous vous conjurons de nous faire connoître comment nous pourrions parvenir à concilier les esprits. La grande distance des lieux ne nous permet pas de juger quels sont les moyens les plus convenables. Mais vous, placés au centre des événemens, vous trouverez, peut-être, quelqu'expédient qui ne blesse point le Dogme catholique, ni la Discipline universelle de l'Église. Nous vous prions de nous le communiquer, afin que nous puissions l'examiner avec soin et le soumettre à une mûre délibération» (pp. 22-25).
           
        "Pie VI, Prédécesseur de V. S., avoit jugé, dans une affaire absolument semblable [à celle du Concordat], que le Chef visible de l'Église devoit la traiter d'une manière bien différente. Il n'ignoroit pas à quel triste état se trouvoit réduite la Religion en France, lorsqu'on lui demandoit [en 1791] d'approuver la nouvelle circonscription des Diocèses de France, décrétée par l'Assemblée nationale (alors investie du pouvoir) comme le Gouvernement actuel a signifié à V. S. qu'il vouloit pareillement une nouvelle division des Diocèses. Voici néanmoins de quelle manière s'expliqua Pie VI sur la proposition qui lui étoit faite. «On nous demande, dit-on, d'approuver cette division des Diocèses décrétée par l'Assemblée nationale. Mais ne faut-il pas que nous examinions mûrement si nous devons le faire ?..... car il ne s'agit pas ici de quelques changemens dans un ou deux Diocèses, mais du bouleversement universel de tous les Diocèses d'un grand Empire. Il s'agit de déplacer une multitude d'Églises illustres, de réduire des Archevêques au simple titre d'Évêques, nouveauté expressément condamnée par Innocent III, qui fit à ce sujet les reproches les plus vifs au Patriarche d'Antioche..... Ajoutez à cela qu'avant de consentir à une telle opération, il nous faudroit consulter les Évêques dont il s'agit d'abolir les droits ; prononcer sur leur sort sans les avoir entendus, ce seroit violer à leur égard, les lois de la justice.... » (Lettres apostoliques du 19 Mars 1791)" (pp. 50-51).
                 
        "Il est bon d'observer que dans cette nouvelle circonscription des Diocèses voulue par le Gouvernement actuel de France, se rencontrent précisément les mêmes inconvéniens dont vient de parler Pie VI, et qu'il a jugés aussi graves que difficiles à lever. (...) Mais surtout, ce qu'il ne faut pas oublier et ce qui est ici le point le plus important, c'est que Pie VI a déclaré hautement et à la face de toute l'Église, dont il étoit le Chef à la place de Pierre, qu'avant d'approuver la nouvelle division des Diocèses, il étoit absolument nécessaire d'interroger les Évêques des droits desquels il s'agissoit, de peur qu'on ne l'accusât d'avoir violé, à leur égard, les lois de la justice" (pp. 51-52).
 
JosephFrançoisDeMalide LouisAndréDeGrimaldi Jean Louis dUsson de Bonnac
De gauche à droite : Joseph-François de Malide (Montpellier),
Louis-André de Grimaldi (Noyon), Jean-Louis d'Usson de Bonnac (Agen),
 
Évêques Réclamants
       
        Les Évêques Réclamants faisaient là allusion à l'attitude du pape Pie VI lorsque l'Assemblée Constituante, en 1790-91, complotait déjà de détruire l'Église de France, non seulement par la Constitution civile du Clergé, mais déjà, donc, en voulant la destruction géographique des diocèses existants en bouleversant et saccageant toute la structure diocésaine érigée au fil de longs siècles sous l'inspiration et l'Action divine du Saint-Esprit en France. C'est cependant une chose qu'ils ne purent réaliser parce que le pape Pie VI s'y opposa, comme le font fort bien remarquer nos évêques Réclamants, mais que Napoléon, reprenant le projet antichristique des "grands-ancêtres", réalisa... par la main scandaleusement lâche et traîtresse du pape Pie VII. Notons bien, en effet, que tout seul, Napoléon n'y serait pas plus arrivé que les révolutionnaires de 1790 ! Le comble, c'est qu'il y arriva... "grâce" au pape !! "Alors que le refus massif avait, en 1791, aux yeux du pouvoir, rendu de fait les évêques démissionnaires, Bonaparte a l’habileté en 1801 de charger le pape lui-même de la basse besogne de demander sa démission à l’épiscopat réfractaire, et même, comble d’ironie, aux évêques constitutionnels" (Histoire des catholiques de France, du XVe siècle à nos jours, Lebrun, p. 276, cité par Decroix, ibid.). Or, il n'est pas besoin de souligner beaucoup, dans ce qu'on vient de lire, que le pape Pie VI, en l'an 1791 qui voit le même cas de figure qu'en 1801 avec le Concordat, respectant la Constitution divine de l'Église en la matière et le droit divin épiscopal quant à la structure géographique des diocèses, met entièrement dans les mains des évêques français concernés la décision à prendre en l'occurrence. On est exactement, et très-catholiquement, aux antipodes du comportement hérétique de Pie VII... à dix ans d'écart seulement.
           
        L'attitude du pape Pie VI a d'autant plus de poids qu'elle est soutenue par tout le Collège cardinalice, comme le soulignent à juste titre nos évêques Réclamants : "Il ne faut pas oublier d'observer que Pie VI témoigne en avoir agi ainsi d'après l'avis des Cardinaux assemblés ; car voici comment s'en explique ce vénérable Pontife, dans ses Lettres monitoriales, données à Saint-Pierre, le 13 Avril de la même année 1791 : «S'étant assemblés deux fois pour en conférer, l'avis unanime des Cardinaux de la Sainte Église romaine, appelés à notre conseil, d'après un examen sérieux et approfondi, a été qu'il falloit demander aux Évêques de France leur sentiment sur ce sujet»" (pp. 25-26).
             
        Devant la volonté des sans-culottes de détruire les diocèses de France, ce qui touche au droit divin des évêques français canoniquement institués dans lesdits diocèses, on a donc deux attitudes pontificales :
           
        — En 1791, le pape Pie VI et ses cardinaux, refusant ce qui est presque un sacrilège, ont l'habileté des fils de la Lumière de se retrancher derrière l'autorité des évêques de France pour soutenir leur propre cardinalice et pontifical refus de toucher à la structure des diocèses ;
           
        — En 1801, le pape Pie VII et ses cardinaux, acquiesçant à ce quasi sacrilège, ont l'habileté des fils des ténèbres de court-circuiter les évêques de France pour autoriser Napoléon dans le Concordat, par un abus hérétique d'autorité pontificale, à détruire les diocèses, attentant ainsi hérétiquement non seulement au droit divin épiscopal mais encore, comme vont le souligner plus loin les évêques Réclamants, à la Constitution divine de l'Église.
           
        C'est donc peu dire qu'ils étaient plus que fondés à conclure ainsi : "Il est indubitable que le Gouvernement civil n'a aucun droit de prescrire des règles sur cette matière [soit toucher à la structure des diocèses, soit démissionner leurs évêques] ; et que de l'autre, c'est une chose avouée de tout le monde, qu'il n'existe aucune loi ecclésiastique qui enjoigne aux Évêques d'abdiquer l'Épiscopat, promptement et sans en connoître les raisons, dès que cette démission leur est demandée par un Souverain Pontife (...). Enfin, comme ces Prélats ne sont accusés d'aucun crime, qu'on n'a formé contr'eux aucune plainte, qu'on n'a entamé aucune procédure, les règles les plus sacrées et les plus inviolables de tous les droits s'opposent invinciblement à ce qu'on prononce contre eux un jugement de condamnation" (pp. 26 & 27).
           
        "Qui pourroit encore douter du grand préjudice que portent à la Religion le mépris des Saints Canons, et les innovations introduites dans la Discipline générale de l'Église, quand il est manifeste que c'est pour avoir abandonné le chemin frayé par nos Pères, que les choses en sont venues au point (sans doute contre l'intention de VOTRE SAINTETÉ) que si l'on ne remédie promptement au mal, et si on n'en arrête les progrès, c'en est fait de la Religion ? Car, comment peut-elle subsister, lorsqu'on foule aux pieds les droits sacrés de l'Épiscopat ("Cette cause [de la destitution des sièges épiscopaux par le pape seul] regarde l’épiscopat de toute la catholicité" ― Lettre de Mgr de Coucy du 4 novembre 1801, cité par Decroix, ibid.) ; qu'on ébranle la Constitution de l'Église ; qu'on ne lui laisse plus qu'une existence précaire, incertaine, qu'on la met sous la dépendance de tous les Gouvernemens civils, même dans les choses qui sont le plus incontestablement du ressort de la Puissance spirituelle ?" (pp. 43-44).
           
        "Mais, ce qui n'est pas moins déplorable, c'est la manière dont on s'y est pris pour exécuter ces innovations. Car, pour en venir à cette suppression et extinction de tant d'Églises, opération jusqu'alors sans exemple, on n'a observé aucunes formes canoniques. Tout s'est fait sans entendre ni les Peuples, ni les Chapitres, ni même les Évêques, des droits desquels il s'agissoit, et auxquels cependant on a refusé la liberté d'exposer leurs raisons. (...) Quoique les Archevêques et les Évêques qui occupoient leurs Églises, voyant les dangers extrêmes dont la Religion catholique étoit menacée, eussent refusé leurs démissions ; quoiqu'ils demandassent à être entendus dans des affaires aussi importantes et qui les touchoient de si près, ils ont cependant été repoussés ; ils n'ont été ni interrogés, ni écoutés" (pp. 48-49).
 
PierreJosephDeLastic 560px Mgr Jean François de La Marche Pierre Augustin Godart de Belbeuf 
 De gauche à droite : Pierre-Joseph de Lastic (Rieux, émérite),
Jean-François de La Marche (Léon), Pierre-Augustin de Belbeuf (Avranches),
 
Évêques Réclamants
       
        Puis, de poursuivre en mettant le doigt là où ça fait vraiment mal : "Lorsque ce vénérable Pontife [Pie VI] proclamoit d'une manière si solemnelle, que cette dette du Chef de l'Église envers les Évêques étoit d'une étroite et rigoureuse justice, il étoit bien éloigné de penser (comme on l'a souvent répété depuis) que le pouvoir de faire des opérations dont, pour de puissantes raisons, il se croyoit obligé de s'abstenir, appartenoit à la primauté de son Siège non pas, à la vérité, dans les circonstances ordinaires, mais dans les temps orageux. Car, nous le demandons, en quelles conjonctures se trouvoit-il placé lui-même, lorsqu'il parloit ainsi ?, étoit-ce dans des circonstances ordinaires, ou plutôt n'étoit-ce pas au milieu de la plus furieuse tempête [en 1790, veulent dire les évêques Réclamants, la situation politique et religieuse était aussi bousculée et terrible qu'en 1800] ? Et cependant il a prouvé par sa conduite combien il étoit persuadé que les lois de la justice ne pouvoient pas se prêter aux variations et à l'inconstance des événemens humains, et que les difficultés des temps, quelques terribles qu'elles fussent, n'autorisoient jamais le Pontife Romain à enfreindre ces lois à l'égard de qui que ce fût puisque la primauté du Saint-Siège apostolique a été établie par Celui-là même qui est l'unique et divine source de tout droit et de toute justice [contrairement à Pie VII qui osa invoquer dans Tam multa "la nécessité urgente des temps", formule très-moderniste soit dit en passant, pour s'autoriser à renverser les lois de la Constitution divine de l'Église quant au droit divin épiscopal...].
           
        "Il falloit d'autant plus se donner de garde de violer ces lois de la justice à l'égard des Évêques, que leurs droits sacrés n'ont pu être blessés dans cette affaire, comme ils l'ont été réellement, sans que la Constitution de l'Église ne fût en même-temps ébranlée.
           
        "Et, en effet, conclure une affaire d'une telle conséquence sans l'intervention des Évêques qui s'y trouvoient spécialement intéressés ; juger seul des circonstances infiniment graves et périlleuses dans lesquelles, pour prévenir ou pour détourner le mal, il étoit plus nécessaire que jamais de s'aider des lumières et des conseils de plusieurs, comme l'ont fait tant de fois les Souverains Pontifes, en sollicitant du haut de leur Chaire les secours de leurs frères les Évêques [ainsi que Pie VI lui-même l'avait fait, comme on l'a vu, en 1791] ; décider, dans des temps si critiques, du sort, de l'état, de tous les biens, de tous les droits de tant d'Églises, non-seulement sans interroger les Évêques des intérêts desquels il s'agit, mais sans vouloir même les écouter lorsqu'ils demandent la liberté de dire leurs raisons, comme ils ont droit de le faire ; n'est-ce pas agir comme si Dieu n'avoit établi qu'une seule puissance pour le Gouvernement de l'Église, celle du Pontife Romain ? Or, telle n'est point la Constitution que Jésus-Christ a donnée à son Église.
           
        "Que les Évêques soient appelés de Dieu à prendre part au Gouvernement de l'Église, c'est ce qu'enseignent de concert les Livres saints et la Tradition universelle. Car ce n'est pas seulement à Pierre et à ses successeurs, mais à tous les Apôtres et à leurs successeurs que Jésus-Christ a dit : «Allez donc, enseignez toutes les Nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit..... Et voilà que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles» (Matth XXVIII, 19-20).
           
        "On ne doit donc pas être surpris de ce que saint Augustin écrivoit au Pape saint Boniface 1er : «La surveillance pastorale nous est commune à nous tous qui sommes Évêques, quoique vous teniez un rang plus éminent dans le gouvernement de l'Église» (Saint Augustin, Liv. I, Contre deux lettres des Pélagiens, ch. I, n° 2). Nous lisons aussi dans saint Cyprien : «Il n'y a qu'un seul Épiscopat ; chaque Évêque en a reçu et en exerce solidairement une portion» (Saint Cyprien, De l'unité de l'Église). Le Pape saint Jean 1er écrivoit à des Évêques : «Le soin de l'Église a été confié à vous et à nous : travaillons donc pour tous» (Saint Jean 1er, Pape, lettre à Zacharie, Archevêque).
           
        "Mais comment les Évêques auroient-ils été établis par le Saint-Esprit pour gouverner I'Église de Dieu ?, comment la Sainte Église leur auroit-elle été confiée, ainsi que le dit le Pape saint Jean 1er ?, comment la surveillance pastorale leur seroit-elle commune à tous, ainsi que l'écrit Saint-Augustin ?, comment enfin pourroit-on dire, avec saint Cyprien, que chaque Évêque est chargé solidairement d'une portion de cet Épiscopat unique que Jésus-Christ a institué, si, sans avoir le moindre égard pour eux, sans les interroger, sans vouloir même les écouter, lorsqu'ils demandent à être entendus, on peut validement décider du sort, de tous les biens, de tous les droits d'un grand nombre d'Églises qui leur ont été confiées canoniquement ; en supprimer, annuller et éteindre à perpétuité le titre, le nom et l'état tout entier ? S'il en étoit ainsi, ne faudroit-il pas (ce qu'à Dieu ne plaise) changer le langage des Livres-Saints et de toute la Tradition, et dire dorénavant que le Pape seul a été établi par le Saint-Esprit pour gouverner l'Église ; que c'est à lui seul qu'elle a été confiée ; qu'à lui seul appartient la surveillance pastorale, à l'exclusion de tous les Évêques ; que lui seul enfin possède tout l'Épiscopat ; en sorte qu'il ne peut être solidairement partagé ni exercé par chacun des Évêques ?
           
        "Car (ce qu'on n'a jamais vu dans l'Église jusqu'à ce jour) il a été décrété, dans ces Lettres [Tam multa, du 15 août 1801 & Qui Christi Domini vices, du 29 novembre 1801], que de légitimes Évêques seroient chassés de leurs Sièges canoniquement érigés et canoniquement subsistans ; et cela, sans aucune procédure, sans aucune forme de jugement, du propre mouvement [motu proprio] du Chef de l'Église, et comme en vertu de sa Providence pontificale [il faut hélas remarquer que non seulement Pie VII procédait dans l'hérésie, mais en outre, il le faisait avec un orgueil peu croyable, ce qui est perceptible dans la bulle de saccage révolutionnaire des diocèses de France du 29 novembre 1801, intitulé Qui Christi Domini vices, qui signifie : Celui qui est le vicaire du Christ...].
           
        "Quel Évêque catholique pourra à l'avenir se croire en sûreté sur son Siège ? [Mgr Strickland en sait quelque choses...], comment les Fidèles pourront-ils se reposer sur la sollicitude paternelle de leurs Évêques canoniquement institués, s'il est permis, même sous le prétexte d'une nouvelle circonscription de Diocèses, de chasser de légitimes Évêques de leurs Sièges canoniquement érigés et canoniquement subsistans, sans procédure, sans aucune forme de jugement, du propre mouvement du Pape, et en vertu de sa Providence pontificale ; ce qui supposeroit que l'Épiscopat n'a aucune stabilité, et qu'il peut être révoqué au gré du Pontife Romain ? Mais assurément, Jésus-Christ n'a pas établi son Église, sous cette condition qu'elle seroit composée d'Évêques révocables à la volonté d'un seul homme, pas même de celui qu'il leur a donné pour Chef et pour Supérieur.
           
        "Dans toutes les Églises catholiques et de temps immémorial, on a cru et enseigné unanimement, que la dignité Épiscopale étoit stable et inamovible ; en sorte que les Évêques canoniquement institués ne peuvent être privés de leurs Sièges selon le bon plaisir de qui que ce fût, et sans une sentence juridiquement prononcée, après les instructions et procédures requises.
           
        "Mais Saint Grégoire le Grand s'exprime là dessus d'une manière encore plus précise : «Si nous ne conservons pas à chaque Évêque la Jurisdiction qui lui appartient, que faisons-nous autre chose, que mettre le trouble et le désordre dans l'Église, tandis que c'est à nous à y maintenir la paix» (Saint-Grégoire le Grand, Liv. XI, lettre 37, à Romain, défenseur de Sicile ; alias, liv. IX, Lett. 324) ? Ce saint Pontife nous fait assez entendre par ces paroles, combien il étoit éloigné de s'attribuer le pouvoir d'interdire à de légitimes Archevêques ou Évêques, l'exercice de toute Jurisdiction ecclésiastique dans leurs Diocèses respectifs, sans examen, sans procédure, sans aucune forme de jugement, de son propre mouvement et en vertu de sa Providence Pontificale ; et de déclarer, nonobstant le défaut de démission de leur part, leurs Églises et Diocèses entièrement libres, afin d'en disposer et ordonner selon une forme nouvelle.
           
        "[Voici] ce que disoit Pie VI, il y a quelques années, aux Évêques de France, touchant la manière dont peut être rompu le lien spirituel qui unit les Évêques à leurs Églises : «C'est à vous maintenant que nous adressons la parole, VÉNÉRABLES FRÈRES qui tous, à l'exception d'un très-petit nombre ; avez si bien connu vos devoirs envers votre troupeau, qui, foulant aux pieds tous les intérêts humains, avez fait une profession publique de la saine doctrine, et qui avez jugé que vos soins et vos travaux devoient être proportionnés à la grandeur du péril..... Le spectacle de votre conduite est pour nous une consolation bien douce, et nous vous exhortons instamment à persister dans vos généreuses résolutions. Retracez-vous sans cesse le souvenir de l'alliance spirituelle qui vous unit à vos Églises, et qui ne peut être rompue que par votre mort, ou par notre Autorité apostolique, en suivant les formes que nous prescrivent les Canons. Restez-y donc inviolablement attachés (Lettres Monitoriales du 13 Avril 1791)».
           
        "Or, il n'y a que deux formes canoniques selon lesquelles l'Autorité apostolique puisse rompre le lien de ce mariage spirituel des Évêques avec leurs Églises : la première, quand le Souverain Pontife, conformément à la discipline actuelle de l'Église, accepte la libre démission d'un Évêque faite entre ses mains ; «car l'abdication de l'Épiscopat...... est nulle et invalide aux yeux de l'Église, tant qu'elle n'a pas été ratifiée par le consentement et l'autorité du Pontife Romain» (Lettre de Son Éminence, Monseigneur le Cardinal de Zélada, écrite par ordre de Pie VI, aux Grands-Vicaires du Diocèse d'Autun, le 2 Avril 1791). La seconde, quand on prononce contre un Évêque une sentence juridique de déposition, après avoir exactement observé toutes les formalités requises pour la validité d'un jugement, selon les règles, usages et coutumes de chaque Église.
           
        "Mais c'est une chose inouïe dans toute l'antiquité, QUE LE PROPRE MOUVEMENT DU PAPE [MOTU PROPRIO] SOIT UNE FORME CANONIQUE, en vertu de laquelle puisse être validement dissous le mariage spirituel qui unit les Évêques à leurs Églises, sans qu'il soit besoin d'examen, de discussion, ni de jugement.
           
        "Au contraire, Pie VI ayant, à l'exemple des anciens Pères, comparé à l'union conjugale, le lien spirituel qui attache les Évêques à leurs Églises («Il est hors de doute que l'Église de l'Évêque est son Épouse» — Saint Calixte 1er, Pape, Lettre 2, aux Évêques des Gaules ; «Puisqu'un lien spirituel est plus fort qu'un lien corporel, on ne doit pas douter que le Dieu tout-puissant n'ait réservé à son jugement seul de dissoudre le mariage spirituel qui existe entre l'Évêque et son Église» — Innocent III, chap. Inter corporalia 2, de translation Episcopi), nous a clairement enseigné par là que ces Évêques, liés à leurs Épouses par l'institution divine, n'en peuvent être arbitrairement séparés par qui que ce soit, et qu'il ne peut y avoir d'autre manière de rompre une si sainte alliance, que celle qui a été établie et consacrée par les loix de l'Église, ou par une Tradition constante et perpétuelle. Or, selon les lois de l'Église, et d'après une Tradition non-interrompue, un Siège épiscopal, occupé canoniquement, ne peut devenir vacant que par la mort du légitime titulaire, ou par sa démission volontaire et acceptée [par le pape], ou enfin par une sentence de déposition prononcée juridiquement, après que la cause a été instruite, et en observant religieusement toutes les formalités prescrites pour la validité de pareils jugemens.
           
        "Le lien spirituel qui unit les Évêques canoniquement institués avec leurs Églises, subsiste donc dans son entier et dans toute sa force, tant qu'ils vivent, ou qu'ils n'ont pas donné librement leurs démissions, ou qu'ils n'ont pas été dépossédés par une sentence juridique, rendue selon les formes requises par les saints Canons.
           
        "Mais tant que ce lien spirituel subsiste dans son entier, les Églises, qui ont leurs Époux, ne peuvent, en aucune manière, être réputées libres, ni l'être effectivement. D'où il suit, qu'en donnant à ces Églises, ou à quelques portions d'entr'elles, de nouveaux Évêques, même sous prétexte d'une nouvelle circonscription de Diocèses, on introduit dans l'Église du Dieu vivant, un état de choses entièrement contraire à sa Constitution, et qui l'expose aux plus grands périls" (pp. 52-78).
           
        L'inconstitutionalité de la procédure, ou plutôt absence de procédure, employé par le pape Pie VII pour destituer les évêques de France, est donc patente et formelle (il en est de même pour la manière dont a été destitué Mgr Strickland, bien évidemment, qui n'est presque qu'une pâle suite, on en conviendra, de l'attentat inouï qui fut commis par le pape Pie VII lors du Concordat envers quatre-vingt deux évêques légitimes...) ; l'attentat mortel contre la Constitution divine de l'Église ne l'est pas moins.
           
        Nos évêques Réclamants le disent fort bien. Continuons à les lire, genou en terre et yeux baissés, comme devant la bonne et sainte Justice de Dieu :
           
        "Sans doute les Évêques qui, se conformant aux avis de Pie VI, rapportés ci-dessus, ont cru devoir s'attacher de plus en plus à leurs Églises, loin de les abandonner, peuvent, du moins, se rendre ce témoignage, que pénétrés de tendresse pour leurs Épouses, ainsi que de vénération pour V. S., ils ont fait provisoirement tout ce qui pouvoit dépendre d'eux, pour prévenir les maux considérables qu'ils prévoyoient, sans peine, devoir résulter de ces étranges innovations ; mais il n'a pas dépendu d'eux d'empêcher qu'elles n'altérassent la Constitution de l'Église. Car, comme d'un côté, il n'est rien de si contraire à cette divine Constitution que le défaut d'unité, et que de l'autre l'unité de l'Église consiste, en grande partie, dans l'unité des Pasteurs, il est impossible que la Constitution de l'Église ne soit point altérée, lorsqu'on donne de nouveaux Évêques à des Diocèses dont les Titulaires, canoniquement institués, sont encore vivans, et continuent de demeurer attachés à leurs Épouses, c'est-à-dire, leurs Églises, puisqu'alors le nœud sacré qui les unit à elles, n'a point été rompu.
           
        "«L'Apôtre dit : “Une femme est liée par la loi, tant que son mari est vivant ; mais lorsqu'il est mort, elle est affranchie de la loi du mariage”. De même l'Épouse de l'Évêque, c'est-à-dire, son Église, lui demeure liée, tant qu'il est vivant. S'il vient à mourir, elle est libre, et peut se choisir un autre époux, pourvu que ce soit dans le Seigneur, c'est-à-dire, en observant les saintes Règles : mais si une Église, du vivant de son Évêque, c'est-à-dire, de son Époux, s'attache à un autre, elle devient adultère» (Saint Calixte 1er, Pape, Lett. 2, aux Évêques des Gaules)" (pp. 78-80).
 
        Les évêques Réclamants sont par trop bien fondés à décrire à présent ce qui va s'ensuivre de l'attentat sacrilège et inouï commis dans le Concordat par Pie VII. Et ici, ces bons évêques, toujours légitimes, mais persécutés, calomniés, humiliés et foulés aux pieds avec une brutalité toute napoléonienne par un pape misérablement et ignominieusement séduit et obsédé de démocratisme et de napoléonisme, vont visiblement user du charisme prophétique divin attaché à leur rang d'Apôtres, ils vont revêtir tout soudain la livrée glorieuse des grands Prophètes de Yahweh Sabaoth, le Dieu des Armées célestes. À genoux dans notre âme, considérons en effet et méditons avec soin à quel point de véracité quasi divine nous voyons tout le XIXème siècle et plus encore le XXème et à l'excès notre début de XXIème, réaliser dans l'Église leurs malédictions divines et sinistres prédictions faites en... 1801 : "Alors l'Église subira toutes les variations que la mobilité des intérêts et des passions du monde introduira dans le Gouvernement temporel («Nous ne croyons pas que la mobilité des intérêts du monde doive rendre l'Église de Dieu sujette à l'instabilité» — Saint Innocent 1er, Lett. 24, à Alexandre, Évêque d'Antioche, chap. 2, n° 2, tom. I, col. 852, édit. de D. Coustant). L'état entier de la Religion deviendra flottant et incertain ; les Souverains Pontifes, jamais tranquilles sur le premier Siège, sans cesse fatigués par d'importunes et vives instances, forcés par l'urgente nécessité des temps, se verront obligés de céder, et paroîtront, en quelque sorte, avoir abandonné les rênes du gouvernement de l'Église. Bientôt les hommes les regarderont moins comme les Vicaires de Jésus-Christ, régnant dans les Cieux, que comme les Ministres de toute Puissance temporelle, quelle qu'elle soit, à qui il plaira de vouloir disposer à son gré des objets mêmes les plus divins et les plus spirituels ; et les maux que souffrira l'Église seront d'autant plus difficiles à guérir, que son Chef visible lui-même deviendra le complice des coups qui lui auront été portés [... n'est-ce pas que cela décrit fort bien François, pour ne parler que de lui parmi les papes modernes post-concordataires...?].
           
        "Ces lugubres pressentimens, cette vue anticipée de tant de calamités, produit sur notre âme une si vive impression de crainte et d'horreur, que nous ne pouvons nous empêcher d'adresser à V. S. la même prière qu'adressoit autrefois au Pape Paschal II, saint Bruno, Évêque de Segni et Abbé du Mont-Cassin. «Ayez pitié de l'Église de Dieu, de l'Épouse de Jésus-Christ, et faites en sorte, par votre prudence, qu'elle recouvre sa liberté (et nous, nous ajoutons : sa Constitution) qu'elle semble avoir perdue» (Baronius, Annales ecclésiastiques, an. IV, n° 24)" (p. 85).
 
 PhilippeFrançoisDAlbignac FH de VS Eveque de Gap Cardinal de la Fare
De gauche à droite :
Philippe-François d'Albignac (Angoulême), François-Henri de la Broüe de Vareilles (Gap),
Anne-Louis-Henri de La Fare, qui deviendra cardinal sous la Restauration (Nancy),
 
Évêques Réclamants
           
        ... "All’urgente necessità dei tempi", osera invoquer Pie VII pour s'autoriser à ses attentats sacrilèges contre la Constitution divine de l'Église, dans Tam multa ("Nous sommes contraints par la nécessité urgente des temps -qui exerce en cela aussi sa force sur Nous- à vous rappeler l’impérieuse nécessité que vous donniez une réponse écrite à cette lettre dans le délai d’au moins dix jours"), osant très-hérétiquement, par cette formule très-moderniste, soumettre la Constitution divine de l'Église donnée aux hommes par le Sacrifice divin de Jésus-Christ pour leur Rédemption et salut éternel, à la volonté mauvaise des hommes, en l'occurrence aux "droits de l'homme" athées, sous les auspices desquels Napoléon voulait construire son novus ordo sæculorum, ce que remarquent bien nos évêques Réclamants, qui poursuivent ainsi : "Depuis dix-huit siècles que la Religion catholique, bâtie sur la pierre ferme, est demeurée inébranlable au milieu de tant d'orages dont elle a été battue, il est souvent arrivé que l'urgente nécessité des temps exerçât son empire, et sur les Papes, et sur les Évêques. Cependant jamais aucun Souverain Pontife n'a, de son propre mouvement, et sous prétexte d'apaiser la tempête, bouleversé à la fois tous les Diocèses d'une immense étendue de pays, et anéanti une multitude d'Églises illustres : aucun n'a entrepris de dépouiller de son Siège, sans forme de jugement, un seul Évêque canoniquement institué, et non convaincu de quelque crime" (p. 89).
           
        Et de rappeler à excellente et très-bonne enseigne le cas du pape Pascal II (1050-1118) qui, cédant sur la question des Investitures, ce qui était hérétique, sous la menace d'un sac de Rome et du massacre des romains par l'empereur césariste Henri V d'Allemagne, se rétracta très-peu de temps après, généreusement et avec grande humilité, devant un concile rassemblé à ce sujet dans la basilique romaine Saint Jean de Latran. Mais voici comment nos évêques Réclamants résument la question... suivez leur regard en direction de Pie VII : "Le Pape Paschal II se vit pareillement dans des conjonctures difficiles, et il céda aussi à l'urgente nécessité des temps : mais il reconnut sa faute, et il avoua publiquement le jugement qu'il portoit lui-même du Décret sur les Investitures, qui lui avoit été arraché par la force impérieuse des circonstances" (p. 88). Et de conclure très-catholiquement : "Ajoutons à cela que, comme selon saint Augustin, «il ne peut jamais y avoir de vraie nécessité de rompre l'unité de l'Église» (Saint Augustin, contre Parménien, Liv. II, chap. 2), de même il ne peut y en avoir non plus d'ébranler sa Constitution, par la raison évidente et décisive qu'en donne le Pape saint Félix II ; c'est qu'«il est certain qu'au jour du jugement, Dieu nous redemandera son Église dans toute son intégrité, telle que nous l'avons reçue de nos Pères» (Saint Félix II, Lettre à Acace de C. P. dans Baronius, an. 485, n° 29).
           
        "Non, il n'est jamais permis, quelques violentes que soient les tempêtes qui s'élèvent contre la maison de Dieu, jamais il n'est permis, même sous prétexte de rétablir le calme, d'altérer le moins du monde la Constitution de l'Église et quand il arriveroit qu'on en fût réduit à une telle extrémité, qu'il ne parût plus y avoir aucun autre moyen d'apaiser les flots irrités, que de consentir à une telle altération, il faut bien se donner de garde d'exercer, même dans la vue de procurer le salut de l'Église, un pouvoir que Jésus-Christ n'a conféré à personne : car si on en agissoit ainsi [comme l'a fait sans remords le pape Pie VII...], outre que tout ce qu'on feroit seroit nul et invalide, on sembleroit accuser la Providence du Rédempteur, de n'avoir pas suffisamment pourvu aux besoins de son Épouse. Il faut alors reconnoître, avec humilité, que tout le pouvoir des hommes est insuffisant, qu'il ne leur appartient pas de faire cesser l'orage ; et recourir à Jésus-Christ, «l'Apôtre et le Pontife» (Hebr III, 1) de la Religion que nous professons" (pp. 90-91 & 93).
 
 
FrançoisMarieDeVintimille Jean Charles de Coucy JeanMarieAsseline 2
De gauche à droite : François-Marie-Fortuné de Vintimille (Carcassonne),
Jean-Charles de Coucy (La Rochelle), Jean-Marie Asseline (Boulogne-sur-Mer),
 
Évêques Réclamants 
       
        Puis encore, d'aborder la question fameuse des Articles organiques, qui montrent quant et quant que l'Église concordatisée est abominablement jugulée, ligotée, esclavagisée jusque dans son fondement spirituel sous la puissance de l'État constitutionnellement athée avec lequel, ayant accepté l'obligation faite par le pape de manger avec le diable sans longue cuillère, elle s'est prostituée... sous l'impulsion très-ardente du pape Pie VII. Il ne sert à rien, en effet, de se récrier hautement et hypocritement, avec de grands accents hystériques et effarouchés de vierges violées, que le pape n'accepta jamais lesdits Articles organiques, qu'il portât sans cesse et à maintes reprises au fil des ans sa réclamation près le Gouvernement français, qui, avec une extrême politesse de fin de non-recevoir et de grands ronds-de-jambe diplomatiques n'en tint jamais aucun compte, pour la raison très-simple que dans le corps du texte concordataire, le pape s'y était lui-même librement soumis en promulguant le § 1, ainsi rédigé : "La religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police, que le Gouvernement jugera nécessaire pour la tranquillité publique". Or, les Articles organiques n'étaient rien d'autres que cesdits "règlements de police" mis en forme...! Ce qui montre l'incohérence et l'illogisme insensés où s'était enfermé le pape, dès lors qu'il était rentré dans l'attentat contre la Constitution divine de l'Église par le Concordat. De quel droit en effet pouvait-il bien réclamer contre ces Articles organiques puisqu'il s'y était lui-même librement soumis dans le principe de la question par le § 1 du Concordat qu'il avait promulgué...?! Mais laissons nos évêques Réclamants fort bien exposer la question au regard de la Foi, comme on les voit se montrer fort accoutumés de le faire si bellement, depuis que nous les lisons :
           
        "Il est d'autant plus fâcheux que cette conduite [de ne pas mettre hérétiquement la prétendue "nécessité urgente des temps" au-dessus de la Constitution divine de l'Église] n'ait pas été suivie dans la triste affaire dont il est question, que c'est précisément parce que l'on s'en est écarté, que la Religion catholique, apostolique et romaine, loin d'avoir retiré un avantage réel de ce qui a été fait, en éprouve, au contraire, un grand dommage et un énorme préjudice.
           
        "Car, quoique V. S. ait toujours eu l'intention, comme elle l'a déclaré, «de porter la condescendance jusqu'à faire pour le bien de l'unité tous les sacrifices qui ne sont pas incompatibles avec l'essence de la Religion» (Bulle Ecclesia Christi), il s'en faut de beaucoup néanmoins, qu'elle ait obtenu, au prix de ces sacrifices, la conservation de la Religion en France (ce qui étoit le grand objet de ses vœux), puisqu'au contraire ils n'ont abouti qu'à y rendre plus déplorable l'état de cette Religion sainte, et à la mettre, pour ainsi dire, à deux doigts de sa ruine totale. Comment, en effet, pourroit-on espérer de voir la Religion se maintenir dans notre malheureuse Patrie ; qui ne craindroit plutôt pour elle les plus terribles désastres, en considérant cette suite de Décrets que le Gouvernement françois a publiés le 6 Avril 1802, sous le titre d'Articles organiques de la Convention du 26 Messidor, an IX ; Articles dont V. S. a eu tant de raison de se plaindre, comme elle l'a fait dans le Consistoire secret du 24 Mai de la même année 1802, et au sujet desquels elle a déclaré qu'elle n'en avoit eu aucune connoissance avant leur publication.
           
        "Car, outre que ces Articles renferment plusieurs dispositions qui tendent nécessairement à détruire la Religion, ils assujétissent entièrement à la Puissance séculière le Ministère que Jésus-Christ n'a confié qu'à son Église, et convainquent leurs auteurs, avec la dernière évidence, d'avoir usurpé l'autorité spirituelle. Il n'est que trop visible que les auteurs desdits Articles ont réellement usurpé la puissance de l'Église ; et qu'ils n'ont pas craint de porter des lois sur des objets spirituels, en attirant à eux ce qui y a rapport : c'est ainsi que s'arrogeant un Ministère qui n'est nullement de leur compétence, ils se sont ouvertement déclarés les ennemis de la divine Constitution de la Religion catholique.
           
        "Et plût à Dieu qu'on n'eût pas donné occasion à ces Articles, en souscrivant purement et simplement, sans aucune précaution, à la seconde partie du premier article de la susdite Convention du 15 Juillet 1801, lequel est conçu en ces termes : La Religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France..... en se conformant aux règlements de police que le Gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique.
           
        "Hélas ! cette Convention, prise dans tout son ensemble, loin de guérir les maux de l'Église, n'a fait que les aigrir (sans doute contre l'intention de V. S.) mais la seconde partie de l'article premier lui a été spécialement funeste, parce qu'elle a fourni à la Puissance séculière l'occasion de s'emparer du Gouvernement spirituel, occasion qu'elle n'a eu garde de laisser échapper. Oui, voilà ce qui lui a applani le chemin pour en venir à tant d'étonnantes dispositions, auxquelles un Catholique ne peut penser sans la plus vive douleur. Et comme, d'une part, V. S. a formellement reconnu dans son Allocution du 24 Mai 1802, que lesdits Articles, tels qu'ils sont, mettent obstacle à l'exécution de ce qui est prescrit par la Constitution de notre Sainte Religion, ainsi qu'à l'exacte et fidèle observance de la Discipline établie par les loix de l'Église ; et que de l'autre ces mêmes Articles, tels qu'ils existent, sont des règlements de Police qui ont force de loi en France, et auxquels on est tenu de se conformer dans l'exercice de la Religion ; il s'en suit évidemment que la Religion catholique, apostolique et romaine, est aujourd'hui exercée en France, sous la condition expresse, que ses Ministres obéiront à des réglemens qui, au jugement de V. S. elle-même, s'opposent à ce que l'on pratique ce qu'exige la divine Constitution de notre Sainte Religion, et à ce que l'on observe fidèlement la salutaire Discipline que l'Église a établie par ses loix" (pp. 94-101).
           
        ... Amen ! Il n'y avait rien à dire face à ces vérités si criantes rappelées par nos évêques Réclamants montrant l'hétérodoxie radicale du Concordat et de son application en France, Pie VII n'avait plus qu'à pleurer de honte son péché, en se frappant la poitrine d'un mea MAXIMA culpa retentissant, tel saint Pierre après avoir renié le Christ lors de sa Passion, tel Pascal II l'avait fait... Hélas !, on ne le sait que trop bien : Pie VII ne le fit point ; et même, bien pire : il n'y pensa jamais. Comme non plus, on ne le vit faire aucune réponse aux Réclamations, etc., rédigées par nos évêques Réclamants, dont on peut bien se rendre compte, depuis qu'on les lit, que les critiques savantes, pieuses, fermes et toutes ciselées dans une extrême droiture de Foi non moins que toutes mesurées dans la plus grande Charité envers le pape étrangement défaillant, sont toutes forgées à l'aune de la plus pure Vérité catholique... Quelle ressemblance, n'est-ce pas, avec l'attitude coupable de François ne faisant, lui non plus, aucune réponse aux Dubia des cardinaux relativement à Amoris Laetitia !!
 
 
Marie Joseph de Galard de Terraube JeanBaptisteDuChilleau Francois de Gain de Montaignac 1782 Tarbes 
De gauche à droite : Marie-Joseph de Galard de Terraube (Puy-en-Velay),
Jean-Baptiste du Chilleau (Châlon-sur-Saône), François de Gain de Montagnac (Tarbes),
 
Évêques Réclamants
       
        Mais voici le pire. Et ce pire du pire nous met incroyablement de plain-pied avec ce que nous vivons et mourons à la fois en Église de nos jours, à savoir que les hérétiques et les scandaleux vont très-concrètement être acceptés et accueillis dans l'Église concordatisée de France, au même titre que les catholiques purs de toute hérésie et de tout scandale... Non, ô lecteur !, tu ne vas pas lire, dans ce qui va suivre, un commentaire autorisé sur ce qui se passe actuellement dans l'Église Universelle aux temps cala(très)miteux du Synode sur la synodalité, tu vas lire ce qui s'est passé il y a 220 ans dans l'Église de France... avec les prêtres jureurs et/ou mariés synodalisés de par la Constitution civile du Clergé, et réintégrés sans aucune repentance dans le clergé officiel, de par le Concordat. Napoléon, en effet, avait exigé du pape, qui lui céda sur ce chapitre comme sur tous les autres, qu'on n'inquiétât pas ces pécheurs ecclésiastiques et qu'on leur réservât le même traitement que les prêtres restés purement catholiques, dans la recomposition prostituée du Clergé concordataire... Toute ressemblance, évidemment, avec la situation des pécheurs de notre temps, par exemple les divorcés remariés et autres déviants sexuels qu'on veut admettre sans repentance dans l'Église et au banquet eucharistique, est bien sûr totalement fortuite, comme on dit dans les films biopics...
           
        Or, de quoi se rendaient coupables les prêtres qui avaient juré la Constitution civile du Clergé ? Ils se rendaient coupables de souscrire à une synodalisation de la vie de l'Église en France... exactement comme on la voit de nos jours vouloir ressurgir et s'imposer, non seulement sous le pontificat de François mais par François lui-même.
           
        La Constitution civile du Clergé en effet, était essentiellement basée sur la doctrine hérétique du richérisme. Qu'est-ce que le richérisme ? C'était tout simplement vouloir que l'Autorité dans l'Église parte de la base pour remonter vers le haut, aux antipodes radicales mêmes de la structure hiérarchique voulue par le Christ pour son Épouse, qui part du haut pour descendre vers le bas, et que la théologie a cristallisé par les termes "membres enseignants" et "membres enseignés". Le richérisme, c'est, sous terminologie différente, théoriser une Église... synodale, prétendant ainsi revenir à une soi-disant pureté de l'Église primitive. Le principe essentiel d'Edmond Richer (1559-1631), était en effet celui-ci : "Chaque communauté a droit immédiatement et essentiellement de se gouverner elle-même, c’est à elle et non à aucun particulier que la puissance et la juridiction a été donnée" (cherchez où est l'erreur, avec la doctrine actuelle du Synode sur la synodalité...!).
           
        "La doctrine entend appliquer le principe de gouvernement des communautés à tous les niveaux de l’organisation ecclésiale. Au niveau supérieur, le richérisme se confond avec la doctrine gallicane qui considère que le Pape est soumis, en termes d’autorité temporelle et dogmatique, au Concile, donc à l’ensemble des évêques représentant le peuple chrétien. Mais la doctrine n’en reste pas à ce premier niveau. Ainsi de la même manière, l’évêque est soumis, au synode diocésain, donc à l’ensemble des curés représentant le peuple chrétien du diocèse. On comprend que le richérisme recueillait les faveurs du bas-clergé. Et enfin au troisième niveau, le curé est soumis à l’assemblée paroissiale, donc à l’ensemble du peuple chrétien de la paroisse. Très influents à l’Assemblée constituante, les partisans du richérisme orientèrent la réorganisation de l’Église gallicane, tant à l’égard de la constitution civile du clergé qu’à l’égard de la constitution ecclésiastique, autour du principe de gouvernement démocratique des communautés paroissiales et diocésaines dont le système de Richer avait fourni l’une des premières théorisations" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Richer).
           
        En condamnant la Constitution civile du Clergé, c'est surtout la doctrine du richérisme qui la sous-tendait que le pape Pie VI condamna solennellement, mais le Concordat va voir les prêtres qui avaient hérétiquement juré ladite Constitution, c'est-à-dire qui étaient au moins implicitement richéristes, c'est-à-dire... synodaux !, être mis à rang d'égalité avec les prêtres réfractaires, c'est-à-dire catholiques, qui avaient refusé d'y souscrire. Exactement, l'analogie est frappante, comme dans l'Église de nos jours, les plus hauts prélats richéristes-synodaux, notamment ceux d'Allemagne, gardent place et faveur près le pape, et ne sont pas sanctionnés (ce sont les catholiques qui le sont, tel Mgr Strickland).
           
        Mais, pour exposer l'affaire, je laisse parler, ils le font si bien, nos bons Pères dans la Foi, nos évêques français Réclamants.
           
        "Rien, en effet, de plus déplorable, et en même temps de plus certain que ce qui est arrivé depuis peu, lorsqu'il s'est agi de la rétractation à laquelle étoient si justement obligés les Ecclésiastiques assermentés, intrus, invaseurs, [ayant juré la Constitution civile du Clergé], et de la réparation du scandale causé par ces Prêtres, qui ont osé contracter des mariages sacrilèges [c'est principalement sous la Terreur, entre 1793 et 1794, que 70 % des prêtres mariés pendant la Révolution se marient, on ne peut attribuer en soi à la Constitution civile du Clergé d'en être responsable, quand bien même "le mariage des prêtres est un phénomène important qui a touché près de 6 000 individus, soit près du quart du clergé constitutionnel"Les prêtres mariés sous la Révolution française, thèse soutenue à Paris 1 par Xavier Maréchaux, 1995].
           
        "Le Prédécesseur de V. S., Pie VI, d'heureuse mémoire, après avoir condamné la Constitution civile du Clergé, décrétée par l'Assemblée nationale, après avoir prononcé des peines canoniques contre les Ecclésiastiques qui avoient prêté purement et simplement, et n'auroient pas rétracté dans le temps prescrit, le Serment civique, «source empoisonnée de toutes sortes d'erreurs, et la principale cause des maux qui affligent l'Église de France» (Lettres monitoriales du 13 Avril 1791), comme aussi contre ceux qui s'étoient souillés du crime de l'intrusion, ou qui s'en souilleroient à l'avenir, régla la manière dont les uns et les autres pourroient être réconciliés avec l'Église, «en ne consultant que sa Discipline la plus douce et la plus favorable» (Indult du 13 Juin 1792).
           
        "Le Saint-Père se réserva à lui seul et à ses Successeurs, la faculté d'absoudre les Archevêques et les Évêques. Cependant il n'ôta point auxdits Archevêques et Évêques tout espoir de pardon, il ajouta, au contraire, dans les mêmes Lettres : «À Dieu ne plaise que cette réserve que nous faisons à notre Tribunal soit, pour les coupables, un sujet de découragement. Notre désir le plus ardent est qu'elle soit, au contraire, pour eux un plus pressant motif de recourir, avec confiance, à notre commune Mère, et de se jetter dans son sein avec empressement. Si leur pénitence est sincère, s'ils sont disposés à avouer leurs fautes, à les réparer pleinement, et à renoncer aux Églises qu'ils ont usurpées, nous l'avons déjà déclaré avec Saint-Léon, et nous le déclarons de nouveau, nous les recevrons à bras ouverts , et nous les ferons jouir de l'Unité de notre paix et de notre communion (Indult du 13 Juin 1792)».
           
        "Quant aux Ecclésiastiques du second ordre, le même Pontife accorde aux Archevêques, Évêques et Administrateurs des Diocèses du Royaume de France, d'abord la faculté d'absoudre ceux qui auroient prêté le Serment civique, à condition néanmoins que ceux-ci rétracteroient, ou plutôt, après qu'ils auroient rétracté ledit Serment, et réparé, le mieux qu'il leur seroit possible, le scandale qu'ils auroient donné aux fidèles (Indult du 19 Mars 1792).
           
        "Il a ensuite accordé aux légitimes Archevêques, Évêques et Administrateurs des Diocèses, le pouvoir d'absoudre les Intrus, en prescrivant, toutefois, les conditions préalables que ceux-ci auroient à remplir pour obtenir cette grâce : «Afin d'empêcher, dit Pie VI, que ces sortes d'absolutions ne soient accordées indiscrettement, ou qu'elles ne présentent des formes diverses, nous en tenant..... à la plus douce discipline de l'Église, nous défendons qu'aucun Intrus ne soit absous, à moins d'avoir auparavant rétracté, par écrit, le Serment civique, et les erreurs contenues dans la Constitution civile du Clergé de France, et déclaré spécialement que les Ordinations reçues ou conférées par les Intrus, sont toutes sacrilèges ; que l'autorité déléguée par eux est nulle ; que leur intrusion viole toutes les lois de la justice, et que tous les actes qui en ont été la suite, sont frappés d'une nullité radicale ; d'avoir promis, avec serment, obéissance au Saint-Siège apostolique et aux légitimes Évêques ; enfin d'avoir renoncé à la Paroisse, ou à la portion de Paroisse qu'ils ont envahies ; lesquelles rétractations et abdications doivent être publiques, comme le crime l'a été» (Indult du 13 Juin 1792).
           
        "Une heureuse expérience a fait voir que, si cette manière de procéder, tracée par Pie VI, étoit nécessaire, aussi n'a-t-elle pas été inutile et sans fruit. Beaucoup d'Ecclésiastiques qui avoient prêté le Serment, ou qui s'étoient souillés du crime de l'intrusion, se soumirent avec une scrupuleuse exactitude, aux conditions prescrites ; satisfirent pleinement pour le passé ; rentrèrent en grâce avec l'Église, leur mère, et la consolèrent, par la sincérité de leur pénitence, après l'avoir contristée par leurs égaremens. Ainsi, quoiqu'elle eût la douleur d'être privée du Culte public et solemnel [dans les années 1791-1800], on voyoit de temps en temps triompher l'Unité par le renoncement public au schisme, et par la rétractation du fatal Serment qui y avoit donné lieu ; on voyoit de temps en temps triompher la Foi par l'abjuration publique de l'erreur ; on voyoit de temps en temps triompher la Discipline, la sauvegarde de la Foi, par la condamnation solemnelle que faisoient les pécheurs publics des crimes énormes qu'ils avoient commis.
           
        "Mais les choses se sont passées et se passent encore bien différemment, depuis la publication de la Convention conclue le 15 Juillet 1801, entre V. S. et le Gouvernement françois [c'est-à-dire le Concordat lui-même], et des Articles dits organiques de cette même Convention" (pp. 101-107).
           
        Napoléon, en effet, exigeait que le clergé constitutionnel civil, de soi hérétique et schismatique, soit traité de la même manière que le clergé qui n'avait pas péché contre l'Unité de l'Église, qu'on ne leur demandât aucune rétractation de quoi que ce soit. Et il imposa cette mesure au pape comme condition du Concordat, lequel laissa faire, et on ne peut y voir de la part de Napoléon, une fois de plus, qu'il n'avait que foutre de la pureté de la Foi catholique, son seul désir étant de se créer un clergé français inféodé à son pouvoir politique. C'est pourquoi les prêtres jureurs redressèrent la tête en rebelles impénitents lorsque le Légat Caprara, au nom du pape Pie VII, vint à Paris recueillir leurs rétractations. Ils se savaient soutenus par le Gouvernement, et refusèrent hautement toute rétractation. Mais le plus grave, et même l'incroyable, c'est que le Légat s'est prêté et plié scandaleusement à une parodie de rétractation, et, pour satisfaire aux exigences du Gouvernement napoléonien, s'est avili sacrilègement à donner des Lettres d'absolution à ceux qui lui déclaraient en face ne point se rétracter. Voici ce qu'en disent nos édifiants évêques Réclamants :
           
        "Parmi les Ecclésiastiques qui avoient prêté le Serment civique, ainsi qu'il a été dit, et qui, de plus, s'étoient souillés du crime de l'intrusion, en occupant, contre les lois de l'Église, des Sièges épiscopaux, et qui, à raison de ces délits, avoient encouru la peine de suspense, et étoient ensuite tombés dans l'irrégularité, plusieurs ont été promus à des Archevêchés ou Évêchés de la nouvelle circonscription : cependant ils n'ont point condamné leur criminelle conduite ; bien loin de là, quelques-uns d'entr'eux ont publié des écrits, où déposant tout honte, ils se vantent de n'avoir fait aucune rétractation, d'être dans la résolution de n'en jamais faire, et se font gloire d'avoir rejetté, avec mépris, la grâce de l'absolution qui leur à été offerte, parce que, disent-ils, «il n'en avoient pas besoin».
           
        "C'est ce qu'on lit dans la lettre de Dominique Lacombe (appellé Évêque d'Angoulême, selon la nouvelle circonscription), au vénérable Prêtre Binos, ancien Chanoine de St-Bertrand, écrite à Paris le 4 Juin 1802, et imprimée à Bordeaux chez Simart, rue Ste-Catherine. «Il est très-vrai que M. le Légat a voulu de nous une rétractation ; il est très-vrai qu'il ne l'a pas obtenue..... Je déclarai que je ne faisois l'abandon de la Constitution civile du Clergé, que parce qu'une nouvelle loi la rend impraticable ; qu'ayant respecté et aimé ses dispositions, je continuerois de les respecter et de les aimer ; que bien loin de me blâmer d'y avoir obéi, d'y avoir été fidèle, je regardois comme les meilleurs actes de ma vie, comme les plus dignes des récompenses éternelles, tous les actes qu'elle m'a prescrits, et auxquels je me féliciterai toujours de m'être prêté. On vous dira, peut-être, que M. le Légat nous a donné l'absolution, que la preuve en est dans les registres de sa Légation, qu'on y a vu..... plusieurs exemplaires d'un Decretum absolutionis humblement demandé par plusieurs de nous, et à plusieurs de nous charitablement accordé. Comment repousserez-vous ces faits là ? Vous direz avec moi, que M. le Légat, aux mépris des règles usitées dans le Sacrement de Pénitence, au mépris de ces paroles célèbres d'une infinité de Papes : Nisi vere contritis et confessis, a donné une absolution qui n'étoit ni voulue ni demandée ; que lorsque le Decretum en a été remis.... à quelques-uns d'entre nous, ils en ont fait justice en le jettant au feu, en présence de celui de qui ils l'avoient reçu..... Vous direz de plus, que le constitutionnel Lacombe n'a pas été gratifié de ce Decretum : sans doute qu'on a craint qu'il ne fût moins patient que les autres».
           
        "Qui pourroit assez déplorer une pareille obstination, une si invincible opiniâtreté, dans l'erreur ? Qui ne seroit pénétré d'indignation, en voyant que ces Hérétiques, loin d'avoir demandé avec humilité la grâce de la réconciliation dont ils ont tant besoin, l'ont, au contraire, orgueilleusement repoussée, au grand mépris du Saint-Siège apostolique ? N'est-ce pas ici le cas de dire avec saint Bernard : «Beaucoup de gens s'étonnent et se scandalisent de voir de pareils hommes protégés, défendus, favorisés, comblés d'honneurs» (Saint Bernard, Lett. 178, au Pape Innocent II, n. 3) ? Quelle doctrine vont enseigner au Clergé et au Peuple des hommes qui ne rougissent pas de manifester un respect et un attachement si opiniâtres pour cette Constitution civile du Clergé, qui, comme personne ne l'ignore, a été condamnée par un jugement solemnel du Saint-Siège apostolique, aux applaudissemens de toute l'Église gallicane ; et sans la moindre réclamation de la part des autres Églises catholiques ; condamnée, disons-nous, «comme étant un composé de principes hérétiques, par conséquent hérétique elle-même, et contraire au Dogme catholique en plusieurs de ses Décrets ; schismatique et sacrilège, dans d'autres ; destructive des droits de la primauté du S. Siège et de ceux de l'Église ; opposée à la Discipline, tant ancienne que nouvelle, et qui enfin n'a été inventée et publiée que dans le dessein d'abolir entièrement la Religion catholique» (Lettres monitoriales du 13 Avril 1791) ?
           
        "Quelle est grande et quelle est juste l'horreur de toute l'Église, lorsqu'elle voit des hommes frappés de la censure de suspense, qui ont encouru l'irrégularité ; et qui, après avoir repoussé avec mépris le bienfait de l'absolution, s'emparent du Gouvernement d'immenses Diocèses, et ont l'audace d'y exercer les fonctions épiscopales !
           
        "Au reste, nous n'avons pas seulement à gémir des fautes commises par les Ecclésiastiques depuis la conclusion du Concordat et des Articles dits Organiques ci-dessus mentionnés, il est encore émané du Gouvernement civil et de ses Agents, depuis la même époque, des actes plus funestes à la Religion qu'il n'est possible de l'exprimer.
           
        "En effet, quoique Pie VI, Prédécesseur de V. S., s'en tenant, comme nous l'avons déjà observé, à la plus douce discipline de l'Église, ait défendu d'absoudre aucun Ecclésiastique Jureur ou Intrus, à moins, qu'au préalable, il n'eût satisfait à l'obligation indispensable de se rétracter, ainsi que les saints Canons l'ont prescrit dans tous les temps, et n'eût rendu sa rétractation aussi publique que le crime l'avoit été (Indults du 19 Mars et du 13 Juin 1792), la Puissance séculière a néanmoins défendu d'en exiger d'aucune espèce. Car voici ce qu'on lit dans la lettre circulaire du Ministre de la Police générale, aux Préfets, datée de Paris, 18 Prairial, an X, le 7 Juin 1802 : «Vous devez porter une égale attention à ce qu'aucun des partis qui ont divisé l'Église, n'exige aucune espèce de rétractation. Je vous ait fait connoître la volonté du Gouvernement à cet égard. On ne peut, sans la méconnoître, demander aux Prêtres ni Serment, ni Formule, autre que la déclaration qu'ils adhérent au Concordat, et qu'ils sont dans la Communion des Évêques nommés par le Premier Consul. Si l'on se croyoit autorisé, de part et d'autre, à demander des rétractations réciproques, où seroient les fruits de la réconciliation religieuse, dans laquelle doivent s'éteindre toutes les haines et tous les souvenirs du passé ? L'organisation des Cultes est dans l'Église ce que le 18 Brumaire est dans l'État. Ce n'est le triomphe d'aucun parti, mais la réunion de tous dans l'esprit de la République et de l'Église».
           
        "Après cette défense d'exiger aucune espèce de rétractation des Ecclésiastiques, soit Jureurs, soit Intrus, les Archevêques et les Évêques des Diocèses de nouvelle circonscription, ont reçu une instruction, ou pour mieux dire, un ordre du Gouvernement civil, de ne mettre aucune différence entre les Prêtres qui ont obéi à l'Église, et ceux qui lui ont désobéi, et d'appeller ces derniers dans une proportion du tiers au quart à remplir les fonctions de Curés et de Vicaires. Car on trouve ce qui suit dans la lettre circulaire du Conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les Cultes, écrite le 8 Juin 1802, aux Archevêques de nouvelle circonscription, lettre si répréhensible à tant d'autres égards. «L'intention du Premier Consul est que, pour réaliser un système d'impartialité équitable, vous choisissiez un de vos Grands-Vicaires parmi les Ecclésiastiques du second Ordre qui ont appartenu à ce qu'on appeloit le Clergé constitutionnel, et que les Ecclésiastiques de la même classe soient appellés dans une proportion du tiers au quart à remplir les fonctions de Curés, de Chanoines et de Desservans».
           
        "Enfin, quel est celui qui n'a pas frémi d'horreur, lorsqu'il a entendu traiter de véritable scandale la réparation publique d'un sacrilège commis publiquement, et qu'il a vu une réparation si digne d'éloges sévèrement blâmée et rigoureusement interdite à l'avenir ? Le Conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les Cultes, a écrit ce qui suit au Préfet du Département de la Somme, le 14 Mai 1802 : «Avec votre lettre du 10 du courant, j'ai reçu, Citoyen Préfet, les pièces qui constatent la rétractation publique faite par Claude de la Cour, Prêtre marié, et l'anathème dont il frappe son mariage. Cette démarche est un véritable scandale..... Les Prêtres qui administrent la Paroisse ou l'Église dans laquelle de la Cour a fait sa rétractation solemnelle, auroient dû veiller à ce que pareil scandale n'eut pas lieu ; et vous les avez très-justement rendus responsables, pour l'avenir, de tout évènement pareil».
           
        "Quoi donc ! Est-ce que le scandale ne vient pas ici tout entier de la part de ces malheureux Prêtres, qui ont osé se marier ? Et le simple bon sens ne dit-il pas qu'on ne peut faire un crime à un pécheur de réparer publiquement un scandale qu'il a donné en public ? Pour justifier de si étranges mesures, on allègue le prétexte de rétablir la Paix et l'Unité. Mais, comme le disoit autrefois saint Hilaire de Poitiers : «S'il n'y a effectivement rien de plus précieux et de plus beau que les noms de Paix et d'Unité, personne ne peut ignorer que l'Église et l'Évangile ne connoissent d'autre Paix, ne connoissent d'autre Unité, que la Paix de Jésus-Christ, que l'Unité de Jésus-Christ» (Saint Hilaire, Livre contre les Ariens ou contre Auxence de Milan, n° 4). Et, par la manière dont nous avons dit que se faisoit la réconciliation des pécheurs publics, ce n'est point la Paix de Jésus-Christ, l'Unité de Jésus- Christ qu'on établit ; mais, au mépris de la vérité évangélique, on introduit dans l'Église un simulacre de Paix, un simulacre d'Unité, beaucoup plus dangereux qu'une guerre ouverte et qu'un schisme déclaré.
           
        "Peut-on dire qu'on a la Paix de Jésus-Christ, l'Unité de Jésus-Christ, lorsqu'un Gouvernement temporel usurpe, contre la volonté de Jésus-Christ, une autorité toute spirituelle, s'érige en juge de controverses qui se sont élevées sur la doctrine, ordonne de regarder comme de pures questions oiseuses et qui ne touchent point à la Foi, des erreurs solemnellement condamnées par l'autorité légitime ; lorsqu'il décide que la rétractation de ces erreurs n'est pas nécessaire ; et, qui plus est ; lorsqu'il ne craint pas de défendre ces rétractations qui ont été prescrites par l'autorité ecclésiastique, et va jusqu'à fixer de nouvelles conditions, lesquelles, selon lui, n'ont rien que de licite, et sont suffisantes pour réconcilier avec l'Église ; en sorte que ceux qui avoient commis les crimes le plus énormes, et à qui on avoit interdit très-justement les fonctions redoutables du Saint-Ministère, reprennent aussitôt et sans autre obstacle, l'exercice de ces mêmes fonctions ?
           
        "Peut-on dire qu'on a la Paix de Jésus-Christ, l'Unité de Jésus-Christ, lorsque l'Église, son Épouse, est avilie au point d'être regardée comme une faction qui produit des troubles, et dont il est nécessaire de réprimer les mouvemens séditieux pour avoir la tranquillité ?
           
        "On représente l'Église comme ayant été déchirée par différentes factions ! Le pape Pie VI étoit-il donc le chef d'une faction, lorsque, s'acquittant des devoirs de l'Apostolat, il a déclaré et prononcé du haut de son Siège, que, «de l'aveu et du consentement unanime de toute l'Église gallicane, les Sermens civiques devoient être regardés comme autant de parjures et de sacrilèges, absolument indignes, non-seulement de tout Ecclésiastique, mais de tout bon catholique, et que tous les actes subséquens devoient être réputés schismatiques, entièrement nuls, et qu'ils méritoient d'être soumis aux censures les plus graves. Nous ordonnons, par ces présentes, à tous, sans aucune exception, Cardinaux de la sainte Église romaine, Archevêques, Évêques, Abbés, Vicaires, Chanoines, Curés, Prêtres, et à tous autres Ecclésiastiques séculiers ou réguliers, qui auroient prêté le Serment civique, purement et simplement, tel qu'il a été prescrit par l'Assemblée nationale...... de le rétracter dans l'espace de quarante jours, à compter de la date des présentes. Que ceux qui, dans cet intervalle, n'auroient pas fait la rétractation prescrite, soient suspens de l'exercice de tout Ordre quelconque, et soumis à l'irrégularité, s'ils en exercent les fonctions (Lettres monitoriales du 13 Avril 1791)».
           
        "L'Église a constamment maintenu, sur ce point, la sévérité de sa Discipline, et ne s'est jamais relâchée d'une vigueur aussi salutaire qu'indispensable ; c'est ce qu'atteste, de la manière la plus énergique, le Pape saint Gélase 1er : «Que l'on parcoure les Annales de la Religion chrétienne, disoit ce saint Pontife, dans son Avertissement à Fauste, et que l'on cite un seul fait, un seul exemple qui prouve que, dans l'Église de Dieu, les Pontifes les Apôtres, Jésus-Christ lui-même aient jamais accordé le pardon à d'autres qu'à ceux qui ont témoigné un sincère repentir. On n'a lu nulle part, jamais on n'a ouï-dire, qu'on ait entendu tenir un langage pareil à celui qui sort de la bouche de ces gens-ci : Pardonnez-nous, mais permettez-nous en même temps de persévérer dans nos erreurs».
           
        "Il ne faut donc pas croire (quoiqu'en aient pu dire contre nous tant de calomniateurs et d'hommes mal-intentionnés) qu'en nous plaignant de ce que ceux qui ont attaqué la Foi et rompu l'Unité, n'en ont pas fait une pleine et entière réparation, nous soyons inspirés par la haine que nous leur portons. Bien éloignés d'une disposition si condamnable, en même-temps que nous accomplissons le devoir que nous impose le zèle pour la loi (I Mach II, 54-58), nous n'en conservons pas moins, à leur égard, au fond de nos cœurs, l'amour fraternel (II Petr I, 7) et la charité évangélique.
           
        "Mais aujourd'hui il n'est point abattu ce mur de séparation élevé par l'erreur. Il est ordonné, au contraire, de fermer les yeux sur l'obstination des errans, afin de pouvoir présenter une fausse apparence de Paix. On prescrit de dissimuler l'impénitence de ceux qui sont tombés, afin de pouvoir présenter une fausse apparence d'Unité.
           
        "Cependant il est encore d'autres maux énormes qui résultent de la défense qu'on a faite de rétracter l'erreur, d'abjurer le Schisme et de réparer le scandale qui en a été la suite ; ainsi que de l'ordre qui a été donné, d'admettre aux fonctions saintes les Ecclésiastiques dont la conduite a été criminelle, sans exiger d'eux aucune pénitence, aucune épreuve préalable. Car, outre qu'en agissant ainsi, l'on augmente l'impudence des errants et des prévaricateurs, on jette encore les fidèles dans les plus grandes perplexités, et la Foi des peuples devient presqu'incertaine et chancelante. Aussi se rencontre-t-il des fidèles qui, lorsqu'ils viennent à comparer ce qu'ils ont vu avec ce qu'ils voient maintenant, ne savent plus quel parti prendre, ni à quoi s'en tenir. Plusieurs sont tentés de croire que Pie VI s'est donc trompé, en s'imaginant voir l'erreur là où il n'y en avoit pas, et que la Constitution civile du Clergé ne renferme rien de contraire à la Doctrine catholique, puisqu'on n'exige plus de rétractation de ceux qui y ont adhéré. Beaucoup d'autres croient avoir un juste sujet de se plaindre amèrement, de ce qu'on les a gratuitement et sans cause exposés aux fureurs de la persécution la plus cruelle, en leur défendant de communiquer, dans les choses saintes, avec les Intrus, quel qu'ils fussent, puisque ces mêmes hommes sont maintenant admis à exercer toutes les fonctions du Saint Ministère, sans avoir préalablement condamné leur Intrusion et leur résistance à l'Autorité de l'Église. Les Intrus font tous leurs efforts pour entretenir dans le Peuple ces fausses idées ; car ils se vantent, de tous les côtés (quoique sans aucun fondement), d'avoir remporté, au jugement de VOTRE SAINTETÉ elle-même, une victoire complette de sorte, qu'à les entendre, ce n'est pas V. S. qui leur a fait grâce, mais ce sont eux qui ont triomphé de V. S., en l'amenant au point d'approuver leurs erreurs.
           
        "Nous avouons que depuis la publication du Concordat conclu entre VOTRE SAINTETÉ eť le Gouvernement françois, on a obtenu une espèce de permission, qu'on n'avoit pas auparavant, d'exercer publiquement le Culte catholique. Mais les sacrifices qu'il a fallu faire pour cela prouvent évidemment que le sort de la Religion n'en est pas devenu meilleur.
           
        "Et, en effet, à quel prix a-t-on acheté cette espèce de permission ? Notre esprit n'y pense qu'avec horreur, notre main se refuse à l'écrire ; car, pour ne parler ici que de ce qui fait le sujet de nos présentes Réclamations, cette permission, si on peut l'appeller de la sorte, n'a été accordée qu'au prix d'une violation des lois canoniques et de la Discipline de l'Église, dont les siècles passés ne fournissent pas un seul exemple, et capable d'entraîner, pour la suite, les plus dangereuses conséquences ; au prix des droits sacrés de l'Épiscopat et de la Constitution même de l'Église qui a été ébranlée. Pour avoir ce Culte public, il a été nécessaire de mettre la Religion, cette très-Sainte Religion que Jésus-Christ a établie par l'effusion de son sang, sous le dur esclavage d'un Gouvernement laïque, et de la rendre entièrement dépendante. Enfin, pour procurer ce Culte public, on a donné, contre toutes les lois canoniques, l'institution à des Ministres, qui, après s'être rendu coupables publiquement des crimes les plus énormes, loin d'en avoir réparé le scandale par une pénitence proportionnée, les ont, au contraire, aggravés par leur endurcissement, et n'ont donné que trop de sujet de craindre qu'ils se serviroient du pouvoir spirituel qu'on leur confioit, non pour édifier, mais pour détruire (II Cor X, 8 & XIII, 10)" (pp. 113-149).
           
        Qu'on se rende bien compte, en effet, à quels ignominieux abaissements et sacrilèges le Concordat réduisait l'Église, par le fait suivant : lorsqu'il s'est agi de sacrer évêque tous ceux que Napoléon et Pie VII avaient promus de concert pour remplir les nouveaux sièges concordataires mais qui ne l'étaient pas encore, l'évêque consécrateur qui fut choisi pour le faire à toute vitesse fut... l'ex-évêque d'Autun, de Talleyrand-Périgord, qui avait défroqué puis s'était marié et qui ne savait même plus toutes les rubriques à respecter quand il devait dire une messe, par ailleurs effrayé et tremblant comme une feuille quand il fallait qu'il en dise une, tout juste relevé d'excommunication par le pape... Et voilà comment fut mise debout la toute première génération épiscopale française enfantée impudiquement par le Concordat : comme une putain qui accouche ses enfants de fornication sur le fumier !
 
        Mais je laisse nos dignes évêques Réclamants donner leur conclusion générale :
           
RéclamationsEvêquesDeFrancePageDeTitre redressé
 
        "Tout cela mûrement considéré, voyant la grandeur du péril dont notre Sainte Religion est menacée, et voulant, dans des circonstances aussi critiques, ne rien omettre de ce que nous devons à nos Diocèses, à l'Église Gallicane, au Saint-Siège, à l'Église Catholique toute entière :
 
"NOUS RÉCLAMONS PAR CES PRÉSENTES
           
        "Contre [suit la liste détaillée des sept actes magistériels promulgués par le pape Pie VII relatifs au Concordat]
           
        "Et sans nous départir, en aucune manière, du profond respect que nous ne cesserons jamais de porter à VOTRE SAINTETÉ ;
 
"NOUS FORMONS OPPOSITION AUX SUSDITS ACTES.
 
"Prosternés aux pieds de VOTRE SAINTETÉ,
"nous la conjurons de nous accorder
"sa Bénédiction apostolique.
 
"DE VOTRE SAINTETÉ,
"TRÈS-SAINT PÈRE,
 
"Les très-humbles et très-obéissans 
"serviteurs et Fils"
(pp. 150, 152 & 156)
           
        J'ai cité tout au long ces passages, parce qu'ils sont très-intéressants dans le parallélisme presque transparent avec ce que le processus synodal engagé dans l'Église de nos jours, nous montre : pas besoin d'être grand'clerc pour comprendre que le refus qu'on fait d'une conversion des divorcés remariés, des transgenres, etc., avant de les intégrer dans l'Église, que la démocratisation richériste-synodale inconstitutionnelle de l'Église, avec l'accord du pape François, au moins par défaut, se retrouve étonnamment dans la situation de l'Église de France, lorsqu'elle fut soumise avec l'accord du pape Pie VII, au moins par défaut, au lois du Concordat et à son régime réintégrant sans pénitence ni abjuration convenables les tenants hérétiques richéristes-synodaux de la Constitution civile du Clergé et autres scandaleux...
 
France Ancien Régime Diocèses 1789 
Carte de France des anciens diocèses 
       
        Il y a un autre point très-important, dans l'affaire du Concordat, que je n'ai pas vu traiter, sauf en passant, par les évêques Réclamants dans leurs Réclamations, etc., c'est la question du bouleversement géographique de fond en comble des diocèses de France, par son § 2, dont je rappelle ici les mots exacts, extrêmement lapidaires mais de conséquence inouïe non moins extrême, sacrilège et cataclysmique : "Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français", et que la bulle Qui Christi Domini du 29 novembre 1801 mettra concrètement en œuvre à coups de bulldozer en détruisant complètement toute l'ancienne structure diocésaine. La question, là encore, est, comme pour la destitution pontificale motu proprio des évêques dont nous venons de voir qu'elle est radicalement non-canonique, et donc invalide : Le pape Pie VII avait-il le droit, par simple motu proprio pontifical, de faire tabula rasa de cette structure géographique diocésaine traditionnelle en France, suivant ainsi sans aucun scrupule de conscience la maxime très-révolutionnaire : "Du passé, faisons table rase" ?
           
        Là encore, la réponse est NON, théologiquement NON. Le grand point qui fonde cette réponse négative, est toujours le même : Ces églises particulières étaient, jusque dans leur structure géographique, les épouses des évêques français canoniquement institués, qui, dès lors, étaient leurs époux très-sacrés. Le pape n'avait donc pas le moindre droit de les "toucher" si j'ose le dire ainsi, ces épouses, pour carrément les tuer sur le plan géographique, autrement qu'avec l'accord desdits époux, déroger à cet accord était attenter au droit divin épiscopal comme nous l'avons vu. Or, le pape Pie VII détruisit les épouses sans le moindre accord de leurs époux, ce qui, par-là même, frappait d'INVALIDITÉ radicale cette dite destruction géographique des diocèses très-chrétiens d'Ancien-Régime...
           
        Rappelons ici qu'il s'agissait, pour Napoléon dont Pie VII suivra les volontés les plus sacrilèges sans sourciller le moins du monde, je l'ai déjà dit, de casser, détruire radicalement toute la structure très-chrétienne en France, tant sur le plan purement spirituel que sur celui matériel géographique, pour refaire ex nihilo un simulacre de reconstruction d'Église catholique dont le fondement le plus certain était d'être institutionnellement inféodé au pouvoir politique constitutionnellement athée qu'il représentait, aux fins occultes voulus par Napoléon, et après lui par tous ses successeurs républicains dans le pouvoir politique sur la France, de construire un novus ordo sæculorum qui excluait dans le principe métaphysique la Religion catholique. Car le fond de la question, c'est que Napoléon, digne précurseur de l'Antéchrist, avait nécessairement besoin de la force morale et spirituelle de la Religion pour établir son grand-œuvre maçonnique, il ne pouvait pas s'en passer, mais c'était non pas pour la Religion, mais tout au contraire contre la Religion. Le grand paradoxe en effet, c'est que le méchant, et c'est son supplice, ne peut pas se passer du surcroît du Royaume de Dieu pour supprimer le Royaume de Dieu, son but profond ! Comme le disait si bien saint Eucher de Lyon, un des premiers Pères de l'Église des Gaules au IVème siècle : "Ceux qui n'aiment pas Dieu ne peuvent cependant aimer que ce que Dieu a créé"...
           
        C'est bien pourquoi, d'ailleurs, un siècle après le Concordat, les hommes politiques de la IIIème République, affichant bien en montre, pour que nul n'en ignore, ce désir religiocide qui sous-tend en soubassement essentiel tout pouvoir politique post-révolutionnaire constitutionnellement athée, quelque soit la forme qu'il adopte, voudront la séparation de l'Église et de l'État : pour bien faire saisir à tout homme qui acceptait de réfléchir, ce qui ne fut absolument pas le cas des papes, que s'ils avaient besoin de la virtus de la Religion, ce n'était absolument pas pour la Religion, mais tout au contraire, contre elle, c'était pour la détruire ! Et, mettant soudain bas le masque de leur hypocrisie, ils croyaient, en 1905, le moment venu pour donner le coup fatal à l'Église ! Raison profonde que le pape Pie X, à l'époque, ne comprit pas plus que son prédécesseur Pie VII, tous les papes venant après la Révolution en effet, même les plus saints en leur for privé, ayant bandeau d'aveuglement très-honteux sur les yeux quant à la mise de l'Église sous "la puissance des ténèbres" par le Concordat napoléonien, au niveau des seules Mœurs pour commencer, au niveau politique constitutionnel. Un journaliste pouvait bien résumer la question ainsi, en 1905 : "Le Concordat qui, religieusement, avait clos la Révolution, n'existe plus ; religieusement, la Révolution recommence" (Le Correspondant, 25 décembre 1905).
           
        Mais revenons à notre sujet précis. "Déjà en 1790 [car, nous l'avons vu, dès cette date l'Assemblée Constituante avait dans le collimateur la destruction radicale de la structure géographique des diocèses français, ce qu'elle ne réussit pas à faire grâce à l'opposition de Pie VI... quand Napoléon réussit à le faire "grâce" à la trahison collaborationniste de Pie VII], l’abbé Maury estimait que ni l’Assemblée constituante, ni même le Pape, ne pouvait «bouleverser de son propre mouvement [motu proprio] tous les diocèses du royaume et les étendre ou les circonscrire à son gré» (Conscience religieuse en révolution, Plongeron, p. 201, cité par Decroix, ibid.).
           
        Car rappelons-nous que lesdits évêques destitués en corps de nation par le pape Pie VII, tant sur le plan spirituel que celui géographique, de cette manière scandaleusement superficielle et tellement désinvolte qu'on voit dans le Concordat, étaient les successeurs légitimes de ceux gallo-romains puis mérovingiens, puis carolingiens, puis capétiens, qui fondèrent tous la France non seulement religieuse, mais celle sociale, géographique, et encore bien celle purement politique ! Ce sont les évêques en effet, les tout premiers d'entre eux, les gallo-romains devenus mérovingiens, qui élevèrent politiquement Clovis à la royauté sur une Gaule virtuellement Unie pour commencer, créant ainsi ce que le géant romain n'avait pu faire ! En vérité, en détruisant leurs légitimes successeurs, comment mieux montrer qu’on voulait détruire complètement, radicalement, la France RÉELLE, c’est-à-dire celle sacrale, acheiropoïète (= non-faite de main d'homme) aux fins et profit de la nouvelle fondation d’une AU­TRE France religieuse et politique non-réelle, car faite de main d’homme et non-sacrale, et donc donnée à Satan ! Et c'était le pape qui mettait le plus et le mieux la haute-main à cela !!
 
        La France politique réelle est en effet très-véritablement née par un acte collectif des évêques gallo-romains de la Gaule, de la Neustrie, de la Germanie, toute l'Europe d'alors, derrière saint Rémy de Reims, c’est historique (cf. mon ouvrage L’extraordinaire conversion de Clovis ou le devoir catholique de NE PAS voter, au lien suivant : http://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/L'extraordinaireConversionDeClovis.pdf), évêques gallo-romains dont justement les évêques de Louis XVI, que le pape démissionnait tous de force comme des malpropres, étaient les légitimes successeurs ! En fait, le pape Pie VII, perverti de républicanisme et même de démocratisme, ce qui le mettait à la remorque infâme de Napoléon, tirait là sacrilègement un trait annihilateur sur la France réelle, religieuse mais encore politique, d’ailleurs, ... ô douleur et mille hontes !, sans même se rendre compte de ce qu'il faisait, tel un vil barbare, un méprisable vandale qui ne sait pas penser, un sanglier dévastateur qui ravage la Vigne du Seigneur sans du tout savoir ce qu'il fait, mais dont les ennemis du nom chrétien, avec Satan leur maître, savaient bien, eux, ce qu'il faisait ou plutôt ce qu'il défaisait !!!
           
        Quant à la géographie de cette France réelle, acheiropoïète, qui existe de par le Christ qui innerve la structure naturelle, commençons par dire qu'on ne méditera jamais assez cette remarquable réflexion de Fustel de Coulanges : "Il est digne de remarquer que les vieux états gaulois ont conservé jusqu'à une époque très voisine de nous, leur nom, leurs limites et une sorte d'existence morale dans les souvenirs et les affections des hommes. Ni les Romains, ni les Germains, ni la féodalité, ni la monarchie n'ont détruit ces unités vivaces ; on les retrouve encore dans les provinces et les pays de la France actuelle" (Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, Fustel de Coulanges, p. 7).
           
        C'est précisément sur ce réel géographique que les diocèses chrétiens vivant dans cette structure naturelle innervé surnaturellement par la grâce divine, vont se construire, jusqu'au Concordat, principalement sous la très-active impulsion des grands, saints et énergiques évêques mérovingiens dont la plupart étaient des dignitaires de l'ancien Empire romain, et qui, en ce temps-là, in illo tempore, géraient les peuples autant dans l'ordre sociopolitique que dans celui purement spirituel, surtout après l'écroulement de l'Empire romain.
           
        "La Gaule est christianisée progressivement à partir du IIème siècle. Les communautés chrétiennes apparaissent d'abord dans les grandes villes, notamment à Lyon (sainte Blandine). Lorsque les communautés chrétiennes sont organisées, notamment après l'édit de tolérance de l'empereur Constantin, elles sont placées sous la direction d'un évêque (episcopus) siégeant au chef-lieu de la cité. Les évêques sont eux-mêmes placés sous la direction d'un métropolitain ou archevêque dont le siège est au chef-lieu de la province, voire du diocèse impérial. Les premiers archidiocèses de Gaule sont Lyon, Bordeaux et Reims (chefs-lieux des provinces d'Auguste).
           
        "Par un glissement sémantique, le terme «diocèse» est utilisé pour désigner le ressort d'un évêque. Mais le mot «cité» reste lié à la fonction épiscopale : une ville ou un quartier de ville est une «cité» s'il s'agit d'un siège épiscopal (par exemple : l'île de la Cité à Paris). Une des conséquence est que très souvent, la ville épiscopale perd son nom gaulois ou romain et prend le nom du peuple éponyme : par exemple, Condevicnum, chef-lieu de la cité des Namnètes (Namnetes), reçoit au IVe siècle le nom de Namnetes (puis de «Nantes»). Le même processus a lieu à Poitiers (Limonum), Angers, Vannes (Durioritum), Avranches, Bayeux, Lisieux, Vieux, Amiens, Arras, etc. Certains sièges épiscopaux conservent cependant leur nom antique : Lyon, Bordeaux (Burdigala), Lillebonne (Juliobona), Narbonne (Narbo), etc.
           
        "Lorsque l'Empire romain s'effondre dans sa partie occidentale en raison des invasions germaniques, du sac de Rome en 410 à la déposition de l'empereur d'Occident en 476, les structures administratives impériales disparaissent aussi (notamment les décurions), la seule structure qui résiste [et qui donc est fondée sur le Réel naturel] est celle de l'Église chrétienne. Les structures ecclésiastiques perdurent ensuite pour une grande part jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, voire au-delà" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Territoires_du_royaume_de_France#cite_ref-3). 
           
        Or, le Saint-Esprit ne travaille pas contre le Saint-Esprit. Impossible de supposer qu'ayant patiemment donné sa Grâce pour la lente et toujours homogène élaboration ordonnée des diocèses français pendant de si nombreux siècles depuis l'ère gallo-romaine puis mérovingienne, carolingienne, capétienne, sans qu'il n'y ait jamais de destruction tabula rasa mais toujours un harmonieux et saint développement des structures, le Saint-Esprit puisse avoir soudain la volonté de tout détruire, tout supprimer d'un trait de plume concordataire ce travail divin qu'Il avait fait dans les siècles très-chrétiens, pour refaire à zéro, sans tenir aucun compte de Son travail antécédent fait avec les hommes saints ses serviteurs, un tout nouveau découpage de diocèses, comme le veut très-sacrilègement le § 2 du Concordat. Le Saint-Esprit ne méprise pas le Saint-Esprit, Il travaille toujours en continuité très-respectueuse avec ce qu'Il a précédemment fait avec le concours des saints, ses "serviteurs inutiles" (Lc XVII, 10). Car en effet : "Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister" (Mc III, 24).
           
        Et c'est pourquoi il est donc rigoureusement impossible de supposer une reconstruction ex nihilo de la structure géographique diocésaine en France ne tenant pas compte de la structure naturelle antécédente, qui serait soi-disant agréée par le Saint-Esprit via l'aval, le placet, du pape. Cette non-conformité radicale de la nouvelle structure moderne par rapport à l'ancienne n'est par ailleurs que trop bien montré rien que par le chiffre des nouveaux diocèses redécoupés par le Concordat : "Alors que la France d’Ancien Régime comptait 135 diocèses, le concordat n’en prévoit dans un premier temps que 60 : dix métropoles et cinquante évêchés. Ce nombre limité a essentiellement pour cause une raison financière : il s’agit de limiter les traitements épiscopaux et les frais de remise en état des cathédrales" (Decroix, ibid.). Tuediable ! De cent trente-cinq, les diocèses français sont réduits à soixante !! Il est évident, rien que par ce chiffre, que tout est reconstruit idéologiquement et anarchiquement, sous impulsion maudite des Lumières et de son coryphée Lucifer, ange déchu qui vit dans une idée qu'il s'est inventée du Réel, à la fois naturel et surnaturel, idée qu'il veut voir supplanter le vrai Réel, qui est le Dieu vrai et son Christ, tant sur le plan surnaturel que sur le plan naturel qui est généré par celui purement surnaturel...
 
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Voici le plus beau calvaire que j'ai vu, 
tiré du trésor de la cathédrale Saint-Lizier (Ariège),
supprimée par le Concordat...
       
        Et puis, soit dit en passant, là encore : comment pourrait-il être pour "le bien supérieur de l'Église", comme osait le dire très-mensongèrement le pape Pie VII du Concordat, que l'État ne subvienne plus financièrement qu'à 60 diocèses, alors que l'ancien Ordre très-chrétien en gérait sans difficulté 135...? Impossible à supposer, bien évidemment, le nombre réduit d'évêques et de prêtres et l'augmentation du territoire diocésain à gérer, multiplié par deux, ne pouvant évidemment plus donner la même qualité de service spirituel aux fidèles. Car c'est en effet ce prétexte financier que le Gouvernement napoléonien osera invoquer sans rougir de honte jusqu'à la crête pour réduire à plus de la moitié le nombre des diocèses... alors qu'il avait par ailleurs volé les biens du Clergé et de l'Église de France, et que donc l'entretien financier des nouvelles églises était un dû formel de l'État à l'Église, mais vol dont, là encore, Pie VII l'absoudra sans eau bénite dans le Concordat sans que le voleur ait à reconnaître le moins du monde son vol (§ 13), pas plus que les richéristes-synodaux ayant souscrit à la Constitution civile du Clergé ne furent obligés de faire rétractation de leur hérésie.
           
        ... Est-il encore besoin de rajouter que par tous les bouts où on prend le Concordat, on voit la patte du diable, toujours, partout, partout, toujours, à tous les endroits, carrefours, chemins de traverse, culs de basse-fosse, impasses et surtout mauvais lieux et autres bouges...         
           
        Mêmes les auteurs profanes, qui analysent le phénomène concordataire de manière seulement universitaire, s'en rendent compte. Voici par exemple ce qu'on peut lire dans Wikipedia, frappé du sceau du bon sens :
           
        "Les dispositions édictées par cette bulle [Qui Christi Domini, du 29 novembre 1801] sont absolument uniques dans l'histoire de l'Église. Jamais un pape ne s'était accordé le droit de supprimer purement et simplement un seul siège épiscopal, ni a fortiori tous les sièges d'une nation ou d'un royaume, ni de déposer un ou plusieurs évêques hormis les cas de schisme, hérésie ou scandale. Les réorganisations territoriales des diocèses qui ont eu lieu dans l'histoire de l'Église se sont traduites par exemple par la création de nouveaux sièges dont le territoire diocésain était démembré d'un ancien diocèse ; ou encore, on a réuni des diocèses à un même siège. Mais jamais on n'a supprimé purement et simplement des sièges et des diocèses, surtout à une telle échelle.
           
        "Par cette bulle, tous les sièges épiscopaux, remontant la plupart à l'Antiquité, étaient supprimés et abolis ; et de nouveaux sièges étaient érigés. Comme les nouveaux sièges ont été fondés la plupart dans les mêmes villes et les mêmes cathédrales que les anciens, cette mesure est passée un peu inaperçue. Néanmoins, elle a causé un grand étonnement parmi de nombreux fidèles. Certains ont continué à reconnaître les anciens évêques canoniquement installés, d'autres ont rejeté les évêques constitutionnels installés par le pape sur des nouveaux sièges. Ainsi, ceux qui ont rejeté ces mesures inouïes ont constitué une sorte de schisme qui dure encore au XXIe siècle. (...) Cette politique de la tabula rasa a pour conséquence que les évêques diocésains français, à partir de 1801, ne sont pas, juridiquement, les successeurs des anciens évêques, quoiqu'ils le demeurent du point de vue symbolique. Par exemple, l'archevêque de Lyon a comme plus lointain prédécesseur non pas les saints Pothin et Irénée, mais le cardinal Fesch [le cardinal-oncle de Napoléon, né en 1763, mort en 1839, premier archevêque concordataire de Lyon en 1802].
           
        "(...) Malgré la suppression de tous les sièges épiscopaux et l'érection de soixante nouveaux sièges, le Pape Pie VII autorisa le port, par les nouveaux évêques, du titre de quelques anciens sièges, mais uniquement à titre de «souvenir», sans qu'on puisse en conclure que ces Églises «n'ont pas été réellement supprimées» : «Nous ordonnons, en vertu de l'autorité apostolique à nous déléguée, et nous donnons respectivement la faculté aux archevêques et aux évêques qui seront canoniquement institués, de joindre chacun au titre de l'église qui lui sera confiée, les autres titres des églises supprimées que nous avons mentionnés dans le tableau ci-dessus ; de manière, cependant, que de cette union et de cette application de titres, uniquement faites pour l'honneur et pour conserver le souvenir de ces églises illustres, on ne puisse en aucun temps en conclure, ou que ces églises subsistent encore, ou qu'elles n'ont pas été réellement supprimées, ou que les évêques à qui nous permettons d'en joindre les titres au titre de celle qu'ils gouverneront, acquièrent par-là aucune autre juridiction que celle qui est expressément conservée à chacun d'eux par la teneur de notre présent décret»" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_Christi_Domini#cite_ref-1). Comme on le voit, indigné, le pape Pie VII tenait donc énormément à ce qu'il ne reste RIEN de l'ancienne structure diocésaine très-chrétienne, à épouser la cause révolutionnaire qui veut faire du passé, table rase !!!
           
        Donc, pour conclure cette question très-importante de la structure de droit divin des diocèses de France d'Ancien-Régime : leur restructuration faisant table rase de leur socle très-chrétien sans l'accord de leurs époux légitimes, à savoir les évêques d'Ancien-Régime, était radicalement invalide, tant sur le plan théologique que canonique...
           
        Certes, il est vrai d'autre part, que sur ce sacrilège, le pape légitime a créé ex nihilo d'autres diocèses qui ne peuvent être, quant à eux, que légitimes puisque le pape l'est et qu'il est le maître de la juridiction universelle. Mais comme le souligne fort bien l'auteur de l'article de Wikipedia que nous venons de lire, les titulaires de ces nouveaux diocèses ne peuvent plus dire qu'ils sont les successeurs des évêques très-chrétiens d'avant le Concordat sacrilègement destructeur, ni remonter aux glorieuses assises de leur fondation, "par exemple, l'archevêque de Lyon a comme plus lointain prédécesseur non pas les saints Pothin et Irénée, mais le cardinal Fesch" (ibid.).
           
        Ceci soulève d'ailleurs une question extrêmement grave, celle de la Note d'Apostolicité des Églises concordataires, depuis 1801. Celles-ci l'ont-elles... encore ? Gardons-nous bien de répondre par la négative, car comme aucune église catholique ne saurait l'être sans posséder la Note d'Apostolicité, alors, si les églises concordataires ne la possédaient pas, cela équivaudrait à dire qu'elles ne sont... pas catholiques ! Le vrai, sur le sujet, c'est qu'elles sont en possession de la Note d'Apostolicité, effectivement, mais non plus par l'Apôtre qui fonde les antiques églises de France (par exemple, saint Jean Apôtre, d'où est très-probablement issue l'apostolicité de l'évêque saint Pothin, premier évêque de la ville et du diocèse de Lyon), désormais toutes le sont uniquement par le seul Apôtre Pierre, puisqu'elles reçoivent toutes leur institution canonique par le pape Pie VII. Mais cette nouvelle institution n'était pas que seulement apostoliquement pétrinienne, elle était en même temps, par le même acte concordataire, ayons garde de l'oublier, prostituée obligatoirement à un État constitutionnellement athée, pervertie dans ses Mœurs, entachée hérétiquement de l'attentat contre le criterium paulinien de la validité des puissances politiques...
           
        Non seulement donc, pour conclure ce chapitre, la destitution des évêques français d'Ancien-Régime attaquait en son cœur la Constitution divine de l'Église, comme nous l'avons vu plus haut et comme nos évêques Réclamants le soulignent à si juste titre dans leurs Réclamations, etc., mais encore bien, ne l'attaquait pas moins la destruction puis restructuration radicales des diocèses français par le Concordat. Tous deux en effet étaient actées sans le moindre accord des époux desdites églises et diocèses, à savoir leurs évêques légitimes, ce qui était théologiquement formellement proscrit et rédhibitoire.
 
 
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        C'est donc bien à partir du Concordat que l'Église-Épouse du Christ est "faite péché pour notre salut" (II Cor V, 21), qu'elle vit dès lors dans la "si grande contradiction" (He XII, 3), sous "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53), autrement dit qu'elle rentre dans l'économie spécifique de la Passion du Christ, pour vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" et, in fine, à la toute-fin du processus, en mourir de mâlemort sous le règne de l'Antéchrist-personne. On ne s'en rendit absolument pas compte lors du Concordat et après, parce que cette mise de l'Église dans le "être fait péché pour le salut" co-Rédempteur fut vécu occultement de 1801 jusqu'au concile Vatican II, seulement au niveau des Mœurs ecclésiales, la Foi restant contradictoirement encore sauve au for externe public et ecclésial des choses, trompant ainsi toutes les âmes, on ne s'en rendit généralement compte qu'au moment fatidique où la corruption des Mœurs ayant infesté et infecté occultement la Foi pendant plus d'un siècle et demi, la corruption de la Foi perça soudainement et brutalement à Vatican II dans les années 1961-65, comme elle avait spectaculairement et non moins brutalement percé au niveau des seules Mœurs, en 1801. Et toujours, remarquons-le bien, par un pape, Pie VII puis Paul VI... tant il est vrai que le poisson, qui fut pris comme symbole du christianisme dans la primitive Église, pourrit par la tête. Tout le mouvement tradi, par exemple, a fondé sa juste et légitime réaction à l'hétérodoxie de Vatican II sans prendre du tout conscience, à commencer par Mgr Marcel Lefebvre, de ce grand point : le premier épisode de "la crise de l'Église" qui donc est "PASSION DE L'ÉGLISE", est le Concordat napoléonien et nullement Vatican II, qui n'en est que subséquente et lointaine suite et débouché débauché... 
           
        Certains voudront sûrement opposer à la prostitution concordataire de l'Église de France après 1801 par laquelle elle est très-véritablement "faite péché pour notre salut", les nombreux saints qui ont surgi en son sein durant tout le XIXème siècle, et puis encore l'immense élan missionnaire qui remplit surtout la dernière moitié de ce siècle immédiatement post-concordataire, jusqu'au martyr de tant de ses saints membres. L'objection est facile à faire, mais plus encore ficelle, de bien peu de portée. Un mot, un, seulement, sera suffisant pour détruire l’amalgame vicieux qu’on prétend faire en mettant les saints du XIXème siècle dans la charrette concordataire. Ce constat qu’il y eut de nombreux saints au XIXe siècle, ce qui est parfaitement vrai, en vérité, ne prouve absolument rien quant à démontrer que Dieu cautionne le Concordat. De tout temps, en effet, Dieu avait prévu de susciter des saints pour ce XIXème siècle. Mais ce n’est pas parce que les hommes ont prévariqué à la fin du XVIIIème siècle, qu’Il va rapporter son plan, Lui, Dieu, Il l’exécute, Il envoie les saints qu’Il avait prévu d’envoyer pour ce temps ecclésial. Cela ne fait que prouver que l'Église concordataire est toujours inhabitée du Saint-Esprit qui donne toujours sa grâce à qui veut être saint, son Action est toujours là, quand bien même le vers est désormais dans le fruit, quand bien même cette Église est désormais "faite péché pour notre salut", vivant désormais l'économie de "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Il n’y a donc là nulle caution de la part des saints, encore moins de Dieu, apportée au Concordat de l’abomination de la désolation dans le Lieu-Saint. C'est comme si on disait, pour justifier Vatican II et sa dérive doctrinale, que puisqu'il y a encore des saints dans l'Église moderne, ce que donc Mgr Strickland, pour sa très-édifiante part, vérifie, comme je l'ai fait remarquer en commençant ces lignes, donc cela prouverait que Vatican II ne peut être mauvais ! On voit tout-de-suite la fausseté intrinsèque du raisonnement. En vérité, cet argument qu'on croit pouvoir soutenir ne pourrait être fondé et prouver que Dieu approuve et même suscite le Concordat que si, et seulement si, Dieu avait donné un saint au XIXème siècle avec mission publique spéciale et expresse d'enseigner que Dieu approuvait le Concordat, que c'était un moyen de salut voulu par Lui… Mais est-il besoin de préciser que le XIXème siècle n’enregistre AUCUN "saint" de cet acabit-là, pas le plus petit, pas un seul, je mets bien au défi tout concordataire de m’en citer un seul ou une seule...!! La plupart des saints suscités par Dieu pour cette malheureuse époque, n’ont-ils pas, tout au contraire, réparé d'une manière pratique autant qu’ils ont pu les désordres révolutionnaires près des peuples ? Réparer les désordres, c’est bien autre chose que les agréer en cautionnant Napoléon et son Concordat (car il est bien plus de lui que du pape), qui faisaient passer dans la vie des peuples les principes révolutionnaires qui les avaient produits, ces désordres !
           
        Et puis, je rappelle qu'à Pontmain, en 1870, lorsque tout prêtre français était encore sous le régime concordataire de 1801, la très-sainte Vierge se mit aussitôt sur la grande défensive dès que le curé Guérin, le prêtre de Pontmain, pourtant saint en son privé, arriva sur le lieu de l'Apparition, exactement comme si elle avait affaire à un ennemi potentiellement mortel ! La très-sainte Vierge n'était pas dupe. Quand bien même le prêtre de Pontmain était un saint prêtre en son for privé, elle n'en avais pas moins affaire, quant à son for public, à un prêtre... concordataire, donc parfaitement ennemi de son Fils sous ce rapport ! Et c'est ce qu'elle manifesta dans l'appareil de l'Apparition (cf. https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/le-saint-abbe-guerin-cure-de-pontmain-aux-temps-des-apparitions-a-t-il-plu-en-tout-a-la-tres-sainte-vierge-et-au-bon-dieu?Itemid=1). Et puis, et puis, trente ans auparavant, lorsqu'elle apparaissait à La Salette, pourquoi fustigea-t-elle d'importance le clergé français en général, en le traitant de "cloaque d'impureté" ? On ne peut pas dire qu'à cette époque il s'agissait de l'impureté charnelle des prêtres, comme hélas la nôtre l'enregistre, Notre-Dame de La Salette ne pouvait donc dénoncer là, dans les prêtres de France, que l'impureté concordataire...
 
 
 Blason du Plessis dArgentré2
 
Blason des Du Plessis d'Argentré
       
        J'ai eu grand'plaisir à découvrir, en listant les trente-huit signataires de ces Réclamations, etc., Messeigneurs DU PLESSIS D'ARGENTRÉ, Louis-Charles (1723-1808), évêque de Limoges, et Jean-Baptiste (1720-1805), évêques de Séez, deux frères ayant trois ans d'écart entre eux et qui se sont beaucoup suivis dans la vie, tant pour leurs études, leurs carrières ecclésiastiques très Ancien-Régime, que lorsqu'il s'est agi pour tous deux d'émigrer ensemble en Allemagne très-peu de temps après que la Révolution éclata. En effet, le bien-fonds familial des du Plessis d'Argentré est devenu précisément la commune que j'habite... ARGENTRÉ-DU-PLESSIS !
           
        Le comportement de Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré, d'ailleurs, quant à la grande affaire du Concordat, est fort instructif et même édifiant, au moins dans les grandes diagonales. Ainsi qu'on l'a vu, "[il] signe d'abord, avec trente-sept autres évêques français [dont son frère Jean-Baptiste], des remontrances qui sont adressées à Pie VII. Mais, craignant un schisme qui serait fatal à l'Église, il fait passer, le 20 février 1802, aux fidèles de son diocèse, un avertissement, avec des instructions pour les vicaires généraux et pour le clergé : il reconnaît le nouvel évêque qui est entré en fonctions avec l'autorisation du pape, il retire ses pouvoirs aux vicaires généraux que lui-même a institués. Par suite de cette décision, il n'y eut presque point d'ecclésiastiques dissidents dans ce diocèse, et l'ancien évêque fut constamment en relation avec son successeur l'évêque concordataire Jean-Marie-Philippe Dubourg" (https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Charles_du_Plessis_d%27Argentr%C3%A9).
           
        Cette attitude de Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré est très-intéressante, quoiqu'elle n'aille pas jusqu'au bout de la question, qui est de comprendre que par le Concordat, l'Église Universelle, pour commencer, seulement dans sa portion française, est rentrée dans l'économie de "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Elle relève en tous cas d'une grande sagesse, et me fait penser à l'attitude de Mgr Marcel Lefebvre lors du concile Vatican II. Dans sa biographie monumentale sur le fondateur de la Fsspx, Mgr Tissier de Mallerais révèle en effet dans un endroit que Mgr Lefebvre a lutté à de nombreuses reprises, tant qu'il a pu, contre le décret de la Liberté religieuse, pour qu'il ne soit pas promulgué, dénonçant à si juste titre son caractère doctrinalement hérétique ; mais dès qu'il apprit que le pape, Paul VI, l'avait signé et promulgué, il se résigna et s'obligea immédiatement à le signer lui-même, mais seulement en signe d'union avec le pape actuel légitime, Paul VI, faisant toute expresse réserve sur l'orthodoxie dudit décret. Et la raison de l'attitude qu'il donna de sa conduite était très-louable : il s'appuyait sur la raison théologique très-forte qu'on ne saurait s'opposer au pape légitime actuel sur le plan doctrinal. En droit théologique, rien de plus catholique, et même édifiant, c'était tout-à-fait exact.
           
        Et précisément, nous devons avoir la même attitude quant au Concordat. Et c'est donc l'attitude adoptée, on vient de le voir, par Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré. Premièrement, le Concordat est intrinsèquement mauvais et pervers, car,  il corrompt formellement les Mœurs des fidèles en les obligeant à reconnaître la validité à un pouvoir politique qui ne l'est pas, ce qui est pécher contre le criterium catholique de validité des sociétés politiques enseigné par saint Paul. De là, évidemment, résulte que dorénavant les catholiques sont donc obligés de professer et pratiquer l'hérétique indifférentisme religieux au for public, que professe et pratique ledit pouvoir politique mauvais, nonobstant toutes autres très-mauvaises lois qu'il tire de son mauvais fond constitutionnel. De plus, et, théologiquement, c'est encore plus grave, le Concordat attente hérétiquement à la Constitution divine de l'Église quant à l'Ordre épiscopal, tant sur le plan de la destitution des évêques légitimes que quant à celui de la restructuration des diocèses. Mais deuxièmement, ce qui est aussi sûr, c'est qu'il est promulgué par un pape légitime, Pie VII, et nous devons donc, en tant que catholiques respectant l'intégralité des exigences de la Foi, l'accepter, en tant qu'instrument crucificateur de l'Église-Épouse, comme les clous fixant mains et pieds du Christ sur la croix jusqu'à ce que mort s'ensuive, usque ad mortem...
           
        En fait, face au Concordat, il y a deux écueils dont il faut se garder avec soin, à savoir : soit le sédévacantisme, c'est-à-dire faire schisme avec Pie VII et l'Église Universelle, comme un seul Évêque Réclamant cependant, il est bon de le rappeler et de le souligner, l'a possiblement fait parmi les anticoncordataires (tous les Évêques Réclamants qu'on a vu, même Mgr de Coucy, ont fini par se rallier au pape Pie VII, parfois à l'article de la mort, comme Mgr de Lauzières-Thémines, et aucun n'a fini sa vie dans le schisme sédévacantiste, sauf peut-être, semble-t-il, mais c'est fort loin d'être sûr, Mgr Louis-André de Grimaldi) ; soit tout au contraire blanchir à la chaux pharisienne le péché concordataire (... comme les Ralliés l'ont fait pour la Liberté religieuse de Vatican II...), vouloir voir blanc ce qui est très-objectivement noir, comme tous les cathos l'ont fait à partir du Concordat jusqu'à nos jours, qu'ils soient modernes ou tradis, en voulant connoter comme très-orthodoxe la nouvelle doctrine concordataire moderne qui veut que tout pouvoir politique, quelqu'il soit, est de soi valide, même ceux qui ne sont pas constitutionnellement ordonnés au Bien commun, ce qui est hérétique et contraire à l'enseignement catholique de saint Paul.
           
        La seule vraie et équilibrée solution théologique de "la crise de l'Église" déjà manifestée par le Concordat, bien avant donc Vatican II qui voit la même problématique, consiste et réside dans "LA PASSION DE L'ÉGLISE" : d'abord, premièrement, reconnaître le péché ecclésial soit concordataire soit conciliaire ; ensuite, connoter ce péché ecclésial de simplement matériel et sans coulpe, comme étant le signe topique de la mise de l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion du Christ, celle-ci étant, par cesdits actes concordataire puis conciliaire, "faite péché pour le salut" (II Cor V, 21). Et enfin, vivre et mourir quant à soi, en union avec saint Jean et les saintes femmes au pied de la croix, la Passion, sans reniement laxiste de la Foi, sans non plus de durcissement stérile...
 
Mgr Joseph Strickland Diocese of Tyler
           
        En conclusion générale de mon long article, et pour revenir sur l'actu qui buzze et le buzz de l'actu, je vais citer la belle lettre ouverte aux fidèles que Mgr Joseph Strickland a publié le 27 novembre dernier, laquelle permet de bien faire le point sur sa............... "des-ti-tu-tion" (Tonton, pourquoi tu tousses ?, comme disait Fernand Raynaud) :
           
        "Comme vous l'avez certainement appris, j'ai été démis de mes fonctions d'évêque du diocèse de Tyler. On m'a demandé de rencontrer le nonce apostolique aux États-Unis et, au cours de cette réunion, on m'a lu la liste des raisons pour lesquelles j'étais démis de mes fonctions. Je mettrais ces raisons à votre disposition si cela était possible ; cependant, je n'ai pas reçu de copie de cette liste à ce moment-là, et je n'ai pas encore été en mesure d'en obtenir une malgré mes demandes.
           
        "Dans les raisons qui m'ont été lues, aucune mention n'a été faite de problèmes administratifs ou d'une mauvaise gestion du diocèse pour justifier mon renvoi. Les raisons invoquées semblaient être liées, pour la plupart, au fait que je disais la vérité sur notre foi catholique et que je mettais en garde contre tout ce qui menaçait cette vérité (y compris les questions soulevées lors du Synode sur la synodalité). On a également mentionné le fait que je n'ai pas accompagné mes frères évêques lorsque j'ai défendu l'Église et ses enseignements immuables, et que je n'ai pas mis en œuvre le motu proprio Traditionis custodes. Si je l'avais mise en œuvre, j'aurais dû laisser une partie de mon troupeau sans nourriture et sans soins. En tant que berger et protecteur de mon diocèse, je ne pouvais pas prendre des mesures dont je savais avec certitude qu'elles porteraient préjudice à une partie de mon troupeau et le priveraient des biens spirituels que le Christ a confiés à son Église. Je maintiens mes actions car elles étaient nécessaires pour protéger mon troupeau et défendre le dépôt sacré de la foi.
           
        "C'est le moment où tout ce qui est actuellement couvert doit être découvert et où tout ce qui est actuellement caché doit être clarifié. En fait, c'est à l'époque où l'on cachait des choses concernant le cardinal Theodore Mc-Carrick, aujourd'hui en disgrâce, et le scandale des abus sexuels de l'Église, que je suis apparu pour la première fois dans le collimateur du Vatican. Mon principal crime, hier comme aujourd'hui, semble avoir toujours été de mettre en lumière ce que d'autres voulaient garder caché. Malheureusement, il semble aujourd'hui que c'est la Vérité elle-même, notre Seigneur Jésus-Christ, que beaucoup souhaitent voir cachée.
           
        "Même si je n'ai plus de diocèse, je suis toujours un évêque de l'Église et donc un successeur des apôtres, et je dois continuer à dire la Vérité, même si cela exige ma propre vie. Je veux vous dire ceci à tous aujourd'hui : ne quittez jamais, jamais, jamais l'Église ! Elle est l'Épouse du Christ ! Elle est en train de vivre sa Passion, et vous devez vous résoudre à vous tenir résolument à la croix ! Il est important d'assister à la messe tous les dimanches et aussi souvent que possible, de passer du temps en adoration, de prier le rosaire tous les jours, de se confesser régulièrement et d'appeler toujours les saints à l'aide ! Je vous exhorte à persévérer afin de pouvoir dire à la fin : "J'ai combattu le bon combat jusqu'au bout, j'ai couru la course jusqu'à l'arrivée, j'ai gardé la foi".
           
        "Que Dieu tout-puissant vous bénisse et que notre sainte et bienheureuse Mère intercède pour vous et vous renvoie toujours à son Divin Fils Jésus en ce temps de l'Avent.
           
        "Je reste votre humble père et votre serviteur,
 
            "L'évêque Joseph E. Strickland"
           
           
        ... "Ne quittez jamais, jamais, jamais, l'Église ! Elle est l'Épouse du Christ !" Voilà qui fait penser à l'admirable image empruntée par le cardinal Zen pour faire comprendre le devoir catholique de rester dans l'Église, quand bien même son âme est déchirée de voir son Église chinoise être abominablement crucifiée par un concordat chinois qui n'est rien d'autre qu'un énième scandaleux copier-coller du Concordat napoléonien : "Quand un enfant reçoit une fessée par sa mère, loin de s'en éloigner, il se colle à elle, s'agrippe en pleurant à ses jupes"...
           
        Monseigneur Strickland au Rome Life Forum 2023, a eu également une autre très-belle parole : "Les catholiques qui vivent cette crise doivent se rappeler qu’ils sont nés pour cela". Voilà une parole très-inspirée, qui rejoint celle que le Christ prononça pour Lui-même lorsqu'il eût à vivre et mourir sa Passion : "Maintenant Mon âme est troublée [car le moment où je dois vivre ma Passion est arrivé pour Moi]. Et que dirai-Je ? Père, délivrez-Moi de cette heure. Mais c'est pour cela que Je suis arrivé à cette heure" (Jn XII, 27).
           
        D'une certaine manière ou plutôt d'une manière certaine, on pourrait dire, comme pour le Christ : c'est pour vivre la Passion à la fin des temps, que le chrétien est né il y a 2 000 ans...
           
        N'est-ce pas cela, "la largeur, et la longueur, et la sublimité, et la profondeur du mystère du salut" (Eph III, 18) manifesté de nos jours dans et par "LA PASSION DE L'ÉGLISE"...?
 
En la très-grande fête de
L'IMMACULÉE-CONCEPTION,
Ce 8 décembre 2023,
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
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"Que soy era Immaculada Councepciou"
 
 
08-12-2023 08:12:00
 

La Foi très-schismatique de Mgr Carlo-Maria Viganò ― Précis d'Histoire sur le grand-schisme d'Occident, d'où l'on tire que l'anti-pape Clément VII ne fut pas approuvé par l'Église Universelle, Mgr Viganò s'abusant fort en disant le contraire

 
 
 
La Foi très-schismatique
de Mgr Carlo-Maria Viganò ―
Précis d'Histoire sur le grand-schisme d'Occident,
d'où l'on tire que l'anti-pape Clément VII
ne fut pas approuvé par l'Église Universelle,
Mgr Viganò s'abusant fort en disant le contraire.
 
 
        Mgr Viganò vient de lancer il y a quelques jours, le 3 octobre dernier, une très-violente diatribe contre le pape François, un brûlot qu'il voudrait ardemment voir enflammer toute la Chrétienté.
 
        Cependant, à le lire, on ne peut manquer de constater non seulement le ton très-passionnel de son propos virulent, quoique en très-grande partie justifié au niveau factuel de ce qu'il reproche au pape François, mais surtout son incompréhension totale de "la crise de l'Église", dont le fond est d'être "PASSION DE L'ÉGLISE" (il en parle évasivement, certes, en finale, mais sans savoir ce qu'elle est, comme je l'expose au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/7-la-passion-de-l-eglise-2). Il en veut évidemment toujours énormément, avec bien de la rancœur, c'est manifeste et, au reste, cela, humainement parlant, peut se comprendre aisément, au pape François qui a méprisé le rapport complet qu'il lui avait envoyé concernant l'affaire du scandaleux cardinal Mc-Carrick...     
      
        Mais d'une manière générale, tout ce qu'il reproche à François, en termes de scandales contre la Foi, par exemple son allégeance au mondialisme, peut très-bien être reproché également à tous les papes modernes sans exception, singulièrement bien sûr, à ceux vaticandeux et post. Tout focaliser "la crise de l'Église" sur la seule personne, certes catholiquement très-peu aimable, de Jorge Mario Bergoglio, comme le fait Mgr Viganò, montre le déséquilibre tendancieux, fanatique et hélas passionnellement haineux, de son analyse.
 
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        Cette diatribe est de plus toute entachée du péché en soi mortel de schisme, ce qui est beaucoup plus grave. Mgr Viganò ose en effet soutenir, par des raisons théologiquement toutes plus fausses les unes que les autres, l'invalidité de l'élection pontificale de François au Siège de Pierre en 2013, ou à tout le moins la possibilité très-grande qu'il en soit ainsi, fort notamment en professant la soi-disant non-valeur de l'approbation par l'Église Universelle du pape actuel au Siège de Pierre, comme criterium primordial à retenir prouvant formellement la validité de toute élection pontificale, et bien sûr de celle de François qui en a bénéficié et en bénéficie toujours et encore, à l'heure où Mgr Viganò a écrit ses lignes erronées et à celle où j'écris maintenant les miennes, rectificatrices. Car, théologiquement, c'est de l'Église Universelle que dépend, et d'elle seule, la validité ou l'invalidité de toute élection pontificale (je n'ai pas lu Mgr Schneider qui soutient lui aussi cette doctrine catholique, au rapport de Mgr Viganò, et c'est bien à tort qu'il le contredit sur cela dans son texte).           
           
        Mais une fois hérétiquement évacué le criterium de l'Église Universelle pour savoir si un pape l'est ou ne l'est pas, ne reste plus alors, l'hérésie appelant l'hérésie, que le libre-examen hétérodoxe de la Foi du pape et le jugement subséquent de déchéance pontificale qu'on en fait, sans avoir aucune autorité pour le faire, si l'on juge que cette foi pontificale est hérétique. Mgr Viganò, hélas pour lui, n'y manque bougrement pas, et après avoir jugé que la Foi de François est hérétique, il le déchoit ou appelle véhémentement dans sa diatribe à le faire (certes, tout catholique peut et même doit faire le constat de l'hérésie dans le Magistère des papes modernes, pas seulement celui de François, mais ce n'est qu'un constat intellectuel qui ne donne aucun pouvoir pour déchoir les papes modernes : théologiquement, seul le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un peut déchoir un pape en place ; le constat seulement intellectuel de l'hérésie dans le Magistère des papes modernes n'est que le premier palier, l'amorce, pour commencer une bonne réflexion de Foi qui, menée à excellente fin, doit aboutir à comprendre et vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE", cedit constat ne doit pas pousser à s'engouffrer violemment tête baissée, avec colère réprouvée, aveuglement et orgueil, dans le schisme sédévacantiste, comme taureau impulsif et passionnel qui fonce sans réflexion sur chiffon rouge).           
           
        En cela, Mgr Viganò adopte une attitude schismatique très-dangereuse pour la pureté de la Foi, attitude qui a été anathématisée dans les hussites et autres wicliffistes, ces pré-protestants, par les Pères du concile de Constance, anathème dont on ne manquera pas de remarquer qu'il foudroie tout le raisonnement de fond de sa diatribe. Jean Hus, par exemple, condamné par le Concile de Constance, professait : "Ce n'est pas parce que les électeurs [du pape], ou une grande partie d'entre eux, ont acclamé telle personne d'après l'observation des hommes, que cette personne est légitimement élue [pape] ; ce n'est pas pour cela qu'il est le vrai et manifeste successeur et vicaire de l'apôtre Pierre, ou dans l'office ecclésiastique d'un autre apôtre. Par conséquent, si les électeurs ont bien choisi ou mal choisi, nous devrions le croire suivant les œuvres de celui qui a été élu : car c'est pour la raison précise que quelqu'un agit selon le bien de l'Église d'une manière pleinement méritoire, qu'il détient cette faculté de Dieu [d'être vrai pape]" (26ème ERREUR).           
           
        Nous sommes là les pieds en plein dans la double hérésie sédévacantiste adoptée par Mgr Viganò, qui professe non seulement que c'est la mise en œuvre du Bien-Fin de l'Église qui est la règle prochaine de la légitimité pontificale mais qui en plus s'arroge le pouvoir de juger si le pape opère ou bien non cedit Bien-Fin de l'Église, et donc s'il est vrai pape ou bien non. Mgr Viganò le formule très-clairement, hélas : "Ainsi, en prenant acte du fait que Bergoglio est un hérétique - et Amoris Lætitia ou sa déclaration sur l'immoralité intrinsèque de la peine capitale suffiraient à le prouver - nous devons nous demander si l'élection de 2013 a été en quelque sorte invalidée par un défaut de consentement, c'est-à-dire si l'élu a voulu devenir pape de l'Église catholique". Et d'insister lourdement, en citant à l'appui Matth VII, 16-20 : "Vous les connaîtrez par leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces ? Ainsi, tout bon arbre produit de bons fruits ; mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre produire de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Vous les reconnaîtrez donc à leurs fruits". Tirez la chevillette du raisonnement, et la bobinette cherra : puisque le pape François produit de mauvais fruits, il n'est donc pas pape, quand bien même le Saint-Esprit l'a adoubé infailliblement comme vrai pape, verus papa, par l'organe transparent de l'Église Universelle représentée par les cardinaux dans leur majorité canonique...           
           
        Or, on vient de le lire, les Pères de Constance anathématisent dans Jean Hus cette proposition comme étant... hérétique. Wycliff, dans une proposition hérétique similaire, est lui aussi condamné par le Concile de Constance, cette fois-ci sous forme de question : "[Les partisans de Wycliff] croient-ils que le pape canoniquement élu, qui a vécu quelque temps, après avoir exprimé son propre nom, est le successeur du bienheureux Pierre, possédant l'autorité suprême sur l'Église de Dieu ?" (24ème ERREUR). Remarquons avec soin que dans cette formulation, il n'est nullement question, pour les Pères de Constance, du criterium de la Foi pour décider si un pape l'est ou bien non, mais uniquement du criterium de l'Église Universelle qui "élit canoniquement" ; or, le sédévacantiste se trompe hérétiquement précisément en mettant le criterium de la Foi à la place de celui de l'Église Universelle assistée du Saint-Esprit, qu'il ose considérer blasphématoirement comme inexistant. Le Concile de Constance pose cette question aux partisans de Wyclif, précisément parce qu'ils ne croient pas que le pape canoniquement élu est avec certitude le successeur de Pierre, mais que sa légitimité est conditionnée par ses œuvres.           
           
        Il est clair que le Concile de Constance, dans ces deux hérésies de Jean Hus et Wicliff, condamne l'affirmation selon laquelle un pape canoniquement élu n'est pas pape avec certitude, nonobstant toute considération de Foi. Ce qui signifie a contrario qu'on doit reconnaître comme successeur de Pierre la personne canoniquement élue par l'Église Universelle, et que cette dernière l'est en toute certitude théologique, nonobstant tout criterium de Foi.           
           
        Donc, la doctrine de la reconnaissance ecclésiale universelle du pape actuel comme règle prochaine de la légitimité pontificale, est la Foi de toute l'Église, et, dans nos derniers temps modernes, les cardinaux Billot et Journet, dans leurs travaux théologiques, n'ont rien fait d'autre que d'exprimer cette Foi de l'Église, à croire sous peine d'anathème formel.
 
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        Mais, dans sa diatribe, comme si cela ne lui suffisait pas d'épouser l'hérésie sédévacantiste dans la mauvaise compagnie des Hus et des Wicliff, Mgr Viganò aggrave son péché schismatique en osant soutenir effrontément que l'Église Universelle se serait trompée en reconnaissant comme vrai pape le premier antipape du grand-schisme d'Occident, Clément VII, ce qui donc, suivez son regard, prouverait bel et bien que l'Église, même dans son universalité, ne serait pas infaillible lorsqu'elle reconnaît un tel pour le Vicaire du Christ actuel. Voilà qui, premièrement, est un pur blasphème contre le Saint-Esprit qui assiste infailliblement en permanence l'Église Universelle depuis la Pentecôte jusqu'à la fin des temps, très-singulièrement dans toute élection pontificale, blasphème doublé, dans le cas cité, d'un pur mensonge historique en ce qui concerne l'antipape Clément VII. Celui-ci, en effet, n'a absolument pas été le sujet d'une approbation par l'Église Universelle de son anti-papauté comme si elle était la vraie, jamais et à aucun moment de l'histoire certes fort tourmentée, bousculée, du grand-schisme d'Occident, nous l'allons voir ensemble sans tarder.           
           
        Ayant en effet déjà énormément écrit pour bien asseoir le caractère certain et indubitable de la règle prochaine de la Légitimité pontificale, en avant et par-dessus toute autre règle ou loi, à savoir la Reconnaissance par l'Église Universelle de la qualité de pape actuel sur un tel, Église Universelle représentée ordinairement, pour cet acte capital, par le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un, je ne me fatiguerai pas à le rappeler ici de nouveau, je renvoie le lecteur à mes écrits très-nombreux sur le sujet, qui, en long et en large, le démontrent formellement et surtout irréfutablement (voir, par exemple, ma démonstration théologique de l'intégration de cette loi fondamentale dans le Magistère ordinaire & universel, toujours doté de l'infaillibilité ecclésiale et à croire de Foi, de fide, sous peine d'anathème ipso-facto, au début de cet article : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/la-fable-s-d-vacantiste-mensong-re-de-la-bulle-de-paul-iv-et-de-son-contexte-historique?Itemid=1 ; on lira aussi avec beaucoup de fruit l'article suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/o-se-situe-lacte-de-droit-divin-qui-fait-certainement-le-pape-actuel-chez-les-cardinaux-qui-l-lisent-canoniquement-dans-le-conclave-ou-chez-les-v-ques-de-lorbe-catholique-qui-approuvent-a-posteriori-l-lection-des-cardinaux-?Itemid=1).           
           
        À un certain moment de la discussion avec ceux qui rejettent la vérité (qui est toujours Jésus-Christ Lui-même, en Personne, "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie" ― Jn XIV, 6 ; et plus elle est importante, cette vérité, plus elle EST Jésus-Christ), il ne convient plus, en effet, devant leur mauvaise foi, de la leur présenter à nouveau et plus longtemps : par le long laps de temps pendant lequel la bonne doctrine leur a été sans cesse et de nombreuses fois exposée (... plus de vingt-cinq ans, en ce qui me concerne...) et qu'ils ont sans cesse méprisée perseverare diabolicum, ils se montrent indignes qu'on la leur réexpose une énième nouvelle fois, ce serait même fautif de continuer à le faire, n'étant désormais plus, selon le mot cinglant du Christ Lui-même, que des "chiens et des pourceaux" (Matth VII, 6). C'est l'attitude adoptée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même devant ses ennemis de mauvaise foi, lorsqu'Il comparaît devant eux dans la nuit du Jeudi-Saint, attitude qu'à Sa divine suite, j'adopte donc moi-même. Lorsque le grand-prêtre Caïphe ose Lui demander quelle était sa doctrine, alors que Jésus l'avait sans cesse moult prêchée publiquement pendant trois ans dans leurs synagogues et que donc Caïphe et les anciens du peuple ne pouvaient que la connaître, Jésus les renvoie abruptement à ce qu'Il en avait dit antécédemment et que nul ne pouvait ignorer, surtout pas eux : "Cependant, le grand prêtre interrogea Jésus sur Ses disciples et sur Sa doctrine. Jésus lui répondit : «J'ai parlé ouvertement au monde ; J'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et Je n'ai rien dit en secret. Pourquoi M'interroges-tu ? Demande à ceux qui M'ont entendu ce que Je leur ai dit ; eux, ils savent ce que J'ai dit»" (Jn XVIII, 19-21).           
           
        Je me contenterai donc ici, dans ce nouvel article, de dénoncer l'erreur historique flagrante dont, pour sa grande honte, se rend coupable Mgr Viganò, à savoir que l'antipape Clément VII aurait soi-disant été approuvé comme vrai pape par l'Église Universelle, ce qui est totalement faux, et par rebond, effet boomerang, cette erreur démasquera le péché de schisme que commet Mgr Viganò en refusant de se soumettre quant au pape François à la grande loi fondamentale basée sur les fondements premiers mêmes de la Constitution divine de l'Église en ce qui concerne la légitimité des élections pontificales, à savoir, l'infaillibilité de la Reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel sur un tel, encore appelée pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, qui est toujours et à chaque fois, un fait dogmatique doté de l'infaillibilité.
 
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        Commençons à lire cette grande et très-douloureuse page historique par le commencement, c'est-à-dire par le dernier pape siégeant au Siège de Pierre dans la paix de l'Église Universelle, avant que le grand-schisme d'Occident ne la déchirât scandaleusement pendant trente-neuf ans fort pénibles à toute la Chrétienté. Il s'agit de Grégoire XI (1331-1378), dernier pape français à remplir le Siège de Pierre jusqu'à nos jours de fin des temps (avant lui, on compte dix papes français dans la liste des papes) ; et d'aucuns, à juste titre, y verront une punition de Dieu sur la France, car le gravissime péché du grand-schisme d'Occident est à mettre principalement sur la tête orgueilleuse et insoumise des cardinaux français, comme nous l'allons voir.           
           
        À cette époque en effet, rappelons-nous que la France avait une énorme prépondérance dans les affaires du Saint-Siège, jusqu'à attirer sur son sol la papauté à Avignon, ce qui était certes un déséquilibre dans le Plan divin, et les saints d'alors, sainte Catherine de Sienne fort notamment, faisaient tout pour ramener le pape à Rome, là où la Providence divine voulait qu'il dirigeât les destinées de toute la Chrétienté. Précisément, Grégoire XI va obéir en 1377 à cette injonction divine de ramener le Siège de Pierre à Rome, il en avait d'ailleurs l'intention dès 1372, pour que finisse ce que les saints du temps appelaient à juste titre l'exil de Babylone qui, pesons bien la chose, dura autant que l'exil juif antique, soit soixante-dix ans mystiques, de 1305 à 1377, avec une succession de papes uniquement français à Avignon, on aurait vraiment dit que la papauté et le Siège de Pierre étaient devenus et à jamais, exclusivement français ("Les sept papes qui siégèrent à Avignon de 1305 à 1377 sont tous français selon le territoire actuel ; en réalité, ce sont des papes de langue d'oc dont la région d'origine dépendait, soit directement du roi de France, soit du roi d'Angleterre -pour ses terres relevant du roi de France-, soit du comté de Provence -qui relevait du Saint-Empire romain germanique-" ― https://fr.wikipedia.org/wiki/Papaut%C3%A9_d%27Avignon), à savoir : Clément V (1305-1314), Jean XXII (1316-1334), Benoît XII (1334-1342), Clément VI (1342-1352), Innocent VI (1352-1362), Urbain V (1362-1370) & Grégoire XI (1370-1378).           
           
        Mais, quelqu'un an seulement après être revenu à Rome, le pape Grégoire, de santé fragile et très-notamment ébranlé par les incessantes révoltes politicardes brouillonnes et agressives du peuple romain, meurt le 27 mars 1378, presque subitement, à quarante-sept ans seulement. Les cardinaux présents à Rome, peu nombreux (seize seulement), presque uniquement des français (quatre, seulement, sont italiens, et un, espagnol), se réunissent alors le plus canoniquement du monde, pour élire son successeur. Ces seize cardinaux, donc, élisent le plus canoniquement du monde en conclave l'archevêque de Bari, Barthélemy, et celui-ci prend le nom d'Urbain, sixième du nom pontifical. Puis, ils en écrivent aux six cardinaux, tous français, qui étaient encore restés à Avignon après le départ du pape Grégoire à Rome en 1377. Et ceux-ci approuvent tous l'élection. L'élection d'Urbain au Siège de Pierre était donc faite et approuvée à l'unanimité absolue du Sacré-Collège cardinalice composé en tout, lors de la mort du pape Grégoire XI, de vingt-trois membres, bien au-delà donc des théologiquement nécessaires deux/tiers plus un (le seul cardinal qui approuva a-posteriori l'élection pontificale d'Urbain VI, étant absent de Rome lors de l'élection, fut le cardinal d'Amiens : "Venant à Rome, de sa légation de Toscane, le vingt-cinquième d'avril, [il] fut reçu en consistoire comme légat, et salua Urbain comme Pape. Ainsi, il fut reconnu expressément par tous les vingt-trois qui composaient alors le Sacré-Collège. Reconnu par tous les cardinaux, il le fut par tous les royaumes chrétiens, notamment par la France, où l'on trouve plusieurs actes datés de son pontificat" ― Histoire universelle de l'Église catholique, abbé Rohrbacher, t. XXI, p. 2).           
           
        Rohrbacher relate fort bien toute l'affaire dans sa très-célèbre Histoire universelle de l'Église catholique parue au XIXème siècle, et on ne saurait mieux faire, pour bien comprendre le fond de toute l'histoire, que de le suivre :           
           
        "Le pape Grégoire XI était mort le vingt-sept mars 1378. Le dix-neuf du mois d'avril, les seize cardinaux qui étaient à Rome écrivirent aux six qui étaient demeurés à Avignon une lettre où ils disaient : «Afin que vous sachiez la vérité de ce qui s'est ici passé, et n'ajoutiez pas foi à ceux qui vous l'ont autrement rapporté, sachez qu'après la mort de notre seigneur et père, le pape Grégoire XI, de sainte et heureuse mémoire, nous sommes entrés en conclave le septième de ce mois, et le lendemain matin, vers l'heure de tierce, nous avons élu librement et unanimement pour Pape le seigneur Barthélemi, archevêque de Bari, homme distingué par l'éclat de grands mérites et de beaucoup de vertus, et nous avons déclaré cette élection en présence d'une très-grande multitude de peuple. Le neuvième de ce mois, l'élu, intronisé publiquement, a pris le nom d'Urbain, et, le jour de Pâques, il a été couronné solennellement dans la basilique du prince des apôtres, aux acclamations d'un peuple innombrable. Nous vous mandons ces choses, afin que, comme vous avez été affligés de la mort du seigneur Grégoire, vous vous réjouissiez avec nous d'avoir obtenu ce nouveau Père ; car nous espérons de celui dont il tient la place sur la terre, que sous son gouvernement l'état de l'Église romaine et catholique refleurira, et que la foi orthodoxe prendra d'heureux accroissements».           
           
        "Cette lettre est signée des seize cardinaux qui étaient à Rome, notamment de Robert de Genève, fait cardinal-prêtre des douze apôtres en 1371 [... qui deviendra l'anti-pape Clément VII, à propos duquel fantasme hérétiquement Mgr Viganò...], et de l'Aragonais Pierre de Lune, fait cardinal-diacre de Sainte-Marie-en-Cosmedin, l'an 1375 [... qui deviendra le trop célèbre anti-pape Benoît XIII...], l'un et l'autre par le pape Grégoire XI. Le cardinal Robert de Genève écrivit en son particulier à l'empereur, Charles IV, au roi de France, Charles V, au roi d'Angleterre, Richard II, témoignant de la libre élections d'Urbain VI. D'autres cardinaux écrivirent individuellement, dans le même sens, à d'autres personnages" (ibid., pp. 1 & 2).
 
        Puis, après avoir relaté que les cardinaux français étaient encore si puissants qu'ils pouvaient faire à eux tout seuls une élection pontificale valide (ils étaient en effet pas moins de dix-huit cardinaux sur les vingt-trois composant le Sacré-Collège lors de l'élection d'Urbain, soit largement plus des deux/tiers plus un nécessaires pour confectionner une élection pontificale valide), Rohrbacher nous explique qu'étant eux-mêmes divisés entre eux, cardinaux français, sensiblement par moitié, les uns voulant continuer l'élection d'un pape du Limousin, comme les quatre derniers l'avaient été depuis Clément VI, quand les autres n'en voulaient plus, "disant que le monde chrétien s'ennuyait de voir toujours des Limousins sur le Saint-Siège, et qu'il était temps de finir une domination qui semblait héréditaire dans un coin de la France" (ibid., p. 2), chaque moitié cardinalice française ne pouvait plus, à elle seule, atteindre les fameux deux/tiers plus un des voix pour faire une élection pontificale valide. C'est alors que la candidature de l'archevêque de Bari, Barthélemi Pignano, fut avancée et acceptée par tous les partis, les dix-huit cardinaux des deux partis français, les italiens qui n'étaient que quatre, et le seul espagnol, comme aplanissant toute difficulté.           
           
        Pour conclure ce premier point très-important, on peut dire que nulle élection pontificale ne fut plus canonique que celle de l'archevêque de Bari devenu le pape Urbain VI.
 
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        Pour contrer cela, les schismatiques cardinaux français, lorsqu'ils décidèrent six mois après cette élection parfaitement canonique de faire scission avec le nouveau pape, pour la raison que je vais exposer tout-à-l'heure, invoquèrent hautement le tumulte et la non-liberté qui entoura le conclave une fois réuni, fomenté par le peuple romain, ou plutôt sa populace, qui, selon qu'ils l'affirmèrent a-posteriori mensongèrement, entachèrent la nouvelle élection pontificale d'Urbain VI d'invalidité. Ce n'était qu'un mensonger et mauvais prétexte, totalement faux, sataniquement tourné exactement à l'envers de la vérité des faits de ce qui se passa réellement au conclave, et il importe évidemment de bien l'établir.           
           
        Premièrement, l'élection de l'archevêque de Bari au Siège de Pierre fut décidée par la majorité canonique des cardinaux électeurs AVANT que le conclave fut réuni, et donc hors de tout tumulte et violence faites aux cardinaux. Les cardinaux français ne pouvaient donc pas dire que c'était le peuple romain qui les avait forcé à élire l'archevêque de Bari par tumulte et violence. "Or, ces prélats [les cardinaux électeurs] ne s'accordant pas entre eux, à cause de la haine qu'on portait aux Limousins, ceux-ci, pour donner aussi l'exclusion aux autres, jetèrent les yeux sur Barthélemi Prignona, archevêque de Bari. Ils considéraient son mérite personnel, ses habitudes anciennes avec la cour d'Avignon, où il avait rempli la place de vice-chancelier, ses liaisons avec Pierre de Monterne, cardinal de Pampelune et Limousin, un des six qui étaient demeurés à Avignon, enfin sa qualité de sujet de la reine de Naples, princesse très-affectionnée à l'Église et à la cour romaine. Tout cela fut agité avant l'ouverture du conclave. Les cardinaux y entrèrent le sept avril, et ils y furent gardés par des gens de confiance et nommés de leur part. Ce jour-là même, les cardinaux d'Aigrefeuille et de Poitiers proposèrent l'archevêque de Bari, et trouvèrent déjà les deux tiers des cardinaux assez disposés à le nommer. Le lendemain, après la messe du Saint-Esprit, comme on songeait à terminer l'affaire, (....) le cardinal de Limoges déclara purement et librement qu'il donnait sa voix à Barthélemi, archevêque de Bari, et presque tous les autres cardinaux furent du même avis. L'élection ainsi faite, on différa néanmoins de la publier, parce que l'archevêque était absent et qu'il y avait sujet de craindre qu'en l'annonçant au peuple, qui demandait un Pape romain, il ne se fit quelque tumulte, et que le prélat lui-même, qui était Napolitain, ne fût insulté en venant au palais. On l'appela donc, avec d'autres évêques italiens, sous prétexte de quelques affaires importantes, et, après midi, l'élection fut réitérée d'un consentement unanime" (ibid., pp. 3-4).           
           
        "On pria [les cardinaux] de revenir le lendemain au palais pour ratifier l'élection ; ce qu'ils firent avec tout l'ordre et toute la liberté possibles. L'intronisation se passa de même. Toute la Semaine-Sainte le nouveau Pape, qui avait pris le nom d'Urbain VI, célébra les offices de l'Église avec le sacré collège. Le dimanche de Pâques, le couronnement se fit à l'ordinaire, et les seize cardinaux y étaient présents. Tout le reste du temps qu'ils demeurèrent auprès d'Urbain, ils le traitèrent comme Pape légitime, lui demandant des dispenses et des grâces pour eux et pour leurs amis, lui faisant à leur tour de petits présents, le nommant en public et en particulier, à la messe et dans les autres prières de l'Église, officiant toujours avec lui aux grandes fêtes de Pâques, de l'Ascension, de la Pentecôte et du Saint-Sacrement ; surtout, écrivant de tous côtés qu'ils avaient élu très-unanimement et très-librement le seigneur Barthélemi, archevêque de Bari, présentement appelé Urbain VI. Aux cardinaux électeurs se joignirent Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, qui, pendant l'élection, était légat en Toscane et qui, à son retour de Rome, rendit à Urbain tous les hommages dûs au souverain Pontife. Tel est en somme la narration des auteurs italiens et même de quelques autres, comme d'Alphonse, ancien évêque de Jaën, et compagnon de sainte Brigitte, ainsi que de Gobelin Person, né en Westphalie, employé à la cour romaine pendant ces évènements, et qui, dans histoire universelle, transcrit et adopte le récit d'Alphonse" (ibid., pp. 4 & 5).           
           
        "Or, tout cela se passa six heures entières avant qu'il y eût le moindre mouvement parmi le peuple. (...) Quand la populace sut que l'archevêque de Bari avait eu les suffrages, la sédition devint générale parce que ce prélat n'était pas romain. Les cardinaux voulurent s'enfuir, mais on les ramena de force dans le conclave, pour procéder à une autre élection. Le tocsin sonnait à Saint-Pierre, on pillait, on cherchait l'archevêque de Bari, les uns pour le tuer, les autres pour le forcer à se démettre. Cependant les cardinaux ne se laissèrent point intimider ; ils dirent qu'ils n'éliraient point un Pape romain, et que l'élection de l'archevêque de Bari étant faite, ils s'en tiendraient là, dût-il leur en coûter la vie. Enfin, plusieurs personne de considération, entre autres Agapit Colonne et l'abbé du Mont-Cassin, s'entremirent pour faire entendre raison à cette troupe de mutins, que la relation dépeint plutôt comme des gens ivres que comme des factieux. Le calme était rétabli dans la ville dès le vendredi neuvième d'avril. Ce jour-là douze cardinaux s'assemblèrent au palais, annoncèrent le pontificat à l'archevêque de Bari, le pressèrent de l'accepter ; et, après qu'il se fut excusé quelque temps et qu'il eut consenti ensuite, on l'intronisa, on le couronna sans qu'il parût aucun vestige de sédition dans Rome, ou de mécontentement dans la cour romaine" (ibid., pp. 5 & 6).           
           
        L'on voit très-bien, par ce récit des faits exacts tels qu'ils se passèrent dans l'élection pontificale d'Urbain VI, que les cardinaux français qui, six mois après avoir fait l'élection de l'archevêque de Bari au Siège de Pierre, l'avoir canoniquement approuvé et accepté, acceptus et probatus, osèrent soutenir que son élection était invalide parce qu'ils avaient été forcé de l'élire par la sédition du peuple romain, mentirent effrontément et scandaleusement, sataniquement même car la vérité des faits se situait dans l'exact contraire de ce qu'ils dirent alors : loin que le peuple romain les força à élire l'archevêque de Bari au Siège de Pierre, c'est tout le contraire qui se passa : les cardinaux ayant élu librement l'archevêque de Bari au Siège de Pierre, c'est alors, et alors seulement, que le peuple ou plutôt la populace, fit sédition, ne voulant, dans un entêtement de bourrique du diable, qu'un pape romain et non pas seulement italien comme l'était le napolitain archevêque de Bari !
           
        Rohrbacher est donc très-fondé à conclure son exposé, ainsi : "D'après ces divers témoignages, il y eut de la part du peuple romain quelque mouvement, quelque violence, non pour faire élire l'archevêque de Bari, mais plutôt pour empêcher son élection. D'où il est naturel de conclure que l'élection d'Urbain VI ne fut point l'effet de la violence, mais qu'elle se fit librement par les cardinaux, comme eux-mêmes l'assurent dans leurs lettres à leurs collègues d'Avignon [lettre qu'on a lue plus haut]. (...) Le nouveau pape, Urbain VI, ayant pris possession du Saint-Siège suivant les anciennes coutumes, écrivit à tous les évêques et à tous les princes de la Chrétienté, pour leur notifier la mort de Grégoire XI et sa propre élection par le choix unanime des cardinaux. Celle qu'il écrivit au clergé d'Angleterre est du dix-neuf avril. De leur côté, ainsi que déjà nous l'avons vu, les cardinaux écrivirent dans le même sens, entre autres une lettre commune à l'empereur Charles IV, qui plus tard la rendit publique. (...) «Alors, dit Théodoric de Niem, témoin oculaire, il n'y avait aucune doute, aucun bruit sinistre dans la ville de Rome, même entre les cardinaux ou autres personnes quelconques, que le même Urbain ne fût le vrai Pape, ou qu'il eût été élu par violence ou d'une autre manière peu canonique ; au contraire, tous les cardinaux disaient alors, et par écrit et de vive voix, et en public et en particulier, à tout le monde, même à ceux qui conféraient avec eux à ce sujet, que le même Urbain était vrai Pape, canoniquement et unanimement élu par eux. Telle est la vérité, et on n'a pu la nier». Ce témoignage est bien remarquable" (ibid., pp. 6 & 7).
 
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        Urbain VI étant donc incontestablement vrai pape légitime, verus papa, comme peut-être, si je puis dire, aucun autre pape ne le fut aussi sûrement que lui, comment donc alors se fait-il que, tout-à-coup, l'ensemble des cardinaux qui l'avaient élu en vinrent unanimement à le haïr, à vouloir s'en détacher formellement, au point inouï jamais arrivé dans toute l'histoire pourtant fort tourmentée de l'Église, de mentir sur son élection parfaitement canonique en voulant le considérer seulement comme un intrus sur le Siège de Pierre, c'est-à-dire qu'il n'aurait jamais été pape, et de vouloir subséquemment créer un autre pape ? Je vais donner tout-de-suite cette raison de la haine des cardinaux contre Urbain VI, mais auparavant, je veux en rester à dénouer l'aspect purement théologique de la question. Nous verrons plus loin que si les cardinaux avaient reconnu la canonicité de l'élection pontificale d'Urbain VI qu'ils avaient faite, comme elle l'était formellement en effet, et si, retirant après-coup unanimement leur obédience à Urbain dans la majorité canonique du Sacré-Collège, ils avaient acté canoniquement sa déchéance du suprême Pontificat, cette déchéance prononcée par l'ensemble des cardinaux aurait été parfaitement valide, et Urbain n'aurait plus été pape. Or, aveuglés par la haine qu'ils éprouvaient contre Urbain, les cardinaux français ne prirent pas du tout cette voie qu'ils devaient suivre pour déchoir validement Urbain, au contraire, voulant considérer faussement qu'Urbain n'était qu'un intrus, c'est-à-dire qu'il n'avait jamais été un pape légitime, ils ne le déchurent donc pas du suprême Pontificat comme ils en avaient théologiquement le pouvoir... puisqu'évidemment, on ne déchoit pas un pape qu'on veut considérer comme n'ayant jamais été pape !, ce qui fait donc, pour la fin, que... Urbain VI restait bel et bien, de droit et de fait, toujours le seul pape légitime actuel de l'Église, même après la révolte des cardinaux français contre lui.           
           
        N'oublions pas, en effet, et je l'ai rappelé dans d'autres articles, que la règle est la suivante, concernant la déchéance d'un pape jugé indigne : qui a pouvoir de faire le pape, a aussi pouvoir de le défaire. Or, ceux qui ont pouvoir de faire le pape, ce sont les cardinaux dans leur majorité canonique des deux/tiers plus un, et eux seuls, réunis dans le Sacré-Collège cardinalice ; ainsi donc, pour défaire un pape indigne, c'est le même Sacré-Collège dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un qui a également pouvoir, et lui seul, de déclarer déchu tel pape indigne, en lui faisant soustraction d'obédience (ou plus exactement dit, dans les termes théologiques idoines et adéquats : les cardinaux ont pouvoir, de par Dieu, de retirer la matière du Souverain Pontificat à un pape légitimement fait, puisqu'ils ont pouvoir de la lui donner, et Dieu, qui leur a donné ce pouvoir, les suivant, retire quant à Lui la forme du Pontificat à l'instant même où les cardinaux lui en retirent la matière, et donc, matière et forme de ce qui fait le pape étant retirés à ce pape, celui-ci ne l'est plus du tout). Cependant, la Providence divine, dirigeant toutes choses derrière les causes secondes ou humaines, ne permit point que les cardinaux qui avaient élu légitimement Urbain au Siège de Pierre, ne posassent l'acte canonique qui aurait prononcé formellement sa déposition devant toute l'Église, quand bien même, dans le même temps, en brouillons pressés mettant passionnellement la charrue avant les bœufs, mûs par un grand orgueil, ils élisaient en face de lui le premier antipape du grand-schisme d'Occident, Clément VII, sur lequel phantasme Mgr Viganò.           
           
        ... Mais bien sûr, maintenant, il est fort important de dire pourquoi le pape Urbain VI fut, soudain, l'objet de tant d'aversion et même de haine, de la part de tous les cardinaux qui l'avaient élu, au point incroyable de vouloir faire, à la face scandalisée de toute l'Église et du monde, un autre pape à sa place. L'histoire en est fort peu glorieuse, autant du reste des deux côtés, celui du pape et celui des cardinaux, mais, à lire cette affligeante page ecclésiastique, ce nous sera à nous, pauvres cloportes du Seigneur souvent indignes, une bonne leçon d'humilité quant à ce que vaut vraiment l'homme qui veut se diriger uniquement par son propre mouvement, motu proprio, et non sous la mouvance humble de Dieu et de son Esprit-Saint... Je laisse à nouveau Rohrbacher nous l'expliquer, il le fait fort bien :
 
        "Il y avait cinq à six mois que le monde chrétien reconnaissait ainsi unanimement le pape Urbain VI, lorsqu'on apprit tout-à-coup que les mêmes cardinaux, qui avaient déclaré dans leurs lettres l'avoir élu très-librement et très-unanimement, venaient d'en élire un autre le vingt septembre de la même année 1378. Voici les principaux faits de cette déplorable division.           
           
        "Barthélemi Prignano, devenu le pape Urbain VI, serait demeuré en paisible possession de la chaire de Saint-Pierre, s'il avait su se ménager avec les cardinaux. Il semble que cela était aisé avec toutes les qualités qu'on admira dans lui avant sa promotion. Prignano était de Naples, né d'une famille noble, âgé d'environ soixante ans, d'une taille au-dessus de la médiocre et d'une complexion robuste. Il avait été d'abord archevêque de Cirenza, au royaume de Naples ; ensuite, Grégoire XI le transféra au siège de Bari, et lui confia le soin de la chancellerie romaine en l'absence du cardinal de Pampelune. C'était par estime pour son mérite. Il passait pour un des plus habiles hommes de son siècle dans le droit canon et dans le style de la cour de Rome. D'ailleurs grand homme de bien, ennemi de la simonie et du faste, ami des gens de lettres, modeste, dévôt, dur à lui-même, portant sans cesse le cilice, jeûnant tout l'Avent et depuis la sexagésime jusqu'à Pâques, patient dans l'adversité, sensible au malheur des autres, en un mot l'homme du monde le plus digne d'être Pape, s'il ne l'avait jamais été ; c'est la réflexion des auteurs, même italiens. Cela veut dire qu'il lui arriva, comme à bien d'autres, de ne pouvoir porter le poids de sa dignité. Barthélemi Prignano fut un homme presque parfait ; Urbain VI fut, de l'aveu de tout le monde, trop entier dans ses volontés, trop peu liant pour le caractère, et trop précipité dans les vues de réforme qu'il s'était proposées : conduite qui pensa le renverser du trône apostolique, et qui contribua beaucoup à faire naître dans l'Église un schisme de cinquante ans.           
           
        "(...) Le premier trait qui aliéna d'Urbain VI les esprits, fut une invective qu'il hasarda, dès le lendemain de son couronnement, contre les évêques de sa cour. À la fin des vêpres, où il avait assisté avec eux dans sa chapelle, il les retint pour leur dire qu'ils étaient des parjures d'avoir abandonné leurs églises et d'être venus faire leur résidence ordinaire en cour de Rome. Sur quoi, Martin de Salve, évêque de Pampelune et référendaire du pape Grégoire XI, prit la parole et répliqua assez vivement qu'il n'était point un parjure, que son séjour en cour de Rome n'était que pour les affaires générales de l'Église, et qu'au reste, il retournerait volontiers dans son diocèse.           
           
        "Quinze jours après, Urbain tint un grand consistoire ; et, dans un sermon dont le texte était : Je suis un bon pasteur, il attaqua ouvertement, et d'un style même peu convenable, la conduite des cardinaux et des autres prélats, qui le trouvèrent très-mauvais, et qui n'en furent pas plus disposés à retrancher les abus qu'on leur reprochait. Sur la fin d'avril, le cardinal d'Amiens, Jean de la Grange, vint reconnaître le nouveau Pape. Il en fut reçu d'abord avec honneur ; mais bientôt l'humeur prenant le dessus avec Urbain, le cardinal n'entendit plus de sa bouche que des duretés. Un jour, Urbain lui reprocha son avarice et sa perfidie, l'une et l'autre à l'occasion de la guerre qui durait depuis si long-temps entre les rois de France et d'Angleterre. C'était, disait le Pape, un artifice du cardinal, qui, pour s'enrichir en faisant durer sa commission de légat, bien loin de travailler à la paix, comme Grégoire XI le lui avait recommandé, fomentait sous main l'antipathie des deux nations. Une autre fois, il l'accusa d'être l'auteur des divisions entre les rois de Castille, d'Aragon et de Navarre, et d'avoir trompé le Saint-Siège dans les traités conclus avec le duc de Milan et les Florentins. Enfin, dans une autre occasion, il s'échappa jusqu'à dire qu'il n'y avait point de mal au monde que le cardinal d'Amiens n'eût fait. À ce mot, le prélat, piqué au vif, se leva et faisant un geste menaçant : «Comme archevêque de Bari, lui dit-il, vous en avez menti» ; et sur-le-champ, il prit la fuite, suivi de quelques autres cardinaux.           
           
        "C'étaient tous les jours de nouvelles scènes, où paraissait à découvert le caractère inflexible du Pape. Tantôt affectant un grand mépris pour les richesses, il renvoyait avec des injures les collecteurs des revenus du Saint-Siège ; tantôt oubliant ce qu'il devait à la reine de Naples, il traitait avec peu de ménagement Othon de Brunsvick, son mari, et cela dans le temps même que ce prince était à Rome, faisant sa cour avec plus d'assiduité que les officiers du palais et les prélats ; tantôt sans égards pour les premières têtes d'Europe, il disait qu'il saurait bien se faire justice des rois de France et d'Angleterre, dont les divisions avaient causé tant de maux à la Chrétienté. Ces manières si déplacées étonnaient fort les cardinaux, et ils étaient tentés de croire que le faîte des honneurs avait ébranlé le cerveau de ce Pontife" (ibid., pp. 7-10).           
           
        Barthélemi Prignano, une fois sur le Siège de Pierre, était donc soudain devenu un despote énergumène, au caractère impossible à vivre...           
           
        ... Mais voilà-t-il pas qui nous replonge abruptement dans le problème de notre papauté actuelle, celle de François, lui aussi despote, et despote énergumène ! Dès 2013, il me souvient que François l'avait d'ailleurs annoncé aux cardinaux qui venaient de l'élire : "Vous allez regretter de m'avoir élu pape, vous allez le regretter"... Et dernièrement, n'a-t-il pas sorti qu'il se ressentait comme "une victime du Saint-Esprit" ? Le caractère despotique, tyrannique, de son pontificat est si fort, si marqué, qu'un certain auteur en a fait le titre d'un livre sur lui : Le pape dictateur.
 
        ... Et voilà qui nous replonge aussi dans le pontificat du pape Paul IV, qui fut au moins aussi énergumène despotique que Urbain VI. Ayant la folie paranoïaque de voir des hérétiques partout, ne destitua-t-il pas de sa légation en Angleterre le grand et saint cardinal Réginald Pole sur simple soupçon (infondé) d'hérésie, ce qui eut pour résultat certain de faire triompher définitivement jusqu'à la fin des temps le protestantisme dans toute la nation d'Angleterre, un protestantisme que ce prélat, qui était de la plus haute noblesse anglaise, après la crapuleuse défection du roi Henry VIII duquel il était d'ailleurs parent, était en train de résorber victorieusement par de grands et fort édifiants travaux apostoliques sinon d'anéantir radicalement, de concert avec la très-catholique reine Marie ?           
           
        Paul IV n'alla-t-il pas jusqu'à invectiver le futur pape saint Pie V en lui disant qu'il regrettait de l'avoir créé cardinal, certains craignant dès lors pour lui qu'il soit emprisonné au château Saint-Ange ? Dans une certaine affaire de soupçon d'hérésie contre un très-haut prélat portugais que le pape lui avait commise (avec Paul IV, c'était toujours la même histoire), le cardinal Alexandrin futur saint Pie V tâcha de tempérer la procédure draconienne voulue par le pape, et le tourner à un peu plus de justice envers l'accusé. Mal lui en prit ! "Cela jeta le Pape, que sa santé rendait de plus en plus anxieux et violent, dans un état tel qu'il fit, pendant une demi-heure, de si violents reproches à ce cardinal si hautement estimé dans le Consistoire, que le cardinal Consiglieri déclara qu'on ne pouvait plus vivre ni traiter de quoi que ce soit avec le Pape. Dans un nouveau consistoire, Paul IV réitéra ses reproches envers Ghislieri, le déclara indigne de sa place et assura qu'il regrettait de lui avoir donné la pourpre. Un rapport du 5 Août 1559 mande de Rome qu'on craignait là-bas que le grand-inquisiteur Ghislieri fût emprisonné au château Saint-Ange. Ce fut en ce temps que Paul IV déclara à l'ambassadeur français que l'hérésie était un crime si grave, que si peu qu'un homme en fût atteint, il ne lui restait d'autre moyen de salut que de le livrer au feu immédiatement, sans se soucier qu'il occupât le plus haut rang" (Histoire des Papes depuis la fin du Moyen-Âge, Pastor, t. XIV, p. 256).           
           
        Combien de saints prélats furent victimes des foudres paranoïaques du pape Paul IV, sur simple soupçon d'hérésie non-fondé, calomniés pontificalement mais jamais réhabilités publiquement, leur réputation en étant pontificalement détruite à jamais ! "On en vint aussi [sous Paul IV] contre des évêques et même des cardinaux à des accusations et à des procès aussi incompréhensibles que dénués de fondement. Un véritable régime de terreur commença, qui accabla tout le monde à Rome" (Pastor, p. 232).           
           
        Autre illustration, fort peu glorieuse pour Paul IV, non seulement de son tempérament complètement paranoïaque mais surtout de son incroyable absence de discernement dans la chose spirituelle : au rebours de ses trois prédécesseurs, les papes Paul III, Jules III et Marcel II, qui avaient vu naître la Compagnie de Jésus et en avaient globalement favorisé le développement, Paul IV la suspecta d'emblée (comme d'habitude ! En fait, il suspectait tout le monde qui n'était pas lui !...), et l'entrava, "voulant l'unir à sa propre congrégation, les Théatins. En guerre avec l'Espagne, il va jusqu'à faire perquisitionner chez Ignace [de Loyola] qui, sa mort venant, demande quand même sa bénédiction [... on mesure là toute la sainteté du fondateur des Jésuites, mais on ne saurait en dire autant de Paul IV…]" (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, art. Jésuites, p. 966, 2e col.) ! Par ailleurs, il considérait saint Ignace, qu'il avait fréquenté avant son élévation au Souverain Pontificat, comme un… "tyran" (Pastor) !!           
           
        Et que dire de ce pape énergumène qui n'a rien à envier à Urbain VI, quand il osa virer comme un malpropre de la Chapelle papale le plus grand polyphoniste pieux de tous les temps, Palestrina, ce qui entrava gravement sa carrière, sous la raison complètement folle et insensée que le pape ne saurait souffrir d'ouïr les voix de gens mariés dans sa Chapelle !! Etc.           
           
        Certes, ces papes, Urbain VI, Paul IV, et notre inénarrable François, ne sont pas fous, ce qui serait une cause d'invalidation de leur pontificat, ils sont "seulement", si je puis dire, caractériels profonds, énergumaniaques, rendant la vie impossible à leur entourage. Et malheureusement, rappelons-nous que l'entourage du Vicaire du Christ, c'est tout simplement... le monde entier !, à commencer par ceux qui leur sont les plus proches, c'est-à-dire les catholiques... les plus fervents !           
           
        Mais voilà la grande différence avec Urbain VI, qui va engendrer l'affreuse catastrophe : sous Paul IV et François, les cardinaux, évêques, communautés religieuses, et tous ceux qui subissent les coups iniques du pape énergumène et despotique, restent soumis à l'Autorité pontificale, acceptant dans la sainte-Croix du Christ la persécution crucifiante d'un chef peut-être pas mauvais au fond mais à tout le moins très-crucifiant (ce qui est singulièrement le cas avec François, puisque nous vivons les temps de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" ; quant à son pontificat, il ne s'agit donc pas seulement d'une crucifixion personnelle, mais d'une crucifixion institutionnelle, je vais mieux l'expliquer plus loin).           
           
        Le malheur du grand-schisme d'Occident, et ce fut certainement une épreuve voulue par Dieu pour punir une Chrétienté devenue spirituellement paresseuse, c'est qu'il n'en fut pas du tout de même sous Urbain VI. Il trouva en face de lui des cardinaux français très-orgueilleux, très-montés sur le piédestal de leurs hautes prérogatives, habitués depuis sept longues décennies de pouvoir presque absolu sur la papauté durant l'exil babylonien d'Avignon, à considérer le Saint-Siège et ses affaires presque comme... leur propriété. Ils avaient trop en tête d'avoir comme une plénipotence absolue sur les affaires du Saint-Siège, considérant le pape, sans doute tout-de-même pas comme leur subordonné, leur homme-lige, mais comme leur homme d'affaires, et la dernière chose à laquelle ils pouvaient penser fut de se soumettre par pénitence bien chrétiennement entendue à leur "homme d'affaires" au caractère qui se révélait très-difficile. Ils se cabrèrent au contraire immédiatement contre lui avec hauteur, raideur et rancœur pleine d'orgueil, et même haine, ce qui leur fit commettre le très-grave péché de schisme pour toute la Chrétienté. Car ce n'est pas Urbain VI qui le commet, ce gravissime péché, c'est bien eux, les cardinaux à grande majorité française, qui le commettent, lorsqu'ils pseudo-élisent un anti-pape, Clément VII, Rohrbacher, en des propos indignés, va nous le dire tout-à-l'heure. Le scandaleux raisonnement des cardinaux trop puissants de ce temps-là était en effet, sans tenir aucun compte du caractère sacro-saint de la fonction pontificale suprême, que quand un homme d'affaires ne plaît pas, on s'en choisit un autre...           
           
        Ces cardinaux français très-orgueilleux, imbus d'eux-mêmes, de leurs richesses et de leur pouvoir, ne sentirent donc nullement l'énorme péché qu'ils commettaient en refusant d'obéir à un chef qu'ils avaient eux-mêmes créé, sous le vain prétexte, non-chrétien, que ce pape avait très-mauvais caractère et les maltraitait. En fait, c'était Dieu Lui-même qui leur infligeait cette pénitence certes fort pénible, pour leur vie trop peu humble et mortifiée, d'avoir un chef qui révéla, soudainement et à la grande surprise générale, un caractère énergumène et vraiment impossible dès qu'il remplit le Siège de Pierre. Et ils auraient dû l'accepter de bon cœur, cette pénitence, souffrant d'Urbain VI ses mauvais traitements pour réparer leur péché, sinon avec joie spirituelle du moins avec une sainte résignation. Ils auraient dû tous relire la leçon que saint Pierre donnait sur le sujet : "Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres ; non seulement à ceux qui sont bons et humains, mais aussi à ceux qui sont difficiles. Car c'est une grâce d'endurer des peines et de souffrir injustement, par motif de conscience envers Dieu. En effet, quelle gloire y a-t-il, si battu pour avoir commis des fautes, vous le supportez ? Mais si, en faisant le bien, vous souffrez avec patience, voilà ce qui est une grâce devant Dieu. Car c'est à cela que vous avez été appelés, parce que le Christ aussi a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez Ses traces : Lui qui n'a pas commis de péché, et dans la bouche duquel ne s'est pas trouvée de fraude ; Lui qui, injurié, ne rendait point d'injures, et, maltraité, ne faisait point de menaces, mais Se livrait à celui qui Le jugeait injustement" (I Pet II, 18-23).
 
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        Nous en sommes donc maintenant rendus, dans notre histoire, au point crucial, dramatique, où le pape et ses cardinaux se raidissent dangereusement à qui mieux mieux l'un contre les autres, les autres contre l'un, jusqu'à ne pouvoir plus faire autrement que d'arriver au grand clash public. Les cardinaux, prenant prétexte des chaleurs excessives à Rome en été, se retirèrent au nombre de treize à Anagni, et c'est là que, dans un cas de figure qui ressemble étrangement à ce qui a été appelé "la mafia de Saint-Gall" pour, paraît-il, démissionner le pape Benoît XVI (si tant est que cette histoire est vraie), ils commencèrent à comploter leur détachement d'avec le pape Urbain VI.           
           
        "Cependant, le pape Urbain lui-même se mit en route pour Anagni, avec les quatre cardinaux italiens qui étaient demeurés avec lui à Rome. Mais il s'arrêta dans la ville de Tivoli ou Tibur, qui est à moitié chemin. Il apprit de plus d'une manière que les cardinaux français tramaient quelque chose contre lui, qu'ils mettaient en doute la légitimité de son pontificat, et que même ils cherchaient à s'emparer de sa personne" (ibid., p. 11).           
           
        C'est alors que les cardinaux français firent leur premier pas réprouvé dans le schisme, par le péché de mensonge. "En effet, le vingt de juillet, les cardinaux français écrivirent aux cardinaux italiens une lettre où ils leur représentent l'élection d'Urbain VI comme faite par crainte et par violence, et les invitent à venir délibérer avec eux sur les moyens de pourvoir au salut de l'Église romaine, de l'Église Universelle et de la foi orthodoxe. Les cardinaux italiens n'accédèrent point à la téméraire entreprise de leurs collègues : ils demeurèrent avec le Pape, l'aidèrent de leurs conseils. (...) Ils allèrent même, par mandement du Pape, trouver leurs collègues dissidents d'Anagni, pour les réconcilier avec lui ; n'y ayant pu réussir, ils revinrent auprès de sa personne" (ibid., p. 11).           
           
        C'est donc par le mensonge que les cardinaux français commencent leur procédure schismatique qui aboutira à créer leur anti-pape Clément VII : nous avons vu en effet plus haut que loin d'avoir élu Urbain par crainte et par violence de la part de la populace romaine qui soi-disant les aurait obligé à le faire, c'est tout au contraire tellement par leur libre vouloir qu'ils ont élu Urbain au Siège de Pierre, qu'ils ont été capable de soutenir cette élection pontificale même en dépit de la pression et des violences de ladite populace romaine qui, loin de les pousser à élire l'archevêque de Bari... n'en voulait tout au contraire absolument pas, et faisait donc tumulte et violence pour cette seule raison ! Donc, c'est non seulement dans la liberté absolue qu'ils ont élu pape Urbain VI, mais dans une liberté qui souffre persécution ! Le mensonge sur lequel ils osaient s'appuyer pour tâcher de se trouver un argument canonique aux fins d'invalider l'élection pontificale d'Urbain, était donc patent, honteux et flagrant...           
           
        Cependant, les cardinaux français, savamment déboutés de leur prétention d'invalider l'élection du pape Urbain par deux jurisconsultes renommés qu'ils avaient consultés en vain pour asseoir leur volonté de faire schisme, n'éprouvèrent aucun scrupule de s'adresser au... roi de France, Charles V, faisant donc intervenir fort dangereusement la Politique là où il était très-répréhensible de la faire intervenir, à savoir dans une élection pontificale, ce qui, déjà, rien que dans le principe de la chose, les condamnait, condamnait leur cause, étant en soi un crime : "Se plaignant [mensongèrement] d'avoir été contraints d'élire Urbain VI, ils offrirent au roi, veuf depuis quelque temps, de le nommer Pape lui-même" (ibid., p. 11)...!!! Rohrbacher, ici, ne peut empêcher son indignation de saillir : "En vérité, d'après ces faits, qui son hors de doute, nous ne pouvons nous empêcher de répondre comme juré historique : Oui, les cardinaux français sont coupables du grand-schisme d'Occident ; oui, les cardinaux français sont responsables, devant Dieu et devant les hommes, des malheurs de la France et de l'Église" (ibid., p. 12).           
           
        "Mais le mal allait toujours en augmentant. Les cardinaux français d'Anagni se constituèrent juges eux-mêmes de leur différend avec le Pape" (ibid., p. 12). Toute leur procédure pour invalider l'élection d'Urbain VI est elle-même invalide et sans valeur théologique ni canonique aucune, car, comme je l'ai déjà souligné, ils la basent entièrement sur le faux argument très-mensonger que Urbain était un intrus, c'est-à-dire que son élection au Siège de Pierre faite pourtant par les cardinaux français de la manière la plus légitime du monde, ainsi qu'on l'a vu, n'avait, selon eux, aucune valeur, s'appuyant pour le dire sur leur mensonge qu'elle aurait été faite dans la non-liberté de l'Église. Par conséquent, voulant juger un intrus sur le Siège de Pierre, et non un pape légitime comme le fut indubitablement Urbain VI, toute leur procédure tombait à l'eau, ne valait rien. Mais ils répandaient de plus en plus partout dans la Chrétienté leur mensonge, par lettres et libelles venimeux, déclarant désormais à qui voulait l'entendre, urbi et orbi, l'invalidité de l'élection d'Urbain VI au Siège de Pierre...           
           
        Un magistrat de la ville de Florence, outré de colère contre les cardinaux français, leur écrivit une lettre intitulé Aux cardinaux d'au-delà des monts, [de la part de] toute la multitude des fidèles. N'en citons que ceci, bien vert et qui allait au fond du donf de la question : "... Et maintenant, ce Pontife que vous avez créé de vos mains, vous l'appelez dans vos lettres un apostat et un antechrist. Mais s'il est un intrus, qui est-ce qui ne vous appellera pas les criminels auteurs de son intrusion ? S'il est un antechrist, n'est-ce pas vous qui l'avez élevé contre le Christ par vos suffrages ? Il est par trop ridicule de blâmer impudemment ce que vous ne pouvez nier à la face des hommes d'avoir fait vous-mêmes" (ibid., pp. 13-14).           
           
        "Au lieu de répondre, soit alors, soit depuis, à ces questions embarrassantes, les cardinaux français s'efforcèrent de gagner les trois cardinaux italiens [l'un d'eux, car ils étaient quatre à la mort de Grégoire XI, étant décédé entre-temps]. Voici le dernier moyen qu'ils employèrent. Ils écrivirent à chacun des trois une lettre confidentielle, avec promesse de le nommer Pape à la place d'Urbain VI ; on lui demandait seulement le secret. La tentation était bien séduisante : les trois Italiens donnèrent chacun dans le même panneau. Ils se retirèrent d'abord de la cour d'Urbain VI dans le château de l'un d'entre eux, et enfin, se réunirent aux Français.
 
        "Le pape Urbain VI se voyant ainsi abandonné de tous les cardinaux, en créa vingt-neuf autres le dix-huit septembre. Trois n'acceptèrent pas ; sur les vingt-six qui acceptèrent, il y avait deux Français.           
           
        "(...) Ayant appris cette promotion de cardinaux de la part d'Urbain VI, les cardinaux français procédèrent deux jours après à l'élection d'un autre Pape. C'était à Fondi, plus près de Naples, où ils s'étaient retirés d'Anagni dès le vingt-sept août 1378. Ils s'assemblèrent, au nombre de quinze, dans le palais du comte, le vingtième jour de septembre. Les trois cardinaux italiens étaient présents, s'attendant peut-être chacun à être élu. Ils y furent bien trompés. Toutes les voix se portèrent sur le cardinal Robert de Genève, qui prit le nom de Clément VII, mais qui n'est point reconnu comme tel par l'Église romaine, où l'on ne reconnaît de Clément VII que Jules de Médicis, successeur de Léon X, au seizième siècle. Les trois Italiens, Pierre de Porto, Simon de Milan et Jacques des Ursins, se voyant ainsi joués, ne portèrent point de suffrages et se retirèrent le même jour sur les terres du troisième d'entre eux. On prétend toutefois qu'ils saluèrent le nouveau [anti-]pape" (ibid., pp. 14 & 15).
           
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        On voit donc les faits se bousculer à toute vitesse à qui mieux mieux vers le mal pour achever l'œuvre d'iniquité, mysterium iniquitatis, dans la fourchette très-étroite de deux jours seulement, c'était visiblement à qui, du pape et des cardinaux, irait le plus vite pour mal faire, le diable s'en frottant sûrement les mains de plaisir.
 
        Il convient à présent de bien commenter ces derniers faits historiques certains, qui vont débouter radicalement et complètement l'affirmation erronée de Mgr Viganò, qui voudrait que l'élection de Clément VII ait été approuvée par l'Église Universelle. Le texte de Rohrbacher réfute d'ailleurs d'emblée son affirmation controuvée très-clairement, sans équivoque : "... Clément VII, qui n'est point reconnu comme tel [comme vrai pape] par l'Église romaine [qui est le "nom d'humilité" (Journet) de l'Église Universelle quant à tout ce qui touche aux élections pontificales], où l'on ne reconnaît de Clément VII que Jules de Médicis, successeur de Léon X, au seizième siècle". On ne peut s'empêcher de se demander comment Mgr Viganò a pu asseoir l'opinion si manifestement fausse par tous les côtés où on la prend, comme nous l'allons voir maintenant, que le Clément VII du temps d'Urbain VI ait été approuvé par l'Église Universelle...           
           
        Premièrement, nous avons assez vu plus haut que l'archevêque de Bari fut le sujet d'une élection pontificale parfaitement valide, étant donc, depuis lors, le seul pape légitime actuel de toute l'orbe catholique. Comme on l'a déjà vu également, si les cardinaux français qui se sont dressés contre lui avaient reconnu la validité impeccable de son élection au Siège de Pierre, alors, en présence d'un pape vrai pape, ils auraient pu canoniquement, dans la majorité canonique du Sacré-Collège qui donc s'était détachée complètement de lui, acter ensemble sa déchéance, qui aurait eu pleine valeur, sur le plan théologique. Mais, aveuglés par leur passion, orgueil et haine d'Urbain, ils ne voulurent pas même considérer la validité de l'élection pontificale qu'ils avaient pourtant eux-mêmes dûment faite de l'archevêque de Bari au Siège de Pierre ! Ainsi donc, canoniquement, ne voulant considérer Urbain que comme un intrus sur le Siège de Pierre, c'est-à-dire n'ayant jamais été pape, ils se mirent eux-mêmes théologiquement hors-course, ne pensant pas même, dès lors, à acter une déchéance canonique d'un pape qu'ils ne veulent considérer que comme n'ayant jamais été pape. Au final, ce qu'il faut retenir sur le plan théologique, c'est que les cardinaux français n'ont pas acté la déchéance d'Urbain dans leur majorité canonique, et donc, condamnant par-là eux-même leur propre cause, ils n'ont pu empêcher que Urbain VI, qu'ils avaient légitimement élu, ne... restât pleinement et validement le seul pape légitime.           
           
        Et c'est alors que ce pape certainement pape, dès qu'il vit qu'il était abandonné par tous ses cardinaux aveuglés par leur haine et rancœur, va les prendre de vitesse. Il crée pour les remplacer le 18 septembre 1378 vingt-six nouveaux cardinaux, certainement cardinaux puisque lui, Urbain VI, restait toujours certainement vrai pape actuel. Dès lors, le Sacré-Collège se composait désormais, à partir de cette date, non plus seulement des vingt-trois cardinaux créés par Grégoire XI, en place dans le début de la crise, mais était augmenté des nouveaux cardinaux créés par Urbain VI, soit vingt-six, ce qui portait la composition du Sacré-Collège à quarante-neuf cardinaux.           
           
        Or, bien sûr, pour qu'une nouvelle élection pontificale postérieure au 18 septembre 1378 soit valide, comme étant faite légitimement par la majorité canonique du Sacré-Collège cardinalice, il fallait désormais nécessairement qu'elle soit faite par les deux/tiers plus un des... quarante-neuf cardinaux, soit par trente-trois cardinaux.           
           
        Ce qui signifie très-clairement que l'élection de Clément VII faite deux jours après la création de vingt-six nouveaux cardinaux par le pape Urbain, le 20 septembre 1378, par seulement quinze des cardinaux français, n'était pas valide et ne pouvait l'être d'aucune manière, non seulement parce que Urbain VI était toujours vrai pape, mais comme étant faite seulement par une fraction non-canonique du Sacré-Collège, n'étant pas approuvée par les deux/tiers du Sacré-Collège cardinalice plus un, seuls qualifiés pour représenter l'Église Universelle dans toute élection pontificale.           
           
        Ce qui convainc d'erreur totale Mgr Viganò, lorsqu'il dit le plus faussement du monde, trompant gravement ceux qui le lisent : "En 1378, après l'élection du pape Urbain VI, la majorité des cardinaux, des prélats et du peuple ont reconnu Clément VII comme pape, alors qu'il était en réalité un antipape". On se demande franchement où Mgr Viganò a été pêché cela ! "La majorité des cardinaux, des prélats et du peuple" reconnaissant comme pape Clément VII... n'était en réalité réduite qu'à... quinze cardinaux français félons et rebelles claquemurés à volets fermés dans le palais du comte de Fondi, lesquels, n'atteignant nullement par leur nombre réduit la majorité canonique des deux/tiers plus un du Sacré-Collège composé, après le 18 septembre 1378, de quarante-neuf cardinaux, ne pouvaient donc en aucune manière représenter l'Église Universelle à eux tout seuls. C'est pourquoi, immédiatement après sa pseudo-élection, Clément VII se trouve en compétition avec le pape Urbain VI et tous ceux qui lui faisait obédience, à peu près la moitié de l'orbe catholique toute entière, lui ôtant ainsi la moitié des suffrages de toute l'Église. Il est donc complètement faux de dire que Clément VII fut approuvé par l'Église Universelle. Et c'est bien pourquoi l'Église Universelle ne l'a jamais reconnu comme vrai pape, ni sur le moment ni par après, on en a la preuve pratique, de facto, par le simple fait que plus d'un siècle après, un pape postérieur légitime a pris le nom pontifical de Clément VII, et non VIII.           
           
        Non seulement donc, Clément VII ne fut qu'un anti-pape, ayant été élu par une fraction non-canonique du Sacré-Collège alors qu'Urbain était et restait toujours le pape actuel légitime, mais cet anti-pape n'a jamais été le sujet de la Reconnaissance ecclésiale universelle de sa qualité de vrai pape actuel, qui ne peut être actée que par la majorité canonique du Sacré-Collège.          
           
        Or, si l'on exclue, comme la vérité historique oblige à le faire, le cas de l'antipape Clément VII, IL N'Y A AUCUN CAS D'ANTIPAPE DANS TOUTE L'HISTOIRE DE L'ÉGLISE QUI AURAIT SOI-DISANT ÉTÉ APPROUVÉ PAR L'ÉGLISE UNIVERSELLE. Je jette le gant et défie bien personnellement tout sédévacantiste de prouver jamais le contraire, en ce compris Mgr Viganò. Ce qui montre bien que la loi fondamentale de la Reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel sur un tel, est véridique et règle prochaine de la Légitimité pontificale.           
           
        Sur cela, pour le dire en passant, la journaliste tradi Michèle Reboul s'était fort avilie lorsque, dans un accès de fièvre sédévacantiste maligne, elle avait, dans les années 1990 si mes souvenirs sont bons, diffusé une liste de papes salement accouplés avec des antipapes très-nombreux, sans marquer aucune différence entre les uns et les autres, en… "oubliant" juste de préciser qu'AUCUN, parmi les nombreux antipapes listés, n'avait bénéficié de l'acte infaillible de la reconnaissance ecclésiale universelle sur sa schismatique personne…! Le sacrilège mélange laissait à penser au lecteur, d'une manière très-impie, que les élections pontificales n'étaient donc vraiment que, mille pardons, des... "bordels de foutoirs".
 
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        ... Hélas, Mgr Viganò, mû par l'hérésie sédévacantiste, ne trompe pas ses lecteurs seulement sur ce seul point dans son texte, il continue en les trompant sur un autre point important qu'on va maintenant aborder, toujours dans le même mauvais sens sédévacantiste.           
           
        Il voudrait pouvoir arguer, dans plusieurs passages de sa diatribe, que François n'aurait pas l'intention du Bien-Fin de la Papauté, telle qu'elle a été fondée par le Christ. Je le cite : "Ainsi, en prenant acte du fait que Bergoglio est un hérétique - et Amoris Lætitia ou sa déclaration sur l'immoralité intrinsèque de la peine capitale suffiraient à le prouver - nous devons nous demander si l'élection de 2013 a été en quelque sorte invalidée par un défaut de consentement, c'est-à-dire si l'élu a voulu devenir pape de l'Église catholique". Et donc, croit-il pouvoir en déduire, le fait que François ne veuille pas être pape comme le Christ l'a voulu pour l'Église, est une cause dirimante qui invalide son élection de 2013.           
           
        Là encore, on est bien obligé de constater à nouveau que Mgr Viganò s'enferre dans son raisonnement sédévacantiste hérétique, qui fait abstraction totale de l'Assistance du Saint-Esprit à l'Église Universelle dans les élections pontificales, assurant infailliblement, à toutes et chacune d'elles depuis saint Pierre, leur validité formelle, à partir du moment où elles sont théologiquement achevées, ce qui est formellement le cas dès lors que l'acte de Reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel est acté sur le nouvel élu au Siège de Pierre.           
           
        Voilà comment doit raisonner en effet le catholique orthodoxe, ce que n'est pas hélas, sur le sujet, Mgr Viganò : supposons un papabile hérétique qui n'a pas l'intention de réaliser le Bien-Fin de l'Église, mais cela est caché à la grande majorité des cardinaux qui doivent élire un nouveau pape, et, habile à séduire et déguiser son apostasie, il recueille de plus en plus de voix cardinalices sur sa tête dans le conclave. Éh bien !, il est de Foi, de fide, que ce loup déguisé en agneau ne pourra pas recueillir les deux/tiers des voix cardinalices plus une, théologiquement nécessaires pour le faire vrai pape, verus papa, le Saint-Esprit, qui n'a pas le Bras raccourci, suscitera un évènement ou un autre pour l'empêcher.
           
        C'est ce qu'explique fort bien le cardinal Louis Billot, très-grand théologien néo-thomiste, une des dernières grandes figures cardinalices avant la tourmente vaticandeuse sous les papes Pie X et Pie XI, en prenant l'exemple de Savonarole qui opinait à tort que le pape Alexandre VI était hérétique et que donc il n'était pas pape. Billot objecte immédiatement contre cette opinion le raisonnement de Foi en la matière, que je conseille fort à Mgr Viganò de méditer à deux genoux devant son crucifix : impossible que le pape Alexandre VI soit hérétique formel, puisque il est approuvé et reconnu comme vrai pape par toute l'Église. Et bien sûr, le même raisonnement est à faire quant au pape François. Mais lisons le cardinal Billot dans les mots mêmes qu'il emploie : "… Disons ce mot, au passage, contre ceux qui, cherchant à justifier certaines tentatives de schisme faites à l'époque d'Alexandre VI, allèguent que l'instigateur de ce schisme répandait qu'il avait des preuves très-certaines de l'hérésie d'Alexandre, et qu'il serait prêt à les révéler dans un concile général. Sans donner d'autres raisons qui permettraient de réfuter aisément cette opinion, qu'il suffise de rappeler ceci : il est certain que lorsque Savonarole écrivait ses lettres aux princes [pour dénoncer cette soi-disant "hérésie" d'Alexandre VI], toute la chrétienté adhérait à Alexandre VI et lui obéissait comme au vrai pontife. POUR CETTE RAISON MÊME, ALEXANDRE VI N'ÉTAIT PAS UN FAUX PAPE, MAIS UN PAPE LÉGITIME. DONC, IL N'ÉTAIT PAS HÉRÉTIQUE, au moins dans ce sens qu'un héré­tique cesse d'être membre de l'Église et qu'il est privé en conséquence, par la nature même des choses, du pouvoir pontifical et de toute autre juridiction" (De Ecclesio, cardinal Billot, t. XXIX, § 3, p. 612-613).           
           
        Voilà un point de Foi qui détruit complètement le raisonnement schismatico-hérétique que fait Mgr Viganò quant au pape François dont il veut supposer qu'il est hérétique formel, comme n'ayant pas l'intention de remplir l'office de pape tel que le Christ l'a constitué, et que donc il faut professer qu'il n'est pas pape. Pour paraphraser Billot : Il est certain que lorsque Mgr Viganò écrit sa diatribe pour dénoncer aux fidèles la soi-disant hérésie formelle de François, toute la Chrétienté adhère à François et lui obéit comme au vrai pontife. Pour cette raison même, François n'est pas un faux pape, mais un pape légitime. Donc, il n'est pas hérétique formel, etc.           
           
        Causa finita est, la cause est finie.
 
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        Dans le même ordre d'idées sédévacantistes fausses, Mgr Viganò évoque évasivement aussi le fait que l'élection de François pourrait bien avoir fait préalablement l'objet d'intrigues secrètes de la part de certains cardinaux en liaison avec ce qu'il appelle "l'église profonde" et "l'état profond", ce qui, argue-t-il, invaliderait son élection pontificale... quand bien même celle-ci a fait l'objet de l'infaillible reconnaissance ecclésiale universelle qui assure de fide au catholique qu'elle est valide... mais de cela, le sédévacantiste, on ne le sait que trop, n'a cure, considérant comme inexistant ce Digitus Dei hic est du Saint-Esprit, et donc inexistant le... Saint-Esprit Lui-même, excusez du peu.           
           
        Mgr Viganò rejoint là le raisonnement du cardinal Raymond Burke qui, partant d'une pure supputation complotiste qui n'est absolument pas démontrée, il le reconnaît lui-même, celle dite du "groupe de Saint-Gall" (il est bon de rappeler que le cardinal Kasper a formellement démenti qu'il ait été question d'élection pontificale dans ces réunions, dont il était un des principaux membres), a invoqué le § 79 de la Constitution Universi Dominici Gregis de Jean-Paul II sur les élections pontificales, lequel, selon lui, pourrait invalider l'élection de François au Siège de Pierre, laquelle pourtant a été théologiquement dûment faite par la majorité canonique des cardinaux jusqu'à son "oui, accepto" et ne peut donc qu'être valide, car elle aurait été possiblement obtenue par un pacte secret entre grands-cardinaux électeurs, en quelque sorte par "délit d'initiés" pourrait-on dire dans un langage de financiers modernes...          
           
        Or, notre cardinal de mouvance conservatrice, et Mgr Viganò derrière lui, visiblement trop pressés, ont mal lu ce n° 79 de la Constitution de Jean-Paul II. Je le cite textuellement, tout d'abord : "§ 79. ― De même, confirmant les prescriptions de mes Prédécesseurs, j'interdis à quiconque, fût-il revêtu de la dignité cardinalice, de contracter des engagements, tandis que le Pontife est vivant et sans l'avoir consulté, à propos de l'élection de son Successeur, ou de promettre des voix ou de prendre des décisions à ce sujet dans des réunions privées".           
           
        Cependant, pour bien comprendre la théologie qui sous-tend ce n° 79 de la Constitution de Jean-Paul II sur les élections pontificales, il faut lire préalablement le n° 78 où elle est exposée explicitement, qui a trait aux élections pontificales simoniaques. Le cardinal Burke est vraiment en faute de ne l'avoir point fait. Pour ce qui est de moi, que Dieu a consacré et qui me suis consacré à la vérité intégrale et non intégriste quant à la théologie de "la crise de l'Église", je lis donc ensemble ces deux numéros 78 & 79, parce que c'est seulement de cette manière que l'on aura le vrai sens de ce qu'il faut entendre dans le n° 79:       
           
        "§ 78. ― Si dans l'élection du Pontife Romain était perpétrée (que Dieu nous en préserve !) le crime de simonie, je décide et je déclare que tous ceux qui s'en rendraient coupables encourront l'excommunication latae sententiae et qu'est cependant supprimée la nullité ou la non validité de cette élection simoniaque, afin que, pour cette raison (comme cela a déjà été établi par mes Prédécesseurs), ne soit pas mise en cause la validité de l'élection du Pontife Romain (23).          
           
        "§ 79. ― DE MÊME, confirmant les prescriptions de mes Prédécesseurs, j'interdis à quiconque, fût-il revêtu de la dignité cardinalice, de contracter des engagements, tandis que le Pontife est vivant et sans l'avoir consulté, à propos de l'élection de son Successeur, ou de promettre des voix ou de prendre des décisions à ce sujet dans des réunions privées".   
           
        Voyons maintenant ce que Jean-Paul II mettait dans sa note 23, qui fonde sur la Tradition magistérielle tout le raisonnement qu'il tient dans ce n° 78, qui, lui-même, va être l'assise doctrinale du n° 79 : "Cf. S. PIE X, Const. ap. Vacante Sede Apostolica (25 décembre 1904), n. 79 : Pii X Pontificis Maximi Acta, III, (1908), p. 282 ; PIE XII, Const. ap. Vacantis Apostolicæ Sedis (8 décembre 1945), n. 92 : AAS 38 (1946), p. 94 ; PAUL VI, Const. ap. Romano Pontifici eligendo (1er octobre 1975), n. 79 : AAS 67 (1975), p. 641".           
           
        Ainsi donc, il suffisait de... bien lire (!) la constitution de Jean-Paul II sur les élections pontificales pour invalider complètement le raisonnement sédévacantiste attentatoire à la Constitution divine de l'Église qu'ose tenir le cardinal Raymond Burke, auquel Mgr Viganò se rallie, au moins implicitement. Le raisonnement que tient Jean-Paul II dans ces numéros 78 & 79 est en effet le suivant : si une élection pontificale est délictueuse ou défectueuse, soit par simonie soit par intrigues, sont excommuniés tous ceux qui prennent part active à ce délit ou cette défectuosité, MAIS L'ÉLECTION DU NOUVEAU VICAIRE DU CHRIST AINSI FAITE ET ENTACHÉE, EST ET RESTE VALIDE. Et la même règle fondamentale régit toute élection pontificale qui serait délictueuse ou défectueuse pour une raison ou pour une autre, de droit divin ou de droit canon, car elle est basée sur la règle prochaine de la Légitimité pontificale qui veut qu'une élection pontificale ne saurait plus être entachée d'aucun vice, ni de forme ni de fond, à partir du moment où elle est reçue et approuvée par l'Église Universelle représentée par la majorité canonique du Sacré-Collège cardinalice.        
           
        C'est bien pourquoi d'ailleurs, Jean-Paul II introduit son § 79 par "DE MÊME", qui le lie formellement dans le raisonnement théologique au § 78, c'est-à-dire que le même raisonnement théologique qu'on y a vu, qui excommunie les fauteurs de simonie mais ne touche en rien à la validité de l'élection pontificale simoniaque, s'applique également à une élection pontificale entachée d'intrigues.           
           
        La conclusion est donc des plus certaines : même si l'élection de François succédant à Benoît XVI avait été faite par "délit d'initiés", par intrigues secrètes entre grands cardinaux électeurs, ce qui serait certes un vice dans son élection, les cardinaux qui se seraient rendus coupables d'un tel délit seraient excommuniés, MAIS L'ÉLECTION DU PAPE FRANÇOIS QU'ILS AURAIENT AINSI FAITE FRAUDULEUSEMENT SERAIT ET RESTERAIT VALIDE.           
           
        Mais nous n'avons pas encore recueilli tout le fruit excellent, très-catholique, du raisonnement que tient Jean-Paul II quant aux élections du Pontife romain. Après avoir dit, s'appuyant pour cela sur ses prédécesseurs, les Pie X, Pie XII et Paul VI, dans sa Constitution sur les élections pontificales, que les élections pontificales simoniaques, c'est-à-dire canoniquement entachées, n'en restent pas moins parfaitement valides, il en donne la raison théologique : "... et qu'est cependant supprimée la nullité ou la non validité de cette élection simoniaque, afin que, pour cette raison (comme cela a déjà été établi par mes Prédécesseurs), ne soit pas mise en cause la validité de l'élection du Pontife Romain (23)".           
           
        ― "Comme cela a été établi par mes Prédécesseurs". Jean-Paul II faisait là briève mais fort exacte allusion principalement à la Constitution du pape Pie X sur les élections pontificales, de 1904. Pie X fut effectivement le premier pape à supprimer la nullité des élections pontificales simoniaques.           
           
        ― "Afin que, pour cette raison, (...) ne soit pas mise en cause la validité de l'élection du Pontife Romain" : c'est implicitement professer qu'une élection pontificale théologiquement achevée par la Reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de vrai pape sur le nouvel élu au Siège de Pierre, ne saurait jamais être remise en cause et déclarée invalide, pour quelque cause que ce soit... et c'est précisément là retomber dans la doctrine catholique sur le sujet, que je mets bien haut sur le chandelier dans mon présent article, comme je l'ai sans cesse fait dans tant d'autres que j'ai écris depuis plus de vingt-cinq ans, doctrine catholique hérétiquement niée par les schismatico-sédévacantistes de tout poil.           
           
        Là encore : causa finita est.
 
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        Il me tient beaucoup à cœur et à grand'devoir de régler un autre point, fort important pour bien comprendre le fond de "la crise de l'Église", que le sédévacantiste, par son attitude mentale fanatique et obscurantiste, ne saurait comprendre.           
           
        À lire Mgr Viganò dans sa diatribe virulente, on serait presque tenté de croire que le pape François serait la cause principale de "la crise de l'Église" !, on aurait presque envie d'en déduire : éh bien, mais alors, mais réglons-lui son compte à celui-là, faisons-lui son affaire, destituons-le, et même n'hésitons pas à faire un autre pape, comme les orgueilleux cardinaux français du temps d'Urbain VI l'ont fait et comme des sédévacantistes l'ont fait eux aussi, tout aussi orgueilleusement, ... et pourquoi pas choisir Mgr Viganò lui-même puisqu'aussi bien il a été "élu pape" à la place de François en 2019 par les fanatiques chorévêques sédévacs du Patriarcat Catholique Byzantins (cf. mon précédent article, au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/...%20HABEMUS%20PAPAM%20!!!?Itemid=154), et alors, alors, l'Église pourra repartir sur de bonnes bases...!             
           
        Or, bien sûr, il serait ridicule de faire pareil raisonnement. Il faut dépassionner le problème, le dépersonnaliser quant à la fonction pontificale, pour bien comprendre "la crise de l'Église". Loin que celle-ci soit imputable au seul François, et c'est juste une grossière évidence que de le dire, elle remonte beaucoup plus loin, Mgr Viganò d'ailleurs le reconnaît, n'hésitant pas à incriminer Vatican II comme source du mal ecclésial contemporain ; et c'est louable de sa part, lui qui est resté les pieds dans une Église vaticandeuse sans réagir jusqu'à la scandaleuse crise Mc-Carrick, autrement dit jusque très-tard dans ces dernières années donc, étant véritablement un ouvrier de la onzième heure et demi dans le combat de la Foi.           
           
        Prenons par exemple l'allégeance des papes modernes au mondialisme initiatique. Mais je commence par citer le reproche violent fait à François par Mgr Viganò de son mondialisme : "La participation de Bergoglio à un événement sponsorisé par la Fondation Clinton, après d'autres soutiens non moins scandaleux de l'élite mondialiste, confirme son rôle de liquidateur de la faillite de l'Église, dans le but de lui substituer la constitution de cette Religion de l'Humanité qui servira de servante à la synarchie du Nouvel Ordre Mondial".           
           
        Or, la vérité, c'est qu'en faisant allégeance au mondialisme, François ne fait là rien d'autre que prendre la succession et l'héritage maudit de TOUS les papes modernes, peu ou prou.           
           
        Voyons cela de plus près et dans le grand détail, c'est évidemment très-important pour avoir une vraie vue des choses de "LA PASSION DE l'ÉGLISE". Commençons par noter que saint Jean-Paul II a reçu les membres de la Trilatérale en 1983, ces francs-maçons ouvertement mondialistes du pire mondialisme initiatique, dont la Fondation Clinton n'est guère qu'un épigone parmi d'autres, en les accueillant d'un chaleureux : "C'est avec plaisir que je rencontre les membres de la Commission Trilatérale" (cf. Documentation Catholique numéro 1852, p. 516).           
           
        Et Jean-Paul II ne faisait là que suivre Paul VI. Son discours à l'ONU du 4 octobre 1965, où il prostitue d'une manière éhontée, humiliante et affreuse, le Siège de Pierre et toute l'Église à la prostituée de Babylone, au mondialisme, comme peut-être aucun autre pape avant et après lui ne l'a fait, pas même François, le montre abominablement.           
           
        En voici un florilège éloquent : "Les peuples se tournent vers les Nations Unies comme vers l’ultime [!!] espoir de la concorde et de la paix ; Nous osons apporter ici, avec le Nôtre, leur tribut d’honneur et d’espérance [!!!]" ― "En plus de notre hommage personnel, Nous vous apportons celui du second Concile œcuménique du Vatican, actuellement réuni à Rome : en leur nom comme au Nôtre, à vous tous, honneur et salut !" ― "C'est depuis longtemps que Nous sommes en route, et Nous portons avec Nous une longue histoire ; Nous célébrons ici l'épilogue d'un laborieux pèlerinage à la recherche d'un colloque avec le monde entier, depuis le jour où il Nous fut commandé «Allez porter la bonne nouvelle à toutes les Nations !» Or, c'est vous qui représentez toutes les nations [Quelle scandaleuse tricherie dans ces phrases ! Comme si l'Église avaient vécu ses vingt siècles de christianisme aux fins ultimes de pouvoir... épouser le monde dans un colloque, c'est-à-dire un dialogue non-convertisseur, pire, un dialogue où c'est le Vicaire du Christ qui se convertit et convertit l'Église au monde via l'ONU !!! Un colloque qui contredit du tout au tout le commandement évangélique cité !!!] ― "Laissez-Nous vous dire que Nous avons pour vous tous un message, oui, un heureux message, à remettre à chacun d'entre vous. Notre message veut être tout d'abord une ratification morale et solennelle de cette haute institution, (...) convaincu comme Nous le sommes que cette Organisation représente le chemin obligé de la civilisation moderne et de la paix mondiale [!!!]" ― "L'édifice que vous avez construit ne doit plus jamais tomber en ruines : il doit être perfectionné et adapté aux exigences que l'histoire du monde présentera. Vous marquez une étape dans le développement de l'humanité : désormais, impossible de reculer, il faut avancer" ― "Vous ne conférez certes pas l'existence aux États : mais vous qualifiez comme dignes de siéger dans l'assemblée ordonnée des peuples chacune des nations, vous lui garantissez une honorable citoyenneté internationale. C'est déjà un grand service rendu à la cause de l'humanité" ― "... Tel est Notre éloge et Notre souhait, et comme vous le voyez Nous ne les attribuons pas du dehors : Nous les tirons du dedans, du génie même de votre Institution [!!!]"― "Vous êtes une Association. Vous êtes un pont entre les peuples. Vous êtes un réseau de rapports entre les États. Nous serions tentés de dire que votre caractéristique reflète en quelque sorte dans l'ordre temporel ce que notre Église Catholique veut être dans l'ordre spirituel : unique et universel [Propos scandaleusement blasphématoire !!! Paul VI ose dire que l'ONU réalise le Royaume, c'est-à-dire la partie temporelle de l'Église, ni plus ni moins !!! C'est à ce genre de détours que l'on voit bien que les papes modernes ont complètement cédé à la tentation du pseudo-Millenium de l'Antéchrist ou mondialisme initiatique...]. On ne peut rien concevoir de plus élevé sur le plan naturel, dans la construction idéologique de l'humanité [??!]" ― "Qui ne voit la nécessité d'arriver ainsi progressivement à instaurer une autorité mondiale en mesure d'agir efficacement sur le plan juridique et politique ?" ― "Ici encore, nous répétons Notre souhait : allez de l'avant !" ― "Vous avez, Messieurs, accompli, et vous accomplissez une grande œuvre : vous enseignez aux hommes la paix [Propos scandaleux, inouïs, blasphématoires, antéchrists au plus haut point !!! Ce n'est plus le Christ qui donne la paix au monde "Je vous donne MA paix", pour Paul VI c'est l'ONU qui la donne, et c'est le pape qui ose dire cela !!!]" ― "L'ONU est la grande école où l'on reçoit cette éducation, et nous sommes ici dans l'Aula Magna de cette école [!!!]. Quiconque prend place ici devient élève et devient maître dans l'art de construire la paix [!!!]. Et quand vous sortez de cette salle, le monde regarde vers vous comme vers les architectes, les constructeurs de la paix [!!!]" ― "Mais vous, votre courage et votre valeur vous poussent à étudier les moyens de garantir la sécurité de la vie internationale sans recourir aux armes (...). Et pour cela, il faut que grandisse la confiance unanime en cette Institution, que grandisse son autorité ; et le but alors (on peut l'espérer) sera atteint" ― "Vous ne vous contentez pas de faciliter la coexistence entre les nations : vous faites un bien plus grand pas en avant, digne de Notre éloge et de Notre appui : vous organisez la collaboration fraternelle des Peuples. Ici s'instaure un système de solidarité qui fait que de hautes finalités, dans l'ordre de la civilisation, reçoivent l'appui unanime et ordonné de toute la famille des Peuples, pour le bien de tous et de chacun. C'est ce qu'il y a de plus beau dans l'Organisation des Nations Unies, c'est son visage humain le plus authentique [!!!] ; c'est l'idéal dont rêve l'humanité dans son pèlerinage à travers le temps ; c'est le plus grand espoir du monde [!!!] ; Nous oserons dire : c'est le reflet du dessein de Dieu (dessein transcendant et plein d'amour) pour le progrès de la société humaine sur la terre, reflet où Nous voyons le message évangélique, de céleste, se faire terrestre [On voit très-bien ici le pape céder complètement à la tentation de prendre le mondialisme initiatique ou pseudo-Millenium antéchristique pour le vrai Millenium, le vrai Royaume...]" ― "Mais il ne suffit pas de nourrir les affamés, encore faut-il assurer à chaque homme une vie conforme à sa dignité. Et c'est ce que vous vous efforcez de faire. N'est-ce pas l'accomplissement, sous Nos yeux, et grâce à vous, de l'annonce prophétique qui s'applique si bien à votre Institution : «Ils fondront leurs épées pour en faire des charrues et leurs lances pour en faire des faux» (Is II, 4) [Cette prophétie d'Isaïe concerne le Millenium qui sera instauré par le Christ glorieux après la chute de l'Antéchrist-personne... et non avant : continuation de l'illuminisme pseudo-millénariste du pape, qui ose blasphématoirement appliquer les prophéties divines qui ont trait au Royaume de la gloire du Christ ou Millenium, d'essence surnaturelle-eschatologique, au projet mondialiste initiatique antéchristique...] ? N'employez-vous pas les prodigieuses énergies de la terre et les magnifiques inventions de la science non plus en instruments de mort, mais en instruments de vie pour la nouvelle ère de l'humanité ?" (fin de citation).           
           
        Paul VI, dans un passage que je n'ai pas cité de ce dithyrambe spirituellement impudique à la louange de l'ONU, qui nous couvre de honte cuisante et remue en même temps dans notre âme une sainte-colère Boanergès, évoquait la dernière encyclique de Jean XXIII, Pacem in terris, en 1963. Éh oui, il nous faut remonter encore plus haut dans la papauté, pour comprendre que les papes modernes sont pervertis depuis longtemps par le mondialisme initiatique, François n'étant en définitive presque qu'un pâle épigone. Ayons le courage de la Foi de le faire, et parcourons donc un peu cette encyclique de 1963 :           
           
        Pour commencer, notons que c'est la première fois depuis la Révolution, que les "droits de l'homme" sont reconnus bons et sains en soi par un pape dans une encyclique, via la formule de 1948 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, éloge de Jean XXIII à peine bémolisé par de vagues réserves non-formulées expressément. Or, bien sûr, les "droits de l'homme" sont le fondement métaphysique du mondialisme initiatique... Mais toute l'encyclique est bâtie sur les "droits de l'homme" d'un humanisme pseudo-chrétien intégral à la Maritain menant inéluctablement au mondialisme, qui va être, comme on va le voir, montré par le pape aux peuples comme une nécessité non seulement primordiale mais urgente à mettre en œuvre (... en 1963 !), un aboutissement de leur destinée commune moralement... obligatoire. Autrement dit, sous Jean XXIII, "valeurs laïques et valeurs chrétiennes sont appelées à se conforter pour promouvoir fraternellement la liberté et l’égalité dans la société qui naît aujourd’hui", comme blablatait l’épiscope Defois qui sévissait à la tête de l'épiscopat français dans les années 1990. C’est-à-dire que cesdites valeurs, mises sur pied d'égalité, deviennent parfaitement synonymes : ce qui signifie que le christianisme se laïcisant de l’intérieur et le laïcisme se christianisant par l’extérieur, se rejoignent et s'épousent pour engendrer le monstre d'iniquité d'une société mondialiste complètement antéchristisée qui sex-appeal le surgissement soudain d'un "homme providentiel" pour la diriger, "l'homme-qui-vient" (Soloviev), l'Antéchrist-personne, venant couronner le mondialisme initiatique dans son règne... que le monde et les papes lui auront préparé.           
           
        Mais restons à notre sujet précis, l'allégeance du pape Jean XXIII au mondialisme onusien. Il ne faut pas chercher loin dans Pacem in terris pour la trouver...           
           
        Après avoir dit qu'à notre époque plus aucun peuple ne peut vivre dans l'indépendance par rapport aux autres peuples (= "On voit par là qu'un pays pris isolément n'est absolument plus en mesure de subvenir convenablement à ses besoins, ni d'atteindre son développement normal. Le progrès et la prospérité de chaque nation sont à la fois cause et effet de la prospérité et du progrès de toutes les autres" ― § 131), le pape, le Vicaire du Christ-Roy, pose la nécessité absolue d'instaurer... un gouvernement mondial : "De nos jours, de profonds changements sont intervenus dans les rapports entre les États. D'une part, le bien commun universel soulève des problèmes extrêmement graves, difficiles, et qui exigent une solution rapide, surtout quand il s’agit de la défense de la sécurité et de la paix mondiales. D'autre part, au regard du droit, les pouvoirs publics des diverses communautés politiques se trouvent sur un pied d'égalité les uns à l'égard des autres ; ils ont beau multiplier les Congrès et les recherches en vue d'établir de meilleurs instruments juridiques, ils ne parviennent plus à affronter et à résoudre efficacement ces problèmes. Non pas qu'eux-mêmes manquent de bonne volonté et d'initiative, mais c'est l'autorité dont ils sont investis qui est insuffisante. Dans les conditions actuelles de la communauté humaine, l'organisation et le fonctionnement des États aussi bien que l'autorité conférée à tous les gouvernements ne permettent pas, il faut l'avouer, de promouvoir comme il faut le bien commun universel" (§§ 134-135).
 
        Après ces prolégomènes qui font plus que flécher, comme Bison futé, la direction à suivre, Jean XXIII, de conclure cqfd : "De nos jours, le bien commun universel pose des problèmes de dimensions mondiales. Ils ne peuvent être résolus que par une autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les moyens d'action prennent eux aussi des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur toute l'étendue de la terre. C'est donc l'ordre moral lui-même qui exige la constitution d'une autorité publique de compétence universelle" (§ 137) !!!
 
        Mais vous voudriez peut-être vous dire, amis chrétiens, que cette "autorité publique de compétence universelle" n'est pas dite par le pape devoir être sous égide de l'ONU, qu'elle pourrait donc ne pas faire référence au mondialisme initiatique ? Détrompez-vous. Jean XXIII, anticipant le délire fou de Paul VI dans Pacem in terris (qui d'ailleurs, probablement, fut écrite par le cardinal Montini futur Paul VI), et, nous allons le voir, ne faisant lui-même que suivre Pie XII sur cela, va explicitement faire découler cette dite autorité mondiale... de l'autorité de l'ONU.           
           
        Après donc avoir posé quasi "théologiquement" la nécessité morale pour nos temps de l'établissement d'un nouvel ordre mondial à base d'humanisme intégral, Jean XXIII poursuivait : "Cet organisme de caractère général, dont l'autorité vaille au plan mondial et qui possède les moyens efficaces pour promouvoir le bien universel, doit être constitué par un accord unanime" (§ 138) ; et de préciser plus damnablement encore : "Pas plus que le bien commun d'une nation en particulier, le bien commun universel ne peut être défini sans référence à la personne humaine. C'est pourquoi les pouvoirs publics de la communauté mondiale doivent se proposer comme objectif fondamental la reconnaissance, le respect, la défense et le développement des droits de la personne humaine. Ce qui peut être obtenu soit par son intervention directe, s'il y a lieu [c'est-à-dire que le pape suppose révolutionnairement une autorité mondiale qui puisse annihiler carrément, dans certains cas, l'autorité souverainiste de toutes et chacune des nations...!!], soit en créant sur le plan mondial les conditions qui permettront aux gouvernements nationaux de mieux remplir leur mission" (§ 139).           
           
        Tout pouvoir est donc donné par le pape à l'organisme juridique international mondialiste sur tout homme (... Bill Gates et Ursula von der Leyen seraient ravis de lire cela, n'est-ce pas leur plan de donner à l'OMS, branche de l'ONU, tout pouvoir vaccinal sanitaire sur toutes les nations, donc sur tous les hommes, en court-circuitant l'autorité des nations ?), et de plus il est évident ici que les droits de la personne humaine sont rigoureusement pensés et normés en adéquation avec la très-athée Déclaration universelle des droits de l'homme dont le pape ose dire qu'il s'agit d'"un des actes les plus importants accomplis par l'ONU" (§ 143)...!!! Convenez avec moi que l'Antéchrist-personne n'aura presque rien à faire quand il prendra les rênes de l'ONU, le pape lui aura mâché tout le boulot, lui aura tout préparé, ayant conféré à l'organisme universel qu'il n'aura qu'à patronner, tous pouvoirs clef en mains ! Il n'aura plus qu'à tourner la clef de contact... C'est alors que se comprend d'autant mieux la grande prophétie apocalyptique : "Je te garderai de l'heure de la tentation qui va s'abattre sur l'univers entier" (III, 10)... une tentation universelle mise en œuvre ou du moins sponsorisée, donc, par les papes modernes.           
           
        Justement, le pape moderne "antéchristisé" de Pacem in terris voit un signe des temps, justement, dans... la création de l'ONU : "Comme chacun sait, le 6 juin 1945, a été fondée l'Organisation des Nations Unies (ONU), à laquelle sont venus se rattacher, par la suite, des organismes intergouvernementaux. À ces organisations ont été confiées de vastes attributions de portée internationale, sur le plan économique et social, culturel, éducatif et sanitaire. Le but essentiel de l'Organisation des Nations Unies est de maintenir et de consolider la paix entre les peuples, de favoriser et de développer entre eux des relations amicales, fondées sur le principe de l'égalité, du respect réciproque et de la collaboration la plus large dans tous les secteurs de l'activité humaine" (§ 142). Puis encore, Jean XXIII approuve la très-athée Déclaration universelle des droits de l'homme : "Nous considérons cette Déclaration comme un pas vers l'établissement d'une organisation juridico-politique de la communauté mondiale" (§ 144) !!! C'est là qu'on voit bien que les papes modernes ont cédé pas à n'importe quel mondialisme, mais au mondialisme initiatique qui mènera au règne de l'Antéchrist-personne. Ce n'est plus seulement du délire abstrait et utopique dans les nuages, c'est de l'apostasie pure et simple.
 
        Puis enfin, quittant le ton neutre et doctoral de l'encyclique, le pape livre le fond de son cœur pontifical, il montre son grand et immense bonheur de... l'existence de l'ONU, dont Pie XII avait dit dans son Message de Noël 1944, nous allons le voir car il faut actionner encore d'un cran en arrière la machine pontificale à remonter le temps, que "PERSONNE ne pourrait saluer cette évolution [menant à la création de l'ONU] avec plus de joie, PERSONNE ne saurait souhaiter plus ardemment plein et heureux succès à cette collaboration commune, qui est à entreprendre avec un sérieux d'intention inconnu jusqu'ici [que Nous-même]". Jean XXIII n'est pas en reste : "Nous désirons donc vivement que l'organisation des Nations Unies puisse de plus en plus adapter ses structures et ses moyens d'action à l'étendue et à la haute valeur de sa mission. Puisse-t-il arriver bientôt, le moment où cette Organisation garantira efficacement les droits qui dérivent directement de notre dignité naturelle, et qui, pour cette raison, sont universels, inviolables et inaliénables. Ce vœu est d'autant plus ardent qu'aujourd'hui les hommes participent davantage aux affaires publiques de leur propre pays, qu'ils témoignent d'un intérêt croissant pour les problèmes de portée mondiale et prennent une conscience plus vive de leur qualité de membres actifs de la famille humaine universelle" (§ 145).
 
        Donc : la sauvegarde de ma dignité d'homme ne me vient plus de Dieu par Sa Providence, comme la Foi catholique me l'enseigne, elle est commise aux hommes et doit me venir uniquement par eux... vive la bigbrothérisation orwelienne de la société. Comment, ici, ne pas penser à l'anathème de saint Paul : "QUAND LES HOMMES DIRONT «PAIX & SÉCURITÉ», SUBITEMENT LA CATASTROPHE LES SAISIRA COMME LES DOULEURS PRENNENT LA FEMME QUI VA ENFANTER, ET ILS N'ÉCHAPPERONT PAS"(I Thess V, 3). Combien saint Paul nous révèle là que les hommes déclenchent la Sainte-Colère de Dieu sur eux lorsque, tels les antiques rebelles de la tour de Babel, ils veulent établir par eux-mêmes la paix mondiale...! Alors, voir que ce sont les papes qui les poussent ardemment à cela...!!! Oh ! quelle tristesse de voir que ce sont les papes modernes qui réalisent les prophéties concernant les derniers Temps, qui appellent véhémentement, via le mondialisme initiatique, le règne de l'Antéchrist-personne...           
           
        Et je remonte à présent au pape Pie XII, appelant très-ardemment de tous ses vœux pontificaux, dans le Message de Noël 1944, cette paix mondiale que les hommes créent, se donnent entre eux dans des instances internationales qu'ils érigent eux-mêmes démocratiquement et qui seront le substrat mondialiste initiatique du pouvoir de l'Antéchrist-personne (je tire cela de mon Traité de la religion royale française ou le vrai visage de Clovis, pp. 265, sq.) :           
           
        "... Pie XII, à la fin de la guerre, ne se retient plus. Dans cette dernière allocution urbi & orbi, immédiatement après un petit préambule sur l’espérance surnaturelle apportée par Noël dans les âmes, le pape ose en faire abruptement l’application à l’avènement du... nouvel ordre international, que fait miroiter la prochaine création de l’ONU dont tout le monde parle : «Aurore d’espérance.— Béni soit le Seigneur ! Des lugubres gémissements de la douleur, du sein même de l’angoisse déchirante des individus et des pays opprimés, se lève une aurore d’espérance. Dans une partie toujours croissante de nobles esprits [...?], surgissent une pensée, une volonté de plus en plus claire et ferme : faire de cette guerre mondiale, de cet universel bouleversement, le point de départ d’UNE ÈRE NOUVELLE POUR LE RENOUVELLEMENT PROFOND, LA RÉORGANISATION TOTALE DU MONDE. À cet effet, tandis que les armées continuent à s’épuiser en luttes meurtrières, avec des moyens de combat toujours plus cruels, les hommes de gouvernement, représentants responsables des nations, se réunissent pour des conversations, pour des conférences, en vue de déterminer les droits et les devoirs fondamentaux sur lesquels devrait être reconstruite une communauté des États, de tracer le chemin vers un avenir meilleur, plus sûr, plus digne de l’humanité. Antithèse étrange, cette coïncidence d’une guerre dont l’âpreté tend au paroxysme, et du remarquable progrès des aspirations et des projets vers une entente pour une paix solide et durable ! On peut bien discuter sans doute la valeur, l’applicabilité, l’efficacité de tel ou tel projet, le jugement à porter sur eux peut bien rester en suspens ; MAIS IL N’EN RESTE PAS MOINS VRAI QUE LE MOUVEMENT EST EN COURS [ce dont Pie XII ose se réjouir...]».           
           
        "Puis, on voit Pie XII exalter le principe de «l’unité du genre humain et de la famille des peuples» : «De la reconnaissance de ce principe dépend l’avenir de la paix. Si cette exigence morale trouvait sa réalisation dans une société des peuples qui saurait éviter les défauts de structure et les faiblesses des solutions précédentes [Pie XII fait là allusion à la défunte SDN], alors, la majesté de cet ordre réglerait et dominerait également les délibérations de cette société et l’application de ses moyens de sanction. Pour la même raison, on comprend que l’autorité d’une telle société des peuples devra être réelle et effective sur les États qui en sont les membres, de manière pourtant que chacun d’entre eux conserve un droit égal à sa souveraineté RELATIVE [... Comprenons bien l'incroyable, l'inouï propos de Pie XII : il déclare là, ni plus ni moins, aboli l'économie du Temps des nations, et milite de toutes ses forces pour que soit mis en place ce qui doit la remplacer, une nouvelle économie pseudo-millénariste où tous les peuples se gèreront démocratiquement ensemble et entre eux, autrement dit, c'est carrément vouloir "changer les temps et les lois" comme prophétisait Daniel de ce que voudra faire l'Antéchrist-personne ; car dire de la souveraineté nationale qu'elle ne doit plus être que relative, c'est la supprimer tout simplement, et donc supprimer la nation elle-même qui ne peut vivre et exister que par sa souveraineté absolue, sinon rien : la souveraineté en effet, comme d'ailleurs le dit très-bien l'étymologie du mot, est absolue ou... n'existe pas ; parler d'une souveraineté relative, c'est un oxymore puissant et surtout absurde ; mais Pie XII, dans tous ses Noëls de guerre, est tellement enthousiasmé et entiché de la nouvelle économie de salut politique internationale basée sur un pseudo-Millenium, un mondialisme de nature antéchristique, qu'il ne voit même plus l'absurdité de son propos...]. C’est seulement de cette manière [... donc : en supprimant la souveraineté pleine et entière des États-nations !!] que l’esprit d’une saine [!!!] démocratie pourra pénétrer également dans le domaine vaste et épineux de la politique extérieure».           
           
        "Et Pie XII de conclure le radio-message de Noël 1944, par ce que l’on peut appeler son idée fixe en matière de politique internationale, à laquelle il se dit attachée... plus que personne : «Formation d’un organisme commun pour le maintien de la paix.— Les décisions connues jusqu’ici des Commission internationales [celles qui aboutiront, suivez le guide pontifical, aux... très-maçonniques accords de Yalta !] permettent de conclure qu’un point essentiel de tout aménagement futur du monde serait la formation d’un organisme pour le maintien de la paix ; d’un organisme investi de commun accord d’une autorité suprême [... Comme s'il était au pouvoir de l'homme de s'autorevêtir d'une autorité légitime suprême pour régler la paix du monde, pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu et à Lui seul !!! Et c'est le pape qui ose s'accoupler à un tel projet impie qui était celui des hommes de la tour de Babel et qui sera demain celui de l'Antéchrist-personne lui-même !!!] et qui aurait aussi dans ses attributions d’étouffer dans son germe toute menace d’agression isolée ou collective. "PERSONNE ne pourrait saluer cette évolution AVEC PLUS DE JOIE que celui [le pape Pie XII ici veut se nommer] qui a défendu DEPUIS LONGTEMPS le principe que la théorie de la guerre comme moyen apte et proportionné de résoudre les conflits internationaux, EST DÉSORMAIS DÉPASSÉE, (...) PERSONNE ne saurait souhaiter plus ardemment plein et heureux succès à cette collaboration commune, qui est à entreprendre avec un sérieux d'intention inconnu jusqu'ici, que celui [= Pie XII] qui s'est employé consciencieusement à amener la mentalité chrétienne et religieuse à réprouver la guerre moderne et ses monstrueux moyens de lutte. (...) Et si s’ajoute la menace d’une intervention juridique des nations et d’un châtiment infligé à l’agresseur par la Société des États, en sorte que la guerre se sente toujours sous le coup de la proscription et toujours sous la surveillance d'une action préventive, alors l’humanité pourra sortir de la nuit obscure où elle est restée si longtemps submergée [... quel lyrisme châteaubriandesque !] ; elle pourra saluer l’aurore d’une nouvelle et meilleure époque de son histoire.           
           
        "(...) Il y a une chose que Nous savons, c’est que le moment viendra, et peut-être plus tôt qu’on ne pense, où les uns et les autres reconnaîtront que, tout considéré, il n’y a qu’un moyen de sortir du réseau embrouillé dans lequel la lutte et la haine ont enlacé le monde, c’est le retour à une solidarité trop longtemps oubliée, à une solidarité ne se limitant pas à tels ou tels peuples, mais universelle, fondée sur la connexion intime de leurs destinées et sur les droits qui appartiennent également à chacun d’eux [... Mon Dieu, mon Dieu !, mais quelle fougue ! mais quel enthousiasme ! mais quelle ferveur non-dissimulée ! mais quel éclat illuminé dans cet œil pontifical FIXÉ SUR LA CHIMÈRE DU RÈGNE DE L'ANTÉCHRIST-PERSONNE].
 
        Et hélas, ce Noël 1944 n'est pas, de la part de Pie XII, une sorte de lapsus calami, un enthousiasme délirant de passage dû au soulagement que procurait le sortir de l'atroce seconde guerre mondiale, hélas non, c'est exactement tout le contraire qui est vrai : dans ce point d'orgue du Noël 1944, Pie XII ne faisait que dire sans voile ce qu'il suggérait déjà dans TOUS ses Noëls de guerre 1939, 1940, 1941, 1942, 1943 et donc 1944, comme étant sa pensée la plus profonde, six allocutions péniblement humanistes et déjà pro-antéchristiques, proposant aux peuples, à toutes les nations, d'ériger par voie juridique internationale et dans l'entente cordiale de tous, une Société de justice et de paix, pure création humaine sans le Christ au fronton de l'édifice humain ainsi créé, à la première place. D'ailleurs, on vient de le lire, le pape Pie XII ne manque pas d'insister lui-même sur le fait que c'est "depuis longtemps" qu'il milite pour une nouvelle économie de salut sociopolitique internationale où la paix humaine sera garantie par voie... humaine, juridique et morale.           
           
        Dans le Message de Noël 1939 par exemple, alors que la seconde guerre mondiale vient de commencer, Pie XII formule "Les cinq conditions fondamentales d’une juste paix". La troisième va beaucoup nous intéresser : "3. La constitution d’un organisme juridique international. (...) Il est d’une importance décisive, en vue d’une honorable acceptation d’un traité de paix, et pour prévenir soit les entorses futures soit les interprétations arbitraires et unilatérales, que soient constituées des institutions juridiques capables de garantir la loyale et fidèle application des conventions, voire, en cas de nécessité manifeste, de les réviser et de les corriger".
 
        Il n'est pas inutile de noter ici la parfaite convergence de vues du cardinal Pacelli avec... Roosevelt, le franc-maçon Roosevelt ! "La diplomatie vaticane trouve en même temps un allié précieux, et de taille, dans le Président des États-Unis [dès le début de la guerre]. Le pape accueille avec une joie profonde l’envoi d’un représentant personnel de Roosevelt auprès du Saint-Siège, Myron C. Taylor. Trois ans plus tôt, lors de la légation du cardinal Pacelli aux États-Unis, les deux hommes d’État avaient rendu manifeste la conformité essentielle de leurs vues sur la reconstruction du monde [!!!]. Roosevelt n’avait-il pas qualifié le légat de «mon bon, mon vieil ami» ?" (Histoire des papes illustrée, Castella, t. III, p. 237). On tremble dans l’âme, à lire ça…           
           
        Mais c'est que, la guerre finie, les Noëls suivants continuent tous, peu ou prou, sur la même pensée de fond, qui donc, n'a pas quitté Pie XII durant les quasi vingt ans de son pontificat. La maladie est incurable. Pas question évidemment de les éplucher tous, ne serait-ce que pour garder un fond de bile à peu près sain. Dans le Message de Noël 1956, le pape disait : "Si Nous faisons allusion à ces aspects défectueux [Pie XII venait de critiquer les États qui entravent l'autorité des missions d'observateurs envoyés par l’ONU dans les régions du monde impactées par les conflits armés], C’EST PARCE QUE NOUS DÉSIRONS VOIR RENFORCER L’AUTORITÉ DE L’ONU, surtout pour l’obtention du désarmement général qui Nous tient tant à cœur. (...) En effet, c’est seulement dans le cadre d’une Institution comme celle des Nations-Unies que l’engagement de chacun des États (...) pourra être pris d’un commun accord et transformé en obligation stricte de droit international".           
           
        On l'a compris : une fois de plus, le pape soutient l'érection de la tour de Babel moderne qui prétend réparer les effets du péché originel, par l'homme, et avec l'homme, et en l'homme, per ipsum, et cum ipso, et in ipso, dans une pseudo-liturgie mondialiste sataniquement à l'envers, anthropocentrique, ce péché universel devant être couronné, en finale ultime, par "l'homme d'iniquité" récapitulant en lui l'iniquité universelle, à commencer par celle... pontificale. Ce sera en effet le grand-œuvre de l'Antéchrist-personne ; mais c'est déjà tout le projet ardemment voulu par les papes modernes...           
           
        Pour bien montrer à quel point presque incroyable les papes modernes ont l'esprit possédé, le mot n'est hélas que trop juste, par l'utopie antéchristique de vouloir "changer les temps et les lois", j'ai cité longuement Pie XII, mais il faut hélas apporter la précision qu'il n’est lui-même que la suite des papes Pie XI et encore bien de Benoît XV, dont d'ailleurs il fut la cheville ouvrière ("Mgr Eugenio Pacelli, secrétaire de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, avait été dès 1915, l’artisan et le messager des propositions de Benoît XV, puis le principal architecte de la nouvelle doctrine sous le pontificat de Pie XI, qui en fit son cardinal secrétaire d’État en 1929" ― Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, art. guerre mondiale –deuxième-, p. 781, 1ère col.). Il était donc bien normal que je me cristallise sur son pontificat.           
           
        Quant à Benoît XV, dont la majorité du pontificat se déroula durant la première guerre mondiale, voyez que déjà, "dans son message de paix aux chefs des nations belligérantes (Dès le début, 1er août 1917), le Saint-Siège préconisait l’institution d’une procédure internationale d’arbitrage qui viendrait en substitution des forces armée, rétablissant la «force suprême» du droit" (Levillain, art. Benoît XV, p. 220, 2e col.). Le projet à vocation antéchristique de Pie XII est donc là déjà au moins embryonnairement exprimé…           
           
        Or, hélas !, on se rend compte, en étudiant l'agir du pape Benoît XV pendant toute la première guerre mondiale, qu'il est aussi entiché du projet antéchristique de vouloir que les hommes se donnent à eux-mêmes la paix du monde, que Pie XII quelques courtes décennies plus tard... au point d'accepter de se mettre à dos le monde entier, toutes les parties belligérantes en présence, pendant toute la durée de la guerre, pour soutenir cette idée nouvelle ! L’attitude de ce pape pendant la première guerre mondiale est en effet déjà une anticipation quasi parfaite de celle de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale (et probablement donc, le monsignore Pacelli de l'époque, futur Pie XII, en fut l'artisan principal), déjà plus qu’imprégnée de cette maudite gnose antéchristique qui consiste à vouloir "changer les temps et les lois", instaurer soi-même le Millenium parmi les hommes, c'est-à-dire la grande paix universelle, prétendre faire "ce que Dieu s'est proposé de faire" (Donoso Cortès), preuve, soit dit en passant, que cette prise de position pro-antéchristique pontificale, dont le premier acte fut posé immédiatement après la grande Révolution par Pie VII, au moyen de la signature du Concordat napoléonien de 1801, comme je vais l'exposer tout-de-suite, est fort suivie par tous les papes post-concordataires...
 
        On ne peut en effet manquer de souligner ici, à la suite d’un historien qui l’a remarqué lui aussi, ce qu’a de très-singulier et de non-traditionnel l’appel à la paix lancé par Benoît XV au début de la grande guerre : "Dans sa première encyclique, Ad beatissimi, Benoît XV affirma que : «Chaque jour, la terre ruisselle de sang nouveau, se couvre de morts et de blessés. Qui pourrait croire que ces gens, qui se battent les uns contre les autres, descendent d’un même ancêtre, que nous sommes tous de même nature, et que nous appartenons tous à une même société humaine ? Qui reconnaîtrait en eux des frères, fils d’un seul Père qui est dans les cieux ?» À la suite de jugements aussi nets et sans appel, on a considéré que Benoît XV avait été le premier pape à REJETER LA DOCTRINE CATHOLIQUE TRADITIONNELLE D’UNE GUERRE JUSTE" (Levillain, art. Benoît XV, p. 220, 2e col.). C'est-à-dire : de TOUTE guerre en soi, par principe, veut dire l’historien que je cite, traduisant fort bien la pensée de Benoît XV.           
           
        Car ce n’est pas du tout à l'injustice viscérale des fondements de la première guerre mondiale que fait allusion le pape Benoît XV dans son encyclique, il professe que le principe même d’une guerre juste n’est, en soi, plus possible, que toute guerre est en soi INJUSTE. Or, ceci présuppose théologiquement l’avènement d’une nouvelle économie de salut, et donc, rien que par cette pétition de principe, les papes modernes prêchent pratiquement le nouvel Évangile antéchristique où le royaume de Dieu n’a plus besoin, pour s’actualiser sur cette terre, de la force mise au service du droit du Christ, les vertus morales politiques mûries dans l’homme suffisant, ou plutôt devant prétendument suffire, à en remplir l’office...           
           
        À la fin de la guerre, Benoît XV va explicitement demander une structure internationale pour régler humainement les problèmes de politique internationale. En 1917, le Saint-Siège, en effet, sous l’ordre du pape, fit une Note de paix à l’adresse de tous les belligérants, mais surtout aux Allemands, visant à l’obtention d’un règlement négocié du conflit, qui va carrément évoquer la solution antéchristique d’un organisme juridique international pour régler les conflits. "La note exprimait, en même temps qu’une condamnation TOTALE de la guerre [= de toute guerre en soi], «des propositions plus concrètes et pratiques» pour mettre fin aux hostilités. Elle souhaitait des pourparlers généraux BASÉS SUR L’AFFIRMATION DU DROIT et non pas sur les armes. Ce qui entraînait une réduction des armements ET L’INSTITUTION D’UN ARBITRAGE INTERNATIONAL AYANT UNE FONCTION PACIFICATRICE" (Levillain, art. Benoît XV, p. 220, 2e col.).
 
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        Convenez avec moi que ce rappel de l'histoire pontificale moderne fait presque oublier le mondialisme de François...! Pour le coup, nous avons maintenant une vue panoramique de la vraie situation de "la crise de l'Église", beaucoup plus équilibrée que lorsqu'elle était zoomée, focalisée, sur le seul pape actuel du moment, celui de nos humbles jours terrestres, sur lequel pape actuel certains cèdent à la tentation d'en faire un bouc émissaire, de tout lui mettre sur le dos, de décharger sur lui sa propre souffrance morale de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que la Providence de Dieu nous destine tous à endurer, nous qui voulons rester fidèles à notre Foi catholique...
 
        ... En avez-vous assez ? Ad nauseam ? Éh bien, moi, non, pas du tout, je vous fais l'aveu que je n'en ai pas du tout assez, bien au contraire, ce rappel historique n'a fait qu'aiguiser mon appétit en faim de loup haletant. Je veux désormais absolument comprendre, maintenant, pourquoi tous ces papes modernes, déjà bien avant le concile Vatican II qui dans notre affaire n'est même pas une ligne de démarcation entre le bien et le mal, pourquoi les Benoît XV, les Pie XII, les Jean XXIII, les Paul VI, les Jean-Paul II, et donc, simple épigone lointain de nos jours, les François, pourquoi, disais-je, ces papes modernes se sont pontificalement convertis à la Prostituée de Babylone, au mondialisme initiatique menant inéluctablement au règne de l'Antéchrist-personne ?           
           
        Or bien, la réponse, je n'ai pas à la chercher au loin, elle réside toute entière dans la faute gravissime que commit le pape Pie VII au sortir même de la Révolution, lorsque, par le truchement d'un concordat avec l'État révolutionnaire français sous Napoléon, il a formellement reconnu la validité et la légitimité des États modernes issus de la Révolution, tous constitutionnellement athées et non-basés sur le Christ. Or, c'est là que gît le péché originel de "la crise de l'Église" jusqu'à ce que mort s'ensuive, usque ad mortem.           
           
        Il faut bien saisir en effet que les papes modernes ont chuté et se sont soumis à la Bête antéchristique dès la fin de la période révolutionnaire française, par le Concordat napoléonien (1801), parce que celui-ci répute formellement validité et légitimité à une République constitutionnellement athée (à cause de la structure synallagmatique de tout concordat, qui présuppose juridiquement formellement la validité de toute partie co-contractante dans l'acte concordataire : donc, le simple et seul fait, pour le pape, d'accepter un partenaire concordataire, quel qu'il soit, est ipso-facto lui réputer formellement la validité, ce que le pape Pie VII fit donc pour la République française de Napoléon... constitutionnellement athée).           
           
        Or, évidemment, à partir du moment où est accepté par la papauté le principe de réputer et reconnaître validité et légitimité aux sociétés constitutionnellement laïques au sens athée du qualificatif, dans l'ordre sociopolitique national puis international (car ce nouveau branle donné par le concordat napoléonien va être la règle adoptée sans faille avec tous les autres gouvernements constitutionnellement athées, dans la suite des temps post-révolutionnaires), c'est le principe laïc-athée de ces sociétés qui, dès lors, devient le moteur spirituel énergétique du monde. Ce n'est plus le Bien qui est la locomotive du monde via le Siège de Pierre et l'Église de droit divin, c'est le mal. La dynamique métapolitique des choses est désormais, après le Concordat napoléonien, dans les mains du mal, de ces sociétés constitutionnellement athées prises dans leur ensemble planétaire universel, auxquelles tous les papes, depuis Pie VII, ont scandaleusement fait béni-oui-oui, c'est-à-dire tous les papes du XIXème siècle puis du XXème en ce compris même les plus saints en leur for privé comme Pie X. Jusqu'à arriver à Vatican II qui va mettre ad extra dans la Foi, très-notamment par l'apostate Liberté religieuse, cette corruption des Mœurs, auxquelles sont inhérentes les choses de la Politique constitutionnelle, à laquelle avait cédé l'Église dès le sortir de la période révolutionnaire, et qui n'était vécu jusque là par elle qu'ad intra, occultement, jusqu'à Vatican II (j'explique tout cela en profondeur dans l'article suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-partie-1?Itemid=1).
           
        Après le concordat napoléonien, le pape, et bien sûr l'Église toute entière derrière lui, n'était plus dès lors qu'un wagon parmi les autres, pourquoi pas le premier, mais obligatoirement à la traîne, derrière la locomotive d'un mondialisme initiatique qui ne dira pas son antéchristique nom tout-de-suite, obligé de céder encore et encore et toujours encore plus au mal et de suivre les mauvais aiguillages toujours plus mauvais de la locomotive des nations constitutionnellement athées du monde entier, pour finir, en notre temps, par carrément épouser la cause du mondialisme initiatique, du règne de l'Antéchrist-personne...           
           
        Si en effet l'on reconnaît la validité à des sociétés constitutionnellement athées, alors, lorsque par une dynamique naturelle et suivant l'avancement des temps menant tous les peuples au Millenium, cesdites sociétés élaborent entre elles une structure mondialiste, il faut donc les suivre dans leur mondialisme hétérodoxe et initiatique patronné par Satan... et, avalant notre honte de catholique et la rougeur au front jusqu'à la crête, l'on a vu à quel point d'enthousiasme délirant et fou Pie XII et surtout Paul VI l'ont fait.
 
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        Mais on voudra maintenant me voir mettre en avant et bien expliquer comment la thèse de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", contrairement aux autres thèses professées dans les mouvances tradis qui, toutes, versent soit dans l'hérésie soit dans le schisme, résout victorieusement dans la pureté de la Foi intégrale, et elle seule, le problème théologique gravissime posé par "la crise de l'Église", dont on voit bien à présent, après mon petit rappel historique, qu'elle semble, sur le plan humain, vraiment insoluble, Mgr Viganò reconnaissant lui-même que "cette situation est humainement irrémédiable, parce que les forces en jeu sont immenses et parce que la corruption de l'Autorité ne peut être guérie par ceux qui la subissent".           
           
        Je vais le faire une énième fois. Pour autant, il me semble avoir le droit de dire préalablement, ayant déjà tellement exposé dans mes travaux "LA PASSION DE L'ÉGLISE", que je serai moralement vraiment en droit, pour avoir à le faire de nouveau ici, de dire, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ : "Ô génération incrédule et perverse, jusques à quand serai-Je avec vous ?, jusques à quand vous souffrirai-Je ?" (Matth XVII, 16), ou de prendre à mon compte ce qu'Il a répondu la nuit du Jeudi-Saint, comme je l'ai rapporté au tout début de ces lignes : "J'ai parlé ouvertement au monde ; j'ai toujours enseigné dans mes écrits «LA PASSION DE L'ÉGLISE» depuis plus de vingt-cinq ans, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi m'interrogez-vous ? Demandez à ceux qui m'ont lu et qui ont compris ce que j'ai écrit ; eux, ils savent ce que j'ai dit"... Mais je veux m'oublier, ne penser qu'à faire charitablement mon devoir pour le salut des âmes, sans retour sur moi-même, car, qu'on me permette, avec un brin de malice, de pasticher François : "qui suis-je pour juger" ceux qui ne comprennent pas (encore) "LA PASSION DE L'ÉGLISE"...??           
           
        Donc, voici. Dans le petit rappel historique pontifical que je viens de faire, nous avons bien vu ensemble que la papauté moderne, en ce compris bien sûr François, pèche contre les fondements mêmes de la Constitution divine de l'Église et de sa Foi catholique : pour en rester au seul mondialisme initiatique, impossible de le compatibiliser avec la Foi et les fondements surnaturels de l'Église. Mais il faut bien prendre conscience que ces papes modernes ne pèchent pas dans leur personne pontificale privée, comme bien des courants tradis ont voulu s'y cantonner frileusement et mensongèrement, ils pèchent in Persona Ecclesiae, au nom et pour le compte de l'Église Universelle, ce qui est très-clair avec le concile Vatican II qui met en jeu le Magistère ordinaire & universel de soi doté de l'infaillibilité, très-notamment dans le pire décret conciliaire qui, sur le plan doctrinal, n'est même plus de l'hérésie mais carrément de l'apostasie, celui de la Liberté religieuse.           
           
        Ce qui signifie très-clairement que, en fait, nous devons premièrement bien saisir et prendre fortement conscience que, dans notre affaire, c'est l'Église qui pèche, et non les personnes pontificales privées en cause, puisque celles-ci ont toute péché in Persona Ecclesiae.           
           
        Immédiatement bien sûr, nous vient en face des yeux de la Foi, que l'Église, Épouse immaculée du Christ, ne peut absolument pas pécher, la deuxième Note positive que nous récitons avec ferveur dans le Credo à toutes les messes le dimanche, interdit de le dire : "Je crois (...) à l'Église, une, SAINTE, catholique et apostolique". 
           
        ... Alors, l'Église a-t-elle péché, ou bien non ?           
           
        C'est là, justement, dans la réponse à faire à la question, que se situe le nœud gordien à dénouer, toute la problématique est là, nœud que nous ne pouvons pas dénouer si nous restons trop dans des raisonnements purement humains, nous ne pouvons au contraire que passer à pieds joints sur la solution catholique à y apporter, sans même l'apercevoir...           
           
        L'Église ne peut absolument pas pécher ? En êtes-vous bien si sûr que cela, que l'Église ne peut pas pécher d'une certaine manière sans coulpe, sans séparation d'avec le Saint-Esprit...? Vous venez en effet de dire que l'Église Universelle est l'Épouse immaculée du Christ, mais alors, précisément parce qu'elle est immaculée dans sa ressemblance d'épousailles parfaites avec le Christ, cela signifie qu'elle réplique dans sa propre vie ecclésiale tous les moments de la Vie terrestre du Christ, y compris bien sûr le terrible et affreux moment de la Passion du Christ. En effet, si, comme le formule lui-même Mgr Viganò dans sa diatribe, nous vivons une "passio Ecclesiæ" qui nous fait "parcour[ir] la Via Dolorosa de la Croix", il devient capital et urgentissime pour nos âmes, de comprendre en quoi consiste très-précisément l'économie surnaturelle de la Passion du Christ pour bien saisir, par décalcomanie spirituelle, ce qu'a à vivre son Épouse immaculée dans sa fin des temps à elle, qui est notre période moderne...           
           
        Or, nous avons beaucoup de chance : saint Paul, l'inégalable Apôtre des nations quant aux révélations transcendantes, nous l'a défini parfaitement. Il nous a révélé l'essence de l'économie de la Passion du Christ en ces termes lapidaires et tout-à-fait essentiels : "Le Christ a été fait péché pour notre salut" en II Cor, V, 21 (ce qu'il complète en précisant aux Hébreux qu'il s'agit là d'une "si grande contradiction" ― He XII, 3).           
           
        Tout est dit, là, en si peu de mots, mais transcendants, pour que nous comprenions et vivions victorieusement dans la Foi, cette terrible et affreuse "crise de l'Église" qui est "PASSION DE L'ÉGLISE", dans l'attente non pas tant de la mort de cette Église dans son économie de salut actuelle dite du Temps des nations et de Rome son centre (car qui est crucifié à la croix de la Passion, en meurt sans merci, le Christ l'a montré dans sa Passion archétypale de toute passion), laquelle aura lieu dans et par le règne de l'Antéchrist-personne, mais dans l'attente ou plutôt l'Espérance de la Résurrection de l'Église dans une nouvelle économie de salut glorieuse, qui sera le fameux Millenium, que cherche à supplanter, justement, le mondialisme initiatique, aidé en cela par les papes modernes aussi trompés que les antiques grands-prêtres juifs lors de la première Passion, celle du Christ.           
           
        Tout est dit, en effet, dans cette révélation "Le Christ a été fait péché pour notre salut". Grâce à saint Paul, nous avons, dans le principe même de la Foi, la certitude que ce péché du monde que l'Église épouse par les papes modernes, est, de sa part, absolument sans aucune espèce de coulpe ou faute séparant de la vie de la grâce et de Dieu, par le texte même de saint Paul, qui précise fort bien... la seule chose qu'il était justement capital de préciser, à savoir que le Christ (= et donc l'Église de nos jours) "est fait(e) péché POUR NOTRE SALUT", lorsque le Christ ou l'Église ont leur Passion respective à vivre. Saint Paul, en effet, ne dit pas seulement que le Christ a été "fait péché", mais qu'Il a été fait péché "pour notre salut". Or, cette dernière précision interdit formellement de supposer que Jésus-Christ dans sa Passion ait pu être fait péché avec coulpe (comme l'avait blasphématoirement supposé Luther), même la plus petite soit-elle, car il est en effet impossible que ce qui est fait pour le salut puisse contenir quelque coulpe que ce soit. S'il y avait eu une quelconque coulpe dans la manière dont le Christ a été fait péché pour endurer sa Passion, alors, saint Paul aurait été obligé de dire que le Christ a été fait péché pour... notre damnation. Et non pour notre salut.           
           
        Ainsi donc, de par la Lumière du Saint-Esprit, nous savons maintenant, grâce à saint Paul, que si le Christ a pu être "fait péché" sans aucunement cesser d'être le Saint des saints pur de toute coulpe devant Dieu, cela signifie que l'Église, lorsqu'elle vit elle-même l'économie de la Passion à la fin des temps, et c'est très-précisément notre situation ecclésiale contemporaine, va donc être elle-même également faite péché sans coulpe aucune.           
           
        Voilà qui, déjà, apporte un singulier éclairage sur le positionnement moral que nous devons adopter envers tous ces papes modernes qui hérissent le poil de notre Foi : ils ont péché in Persona Ecclesiæ, certes, mais sans aucune coulpe, car le Saint-Esprit les a plongé tous dans un aveuglement spirituel invincible justement pour faire rentrer l'Église dans l'économie de la Passion dont le péché matériel est l'élément fondamental, le caractère essentiel. Et donc, tout en rejetant avec toute la vigueur de notre Foi leur péché, nous devons le faire sans condamner en quelque manière que ce soit ces papes qui l'ont commis, mais toujours, au contraire, en voyant en eux l'image du Christ qui vit sa Passion... Mgr Williamson avait eu une très-belle phrase pour le dire : "Que personne donc qui veut sauver son âme ne suive ni ces prélats [modernes] ni leurs successeurs, mais en même temps que personne n'oublie que ceux-ci ne sont pas autant coupables de la destruction de l'Église du Christ comme l'auraient été leurs prédécesseurs nés dans des temps vraiment plus normaux. Bénies les âmes catholiques qui savent abhorrer leurs erreurs sans cesser d'honorer leur office" (Kyrie Eleison, Problème profond, 17 novembre 2012). C'est la quadrature du cercle ? Non, c'est juste le crucifiement de nos âmes catholiques sur la croix du salut, en co-rédempteurs, à l'exemple du Christ donnant libéralement sa vie pour le salut du monde. La récompense du juste, sur cette terre, est en effet d'être... crucifié. Le Christ l'a montré. Ainsi donc, nous ne devons pas prendre dans notre vie de Foi cette Passion ecclésiale que nous avons à vivre pour un châtiment, mais plutôt comme une... récompense.          
           
        Il importe maintenant extrêmement d'expliquer comment le Christ et donc l'Église puissent être théologiquement "faits péché" sans avoir à connaître, au sens biblique du terme, la coulpe du péché, chose qui semble, à première vue humaine, radicalement impossible. Nous sommes là en fait dans une question technique de théologie morale extrêmement intéressante (parce que, soit dit en passant, elle impacte énormément la situation spirituelle des âmes de nos jours, sans que même, la plupart du temps, elles en prennent conscience), beaucoup plus que dans une question de théologie dogmatique. Je l'ai fort expliqué dans mon exposé de fond sur "LA PASSION DE L'ÉGLISE", au lien suivant https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/7-la-passion-de-l-eglise-2, et je serai en droit d'y reporter, sans plus m'attarder dans ce présent article. Mais je veux faire mon devoir jusqu'au bout, et vais continuer à l'expliquer.           
           
        Comment, donc, le Christ, puis l'Église de nos jours, peuvent-ils être "faits péché" sans pécher réellement, c'est-à-dire avec coulpe séparant de Dieu ?           
           
        Tout simplement en étant faits purement péché matériel. C'est ce distinguo élémentaire de théologie morale qui nous permet de comprendre parfaitement comment le Christ puis l'Église à sa suite, peuvent être faits péché sans que s'y joigne ni adjoigne d'aucune manière une quelconque coulpe de péché.           
           
        Qu'est-ce qu'un péché purement matériel ?           
           
        Je rappellerai à ce sujet les distinctions classiques en la matière : un péché est mortel (= formel) uniquement lorsque trois conditions sont réunies ENSEMBLE, et ensemble SEULEMENT, à savoir : 1/ la matière mortelle du péché commis, 2/ la connaissance pleine et entière qu'il s'agit d'une faute matériellement mortelle au moment de la commettre, 3/ et la conscience et le vouloir pleins et entiers de le faire au moment de l'acte peccamineux. S'il manque deux voire même une seule de ces trois conditions au moment de l'acte peccamineux, celui-ci peut bien n'être... rien du tout, pas même forcément un péché véniel ni même une imperfection. C'est ce que les théologiens appellent un simple péché matériel.           
           
        L'exemple qui est classiquement donné d'un péché matériel sans aucune coulpe rajoutée, est celui d'un soldat qui, dans le cadre d'une guerre juste, par exemple pour défendre le sol de sa patrie injustement agressée, tue un soldat ennemi. Ce soldat patriote a commis la matière d'un vrai péché, par ailleurs fort grave, l'homicide, et cependant, non seulement ce péché ne contient aucune coulpe séparant de Dieu, mais ce soldat défendant sa patrie sera loué de cet acte de péché matériel d'homicide non seulement par les hommes, ses compatriotes, mais par Dieu Lui-même.           
           
        D'autres exemples de péchés matériels sans aucune coulpe les accompagnant peuvent être tirés du Martyrologe : des martyrs sont sortis de cette vie par un péché matériel de suicide. 1/ sainte Apolline, fêtée au 9 février, au temps des grandes persécutions des premiers siècles chrétiens, après avoir été affreusement torturée, a couru se jeter d'elle-même dans le feu en s'échappant des mains des bourreaux : stricto sensu, il y a donc là la matière d'un péché mortel de suicide, mais l'Église a considéré que notre sainte avait été animée par la pure motion du Saint-Esprit pour le commettre, et donc son péché matériel de suicide excluait toute espèce de faute réelle ou coulpe ; c'est pourquoi l'Église n'a pas eu la moindre hésitation pour canoniser cette grande martyre ; 2/ une autre jeune sainte de quinze ans, pour échapper aux persécutions des séducteurs païens, s'est jetée du toit de sa maison et est morte sur le coup, autrement dit, elle a, elle aussi, commis un péché matériel de suicide, ce qui, là non plus comme pour sainte Apolline, n'a nullement empêché l'Église de la canoniser (il s'agit de sainte Pélagie, fêtée au 12 juin).           
           
        On peut tirer aussi de la sainte Écriture des exemples de péché matériel sans coulpe, je n'en retiendrais que deux, en l'occurrence des péchés matériels de mensonge. 1/ Jacob ment à Isaac son père devenu aveugle, pour en recevoir la bénédiction du droit d'aînesse, lui disant qu'il est Esaü après s'être revêtu d'une tunique de poils afin de se faire passer pour son frère aîné velu : "... Qui êtes-vous, mon fils ? Jacob lui répondit : Je suis Esaü votre fils aîné" (Gn XXVII, 18-19) & "Isaac, le [Jacob] bénissant donc, lui dit : Êtes-vous mon fils Esaü ? Je le suis, répondit Jacob" (Gen XXVII, 23-24). Le mensonge est patent, flagrant, mais il est inspiré par le Saint-Esprit à Jacob et est évidemment exempt de toute coulpe. Il ne faut pas oublier en effet qu'Esaü avait auparavant vendu à Jacob son droit d'aînesse contre un plat de lentilles, et qu'il n'en était plus digne. 2/ Mais il y a mieux, si je puis dire ! On prend l'Ange Raphaël en flagrant délit de mensonge, dans l'admirable histoire de Tobie. Or, faut-il le dire, cet Ange de Dieu était incapable de la moindre coulpe, étant confirmé en la grâce divine impeccable. On est donc absolument certain qu'il ne commit dans l'affaire qu'un péché purement matériel sans aucune coulpe quelle qu'elle soit, lorsque, répondant à la question du père de Tobie qui lui demande qui il est, il répond, avant que Tobie père accepte qu'il serve de guide à Tobie fils, pour son long voyage : "Je suis Azarias, fils du grand Ananias. Et Tobie répondit : Vous êtes d'une race illustre. Mais je vous prie de ne pas vous fâcher, si j'ai désiré connaître votre race. L'Ange lui dit : Je conduirai votre fils en bonne santé, et le ramènerai de même" (Tb V, 18-20). Mais après le voyage et son bon succès, le soi-disant "Azarias" révèle à Tobie qui il est véritablement, un Ange de Dieu : "Car je suis l'Ange Raphaël, l'un des sept qui nous tenons en la présence du Seigneur" (Tb XII, 15).           
           
        Le Saint-Esprit, donc, comme on le voit, est fort éloigné de ne pas utiliser, quand c'est nécessaire pour l'avancement du Royaume de Dieu sur cette terre toujours soumise au "prince de ce monde", le moyen du péché matériel sans coulpe, comme quelque chose qui n'est pas du tout indigne de Lui ni de sa Sainteté sans faille...!           
           
        Dans un contexte évidemment fort différent des exemples qui précèdent, c'est dans cette même situation théologique de péché matériel sans coulpe que l'Église se trouve, depuis qu'elle est rentrée dans la Passion, ce qui est le cas dès le Concordat napoléonien quant aux Mœurs seulement, et depuis Vatican II quant aux Mœurs et à la Foi.           
           
        Mais bien entendu, si ce péché matériel commis par les papes modernes in Persona Ecclesiae n'a aucune incidence sur la Note de sainteté de l'Église, il en a, et terriblement, pour revêtir au for externe l'Épouse immaculée du Christ de malédiction suprême, d'apparence de péché, ce qui la fait rentrer dans l'économie de la Passion. C'est d'ailleurs précisément ce qui explique que l'Église, maudite comme une lépreuse, singulièrement depuis Vatican II, et de plus en plus léprosée plus le temps avance, désormais pieds et mains liés sous "la puissance des ténèbres" (Lc XXII, 53), radicalement impuissante au for externe public contre toute forme de mal, n'aura plus aucune force contre "l'homme de péché, le fils de la perdition" (II Thess II, 3), l'Antéchrist-personne, lorsque celui-ci paraîtra en ce très-bas monde, pour la punition des impies et la parfaite purification des justes, lequel Antéchrist-personne, pour sa condamnation, mettra à mort l'Épouse du Christ léprosée et clouée sur sa croix co-Rédemptrice, dans son règne.           
           
        Cette situation de voir notre Église contemporaine être "faite péché" serait certes désespérante si nous n'avions la certitude de Foi qu'elle l'est "POUR NOTRE SALUT". Alors, il n'y a plus à désespérer, il y a au contraire, avec une grande joie intérieure dans l'âme, à souffrir généreusement en union avec l'Épouse du Christ, en gardant la sainte-patience par la méditation incessante de la Passion du Christ, en attendant que le Christ vienne en Parousie, après la mort de l'Église dans son économie de salut actuelle, la ressusciter dans une gloire incomparable et inconnue du temps des nations, celle du Millenium, qu'elle aura précisément méritée par les affres de la Passion, et nous avec si nous savons souffrir avec elle.           
           
        Je souhaite ce bon courage à tous mes lecteurs.
 
GrandSchismeDOccident1
           
        Je ne saurai terminer ce nouvel article sans commenter ce que dit Mgr Viganò dans ce passage : "La question fondamentale est de comprendre le plan subversif de l'Église profonde qui, utilisant les méthodes dénoncées à l'époque par saint Pie X à l'égard des modernistes, s'est organisée pour réaliser un coup d'État au sein de l'Église et amener le prophète de l'Antéchrist sur le Trône de Pierre".           
           
        Il y a là plusieurs points de vue gravement faux. Le premier est de décrire "la crise de l'Église" comme une subversion du Bien par les forces du mal sans que le Bien puisse faire autre chose qu'être inéluctablement subverti et vaincu par le mal, ce qui est tout simplement dire que le Saint-Esprit est vaincu dans l'Église, que Dieu est vaincu par Satan, que les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église, et enfin, tomber peu ou prou dans le manichéisme qui veut croire à deux Dieu, un Dieu du Bien à parité avec un Dieu du mal, puisque ce dernier aurait soi-disant pouvoir de vaincre, s'il s'y prend bien, le Dieu du Bien !           
           
         Le descriptif que fait Mgr Viganò ne répond pas du tout à la question à la fois spirituelle et théologique de fond quant à "la crise de l'Église", que voici : comment se fait-il que la "barrière immunologique" surnaturelle des Pères Enseignants de toute une génération ecclésiale donnée una cum le pape actuel, ait pu, par exemple à Vatican II, être ainsi abaissée au point que le mysterium iniquitatis puisse subvertir ladite génération ecclésiale et lui faire commettre des actes d'hérésie magistériellement promulgués et sous couvert de l'infaillibilité ecclésiale, de par le mode ordinaire & universel ? Dire que le fait de la subversion a eu lieu, comme le fait Mgr Viganò, ne résout absolument rien du tout : ce qu'il faut expliquer, c'est POURQUOI, malgré la Présence toute-puissante du Saint-Esprit dans un concile universel, cette dite subversion a pu avoir la possibilité de triompher, POURQUOI le fait de la subversion a-t-il pu exister ?           
           
        La raison essentielle et principale de la subversion des "membres enseignants" à Vatican II ne réside donc absolument pas, comme l'imaginent d'une manière complotiste et même favens hæresim très-malsaine Mgr Viganò et tant d'autres esprits conservateurs avec lui, vivant leur Foi dans l'obscurantisme et l'inintelligence profonde des assises de "la crise de l'Église", dans des forces ténébreuses qui auraient soi-disant le pouvoir de subvertir naturellement l'Église (cette thèse, en effet, est parfaitement hérétique, en cela qu'elle donne en soi une force victorieuse aux puissances du mal pour renverser l'Église, comme si, ... ô blasphème !, Satan était plus fort que le Christ), elle réside dans le fait que c'est l'Église ELLE-MÊME qui a perverti ses Mœurs, par la pratique concordataire pontificale avec des sociétés politiques constitutionnellement athées, dont elle a subséquemment été obligée d'épouser les Mœurs athées, puis, enfin, en bout de course fatidique, d'en corrompre sa Foi : ne vivant plus comme elle pensait, elle s'est réduite à devoir penser comme elle vivait. Vatican II a été la fin de cet écartèlement contre-nature entre la Foi et les Mœurs vécu depuis le concordat napoléonien pendant tout le XIXème siècle et le début du XXème, en faisant correspondre désormais les mauvaises mœurs avec... la mauvaise Foi (Liberté religieuse), faisant cesser la tension insupportable d'une doctrine catholique contre les nouvelles mœurs adoptées, mais la faisant cesser hélas en cédant au mal.       
           
        On me dira sans doute que je ne fais là que reculer le problème de fond : si l'explication que je donne de la corruption de la Foi à Vatican II est vraie, et elle est vraie, c'est-à-dire s'il est vrai que ce sont les Mœurs mauvaises de l'Église adoptées par la pratique concordataire pontificale avec des États constitutionnellement athées qui ont fini par pervertir radicalement la Foi de l'Église à Vatican II, alors, comment est-il théologiquement possible que les Mœurs de l'Église aient pu être, elles aussi, elles les premières, perverties de par le Concordat napoléonien qui est LE VATICAN II DES MŒURS, puisqu'aussi bien, le charisme de l'infaillibilité est donné par le Christ à son Église autant pour les Mœurs que pour la Foi, l'Église étant en effet infaillible non pas seulement pour la Foi mais aussi, à parité, pour les Mœurs ?           
           
        Voilà en effet une très-excellente question, et moi, avec le courage de la Foi, je vais donner la bonne réponse, je ne vais pas fuir, fuir "LA PASSION DE L'ÉGLISE". La réponse réside dans un adage antique : Jupiter commence par rendre fous ceux qu'Il veut perdre, quos vult perdere Jupiter dementat. Dieu met un voile d'aveuglement dans l'esprit des "membres enseignants" d'une génération ecclésiale donnée, qu'elle soit celle des Mœurs avec Pie VII ou celle de la Foi avec Paul VI, pour que, aveuglés, ils mettent l'Église qu'ils représentent, sans faute aucune de leur part (croyant même faire le mieux du mieux en faisant le pire du pire), dans l'économie de la Passion du Christ qui consiste essentiellement à "être fait péché pour le salut", par des actes magistériels matériellement mauvais. Ils sont ainsi "perdus", de Volonté divine (il ne s'agit pas bien sûr d'une perdition éternelle, mais d'une perdition temporelle, dans la figure du monde qui passe, comme celle du Christ perdu, abandonné par son Père sur la croix, et mourant, dans un but de Rédemption et de co-Rédemption ecclésiale). Parce que cette Heure fatidique décrétée par la Providence divine, dont a parlé le Christ lorsqu'Il eut à vivre et mourir sa Passion ("Voici l'heure et la puissance des ténèbres" ― Lc XXII, 53), est venue, pour l'Épouse comme pour l'Époux.           
           
        Et c'est pourquoi "Jupiter" aveugle l'esprit des "membres enseignants" de la génération ecclésiale prédestinée de toute Éternité à faire rentrer l'Église dans l'économie de la Passion : pour qu'elle soit "faite péché pour notre salut", ce qui est l'essence même de la Passion. Et depuis 1801 quant aux Mœurs et depuis 1965 quant aux Mœurs & à la Foi, nous vivons une Église "faite péché pour le salut". Et nous allons le vivre jusqu'à la mort, usque ad mortem, car une fois cloué sur le bois de la croix, le Christ "fait péché pour notre salut" ne fut pas décloué (... il n'y aura donc pas de bon pape à venir reprenant la bonne doctrine pour terminer "la crise de l'Église", comme semble le prédire Mgr Viganò, après le clouement doctrinal de l'Église à et par Vatican II...)Cette mort de l'Épouse du Christ dans son économie de salut actuelle, dite du Temps des nations et de Rome son centre, aura lieu dans et par le règne de l'Antéchrist-personne, tel qu'annoncé par les saintes Écritures infailliblement. Puis, enfin, parousiaquement, viendront le Christ Jésus en Gloire et son Royaume glorieux...           
           
        Je précise que j'exposais tout cela dans un précédent article rédigé il y a plus de trois ans sur Mgr Viganò, Le survol théologique très-superficiel de Mgr Viganò pour solutionner "la crise de l'Église" générée par Vatican II, qu'on trouvera au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/le-survol-tres-superficiel-de-mgr-vigano?Itemid=1.           
           
        Deuxième point gravement déficient dans le propos relevé ci-dessus de Mgr Viganò, et il est loin d'être le seul à se tromper sur ce sujet. Il est certes tout-à-fait dans le vrai lorsqu'il nous dit que le but du mysterium iniquitatis dans l'Église, est d'amener "le prophète de l'Antéchrist sur le Trône de Pierre". Mais encore faut-il bien préciser que ledit prophète de l'Antéchrist sur le Trône de Pierre, c'est l'Antéchrist lui-même soi-même, et non pas un prétendu autre et second personnage qu'une obscurantiste et fausse interprétation très en vogue dans le passé, qui s'est faussement connoté de traditionnelle, a voulu baptiser "faux-prophète" et voir à côté de l'Antéchrist-personne lui-même, comme deux personnages distincts et  différents l'un de l'autre. Il n'y a PAS de deuxième personnage du mal qui, soi-disant, viendrait faire des prodiges devant l'Antéchrist-personne, il n'y a qu'UN faux-prophète, c'est l'Antéchrist-personne lui-même, lequel est dans la sainte-Écriture appelé ainsi, faux-prophète, par antonomase (= "figure de style, dans lequel un nom propre ou bien une périphrase énonçant sa qualité essentielle, est utilisé comme nom commun, ou inversement, quand un nom commun est employé pour signifier un nom propre" Wikipedia ― Exemple : dire de quelqu'un qu'il est un Tartuffe pour dire qu'il est un hypocrite), et même par antonomase d'excellence (= "Plus spécifique, l’antonomase d'excellence utilise un nom commun pour désigner la «valeur superlative» dans le domaine où une personne s’est illustrée. Cette variété est presque toujours précédée de l'article défini singulier, et commence normalement par une majuscule" Wikipedia ― Exemple : dire de l'Antéchrist-personne qu'il est LE faux-Prophète, comme le plus grand faux-prophète qui existera jamais sur cette terre ; et c'est exactement ce que fait saint Jean dans l'Apocalypse...), comme je l'expliquais je crois fort bien et avec soin dans un article écrit sur le sujet il y a un peu plus de deux ans, qu'on pourra lire au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/le-faux-prophete-l-antechrist-sont-une-seule-et-meme-personne-et-non-deux?Itemid=1.           
           
        D'ailleurs, si on voulait bien réfléchir un peu, et même extrêmement peu, on ne manquerait pas de remarquer qu'il est parfaitement ridicule de voir un faux-prophète venir faire la retape de la doctrine du mal devant l'Antéchrist-personne. Car en effet, pourquoi le faux-prophète est-il dit faire des prodiges, dans la sainte-Écriture ? Il est dit faire des prodiges pour séduire au mal celui ou ceux devant qui il les fait. Il est donc parfaitement absurde de dire qu'un personnage appelé le faux-prophète ferait des prodiges devant l'Antéchrist... puisque ce dernier, étant le coryphée du mal, l'homme d'iniquité le plus corrompu qui pourra jamais exister sur terre, n'a évidemment nullement besoin qu'on fasse des prodiges devant lui pour le... convertir au mal ! L'interprétation pseudo-traditionnelle est donc complètement absurde (et pas seulement, il s'en faut de beaucoup, pour cette seule raison), soutenue en grande majorité, soit dit en passant, par les mêmes auteurs classiques, de préférence saints, qui nous ont si bien trompé sur la question du Millenium. Nous sommes là, en vérité, devant une fausse doctrine traditionnelle. La vérité, c'est que donc le faux-prophète EST l'Antéchrist-personne lui-même, et c'est alors qu'on comprend très-bien que la sainte-Écriture nous dit qu'il fera des prodiges devant la Bête pour séduire au mal ceux devant qui il les fera, car la Bête dont il est question dans les passages de l'Apocalypse où il est montré un faux-prophète à côté de la Bête (ch. XVI, XIX & XX), n'est pas la Bête de la terre, c'est-à-dire l'Antéchrist-personne, mais la Bête de la mer, c'est-à-dire tous les peuples corrompus de la terre qui auront cédé au mal en acceptant le marquage 666...           
           
        Mais voilà ce à quoi je veux arriver dans mon explication : si l'on dit, et Mgr Viganò a parfaitement raison de le soutenir, que la fin ultime du mysterium iniquitatis dans l'Église est d'"amener le prophète de l'Antéchrist sur le Trône de Pierre", alors, cela prophétise que ce sera l'Antéchrist-personne LUI-MÊME SOI-MÊME qui viendra occuper le Trône de Pierre, remplir le Saint-Siège... comme un possédé du démon autrement puissant, énergumène et furieux, que les Urbain VI, les Paul IV et les François le furent et le sont encore pour ce dernier. Il est à peine besoin de faire remarquer ici que c'est exactement ce que nous prédisait Notre-Dame à La Salette, venant dire en Reine des prophètes que "Rome perdra la Foi ET DEVIENDRA LE SIÈGE DE L'ANTÉCHRIST". Et il est encore plus inutile de dire que le seul but de l'Antéchrist-personne, une fois sur le Siège de Pierre, sera de tuer l'Épouse du Christ, dans son économie de salut actuelle dite du temps des nations et de Rome son centre, ce que la Providence de Dieu, pour son châtiment éternel, lui permettra de faire, car cela rentre dans le Plan divin pour l'instauration du Millenium.
 
        La seule question alors qui reste vraiment à résoudre, encore en suspens, absolument redoutable, c'est juste celle-ci : l'Antéchrist-personne viendra-t-il dans le Siège de Pierre comme un intrus, ainsi que dans le grand-schisme d'Occident les cardinaux français avaient voulu le voir dans Urbain VI, ou alors, viendra-t-il en tant que dernier pape... légitime, dûment intronisé par la majorité canonique des cardinaux du Sacré-Collège, dont on a vu qu'ils sont la règle prochaine de toute légitimité pontificale, comme représentant formellement, et eux seuls, l'Église Universelle ?, et dont on sait trop bien de nos jours ce qu'ils valent, pour parler par antiphrase, c'est-à-dire à quel point ils sont majoritairement tout-à-fait capables d'acquiescer et de souscrire au mal... et même au plus grand mal possible, ce que représentera l'Antéchrist-personne cherchant à accéder, en grand séducteur, au Siège de Pierre...?? Est-ce que, horresco referens, ce ne serait pas par hasard cela que la sainte-Écriture appelle, dans une formulation mystérieuse jamais vraiment élucidée jusqu'à présent : l'abomination de la désolation dans le Lieu-Saint...???           
           
        C'est la terrible et très-redoutable question à laquelle j'ai tâché de répondre, en m'accrochant à la Foi très-fort et en tremblant, mais sans pusillanimité, dans un grand article que j'ai écrit il y a quasi sept ans, et qu'on pourra trouver au lien suivant : http://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/AntechristDernierPapeLEGITIMEMisEnForme.pdf.
 
GrandSchismeDOccident2           
           
        Il me semble que je ne peux mieux mettre le point final à ce nouvel article consacré à la très-respectable figure de Mgr Carlo-Maria Viganò, qu'en recopiant la conclusion de mon article écrit sur lui il y a plus de trois ans à présent :           
           
        "Je n'ai plus rien à dire, sauf ceci : Mgr Viganò et Mgr Schneider sont de bons et édifiants «lanceurs d'alerte», je les estime sincèrement et ai grand respect pour eux, car, en tant que prêtres du Seigneur, ils ont su faire humblement et publiquement machine arrière et tâcher, tant bien que mal, de reprendre le flambeau de la vraie Foi, à la face de toute l'Église, alors qu'ils étaient déjà propulsés très-loin dans les nuées modernistes par le tremplin de Vatican II. Réagir avec vigueur, même imparfaitement (comme je suis hélas obligé de le dire dans ce présent article, pas par plaisir, de Mgr Viganò, et il y aurait aussi beaucoup de choses à redire quant à Mgr Schneider), après cinquante ans de tromperie ecclésiale dont on est victime, est peut-être beaucoup plus méritoire aux Yeux du Seigneur que réagir aux lendemains même du concile moderne sans en être soi-même aucunement contaminé, ce qui fut le cas des premiers traditionalistes.           
           
        "Mais je dis qu'il faudrait qu'ils aient le courage maintenant d'aller jusqu'au bout de leur conversion, au bout de la Foi, qui leur révèlera que la «crise de l'Église» s'épèle «PASSION DE L'ÉGLISE», qu'elle est dernière, vraiment «la der des der», et de nature apocalyptique.         
           
        "Fasse le Ciel que mon présent écrit, rédigé ad aedificationem et non ad destructionem, leur vienne en aide" (fin de citation). 
 
En la fête de sainte Thérèse d'Avila,
grande mystique au cœur si viril,
Ce 15 octobre 2023.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
           
        P.S. : Voici le lien de l'Association Exsurge Domine, récemment créée par Mgr Viganò pour soutenir les personnes consacrées, prêtres et religieux, persécutées dans l'Église bergoglienne. Quand bien même Mgr Vigano le fait (pour l'instant) avec un esprit schismatique, on ne peut que soutenir, pour ceux qui le peuvent, son œuvre, surnaturellement positive : https://exsurgedomine.it/fr/
 
 
 
 Teresa de Jesús
 
 
 
 
15-10-2023 10:57:00
 

... HABEMUS PAPAM !!!

 
 
 
... HABEMUS PAPAM !!!
 
 
        ... Oui, oui, oui, oui !!!, habemus papam !!, nous avons un nouveau pape, un pape enfin catholique tout de bon cette fois-ci, remplaçant de par Dieu l'abominable homme des neiges du Vatican, François !! Nous en avons même, chers amis, au moment où j'écris ces lignes, au moins... trois ou quatre, si pas plus (car il ne faut pas oublier les sédévac-survivantistes qui s'auto-élisent des papes du passé, Paul VI ou Benoît XVI, rajoutant donc de leur côté deux numéros à la liste !), tous élus, je rassure mon lecteur, non pas par le Saint-Esprit mais par les esprits hérétiques et schismatiques des sédévacantistes voulant aller perseverare diabolicum jusqu'au bout de leur hérésie et de leur schisme.
           
        Et c'est pourquoi on ne peut certainement pas s'en conjouir et féliciter entre nous, catholiques, dans la sainte, glorieuse et joyeuse union des âmes, annonciatrice de la joie divine immarcescible qui sera communautairement nôtre dans la Vie éternelle du Ciel, comme lorsqu'un nouveau vrai Vicaire du Christ est légitimement élu par l'Église Universelle, je vous annonce une grande joie, annuntio vobis gaudium magnum..................
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
 
        J'aurais très-volontiers, qu'on le croit bien, passé sans m'arrêter sur ces délires d'esprits fanatiques et sectaires, obscurantistes et inintelligents, rebelles au Plan divin de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" et extrémistes, prétendant réparer à la pélagienne l'Église Universelle mortellement malade de Vatican II par leurs propres forces et non par la grâce du Christ, si je n'étais tombé dernièrement sur un hit, pardon, un pur sommet dans le genre, qui appelle vraiment à grands cris une remise à niveaux, un... remontage théologique de bretelles.
 
        Je veux parler du nouveau "pape" qui a été "élu" par le Patriarcat Catholique Byzantin, lequel, apparemment, car ce n'est pas très-clair, a son siège en Ukraine, à Donetsk (...!), et s'avère n'être rien d'autre, en fait, qu'une petite communauté groupusculaire gréco-catholique sédévac qui se prend à peu près pour l'Église Universelle à elle toute seule, sous couverture prophétique. Cela remonte d'ailleurs à quelques courtes années puisque c'est le 14 octobre 2019 que ledit Patriarcat a "élu" comme nouveau Souverain Pontife... Mgr Carlo-Maria Viganò !! Oui-da, vous avez bien lu !!
 
        Et il l'a fait le plus "sérieusement" du monde, comme il appert de sa proclamation fantastico-fantastique faite sur cette vidéo ci-dessous, par laquelle il annonce très-solennellement cette nouvelle "élection pontificale" à la ville et au monde, urbi & orbi (attention !, soyez bien assis sur votre chaise, mettez la ceinture de sécurité, vérifiez avec soin la prise de terre : effet électrochoc garanti) :
 
 
           
         Vous avez vu cette vidéo ? Alors, je vous laisse vous remettre de vos émotions...!
           
        Cependant que nos catholiques byzantins sont bien obligés d'avouer dans un entrefilet obscur sur leur site (http://vkpatriarhat.org/fr/), un peu piteux quand même, que Mgr Viganò n'a pas répondu à la lettre qu'ils lui ont envoyée pour lui annoncer avec un éclat de trompette d'Apocalypse risible son élection au Souverain Pontificat. Ne pouvant pas toujours pleurer, convenons en effet que ce serait vraiment drôle : il n'y aurait, aux dernières nouvelles qui remontent au 14 octobre 2019, date de cette super-élection pontificale, pas d'acceptation de la part de Mgr Viganò, accepto, du moins elle ne serait pas connue de l'Église et dûment scellée par la note ecclésiale de Visibilité indispensable en la matière, donc, évidemment, pas de nom pontifical choisi par l'intéressé, ce qui, au final, signifie de manière flagrante qu'en fait... il n'y a même pas de pseudo-pape élu !
 
        Encore qu'en vérité, on se voit obligé de dire qu'on n'en sait vraiment trop rien, on ne sait pas si Mgr Viganò l'a acceptée ou bien non, car l'ancien nonce apostolique aux États-Unis est fort éloigné de cacher son sédévacantisme au moins pratique quant à François, qu'il n'appelle jamais que "Bergoglio" dans ses interventions publiques, ce qui, dans notre contexte ecclésial, est la première porte grande ouverte à deux battants pour accepter l'élection d'un nouveau pape... et pourquoi pas soi-même, puisqu'on est grand'prélat émérite et qu'on y est bougrement poussé (cf., par exemple, sa récente interview du 11 août dernier par Matt Gaspers, rédacteur en chef au "Catholic Family News", un journal web traditionaliste américain : https://catholicfamilynews.com/blog/2023/08/11/cfn-interviews-vigano-francis-trump-ukraine-child-trafficking-and-more/, dans laquelle, ne tenant hérétiquement nul compte de la règle prochaine de la légitimité de toute élection pontificale, à savoir l'infaillible pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, Mgr Viganò ose mettre en doute la validité certaine du conclave théologiquement achevé qui a élu François au Siège de Pierre en 2013). Et donc, comme ne manquent surtout pas de le faire remarquer nos byzantins sédévacs, si Mgr Viganò n'a pas accepté son élection comme pape, il ne l'a pas non plus refusée (suivez mon regard).
           
        Car en effet, il faut de toute nécessité un pape à la tête de l'Église militante, et comme la surnature plus encore que la nature a horreur du vide, si Mgr Viganò soutient sédévacantistement qu'il n'y en a pas actuellement sur le Siège de Pierre, alors, il n'est pas vraiment impossible qu'il se soit senti obligé d'accepter occultement l'élection de sa personne au Souverain Pontificat faite par les byzantins. Lui seul pourrait le dire évidemment, mais Mgr Viganò peut en effet aller jusque là, car, n'ayant pas vraiment compris le cadre eschatologique de "la crise de l'Église", qui s'épèle "PASSION DE L'ÉGLISE", qui est vraiment la der des der ordonnée en finale au règne de l'Antéchrist-personne et surtout à la Parousie du Christ glorieux qui le terrassera définitivement, cela lui fait émettre des opinions théologiques complètement erronées pour la solutionner, cela le soumet dangereusement à toutes sortes de tentations hétérodoxes et scabreuses, dont bien sûr, éventuellement, celle d'accepter une pseudo-élection pontificale de sa personne de toutes façons ecclésialement éminente. J'ai fait remarquer ces graves erreurs et insuffisances de Mgr Viganò dans le bon combat spirituel que par ailleurs il mène, quoique dans un conservatisme peu éclairé, dans un article le concernant écrit il y a trois ans, qu'on pourra lire au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/le-survol-tres-superficiel-de-mgr-vigano?Itemid=1.
           
        Nous aurions donc, au moins possiblement, un nouveau pseudo-pape sédévac dans la personne de Mgr Viganò. Maintenant, il va être intéressant de savoir qui furent les électeurs de cette pseudo-élection pontificale byzantine...? Ce ne sont même pas des évêques diocésains ayant juridiction active, ce sont seulement huit simples évêques de campagne ou chorévêques (korâs - episcopos), dont peut-être uniquement l'un d'entre eux, le plus âgé, a rang d'évêque diocésain, ayant été sacré secrètement, selon ce qu'il en dit, par un évêque des catacombes sous le régime communiste soviétique. Les chorévêques, dont l'institution s'est développée beaucoup plus en Orient qu'en Occident, sont effectivement de vrais évêques possédant la plénitude du sacerdoce, mais ils n'ont qu'une juridiction très-limitée qui peut ne pas dépasser les dimensions d'une simple paroisse, et surtout ils sont eux-mêmes sous juridiction d'un évêque diocésain. On pourrait dire dans une formule sans doute un peu rapide que ce sont des curés de campagne ayant la plénitude du sacerdoce. C'est surtout dans les premiers âges chrétiens que cette institution épiscopale subalterne fonctionna, issue, semble-t-il, de la tradition apostolique de saint Jean Apôtre ; quant au statut d'évêque diocésain qui, depuis, est le seul à pratiquement exister dans l'Église, il prend plus sa source sur la lignée apostolique des saints Pierre & Paul Apôtres. Après le XIème-XIIème siècle, on ne trouve pratiquement plus trace de ces chorévêques dans l'Église, du moins en Occident, sauf de manière honorifique, pour perpétuer et respecter une tradition immémoriale (par exemples, dans certaines cathédrales d'Allemagne) ; il n'en va pas de même en Orient, où cette institution a plus ou moins perduré, selon les régions et les églises.
           
        Quant à nos chorévêques orientaux ayant "élu pape" Mgr Viganò, on peut voir clairement leurs noms sur leur site, l'un d'entre eux se baptisant même archevêque (...???), probablement sans eau bénite ; de ce côté-là du moins, ils ne sont pas comme Archidiacre, ils n'avancent pas masqués, larvatus prodeo. Et par ailleurs, Dieu me garde de juger leurs personnes sacerdotales. Il suffit de visiter leur site pour se rendre compte qu'ils vivent leur vie de Foi dans une vraie spiritualité, en mettant fort l'accent sur la prière et l'oraison quotidiennes, comme les orientaux savent peut-être mieux le faire que les occidentaux. Qui sait si, parmi eux, il n'existe pas, trompé de bonne foi, un saint plus saint que moi devant Dieu ?, un P. Cyril Gordien comme chez les "ralliés" ? Il n'en reste pas moins, ne me jugeant pas moi-même, ni en plus ni en moins par rapport à qui que ce soit, que je dois, en tant que catholique et beaucoup plus encore en tant que prophète dans "la crise de l'Église", dénoncer à mon prochain l'hétérodoxie viscérale de leur agir ecclésial quant au Siège de Pierre.
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        Pour commencer, je ne chipoterai pas sur leurs pouvoirs épiscopaux et prendrai l'hypothèse qui leur est la plus favorable, à savoir que ces huit chorévêques byzantins possèdent tous vraiment la plénitude du sacerdoce comme ils l'affirment, c'est-à-dire qu'ils sont vraiment évêques, ce qui est possible. Mais alors, cela signifie donc que la pseudo-élection pontificale de Mgr Viganò, dans ce synode extraordinaire tenu le 14 octobre 2019, aurait été faite exclusivement par des évêques, puisqu'ils le seraient, tous et chacun d'eux.
           
        Et c'est justement là où le bât blesse mortellement, rien que cela fait s'écrouler toute leur procédure, nonobstant toutes autres raisons fondamentales invalidantes, très-nombreuses. Car, comme je l'expliquais dans un précédent article, il est rigoureusement impossible, eu égard à la Constitution divine de l'Église, que les évêques puissent avoir la moindre part à une élection pontificale sans que, par-là même et pour cette seule raison dirimante, celle-ci soit radicalement et complètement invalide. Je n'en referais pas ici la démonstration théologique, je renvoie le lecteur à ce précédent article où je la fais (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/o-se-situe-lacte-de-droit-divin-qui-fait-certainement-le-pape-actuel-chez-les-cardinaux-qui-l-lisent-canoniquement-dans-le-conclave-ou-chez-les-v-ques-de-lorbe-catholique-qui-approuvent-a-posteriori-l-lection-des-cardinaux-?Itemid=1).
           
        Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que des sédévacs veulent élire un nouveau pape uniquement par une assemblée d'évêques, ils n'en sont pas à leur coup d'essai, on enregistre déjà, depuis Vatican II, au moins trois "papes" sédévacs élus de cette manière. Mais les chorévêques du Patriarcat Catholique Byzantin ne le savent peut-être pas, et il me semble bon, surtout pour eux (à qui je vais envoyer les présentes), de rafraîchir ce qui est maintenant presque une page d'histoire dans le traditionalisme.
           
        Lorsque je rédigeais il y a plus de vingt-cinq ans mon ouvrage de fond sur la théologie de "la crise de l'Église", L'Impubliable, je reçus un jour un document très-intéressant émanant d'un de ces groupes de catholiques sédévacantistes voulant procéder à l'élection d'un nouveau pape. Dans celui-ci, les auteurs exposaient dans le grand détail les lois théologiques sur lesquelles ils croyaient pouvoir fonder leur action. Les arguments étaient clairs, bien développés, quoique avec une syntaxe très-défectueuse puisqu'il s'agissait d'une traduction d'un texte en provenance des États-Unis ; cependant, par souci de bien respecter la pensée des auteurs, je n'y avais fait aucune correction lorsque je le relatais in extenso et ne varietur dans L'Impubliable, et je recopie maintenant ici de même ce document, tel quel :
 
"Dossier New True Pope (Nouveau Vrai Pape)
           
        "III. 9 - Droit de suppléance contre faux cardinaux
           
        "A. Droit de suppléance dans l'élection du Pape Martin en 1417.
           
        "Le 11 novembre 1417 le grand-schisme d'Occident fut terminé après 39 ans, grâce à l'élection du pape Martin V. Cette élection papale a été réalisée sans le Collège normal des cardinaux.
           
        "Depuis 1378, il y avait deux papes, l'un à Rome et l'autre à Avignon en France. Puis depuis 1409, il y en avait trois : Bénédict XIII en France, Grégoire XII à Rome et Alexandre V en Allemagne. Chacun de ces trois papes créait ses propres cardinaux et consacrait ses propres évêques. Enfin, sur l'initiative de l'empereur d'Allemagne, ces trois groupes de cardinaux vinrent s'assembler à Constance. Outre les cardinaux, venaient aussi les évêques consacrés par ces papes, avec plusieurs théologiens de renom de toute l'Europe.
           
        "On peut dire qu'aucun de ces trois papes n'est vrai pape depuis longtemps. Mais même si nous supposons que l'un des trois est vrai pape, la conférence de Constance n'en comprenait pas moins de deux tiers de cardinaux invalides et évêques également invalides, parce que ceux-ci avaient été créés et consacrés par de faux papes. D'un pape invalide, tous les actes sont invalides.
           
        "Dans leurs divisions, que faisaient ces dignitaires de validité plus ou moins douteuse ? Basés sur les langues, ils formaient cinq groupes appelés «Groupes de Nations». Impossible de distinguer les cardinaux valides (si valides il y en ait), des invalides. Chacun croyait fermement que lui-même était valide. Dans cette confusion inextricable, il fut vite admis que tous les cardinaux étaient autorisés à élire le nouveau pape.
           
        "Il n'était pas si simple que cela. Chaque pape était soutenu par des nations différentes, si bien que ce rassemblement disparate (qui devait élire un vrai pape au lieu et place de trois douteux) devint une affaire politique. Si un ou plusieurs «Groupes de Nations» ne reconnaissaient pas le résultat de l'élection, le Schisme continuerait pour le pire. Il fallait donc prendre des mesures appropriées pour éviter cette catastrophe. Quelles étaient ces mesures ? Lisons ce qu'écrivit l'historien ecclésiastique Auguste Frésen :
           
        "«Il fallait un procédé spécial pour choisir l'homme qui conviendrait à tout le monde, qui pourrait jouir de l'approbation universelle. À cette fin, en plus de vingt-six cardinaux, chaque «Groupe de Nations» avait six représentants pour entrer en Conclave le 8 novembre 1417. Cinquante-six électeurs en tout. L'Hôtel de ville de Constance avait été aménagé spécialement pour servir cette gravissime élection papale. Le choix s'avérait très difficile. Ce fut seulement trois jours plus tard, dans une atmosphère d'«exaltation religieuse au-dedans du conclave» (Flink) pendant qu'au-dehors se déroulait une procession, que fut trouvée la conciliation qui paraissait déjà aux contemporains comme un miracle opéré par le Saint-Esprit. Le 11 novembre 1417, le cardinal Odo Colonna fut élu pape. Il prit le nom de Martin V selon le Saint du jour. Non seulement au Concile, mais partout en Occident, régnait une joie indescriptible... L'Église avait à nouveau un chef qui était reconnu par tout le monde et qui avait été élu légalement» (Citation d'après Johannes Rothkranz).
           
        "Légalement fut élu le pape Martin, malgré le fait que parmi les 56 électeurs seulement 8 ou 9 étaient peut-être vrais cardinaux et que plus de la moitié des électeurs n'étaient pas du tout cardinaux. Dans ce cas de nécessité exceptionnelle, en effet, ces 56 électeurs étaient considérés à juste titre comme les représentants les plus dignes de toute la Chrétienté et ils agissaient conformément au Droit de Suppléance. Si vous n'admettez pas la validité de cette élection papale de 1417, vous aurez à admettre que l'Église Catholique n'a pas eu de papes valides depuis 1417, durant ces dernières 582 années.
           
        "La leçon à tirer de ce fait historique est que : en cas d'exception, quand l'Église n'a plus de vrais cardinaux, d'autres délégués ont à s'avancer pour élire un nouveau Pape.
           
        "B. Droit de Suppléance dans le Droit Canon.
           
        "«Faux cardinaux sans doute, mais cardinaux quand même», certains le prétendent et nourrissent le vain espoir que le présent Collège des cardinaux éliront un vrai Pape pour succéder au faux actuellement. Contrairement à leur espérance, l'existence des hérésies contenues dans les documents du Concile Vatican II n'est plus une question [à débattre], mais une certitude bien établie ; si bien qu'en les proclamant officiellement le 7 décembre 1965, Paul VI et tous les cardinaux, archevêques et évêques en communion avec lui sont devenus hérétiques publiques et furent déchus de leur charge et dignité pastorales ipso-facto. Faux collège de faux cardinaux n'a aucun pouvoir pour élire aucun valide pape. Alors, sans un valable collège de cardinaux, serons nous sans vrai pape jusqu'à la fin des temps ?
           
        "L'ancien Droit Canon (1917) a prévu ce cas anormal et nous a donné une solution au Canon 20. Dans une circonstance extraordinaire, quand les électeurs pourvus du droit d'élire manquent à leur prérogative, il peut y avoir un droit de Suppléance pour leurs remplaçants. Ce droit sera déterminé conformément aux quatre normes : 1. Legibus latis similibus. 2. Generalibus Juris principiis cum æquitate canonica servatis. 3. Stylo et praxi Curiæ Romanæ. 4. Communiconstantique sententia doctorum. ― Un professeur espagnol, Dr. Tomas Tello Corraliza a fait des recherches en ces quatre domaines de 1. lois semblables, 2. principes généraux de droit, 3. pratique usuelle de la Curie romaine, et 4. opinions communes, constantes, des docteurs ; et il est venu à conclure : «Le résultat des recherches sur ces quatre domaines : légal, juridique, pratique et doctrinal, est une étonnante, harmonieuse convergence sur une même conclusion, à savoir que les électeurs de droit pour organiser une élection papale dans les circonstances actuelles sont les Évêques fidèles» (voir son Dictamen Guide de base pour une élection papale, mai 1994). Les Canons «semblables» que le professeur a consultés sont les numéros 109, 166 ; «la pratique» de l'Église à laquelle il s'est référé fut trouvée dans une documentation digne de foi, Dictionnaire de la Théologie Catholique (art. Élection des papes), les «docteurs» qu'il a personnellement consultés, et quelques-uns des récents chercheurs (qu'il mentionne : abbé A.M. Zins, Daly J. Britons, H. Johas, K.-J. Mock), sont : Cajetan, Vitoria, St. Robert Bellarmine, Jean de St. Thomas, Dom Grea, L. Billot et Ch. Journet.
           
        "Dr. Homero Johas, professeur brésilien, avait affirmé que «Dieu ne détermine pas la forme de l'élection papale, mais la nécessité de l'élection papale continue à être de mandat divin». Puis, il discute le Droit de Suppléance sur la base des opinions des Docteurs de l'Église. Un autre chercheur, Mgr Charles Journet, se base sur la doctrine du grand théologien Cajetan et de Jean de St. Thomas pour affirmer que : En cas d'exception le pouvoir d'élire le pape est transféré à l'Église par restitution. «Exceptionnellement, par exemple, quand il est incertain qui sont vrais cardinaux, qui est vrai pape, comme il est arrivé au temps du Grand-schisme d'Occident, alors le pouvoir d'élire sera retourné à l'Église Universelle... Il revient à l'Église par restitution» (Cajetan, Apologia, chap. XIII). Restitution, au sens strictement canonique, comme Cajetan l'explique lui-même, signifie transmission de la part d'un supérieur à son inférieur immédiat... Dans notre cas, les électeurs de droit sont les Évêques fidèles, qu'ils soient nombreux ou pas, auxquels nous pouvons nous fier en nos temps présents.
           
        "Voilà déjà la réponse à la première question : Qui seront les électeurs légitimes du prochain Pape ? Pr. Tomas Tello Corraliza a précisé : «Reviennent exclusivement au corps des Évêques Sédévacantistes le devoir et le pouvoir d'élire un pape dans les circonstances actuelles». Une deuxième question a été soulevée et examinée par le même professeur : «Quelle sera la procédure à suivre pour une telle élection ?» Quand le pape Pie VI fut tenu prisonnier par Napoléon, il accorda de larges pouvoirs aux cardinaux pour décider sur la loi du Conclave ainsi que sur les réglementations en cérémonies, formalités concernant la suivante élection papale. Son successeur, Pie VII, en fit de même. Quant à Pie IX, suivant l'invasion des États pontificaux, il établit une législation spéciale à servir comme alternative au cas où les lois normales ne pourraient pas être observées. Professeur Corraliza cite tout cela du Dictionn. De la Théologie Catho., pour supporter sa déclaration : Les Évêques électeurs de droit sont souverains pour déterminer les conditions spécifiques et la procédure de cette élection, v.g. nombre et qualités des représentants électeurs, majorité requise, etc.
           
        "En pratique, la masse des fidèles ont à savoir qui sont, nominativement, les Évêques sédévacantistes dignes de confiance, qui restent fidèles à la Sainte Tradition de l'Église d'avant Vatican II et qui combattent les hérésies. Sont ils seulement parmi les successeurs apostoliques de l'Archevêque P. M. Ngo Dinh Thuc ? Ceux-ci pourtant, consacrés validement comparés aux innombrables faux évêques consacrés invalidement selon le rite nouveau, ne sont pas tous entièrement dignes de confiance. Par exemple, celui qui semble ignorer complètement ce qu'avait fait son Archevêque [Ngo Dinh Thuc] quand il écrivit : «Après l'Archevêque Lefebvre, Mgr Castro-Meyer est l'Évêque le plus connu parmi les traditionalistes...» La résignation de Mgr Castro-Meyer éteint le dernier espoir pour un évêque en position avec juridiction, pour accuser Jean Paul II d'hérésies. Un autre Évêque [de la lignée Thuc] semble déplorer la déclaration du 25 février 1982 de Mgr Ngo Dinh Thuc à Munic, quand il écrit de France : «En 1979, puis en 1981, spécialement en 1982 avec sa déclaration, Mgr Thuc nous a laissé un drôle d'héritage». Deux autres Évêques [de cette même lignée Thuc sédévacantiste] nous conseillent de rester tranquilles et prier, en attendant que Dieu intervienne en Son temps et à Sa manière.
           
        "Validement consacrés, ayant à cœur de combattre les hérésies et «anathématiser les hérétiques» (St. Martin 1er, pape martyr) afin de préserver la vraie Foi, de tels Évêques [sédévacantistes, qu'ils soient ou non de la lignée Thuc, veulent dire les auteurs] sont vrais successeurs des Apôtres, quoique leur nombre est minime. De rares religieux et religieuses, qui sont restés fidèles à leur vocation initiale, sont vivants idéaux de la Foi traditionnelle, comme précieux survivants d'espèces en voie de s'éteindre. De vrais fidèles laïcs, qui ont hérité d'une solide formation religieuse traditionnelle, sont multitudes mais ils restent silencieux pour la plupart. Que ces trois catégories, qui constituent la vraie Église du Christ, s'unissent pour prier et agir en vue d'un Nouveau Vrai Pape.
           
        "Notre-Dame de La Salette, priez pour nous.
           
        "Note. L'original en anglais daté du 6 Avril, cette version française le 8 août 1999" (fin de citation).
           
        Après avoir cité tout ce texte du plus haut intérêt pour la question du jour, il n'est pas difficile de voir que nos chorévêques byzantins se rangent exactement dans les mêmes arguments que ceux exposés il y a vingt-cinq ans par les sédévacantistes américains de mon texte...
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        Mais voici comment je commentais ce texte apologétique des élections pseudo-pontificales sédévacantistes, il y a donc presque vingt-cinq ans maintenant, dans L'Impubliable :
           
        "Une erreur sédévacantiste d'aiguillage : l'élection hic et nunc d'un nouveau pape.
           
        "On l'a vu : la thèse sédévacantiste professe la vacance actuelle du Siège de Pierre. Or, la nature a horreur du vide, plus encore lorsqu'il s'agit de la vie sur-naturelle de l'Église, de laquelle dépend le salut de nos âmes : poser en principe que nous n'avons plus de pape depuis Vatican II pousse bon gré mal gré le sédévacantiste à aller jusqu'au bout de son raisonnement, à savoir tout mettre en œuvre dans l'Église pour procéder à l'élection d'un nouveau vrai pape, afin de supprimer l'insoutenable et insupportable absence du «doux Christ en terre» (sainte Catherine de Sienne). Certes, tous les sédévacantistes ne s'autorisent pas à aller jusque là (... ce qui, soit dit en passant mais il est important de le dire, ne les disculpe nullement du même gravissime péché de schisme dont se rendent coupables ceux qui vont jusque là, car, ne reconnaissant pas le pape actuel désigné infailliblement par l'Église Universelle, qui est François, ceux qui cantonnent leur sédévacantisme uniquement au non-una cum liturgique sans vouloir élire un nouveau pape, commettent autant ce péché matériellement mortel de schisme que ceux qui, parmi eux, allant jusqu'au bout du non-una cum liturgique, plus logiquement avec leurs principes et moins hypocritement, décident de faire un nouveau pape...), mais un certain nombre d'entre eux s'en font un devoir de conscience. C'est ainsi que, dans ces dernières années, des groupes sédévacantistes, en Allemagne, aux États-Unis, en Angleterre, etc., ont été jusqu'à procéder concrètement à l'élection d'un nouveau... «pape». Qu'en penser ?
           
        "Face à cette «solution», la première question à se poser est celle-ci : dans le cas théologique précis de notre «crise de l'Église», cette «action» ecclésiale apporterait-elle une solution valable, une réparation théologiquement adéquate de l'Église, eu égard à sa divine Constitution ? La réponse est formellement négative, cette prétendue solution est totalement inadéquate. Pour la raison essentielle suivante : nous avons bien montré en effet dans notre étude que le problème théologique posé par «la crise de l'Église» n'est pas tant le fait d'un pape hérétique en tant que docteur privé que celui de toute l'Église Enseignante hérétique, puisqu'elle fut unanime dans la signature du décret sur la Liberté religieuse, una cum le pape. C'est infiniment autre chose, infiniment plus grave que le problème d'un simple pape hérétique en tant que docteur privé. En fait, il est capital de prendre bien conscience que ce qui est arrivé dans l'Église le 7 décembre 1965 avec la Liberté religieuse NE POUVAIT PAS ARRIVER SUR LE PLAN THÉOLOGIQUE. Donc, tout raisonnement exclusivement canonique de «la crise de l'Église» (et toute action subséquente, comme ici l'élection d'un nouveau pape), est radicalement impuissant à apporter la moindre solution : il n'y a pas de solution canonique à cela. Et d'ailleurs, si l'on en restait au premier degré du constat objectif, comme le feront les impies, il faudrait conclure que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église", au rebours de la promesse pourtant formelle du Christ. Il n'y a en effet AUCUNE solution canonique ou théologique à l'impasse que nous manifeste «la crise de l'Église» issue de Vatican II, quelle qu'elle soit, parce qu'elle est radicale et touche l'essence même de la Constitution divine de l'Église.
           
        "Seule l'appréciation mystique de la situation permet au catholique contemporain de comprendre ce qui se passe dans l'Église de son temps, par la Mystique de la très-sainte Passion du Christ, et de rentrer humblement le plus qu'il peut dans les Voies certes humainement incompréhensibles de la Sagesse divine : il n'y a plus qu'à contempler l'Église crucifiée, que l'on voit, tel Jésus, être «faite péché pour notre salut» (II Cor V, 21), un péché bien sûr matériel et non formel, les actes hérétiques de Vatican II ayant été posés seulement matériellement par les Pères de l'Église actuelle una cum Paul VI, c'est-à-dire en toute inadvertance du caractère hérétique formel des doctrines y professées, en prendre sa propre part de co-Rédemption dans sa vie personnelle de chrétien, puis attendre la Mort mystique de l'Épouse très-sainte du Christ dans son économie de salut actuelle dite du temps des nations et de Rome son centre (Mort mystique qui concrètement sera le règne de l'Antéchrist-personne), prélude indispensable à sa Résurrection dans le Millenium par la Parousie du Christ Glorieux venant venger l'outrage et l'opprobre suprêmes faite à l'Épouse immaculée du Christ et des âmes d'avoir été «faite péché»... mais pour le salut, comme le dit lapidairement si bien saint Paul à propos du Christ vivant et mourant sa Passion. Et ne pas se scandaliser de cette Heure certes terrible, affreuse, qui est l'abomination de la désolation dans le Lieu-Saint, car c'est d'elle que le Christ a dit : «C'est POUR cette Heure que Je suis venu» (Jn XII, 27).
           
        "On voit donc par-là à quel point est totalement inadéquate pour solutionner «la crise de l'Église», vraiment hors-sujet, l'élection d'un nouveau pape. À quoi servirait-il bien, en effet, d'élire un nouveau pape, à supposer que la chose soit possible (et nous allons voir qu'elle ne l'est pas du tout, et surtout pas par un "conclave d'évêques") ? À rien du tout, puisque cela ne réparerait nullement, sur le plan théologique, le fait qu'il y a eu dans l'Église le 7 décembre 1965 la promulgation d'une hérésie, quand bien même elle n'est que matérielle et non-formelle, non pas par un pape seul mais par tout le Collège Enseignant una cum le pape, c'est-à-dire par l'Église Universelle. Ce qui met l'Épouse du Christ dans l'économie de la Passion, laquelle, une fois mise en œuvre, ne peut plus se terminer que par la mort de l'Église dans son économie de salut actuelle, dite du temps des nations et de Rome son centre...
           
        "Et précisément, une preuve pratique que cette solution n'en est pas une, c'est que ceux qui ont cru devoir l'adopter n'ont pas réussi à réunir l'Église UNIVERSELLE, condition cependant indispensable pour procéder validement à l'élection d'un nouveau pape dans les conditions actuelles. Chaque groupe sédévacantiste qui a cru pouvoir procéder à «l'élection» d'un nouveau pape a pourtant bien prétendu réunir l'Église Universelle, mais, sensiblement dans le même laps de temps, ils ont été... plusieurs groupes sédévacantistes à faire ce raisonnement, et cela a abouti concrètement à la création de... trois «nouveaux papes» (significative analogie avec le Grand-Schisme d'Occident !), lesquels se partagent désormais une certaine obédience sédévacantiste (nous avons en effet un Pierre II, un Michel 1er, un Linus II... et à ces trois «anciens», il faut désormais rajouter un Pie XIII, ce dernier frais émoulu d'octobre 1998, tous issus de divers groupuscules sédévacantistes), preuve pratique que pour chacune de ces élections particulières, l'Église Universelle n'était nullement réunie, n'était pas au rendez-vous. Cela montre que le Saint-Esprit ne cautionne aucun de ces papes. Ce simple fait pratique est une preuve théologique de plus qui montre bien que la théorie sédévacantiste qui fonde cette action d'élire un nouveau pape, dont nous avons montré plus haut dans notre étude toute la spécieuse et hérétique fausseté, n'est pas valable.
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        "Mais il est temps de rappeler l'authentique doctrine de l'Église concernant les électeurs canoniques du Souverain Pontife. Le cardinal Charles Journet, cité trop évasivement par nos auteurs sédévacs américains, en faisait une synthèse remarquable en ces termes très précis : «Le pouvoir d'élire le pape réside formellement (c'est-à-dire, au sens aristotélicien, comme apte à procéder immédiatement à l'acte d'élection) dans l'Église Romaine, en comprenant dans l'Église Romaine les cardinaux-évêques qui sont, en quelque sorte, les suffragants de l'Évêque de Rome (le pape). C'est pourquoi, selon l'ordre canonique prévu, le droit d'élire le Pape appartiendra de fait aux cardinaux seuls. C'est pourquoi encore, quand les dispositions du droit canonique seraient irréalisables, ce serait aux membres certains de l'Église de Rome qu'il appartiendrait d'élire le Pape. À DÉFAUT DU CLERGÉ DE ROME, CE SERAIT À L'ÉGLISE UNIVERSELLE, dont le pape doit être l'Évêque» (L'Église du Verbe Incarné, Journet, p. 623). La question qui nous occupe donc, se résume ainsi très précisément : l'élection pontificale revient au Haut-Clergé de Rome ; à son défaut, elle revient au Bas-Clergé de Rome ; à son défaut encore, elle revient à l'Église Universelle, comme du reste l'ont fort bien noté nos sédévacs américains en rappelant Cajetan, ainsi qu'on l'a vu plus haut : «En cas d'exception le pouvoir d'élire le pape est transféré à l'Église par restitution. Exceptionnellement, par exemple, quand il est incertain qui sont vrais cardinaux, qui est vrai pape, comme il est arrivé au temps du Grand-Schisme d'Occident, alors le pouvoir d'élire sera retourné à l'Église Universelle... Il revient à l'Église par restitution. Restitution, au sens strictement canonique, comme Cajetan l'explique lui-même, signifie transmission de la part d'un supérieur à son inférieur immédiat...».
           
        "Ceci étant bien posé, supposons, pour suivre la thèse de nos sédévacantistes, que la solution théologique de notre «crise de l'Église» résiderait dans l'élection d'un nouveau pape par l'Église Universelle, l'Église romaine, dans son haut et bas clergé, ayant en corps défailli toute entière le 7 décembre 1965 par la signature à Vatican II du très-hérétique décret sur la Liberté religieuse. Toute la question reviendrait alors à définir «l'Église Universelle». Qu'est ce que l'Église Universelle, en matière d'élection pontificale ? La réponse est simple : l'Église Universelle, c'est la réunion de tous les membres enseignants avec les membres enseignés, sans distinction de rang ni d'autorité dans l'Église, ni surtout exclusions aucunes, c'est l'assemblée plénière de tous les fidèles du Christ actuellement intégrés à son Église, c'est-à-dire qui ne sont ni excommuniés, ni schismatiques, ni hérétiques, ni apostats, c'est vraiment l'universitas fidelium. Et c'est justement ici que nos sédévacantistes font une grave erreur d'aiguillage, d'où le titre de mon excursus, en faisant consister l'Église Universelle, pour ce qui est de l'élection pontificale extra-ordinaire, dans les seuls Évêques. Ainsi que je l'ai dis plus haut, leur erreur d'assimiler l'Église Universelle purement et simplement aux seuls Évêques certainement catholiques (... soit, pour eux : exclusivement ceux qui sont sédévacantistes !) est, quant à la Constitution divine de l'Église, fort grave, comme s'assimilant à l'hérétique conciliarisme.
           
        "À l'appui de leur thèse, les sédévacs américains citent l'exemple historique du Grand-Schisme d'Occident. Ils font très-bien, car c'est effectivement le seul cas dans toute l'histoire de l'Église où un pape fut élu par ce moyen très-extraordinaire d'un «conclave universel» qui, en l'occurrence, nous allons le constater, fut fort éloigné de n'être composé que des... seuls évêques, ce qui condamne la thèse de nos sédévacs américains (reprise de nos jours par nos chorévêques byzantins), qui, apparemment, n'en ont nullement pris conscience. Un mot, cependant, avant de continuer, sur ce mode très-exceptionnel de l'élection pontificale. Il faut bien comprendre, et nos auteurs l'ont parfaitement saisi dans leur petit dossier, à quel point ce mode d'élection par voie universelle est extraordinaire, et nécessite pour ainsi dire visiblement l'Assistance toute-puissante du Saint Esprit. Car par les voies humaines, la réunion de toute l'Église pour ne former qu'une seule voix, est radicalement IMPOSSIBLE. C'est pourquoi, l'Assistance divine était presque palpable dans cette élection de Martin V terminant le Grand-Schisme d'Occident. C'est vraiment un moyen de toute dernière extrémité au-delà duquel l'Église militante meure, qui nécessite quasi le miracle visible.
           
        "Penchons-nous à présent sur les électeurs de Martin V. Toutes les histoires ecclésiastiques les rangent en deux catégories bien marquées, bien distinctes l'une de l'autre, et nos auteurs eux-même n'ont pu s'empêcher de les distinguer ainsi dans leur article : il y a les vingt-six cardinaux de toute obédience des trois papes douteux d'un côté, et, de l'autre côté, les trente représentants des cinq Nations chrétiennes principales d'alors. On ne saurait mieux marquer la distinction membres enseignants et membres enseignés, dont la réunion, et elle seule, réalise théologiquement l'Église Universelle quant à la chose juridictionnelle dont dépend l'élection pontificale (nous ne sommes pas là en effet dans le domaine sacramentel ou celui de l'enseignement de la Foi, pour lequel, certes, les membres enseignants, c'est-à-dire le pape et les évêques, représentent, et eux seuls, l'Église Universelle). Là, on peut le dire, c'était vraiment l'Église Universelle qui était représentée par ces cinquante-six électeurs, composés de deux moitiés sensiblement égales de membres enseignants et de membres enseignés. Car en effet, notons avec soin que même s'il y avait (forcément) des évêques parmi ces trente représentants des cinq nations, ils ne l'étaient pas tous, et de plus, ceux qui l'étaient n'agirent au conclave nullement en tant qu'évêques de l'Église catholique, mais comme simples mandataires des nations.
           
        "Toutes les Histoires de l'Église le révèlent bien ; limitons-nous à deux exemples : dans sa célèbre Histoire universelle de l'Église catholique écrite au siècle dernier, l'abbé Rohrbacher, à propos de ces trente représentants des cinq nations principales de la Chrétienté ayant voix au conclave duquel sortira Martin V, emploie le mot très-révélateur de «députés». Députés de qui ? Pas de l'Église, mais des nations chrétiennes qui, ici, figurent les membres enseignés, les laïcs autrement dit (même nos auteurs sédévacantistes ne peuvent s'empêcher, dans leur texte, de classer ces électeurs qui ne furent pas cardinaux dans des "Groupes de Nations"). Or, quand on est «député», on n'a pas plus de pouvoir que celui qui nous députe, c'est en effet un principe formel de droit que le mandataire n'a pas plus de pouvoir que ceux possédés par son mandant. Autrement dit, les personnes juridiques des nations n'ayant nullement le pouvoir d'Ordre qui appartient exclusivement à l'Église, les députés qu'elles envoyaient au «conclave universel» pour les représenter, ne l'étaient nullement en tant qu'évêques, pour ceux qui l'étaient. Il est tout-à-fait inutile de préciser que les nations chrétiennes, en effet, dans l'Ordre de l'Église, ne sont pas des membres enseignants (quoique, dans l'ordre sociopolitique inhérent au Temps des Nations qui est le nôtre jusqu'au règne de l'Antéchrist, on peut les considérer comme des sortes d'Institutions divines sub-ordonnées à l'Église), elles sont théologiquement des personnes juridiques LAÏQUES intégrées aux membres enseignés, et leurs roys très-chrétiens, quoiqu'ayant une mission très grande dans le Plan divin du salut des âmes, ne sont que des «évêques du dehors». C'est pourquoi l'appellation de Rohrbacher dans son Histoire nous semble être la plus juste, à propos de ces représentants des «Groupes de Nations» : «députés», sous-entendus de tous les membres enseignés de l'Église Universelle, dûment représentés moralement par les cinq nations chrétiennes principales d'alors, France, Allemagne, Angleterre, Italie & Espagne. Un autre historien, Gaston Castella, désigne ces trente députés des nations ayant voix au conclave universel par la double dénomination fort significative pour notre sujet de : «prélats et docteurs», parce qu'elle laisse encore mieux entendre que s'il y eut des évêques parmi ces électeurs des nations, il y eut également des laïcs, docteurs de Sorbonne, Salamanque ou autres ("Prendraient part, cette fois-là, à l'élection, non seulement les cardinaux présents, mais trente prélats et docteurs, soit six de chacune des cinq nations" ― Histoire des papes illustrée, t. 1, p. 315).
           
        "Remarquons au passage que nos auteurs sédévacantistes américains semblent s'être rendus compte de leur bévue comme malgré eux puisque le dernier paragraphe de leur article en revient à plus d'orthodoxie : concluant d'une manière générale leur harangue sur la nécessité de faire un nouveau pape, ils font un appel solennel cette fois-ci non plus seulement aux seuls évêques sédévacantistes, mais ils leur adjoignent à parité les «rares religieux et religieuses restés fidèles à leur vocation initiale» et les «vrais fidèles laïcs qui sont multitude quoique silencieux pour la plupart» : «que ces trois catégories, qui constituent la vraie Église du Christ, s'unissent pour prier et agir en vue d'un Nouveau Vrai Pape». Là, ils sont dans le vrai (... sauf à considérer le "et agir" qui sent son activisme à plein nez...!, parce qu'il est rigoureusement impossible de toute impossibilité aux hommes de réunir l'Église Universelle dans les conditions actuelles post-vaticandeuses) : ces «trois catégories» forment effectivement l'Église Universelle, l'universitas fidelium, seule apte à procéder par un consensus omnium à l'élection d'un nouveau pape lorsque les cardinaux de la sainte Église romaine sont hors-course.
           
        "Retenons de tout ceci que la théologie pose deux choses fondamentales : 1/ Une élection pontificale par l'Église Universelle est une chose très-extraordinaire, qui nécessite quasi un miracle de Dieu ; 2/ Quant à l'élection pontificale, l'Église Universelle n'est pas représentée par les seuls Évêques, mais par l'ensemble de tous les fidèles catholiques vivant au moment où l'élection a lieu, universitas fidelium, qu'ils soient clercs ou laïcs, qu'ils aient ou non autorité dans l'Église, qu'ils soient membres enseignants ou enseignés. Tout le monde catholique doit être dûment représenté et c'est précisément pourquoi la réunion universelle de l'Église est si extraordinaire" (L'Impubliable, p. 285, note de fin de texte "v").
           
        J'exposais donc tout ceci dans L'Impubliable, 3ème édition du 25 décembre 1999. Mais onze ans auparavant, en 1988, je le formulais déjà dans L'extraordinaire Secret de La Salette, en ces termes : "Notons bien, en passant, que les évêques n'ont pas plus de pouvoir sur l'acte d'élection du pape que le simple catholique du rang, à quelque niveau que ce soit de l'élection. Ceci, pour sauvegarder le merveilleux équilibre constitutionnel de l'Église : si l'évêque avait un quelconque droit dans l'élection du pape, c'en serait bien fini de la liberté du pape ainsi élu !" (pp. 325-326)
 
.Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        Et en effet. Faire élire un pape par les seuls évêques est anti-théologique au possible : souvenons-nous du concil(iabul)e de Bâle voire même de Constance à ses débuts, lesquels n'avaient rien moins en projet que de soumettre en principe le pape à tout concile général (qui sont composés des seuls évêques quant aux voix actives). Ce n'est qu'à fort grand'peine si l'Église romaine réussit, notamment grâce à l'action intelligente, pondérée, inspirée et persévérante, du pape Eugène IV (1431-1447) et de sa Curie, à sauvegarder sa constitution voulue par le Christ, à savoir que l'Autorité du Pape prévaut sur tout concile général. Or, depuis ces conciliabules du XVe siècle, très agressifs dans leur dernier avatar, celui de Bâle, étouffés d'extrême justesse, cette révolte contre l'Autorité pontificale ne cessa jamais : les hérésiarques parus dans l'Église depuis lors, qu'ils soient luthériens, calvinistes, hussites puis jansénistes et enfin modernistes, ont tous voulu battre en brèche l'autorité du Souverain Pontife, en voulant la plier démocratiquement aux voix épiscopales de l'Église, qu'on fasse résider ces voix dans des assemblées "parlementaires" d'Église, conçues comme de véritables "États généraux permanents de l'Église" reconductibles tacitement, ou bien dans des conciles nationaux, comme avec les jansénistes français. C'est d'ailleurs cette sourde mais continuelle et formidable révolte qui a fini par susciter la proclamation libératrice de Pie IX en 1870, concernant l'infaillibilité pontificale ex cathedra. Nonobstant le caractère anti-théologique et anti-constitutionnel de la chose, soumettre donc ne serait-ce qu'une seule élection pontificale à un conclave composé exclusivement d'évêques, ce serait du même coup créer un précédent des plus fâcheux dans la vie de l'Église militante, alors que les ennemis du Christ et de son Église n'ont jamais renoncé à abattre l'Autorité pontificale. Il est bien facile de comprendre qu'une fois ce "conclave d'évêques" canoniquement enregistré dans les annales ecclésiastiques, rien ni personne ne pourrait plus désormais contredire les prétentions indues des démocrates révolutionnaires qui veulent soumettre par principe le pape au concile général d'évêques. Ne serait-ce que pour cette raison, la thèse de nos auteurs sédévacantistes de faire élire le nouveau pape par les seuls évêques catholiques actuels, serait proscrite formellement.
           
        Conclusion générale : nonobstant la bonne intention des sédévacantistes qui veulent faire un nouveau pape au moyen d'un conclave d'évêques exclusivement de leur bord, croyant sincèrement quoique naïvement arranger ainsi les affaires, cette thèse est radicalement et absolument insoutenable, pour deux raisons théologiques fondamentales, dont une seule suffirait pour la débouter : 1/ Sur le plan théologique, l'élection d'un nouveau pape bien catholique ne réparerait en rien "la crise de l'Église", puisque l'Église a été "faite péché pour notre salut", qu'elle est rentrée dans l'économie de la Passion, le 7 décembre 1965, par la Liberté religieuse, et que rien, et surtout pas un nouveau pape, ne peut la sortir de la Passion que désormais elle endure à l'instar du Christ jusqu'à la mort, usque ad mortem, car elle est voulue par la Providence de Dieu ; 2/ L'élection d'un nouveau pape dans un conclave exclusivement composé d'évêques, même certainement catholiques, serait ipso-facto formellement invalide, car les seuls évêques ne représentent théologiquement nullement l'Église Universelle dans la procédure extraordinaire d'une élection pontificale.
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        Pour qu'on comprenne bien à quel point il est dangereux de donner un quelconque pouvoir à l'évêque dans l'élection pontificale, je ne finirai pas cette mise au point sans citer de larges extraits de l'instructif article sur le conciliarisme contenu dans le Dictionnaire historique de la papauté, par Philippe Levillain, 1994 :
           
        "Conciliarisme. ― Le mouvement composite du conciliarisme, qui naquit dans les milieux du concile de Bâle (1431-1449), reposait sur la conviction que le pouvoir pontifical devait être tempéré. C'est pourquoi l'assemblée générale de l'Église (concile œcuménique) devait intervenir, même et surtout dans le cadre d'une véritable réforme de l'Église elle-même. Dans sa phase plus évoluée, c'est-à-dire du XIVe au XVe siècle, cette conception aurait pu conduire à la démocratisation de l'Église. (...) Les théories conciliaristes se développèrent à partir [des thèses émises par certains théologiens sur la déchéance par l'Église Universelle d'un pape hérétique, d'où leur prétention de faire passer l'Église Universelle par-dessus le pape, même ordinairement ; au passage, remarquez bien comme les motivations théologiques du sédévacantisme et du conciliarisme sont identiques...]. Un autre canoniste, Enrico da Susa († 1271), parla de l'Église comme d'une "corporation" dans laquelle l'autorité devait être exercée non seulement par le chef, mais aussi par les membres, l'autorité du chef étant limitée par le bien général. Ces idées seront reprises par Jean Quidort († 1306). Comme le pape, les Évêques reçoivent leur pouvoir directement de Dieu. En tant qu'administrateur d'une corporation, le pontife a le droit d'agir tant qu'il recherche le bien commun, mais il peut être jugé et déposé quand il ne le fait plus, car son autorité est le fruit d'une délégation humaine, obtenue par l'intermédiaire de l'Église représentée par les cardinaux électeurs [c'est exactement le raisonnement sédévacantiste : mais cela revient à professer hérétiquement l'inexistence du droit divin de la fonction pontificale...]. L'Évêque Guillaume Durand le Jeune († 1328) peut être considéré comme un autre "père" du conciliarisme. Avant toute véritable réforme, il pensait qu'il fallait d'abord diminuer un pouvoir pontifical exorbitant. Il souhaitait donc que l'Évêque retrouvât son ancienne importance [???] et que le concile œcuménique, cessant d'être un événement extraordinaire, fût convoqué tous les dix ans, en application du principe juridique selon lequel "quod omnes tangit ab omnibus approbari debet". Par conséquent, le concile n'était plus seulement une espèce de cour d'appel ou un instrument de pression sur un pape négligent, mais un véritable organe de contrôle, essentiel pour un bon fonctionnement du gouvernement ecclésiastique.
           
        "Le conciliarisme dans le Grand-Schisme d'Occident. ― La double élection pontificale de 1378, et l'impossibilité évidente de dénouer la situation en faisant appel à la bonne volonté des deux papes rivaux, amena théologiens et canonistes à réétudier les textes du droit canonique des deux derniers siècles afin d'en déduire des solutions possibles. Deux théologiens influents, Conrad de Gelnhausen († 1390) et Heinrich de Lagenstein († 1397), s'appuyèrent sur ces textes (et de nouveaux apports des maîtres Marsile de Padoue et Guillaume d'Ockham [ce qu'oublie de dire l'auteur, c'est que ces auteurs cités ne font pas particulièrement partie des meilleurs théologiens de l'Église : le conciliarisme s'appuie donc sur des théologies douteuses de docteurs situés pour le moins sur la frange de l'Église...]). En 1380, le premier publia l'Epistola concordiae, dans laquelle était exposée, pour la première fois de façon systématique, la thèse selon laquelle seule la "via concilii" pouvait résoudre la crise en cours. Il tirait les conséquences d'un critère ecclésiologique bien précis. L'Église universelle étant constituée par l'"universitas fidelium", la primauté revenait donc au concile général qui la représentait.
           
        "[il y a ici une précision excessivement importante à faire, que ne fait nullement l'auteur encyclopédique de cette notice, lequel semble prendre fait et cause pour la chose conciliariste qu'il expose, c'est à savoir que la "via concilii" n'est légitime que dans la situation extraordinaire où le pape est empêché ou inexistant ou douteux, par la loi d'épikie qui veut qu'en cas d'impossibilité de la loi supérieure (le pape, règle vivante et immédiate de la Foi), c'est la loi inférieure qui fait règle (l'Église Universelle, normalement représentée par le pape), mais la "via concilii" n'est point du tout légitime dans la situation ordinaire où le pape est dans le libre exercice de ses fonctions, car dans ce cas, c'est le pape qui, de droit divin, prend lui seul les rênes de l'Église ; autrement dit, à proportion même où le pape est empêché, l'Église universelle assume ce qu'il ne peut faire, mais il est capital de comprendre que l'inverse est encore plus vrai, à savoir qu'à proportion même où le pape peut agir librement et universellement, l'Église universelle concrétisée par la "via concilii" n'a strictement plus aucun pouvoir et s'efface complètement derrière lui. Et il ne faut pas insinuer faussement qu'il en était autrement dans les premiers siècles de l'Église en invoquant une mensongère "ancienne importance de l'évêque", comme le fait l'auteur : dès les premiers siècles chrétiens, toute l'orbe catholique reconnaissait dans le pape la règle première et prochaine de la Foi et de la discipline pour réformer l'Église. Même en Afrique. Même en Orient. Où, lors de la tenue de conciles plus ou moins œcuméniques, on ne les considérait comme obligeant de Foi que lorsqu'ils avaient reçu le placet du pape... Les monuments ecclésiastiques des saints Pères de l'Église sont sur cela sans équivoque et innombrables. Cette règle de la primauté du pape, l'histoire des concil(iabul)es de Pise, Constance, Bâle, etc., l'a d'ailleurs fort bien montré... au grand dam des conciliaristes : après avoir rempli leur mission essentielle consistant à redonner une tête à l'Église pour terminer le dramatique Grand-Schisme d'Occident, c'est ce nouveau pape qu'ils ont créé qui a ipso facto repris en main la gestion suprême de la loi, en tant que premier rector (ce qui s'est fait très difficilement car justement les conciliaristes voulaient toujours indûment, même une fois le pape fait, continuer à dominer dans l'Église sur le pape !) ; continuons cependant à lire cet article hélas insidieusement apologétique du conciliarisme, mais fort intéressant sur le plan documentaire pour bien comprendre l'erreur grave et profonde de nos sédévacantistes qui veulent faire élire un nouveau pape... par des évêques :].
           
        "Peu après, ses thèses étaient reprises par Lagenstein, auteur de l'Epistola concilli pacis. La conception conciliaire fut défendue tout particulièrement par les théologiens de l'université de Paris, creuset de ce gallicanisme où le conciliarisme puisa une grande partie de son argumentation doctrinale et politique [... ça n'est pas précisément une référence d'orthodoxie !]. En 1403, l'évêque Pierre d'Ailly († 1420) publia un traité savant dans lequel il justifiait l'utilité d'un concile universel dans lequel le vote ne serait pas limité aux Évêques, mais étendu aux théologiens et aux canonistes. Les docteurs de l'université de Bologne reprirent la doctrine de certains canonistes et rappelèrent que le pape pouvait être jugé en s'appuyant aussi sur le délit de schisme. Le fait de persister dans celui-ci pouvait être assimilé au crime d'hérésie. Ils ajoutaient que, si les cardinaux négligeaient de convoquer le concile, l'initiative pouvait être prise par quiconque avait à cœur le bien de l'Église [c'est parfaitement exact pour une situation hors-la-loi ordinaire où le pape est absent de l'Église, mais précisément n'oublions surtout pas que cet agir dans l'Église est extraordinaire, et non ordinaire, et ne mélangeons surtout pas les deux cas, comme il semble que fait l'auteur].
           
        "Le conciliarisme aux conciles de Pise, Constance et Bâle. ― C'est ainsi que l'on arriva à 1409 et à la décision déchirante des collèges cardinalices des deux "obédiences" de convoquer un concile à Pise sans (et contre) la volonté des papes. Dans cette assemblée très représentative étant donné la quantité et la qualité des participants, de claires professions de foi conciliariste furent exprimées, à commencer par le discours inaugural prononcé par Petros Filargès († 1410), largement inspiré par les écrits de Gelnhausen. On aboutit à la déposition formelle des deux rivaux [... par le concile lui-même, mais les deux rivaux en question, dont surtout le légitime et urbaniste Grégoire XII, n'avaient nullement donné leur accord à cette déposition ! Et d'autre part, certaines nations et villes restaient dans l'obédience de l'un ou l'autre : donc, l'Église Universelle n'était pas représentée dans le concile de Pise] et à l'élection de Filargès lui-même (qui devint Alexandre V [éphémère antipape dont on peut dire qu'il doit son élection de par la grâce du conciliarisme, et duquel Jean XXIII prendra la suite douteuse et mouvementée, jusqu'à son abdication forcée]).
           
        "Ce concile, première étape de l'application des théories conciliaristes à la vie de l'Église, permit celui de Constance et la fin du schisme. Son échec apparent, dû à l'obstination des deux papes à refuser les décisions de l'Église Universelle, ne détourna pas le plus grand nombre de continuer à penser que la voie conciliaire était la seule à suivre. Fort de cette amère expérience, le théologien et chroniqueur Dietrich von Niem († 1418) écrivit que le concile deviendrait un moyen efficace d'unification et de réforme s'il était pris en main par le détenteur du pouvoir temporel dans la chrétienté, l'empereur [!]. C'est ce qui eut lieu [... mais pas à la manière conciliariste, comme nous l'assure mensongèrement l'auteur tendancieux de cet article ; l'empereur Sigismond s'est effectivement montré très-zèlé pour procurer un nouveau pape à l'Église et pour éteindre le Grand-Schisme, prenant comme en main parfois les destinées du concile par des initiatives hardies auprès des prélats, mais il s'est immédiatement parfaitement soumis au pape dès que celui-ci fut créé...], et l'unité fut retrouvée grâce au concile de Constance (1414 1418) [au concile, oui, mais pas aux thèses conciliaristes...].
           
        "Surtout, le 6 avril 1415 fut promulgué le décret Hæc sancta. Celui-ci faisait du conciliarisme la doctrine officielle de l'Église dans des termes que l'on peut ainsi résumer : le concile universel est inspiré par le Saint-Esprit ; son pouvoir provient directement du Christ et il représente toute l'Église ; en conséquence, chacun, même revêtu de la dignité pontificale, est tenu de se conformer à ses décisions. Ce décret représente donc la sanction officielle du conciliarisme, sinon dans la forme qui voulait réduire le pape à un simple organe exécutif subordonné, du moins dans celle qui attribuait au concile une fonction d'"instance de contrôle" du pape [ce que dit l'auteur est gravement faux. Cedit décret ne fut pas du tout approuvé par le concile, pas même par tous les conciliaristes, et son enregistrement fut refusé dans les actes officiels après d'homériques batailles au sein de l'aula conciliaire entre les cardinaux avec lesquels s'étaient rangés tous les saints prélats du concile, d'une part, et les conciliaristes durs, d'autre part : le non-enregistrement de ce décret concocté par les "progressistes" du concile, était effectivement chose très importante, et il fut obtenu ; justement, pour le dire en passant, il est instructif au plus haut point de constater que ce même cas de figure s'est reproduit à l'identique dans Vatican II, mais cette fois-ci, ce sont les "progressistes" qui ont triomphé et qui ont réussi à faire enregistrer par toute l'Église leurs décrets hérétiques, très-notamment celui de la Liberté religieuse]. Par ailleurs, cette fonction [d'un concile universel omnipotent dans l'Église, même sur le pape] ne devait pas se limiter à des moments particuliers de crise, mais être permanente [c'est précisément là que réside toute l'hétérodoxie de la thèse conciliariste, qui n'a jamais été décrétée loi d'Église dans le concile de Constance, n'en déplaise à l'auteur ; au contraire, l'auteur aurait bien fait d'ajouter que dans ce même concile, on condamna Wicleff précisément sur cela, qu'il ne reconnaissait pas la suprématie du pape sur toute l'Église Universelle...].
           
        "En effet, par un autre décret, du 9 octobre 1417 (Frequens), le concile fixait des échéances périodiques précises pour la réunion des conciles généraux [là encore, ce décret ne fut pas plus approuvé que le précédent, Hæc sancta]. Si ces décisions solennelles avaient été appliquées par la suite, le visage de l'Église en aurait été transformé [... Oh oui certes !, mais pas pour la sanctification de l'Église, bien plutôt pour sa subversion destructrice par le démocratisme dit chrétien, dont Lamennais se fera le prophète quelques siècles plus tard, et que le Dauphin de France fustigera en ces termes remarquables, quand, à leur retour, il tancera d'importance les théologiens français qui s'étaient fait les promoteurs du conciliarisme au concile de Constance : "[Le conciliarisme] fut sévèrement blâmé à la cour de France. Les députés de l'université [qui l'avaient soutenu au Concile, Gerson en tête] y ayant paru, le dauphin, qui était encore Louis, duc de Guyenne, les reçut fort mal, et leur dit en colère : «Il y a longtemps que vous vous en faîtes un peu trop accroire, en vous donnant la liberté d'entreprendre des choses qui sont bien au-dessus de votre condition : ce qui a causé bien du désordre dans l'État. Mais qui vous a fait si hardis que d'avoir osé attaquer le Pape et lui enlever la tiare [en invoquant la thèse conciliariste que le pape est inférieur au concile universel, non pas un pape douteux, mais tout pape en tant que tel], en le dépouillant de sa dignité, comme vous avez fait à Constance ? Il ne vous reste plus, après cela, que d'entreprendre encore de disposer de la couronne du roi, mon seigneur, et de l'état de princes de son sang ; mais nous saurons bien vous en empêcher»" ― Rohrbacher, t. XXI, p. 152].
           
        "En revanche, la Curie romaine effectua un travail subtil et persévérant pour les rendre vaines [c'est tout à l'honneur de la Curie, qui, avec l'intelligent Eugène IV, étouffa avec grande diplomatie et douceur des moyens cette gravissime subversion naissante du conciliarisme, évitant avec beaucoup de tact tout combat frontal avec les dangereux tenants conciliaristes, ce qui finira par les isoler, puis les réduire comme tout naturellement ; ici, avec grande tristesse, on ne peut que rappeler à nouveau que c'est exactement l'inverse qui arriva à Vatican II, la Curie romaine représentée par le cardinal Ottaviani fut subvertie par les prélats progressistes du Rhin...]. (...) La papauté reprit rapidement en main la situation. (...) Pie II (naguère conciliariste à Bâle [mais seulement pour résoudre une situation extraordinaire de l'Église, ici le Grand-Schisme, et point du tout à la manière hétérodoxe qui veut que tout pape, en situation ordinaire de l'Église, est soumis au concile général, comme le sous-entend sournoisement l'auteur...]) arriva à formuler une condamnation explicite du conciliarisme par la bulle Exsecrabilis du 18 janvier 1460. Dès lors, les condamnations pontificales se succédèrent, mais l'idée ne cessa pas de circuler. (...) Sur le concile de Trente, bien que solidement tenu par les papes, plana encore le spectre du conciliarisme dont, parmi les épigones, se trouvent plusieurs positions ultérieures visant à accroître l'autorité des Évêques ou même celle des curés (richerisme)" (fin de citation).
           
        "L'idée ne cessa pas de circuler", moins encore les mauvais procédés pour l'accréditer, comme il arrive toujours d'être poussé à le faire quand on est dans le mauvais camp. C'est ainsi que les actes officiels du concile de Constance, ceux approuvés par le pape, furent falsifiés subtilement de la manière suivante : "En vérité, le conciliarisme est basé [entre autres] sur un faux en écriture. En décembre 1865, un prélat découvrit dans les archives de la bibliothèque vaticane les manuscrits originaux de toutes les sessions du concile de Constance. Il remarqua que des faussaires avaient recopié infidèlement les actes originaux : ils avaient remplacé un mot par un autre, en substituant la lettre «d» à la lettre «n». En changeant à peine une lettre de l'alphabet, ils transformèrent le mot «finem» en «fidem», ce qui donne un sens tout-à-fait différent. Car le concile de Constance se réunit pour mettre «fin» au schisme, et non pour juger la «foi» du pape (= donc soutenir que le concile serait supérieur au pape). «Ce synode, légitimement assemblé au nom du Saint-Esprit, formant un concile général représentant l'Église catholique militante, tient immédiatement de Jésus-Christ son pouvoir, auquel toute personne de tout état, de toute dignité, même papale, est tenue d'obéir, en ce qui regarde l'extinction et l'extirpation dudit schisme (obedire tenetur in his qui æpertinent ad FINEM et extirpationem dicti schismatis)» (concile de Constance, IVe session du 30 mars 1414). FAUSSE version : «est tenus d'obéir en ce qui regarde la foi et l'extirpation dudit schisme»" (Mystère d'iniquité, etc., pp. 103-104).
           
        Le lecteur, qui saisit bien pourquoi j'ai cité longuement l'article du Dictionnaire de Levillain augmenté du petit appendice complémentaire sur la falsification des actes du concile de Constance, est mieux à même de comprendre à présent combien l'élection d'un pape par un conclave formé exclusivement d'évêques est totalement proscrite, sur le plan théologique. En aucun cas, et surtout pas le nôtre, elle ne saurait apporter la moindre "solution", aggravant au contraire d'une manière extrêmement dangereuse la situation…
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        Portons notre réflexion, à présent, sur le fond du problème. D'où vient cette très-mauvaise et déplorable idée de "faire un pape bien catholique" dans le contexte ecclésial actuel ? Elle vient, on le sait, nous l'avons vu, de la thèse sédévacantiste, qui est d'abord une hérésie quant à la doctrine de la Légitimité pontificale, puis un schisme lorsque ses tenants, ses adeptes, la mettent en œuvre, déniant à François son caractère certain de vrai Vicaire du Christ actuel.
           
        La doctrine catholique quant à la Légitimité pontificale est pourtant excessivement simple et claire : c'est l'Église Universelle, dont l'organe ordinaire est le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des deux/tiers plus un, qui fait formellement le pape actuel, verus papa.
           
        Dès lors donc que le catholique, du plus haut rang ou au contraire du rang le plus modeste dans la chrétienté, sait que les cardinaux ont élu puis reconnu au nom de l'Église Universelle un tel comme pape actuel (et les cardinaux agissent toujours au nom de l'Église Universelle, in Persona Ecclesiae, dès lors qu'ils élisent un pape dans un conclave dûment réuni), il a l'obligation formelle de croire que celui-là est le pape que Jésus-Christ lui donne pour ses jours terrestres actuels, sous peine de s'exclure lui-même soi-même ipso-facto de l'Église, de s'auto-anathématiser sur le champ dès le moment où il refuse de faire obédience à ce nouveau pape. C'est pourquoi nous avons vu, dans un mien article fouillé sur le sujet dont j'ai mis le lien Internet au début de ces lignes, que le grand théologien thomiste Jean de Saint-Thomas professe : "Dès que les hommes voient ou apprennent qu’un pape a été élu, ils sont obligés de croire que cet homme est le pape, et de l’accepter" (Cursus Thelogicus, t. VI, questions 1-7, Sur la Foi, Disputation VIII, 1640).
           
        Notons avec grand'soin que Jean de Saint-Thomas ne fait pas rentrer le criterium de la Foi dans l'obligation de la croyance "que cet homme est le pape" mais UNIQUEMENT le criterium de l'Église Universelle : dès lors qu'elle a parlé par l'organe des cardinaux, et l'Église Universelle le fait toujours infailliblement de par le Saint-Esprit, la croyance de fide est actée et obligatoire pour tout fidèle. Par ailleurs, le jugement de la Foi du papabile puis du pape est commis dans les seules mains des cardinaux, et non point du tout dans celles des simples "membres enseignés" comme le croient, dans un raisonnement de libre-examen hétérodoxe luthérien, les sédévacantistes (ils peuvent certes, par l'intellect seulement, prendre acte que le Magistère des papes moderne est doctrinalement défectueux, mais qu'ils comprennent bien que cette prise de conscience purement intellectuelle de leur part, comme au reste de la part de tous les catholiques dignes de ce nom, ne leur donne aucun pouvoir, aucun droit, sur le plan théologique, pour juger le pape moderne au sens fort, c'est-à-dire le déclarer déchu, pouvoir de déchéance pontificale qui est, là encore, aux seules mains des cardinaux dans leur majorité canonique).
           
        C'est pourquoi, tout catholique actuel a l'obligation formelle de professer que François est notre pape actuel puisqu'il est le sujet avéré de l'infaillible pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, règle prochaine de la Légitimité pontificale, par laquelle le Saint-Esprit parle depuis 2013 à toute âme vivante fidèle.
           
        Pour refuser en rebelles revolvere la Foi de l'Église en matière de Légitimité pontificale, s'anathématisant ainsi eux-mêmes très-certainement, les sédévacantistes vont jusque dans les plus folles "solutions", les plus déjantées, dont celle de nos chorévêques byzantins n'est qu'un échantillon. On les voit se diviser en plusieurs groupes.
           
        1/ Le premier groupe en reste paresseusement au non-una cum liturgique et ne va pas plus loin. Ces communautés réunissent le plus grand nombre (relatif) des sédévacantistes. Les adeptes de ce premier groupe, de toutes façons, je l'ai rappelé plus haut, commettent un péché de schisme aussi grave que les sédévacs qui, allant plus logiquement au bout du toub de leur positionnement hérétique, pseudo-élisent des papes par assemblée d'évêques, ou s'auto-élisent des papes du passé, Paul VI ou Benoît XVI, par survivantisme. Car qu'on comprenne bien les choses : ce qui fait le péché de schisme, c'est le refus de croire que François est notre pape actuel, quelque soit la manière dont ce refus est posé. Or, ce refus est formellement acté rien que par le non-una cum liturgique, même si le sédévac ne se choisit pas un autre pseudo-pape actuel, par pseudo-conclave d'évêques ou par survivantisme non moins pseudo.
           
        2/ Le deuxième groupe est constitué par les sédévacantistes radicaux qui, non satisfaits dans leur Foi sédévac par le seul non-una cum liturgique y adjoigne l'obligatoire nécessité d'élire un nouveau pape par assemblée pseudo-conclavique d'évêques. Ceux-là sont très-peu nombreux, d'autant plus qu'ils se divisent en plusieurs factions puisque chacune, prétendant à faux représenter l'Église Universelle, a élu "son" pape, quatre à ma connaissance sans que je sois très-sûr du nombre. C'est évidemment dans ce groupe-là que se situe le Patriarcat Catholique Byzantin... quand bien même, dans son cas, on ne sait même pas si l'heureux élu pour remplacer François, Mgr Viganò, a accepté ou bien non sa pseudo-élection au Siège de Pierre ! Cependant, tous ces pseudo-papes sédévacs le sont ex nihilo, théologiquement tirés du néant et devant y retourner tôt ou tard... Pour la (très) petite histoire, je consigne ici que le pseudo-pape original et illuminé Pierre II m'avait téléphoné un jour, c'était un... garagiste de profession, qui, quant à lui, avait reçu son pseudo-Souverain Pontificat... directement du Ciel, par révélation privée, et, m'avait-il précisé très-fièrement, il était aussi... une ceinture noire de karaté, un dan (... rien à voir avec la tribu juive de Dan, de laquelle certains Pères de l'Église veulent voir sortir l'Antéchrist-personne...!!!) ; je me rappelle avoir eu du mal à ne pas rire, Dieu me pardonne, et qu'Il daigne aussi avoir fait miséricorde à ce pauvre illuminé de Pierre II, parce que je pense qu'il doit être décédé maintenant, rip.
           
        3/ Le troisième et dernier groupe est constitué par les sédévacs survivantistes. Ceux-là se subdivisent en deux catégories, dont la première, certes, est la plus déjantée.
           
        a) Les adeptes de "la survie physique de Paul VI" (... si, si, il en existe encore, je suis fort bien placé pour le savoir !) : des brontosaures de Jurassic Park, qui, s'imaginant dans les vaps une "conversion" de Paul VI dont ils n'ont strictement aucune preuve mais qui l'aurait rendu aussi blanc doctrinalement que sa soutane pontificale, vivent désormais, en 2023, leur survivantisme pontifical en schizophrènes isolés dans leurs têtes et sur leur île-laboratoire, comme dans le film... Non seulement ils n'ont aucune preuve de la "conversion" de leur pape survivant, mais ils n'en ont pas plus de son existence physique, pas l'ombre de l'ombre du plus petit indice, après la mort de Paul VI, le 6 août 1978 : ce qui ne les empêche nullement de toujours croire à... "la survie de Paul VI" (qui, né en 1897, aurait actuellement... 126 ans), dans un fidéisme surréaliste bétonné en forme de bunker, résolument à toute épreuve...!
           
        b) Les adeptes de la survie, seulement théologique cette fois-ci, de Benoît XVI. Ceux-là, contrairement aux premiers survivantistes, ne croient pas à une survie physique de Benoît XVI, mais seulement à sa survie théologique à partir de 2013, déclarant invalide son abdication de la fonction pontificale suprême. C'est-à-dire que, premièrement, ils croient que François n'est pas pape, et deuxièmement, à l'instar des adeptes de "la survie de Paul VI" qui veulent s'amouracher d'un Paul VI converti après lequel, pontificalement parlant, il n'y aurait rigoureusement plus rien sur le Siège de Pierre, Benoît XVI serait, lui aussi, le dernier pape vraiment catholique de l'Église catholique, apostolique et romaine. Ils vivent donc de sa doctrine (enfin, de ce qu'ils veulent en prendre de catholique, mettant de sérieuses œillères très-rabattues sur leurs yeux pour ne pas voir les professions de foi ratzingériennes parfaitement modernistes que j'ai eu la tristesse de relater dans cet article : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/Que%20le%20pape%20Beno%C3%AEt%20XVI,%20MALGR%C3%89%20%20TOUT,%20repose%20en%20paix%20dans%20le%20Christ?Itemid=1), tirant un trait sur le présent Magistère pontifical de François qui crucifie l'Église...
           
        Le point commun entre ces deux sortes de sédévacantisme-survivantisme réside dans le fait que leurs adeptes respectifs vivent dans leurs têtes avec un pape imaginaire qui serait doctrinalement "tout blanc", bien catholique, qui ne crucifierait pas l'Épouse du Christ, au contraire, qui la garderait avec soin d'être sous "la puissance des ténèbres". Or, justement, c'est précisément par-là même qu'ils se trompent le plus complètement et le plus radicalement possible dans leur compréhension de "la crise de l'Église". Par cette illusion qu'on pourrait retrouver un pape doctrinalement "tout blanc" aux temps de la "PASSION DE L'ÉGLISE" que nous vivons et mourons présentement, illusion que l'ange des fausses lumières, en riant, attise dans leurs âmes, ils rejettent ce que le Saint-Esprit fait vivre à l'Église aujourd'hui : sa Passion propre et personnelle, c'est-à-dire le "être fait péché" ecclésial opéré par la papauté elle-même, et donc se mettent par-là même hors de l'Église sur le plan spirituel. C'est-à-dire que les survivantistes n'ont rien compris à rien de "la crise de l'Église", qui est "PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        C'est en effet par la papauté au premier chef, c'est bien le cas de le dire, que, dans notre âge moderne, l'Église est "faite péché pour notre salut" (II Cor V, 21), qu'elle en est crucifiée usque ad mortem, jusqu'à ce que mort s'ensuive dans et par le règne de l'Antéchrist-personne... Il faut même aller plus loin, si l'on veut comprendre le fond mystique de la question : c'est le Saint-Esprit qui aveugle les papes modernes POUR QUE ils crucifient l'Église sans même s'en rendre compte, car Sa volonté est de faire vivre la Passion à l'Épouse du Christ ; exactement comme le Père VOULAIT la Passion de son Fils, non pas faut-il le dire pour la Passion en elle-même mais pour son fruit surnaturel de grâce. Vouloir donc vivre avec un pape doctrinalement "tout blanc", un pape qui ne serait pas le surnaturel instrument de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", est donc rejeter ce que Dieu fait vivre à l'Église contemporaine, juste dire qu'on ne comprend rien à rien de ce que le Saint-Esprit fait vivre à l'Épouse du Christ en nos jours.
           
        Car en outre, cela ne remonte pas à hier : les papes ont mis l'Église en état de péché matériel inhérent à l'économie de la Passion d'abord au niveau des Mœurs, et ce fut le pape Pie VII qui initia la chose dès le sortir de la Révolution, dès 1801, par l'abominable Concordat napoléonien qui fut rien moins que le "Vatican II des Mœurs", auxquelles Mœurs sont inhérentes les choses de la Politique constitutionnelle ; puis il en a été de même au niveau de la Foi, pour sceller la longue contamination occulte des Mœurs corrompant de plus en plus la Foi pendant plus d'un siècle et demi, et ce fut Paul VI qui en fut le maître d'œuvre au moyen de Vatican II et de son décret le plus exécrable, la Liberté religieuse, le 7 décembre 1965.
           
        Mais nos survivantistes pontificaux sont dans cette illusion totale de vouloir s'abstraire de la Volonté du Père et du Saint-Esprit de faire vivre l'économie de la Passion à l'Église. Ils disent en leurs âmes rebelles et obscurantistes : "Père, que ce calice s'éloigne de moi, et pour qu'il en soit bien ainsi, que Ta volonté, ô Père, NE soit PAS faite !"
           
        Voyez par exemple ce récent article du site Benoît & moi, dont sa responsable est complètement obnubilée par la seule personne pontificale de Benoît XVI qu'elle veut voir doctrinalement "tout blanc", en en faisant quasi une religion (suivant d'ailleurs en cela les traces des survivantistes première mouture, qui veulent voir Paul VI comme le pape martyr de la fin des temps) :
 
Benedikt hat nie abgedankt2
 
Benedikt hat nie abgedankt
 
"Benoît XVI n’a jamais abdiqué"
           
           
        "Giuseppe Nardi
           
        "katholisches.info/
           
        "3 août 2023 
           
        "(Rome) Peu avant le départ du pape François pour le Portugal [pour les JMJ à Lisbonne], un incident s’est produit dimanche dernier sur la place Saint-Pierre. Lors de l’Angélus dominical, une femme a montré une banderole sur laquelle on pouvait lire : «Benoît XVI n’a jamais abdiqué». 
           
        "Le message qui persiste depuis dix ans.
           
        "Ce message correspond à celui qui, deux semaines plus tôt, le 16 juillet, également un dimanche, avait été affiché par un avion sous forme de banderole au-dessus de la côte au large de Rome. L’avion volait vers le sud depuis Ostie, le long d’une côte envahie par les visiteurs de la plage.
           
        "Il n’est pas possible de dire s’il existe un lien entre les deux événements. On peut toutefois supposer que ce message veut exprimer un rejet de l’actuel pontificat du pape François. Un rejet qui est si grand dans certaines parties de l’Église qu’elles continuent à se référer à Benoît XVI même après sa mort.
           
        "Cela montre que la combinaison de l’abdication surprenante et jusqu’à aujourd’hui pas vraiment explicable de Benoît XVI et du pontificat de François qui a suivi, a infligé une blessure profonde à l’Église" (cf. https://www.benoit-et-moi.fr/2020/2023/08/03/le-message-quon-ne-peut-pas-faire-taire-benoit-xvi-na-pas-abdique/).
           
        Ce site, qui véhicule sans trop le dire la survivance théologique de Benoît XVI (et donc, suivez mon regard, l'invalidité de François comme pape), est aussi clivé que les adeptes de la survie de Paul VI pour considérer que c'est le dernier pape légitime de l'Église catholique parce qu'il est doctrinalement impeccable (...!) : ainsi, après son décès, le site a créé toute une rubrique "École Ratzinger", pour toujours vivre doctrinalement du meilleur de lui, en tant que chef de l'Église... faisant totale abstraction ou plutôt obstruction sur le fait que Benoît XVI, lorsqu'il était sur le Siège de Pierre, mettait l'Église sous "la puissance des ténèbres" mortifères rien qu'en la soumettant à Vatican II et à la Liberté religieuse... pour en rester là.
           
        ... Savez-vous à qui me font penser les sédévacantistes, qu'ils soient survivantistes ou non ? Ils me font penser à la racaille du peuple juif qui préférait le criminel Barrabas à son Sauveur Jésus-Christ, lorsqu'Il comparaissait devant Pilate, dans sa Passion...
           
        Où se situe le Sauveur, de nos jours ? Le Sauveur, dans tous les temps de l'Église y compris celui de la fin des fins, le nôtre par conséquent, c'est le pape actuel, "le doux christ en terre" comme l'appelait sainte Catherine de Sienne. Or, le Saint-Esprit désigne infailliblement François pour être, de nos jours, ce "doux christ en terre" ! Comme cela semble contradictoire !! C'est certes, au premier examen superficiel, vraiment la "si grande contradiction" (Heb XII, 3) inhérente à "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Et cependant, si nous voulions bien rentrer humblement dans les Desseins et les Agirs du Saint-Esprit, au lieu de nous croire plus malin que Lui pour le salut de l'humanité...?? Le pape Bergoglio, en crucifiant véritablement l'Église, n'agit-il pas en croyant faire le MIEUX DU MIEUX alors qu'en fait il fait le PIRE DU PIRE, exactement comme, peu ou prou, tous les papes modernes le font depuis Vatican II pour faire court ? Par cet aveuglement total où demeurent leurs esprits, et qui est une disposition de la Providence divine à leur égard, le Saint-Esprit se sert d'eux comme d'instruments pour faire vivre la Passion à l'Église, c'est trop sûr.
           
        Mais, l'économie de la Passion est-elle, en soi, un péché ? Non, bien sûr. Loin de l'être, la première Passion, celle archétypale du Christ, nous mérita la Rédemption parfaite et plénière. Il en sera de même lors de la seconde Passion, celle de l'Église : lorsqu'elle sera finie, par sa mort arrivée dans le règne de l'Antéchrist-personne, elle nous méritera un surcroît de grâce inouï en faisant advenir parmi nous le Millenium, nouvelle économie de salut qui monte d'un palier vers le Ciel par rapport à l'économie de l'Église actuelle, dite du temps des nations et de Rome son centre.
           
        Or, puisque François est désigné par le Saint-Esprit pour être le légitime pape actuel, digitus Dei hic est, alors, si l'on veut bien saisir les choses, il ne faut pas le voir dans sa personne humaine pontificale, il faut le voir comme représentant l'Église elle-même, in Persona Ecclesiæ. Prenant la suite et succession de tous les papes modernes, François crucifie certes l'Église, en en rajoutant une sérieuse couche quant à lui, quoique en toute inadvertance, mais encore, dans sa fonction suréminente, il est aussi, mystérieusement, L'ÉGLISE ELLE-MÊME. Et c'est en représentant de droit divin l'Épouse-Église que le pape François Bergoglio représente en surnaturelle décalcomanie LE CHRIST DE LA PASSION. En fait, ce n'est pas lui qui représente le Christ de la Passion, mais l'Église-Épouse qu'il représente, c'est elle qui représente le Christ de la Passion. Il faut certes s'élever très-haut pour comprendre cela, mais il est plutôt conseillé de le faire, ou du moins de s'y essayer, si l'on ne veut pas courir après des Barrabas au lieu de suivre le Christ...
           
        À quoi ressemblent les sédévacantistes qui ne veulent pas du pape que leur envoie le Saint-Esprit, mais qui s'en inventent criminellement de toutes sortes par le péché d'hérésie et de schisme ? Ne ressemblent-ils pas à la populace juive qui, lors de la Passion du Christ, criait "Barrabas !" au lieu de "Jésus !"...?
           
        Le Patriarcat Catholique Byzantin qui s'est créé un pseudo-pape... qui n'existe même pas, probablement, en tant que pseudo-pape, crie : "Barrabas !"
           
        Tous ces sédévacantistes s'assemblant fébrilement dans des pseudo-conclaves d'évêques, comme le firent nos américains, créant des Linus II, des Michel 1er, des Pie XIII, crient : "Barrabas !"
           
        Les sédévacs illuminés qui, tel Pierre II, s'auto-élisent pape par pseudo-révélation privée, crient : "Barrabas !"
           
        Les sédévacs qui s'en tiennent au non-una cum liturgique, sans créer des pseudo-papes mais en rejetant la légitimité de François, eux aussi crient à pleins poumons : "Barrabas !"
           
        Les sédévac-survivantistes de "la survie physique de Paul VI", crient tout aussi fort : "Barrabas !"
           
        Les sédévac-survivantistes de la survie seulement théologique de Benoît XVI, crient : "Barrabas !"
           
        Ils donnent tous leurs cœurs et leurs âmes à Barrabas le criminel, parce que c'est par le crime d'hérésie et de schisme qu'ils se créent leurs pseudo-papes et/ou en rejetant simplement le vrai pape actuel désigné par le Saint-Esprit, c'est-à-dire François. Tous, en effet, préfèrent s'acoquiner du criminel, c'est-à-dire du crime d'hérésie et de schisme, plutôt que de suivre le Saint-Esprit révélant "LA PASSION DE L'ÉGLISE" en désignant infailliblement François comme pape actuel. 
           
        Notre-Seigneur fait remarquer aux pharisiens que c'est à tort qu'ils se vantent de faire mieux que leurs pères qui ont tué les prophètes, car en vérité ils commettent le même crime qu'eux. Les sédévacs font exactement de même : ils s'imaginent qu'ils n'auraient jamais fait ce qu'ont fait les juifs en préférant Barrabas au Christ lors de la Passion, un criminel au Juste. Mais lors de la Passion présente, non plus du Christ mais de l'Épouse-Église, on les voit préférer, par crime d'hérésie puis de schisme, les papes de leur choix au lieu du pape que le Saint-Esprit donne à l'Église pour vivre et mourir sa Passion, et qui est actuellement François. C'est exactement comme s'ils criaient "Barrabas !" au lieu de Jésus-Christ...
           
        Il ne va pas être mauvais, d'ailleurs, de relire cet anathème du Christ : "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et qui ornez les monuments des justes, et qui dites : «Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes». Par là, vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc aussi la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au jugement de la géhenne ? C'est pourquoi, voici que Je vous envoie des prophètes, et des sages, et des scribes ; et vous tuerez et crucifierez les uns, et vous flagellerez les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. En vérité, Je vous le dis, toutes ces choses retomberont sur cette génération" (Matth XXIII, 29-36)
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        Nous avons vu avec nos byzantins jusqu'où peut aller la folie des sédévacs : se créer un pseudo-pape dont on ne sait même pas s'il existe puisqu'on ne sait pas si Mgr Viganò a accepté ou refusé sa pseudo-élection pontificale !
           
        Mais il est fort peccamineux, sur le plan de la Foi, de créer des faux papes, car c'est là titiller très-dangereusement la fibre mauvaise de l'homme, sa tendance au sectarisme et au fanatisme, son prurit luciférien de se passer de l'Église que Dieu nous donne par le Sacrifice de son Fils, en s'en auto-créant une soi-même pour auto-gérer le propre cosmos de salut qu'on s'invente, en gnostique... ce qui commence bien évidemment par s'auto-créer un pape de son choix. Il y a des précédents historiques qui montrent fort bien cette dangerosité extrême pour le salut de l'homme. Créer un faux pape est un très-grave péché pour celui qui le commet, car il peut avoir de très-graves suites. Le Grand-Schisme d'Occident nous en donne un exemple frappant, avec la figure de l'antipape Benoît XIII, très-entêté de son pseudo-pontificat et élisant un successeur, même après l'élection légitime du vrai pape, Martin V. Cette page historique est remplie d'une grande leçon pour notre sujet, que les sédévacantistes qui osent élire des pseudo-papes la lisent avec attention :
           
        "Et si les papes d’Avignon existaient toujours ?…
           
        "Les antipapes du Moyen-Âge n’ont pas eu de postérité, même si une séduisante légende s’est forgée autour de la figure de Pedro de Luna (1329–1423), originaire d’Aragon, qui devint pape à Avignon en 1394 et prit le nom de Benoît XIII. Après de multiples péripéties, l’Occident se retrouva en 1409 avec trois papes. La crise fut finalement surmontée, mais Benoît XIII, retiré en Aragon, refusa le compromis qui avait mis fin au grand schisme [par l'élection de Martin V au Siège de Pierre, en 1417]. Il désigna quatre cardinaux : trois d’entre eux choisirent à sa mort un nouveau pape, Clément VIII, qui abdiqua en 1429 en reconnaissant le pape de Rome, Martin V.
           
        "Mais l’un des cardinaux de Pedro de Luna s’obstina dans sa résistance : il se nommait Jean Carrier et, arrivé par la suite, contesta pour simonie l’élection de Clément VIII. Il aurait alors élu seul un pape en 1425 en la personne d’un prêtre, Bernard Garnier, même si ce dernier contesta avoir été appelé à cette fonction. Jean Carrier mourut en prison, quasiment abandonné, en 1433. Il y eut cependant des paysans du Rouergue qui restèrent fidèles à l’héritage de Pedro de Luna et finirent par mener une existence de proscrits dans les gorges du Viaur, mais les derniers moururent ou furent condamnés en 1467 (leur histoire a été racontée dans un article ancien par Noël Valois, “La prolongation du Grand Schisme d’Occident au XVe siècle dans le Midi de la France”, Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de France, t. 36, 1899, pp. 162–195 ; voir également Nicole Lemaître, Le Rouergue flamboyant : le clergé et les fidèles du diocèse de Rodez, 1417–1563, Paris, éd. du Cerf, 1988, pp. 87–99.)
           
        "Fascinés par le destin de ces ultimes fidèles, certains auteurs contemporains ont cependant laissé entendre que l’Église avignonnaise aurait clandestinement survécu jusqu’à aujourd’hui. On doit notamment la diffusion de cette thèse à Pierre Geyraud, qui a consacré à “Une survivance secrète du Grand Schisme d’Occident” un chapitre de son livre L’Occultisme à Paris (Paris, Éditions Émile-Paul-Frères, 1953, pp. 161–177). Selon Geyraud, l’Église catholique apostolique avignonnaise durerait “à travers les siècles par la personne d’un successeur légitime”: celui-ci porterait le titre d’”Évêque d’Avignon, Vicaire de Jésus-Christ, successeur du Prince des Apôtres, Pontife Suprême de l’Église universelle, Patriarche d’Occident, Primat de France, Archevêque et Métropolitain de la Province Avignonnaise, humblement régnant”. Le Saint-Siège avignonnais serait secrètement installé dans un monastère en Suisse. Geyraud lui attribuait douze cardinaux, une vingtaine de préfets apostoliques, des évêques et quelque 10.000 fidèles tenus au secret. Certains éminents prélats de l’Église catholique romaine y appartiendraient. L’Église avignonnaise, toujours selon Geyraud, aurait décidé de “conférer à l’Église romaine la légitimité pontificale qui lui manque, afin de légitimer son action”: “À chaque élection d’un nouveau pape romain, notification écrite lui est donnée par le pape avignonnais qu’il devient son mandataire”. Il est à peine besoin de préciser que le Vatican dément avoir jamais reçu de telles notifications…
           
        "Si la légende de la survivance de la papauté avignonnaise et de la résistance de Pedro de Luna et de Jean Carrier ne semble pouvoir s’appuyer sur aucune preuve historique, elle ne cesse de fasciner : il m’est déjà arrivé de recevoir des courriers de personnes espérant que je pourrais les aider à identifier le monastère suisse supposé abriter le pape d’Avignon" (cf. l'article très-intéressant de Jean-François Mayer, d'où je tire cet extrait, Quand le pape n'est plus à Rome : antipapes et sédévacantistes, au lien suivant : https://www.orbis.info/2013/03/quand-le-pape-nest-plus-a-rome-antipapes-et-sedevacantistes/).
           
        Pour éviter d'aboutir à ce genre de folies honteuses, très-dangereuses pour le salut non seulement de sa propre âme mais de celles qu'on contamine par la pseudo-création de faux papes, et qu'on contamine possiblement après sa propre mort sans pouvoir plus y apporter aucun remède, il ne reste plus aux sédévacantistes qu'à admettre le devoir formel de Foi que leur intime la règle prochaine de la Légitimité pontificale, devoir qui leur est tout tracé pour redevenir de bons catholiques, ce que je leur souhaite bien sincèrement : puisque la désignation-reconnaissance ecclésiale universelle du pape fait infailliblement le vrai pape, verus papa, majeure, puisque François est le pape actuel qui en bénéficie formellement, mineure, les sédévacantistes de toutes mouvances ont donc, conclusion, sous peine d'anathème formel, à professer que François est le vrai pape actuel. C'est le devoir de tout catholique digne de ce nom, qui ne se fabrique pas orgueilleusement ex nihilo son église voire même son pape par une pseudo-élection lors d'un synode conclavique ou par auto-élection dans les nuages d'un pape du passé, mais qui prend l'une et l'autre des Mains du Saint-Esprit et du Christ, dans l'état de crucifixion et de Passion où l'Église se trouve avec le pape François. Parce que c'est là que Dieu la veut.           
           
        Reconnaître François comme verus papa, ainsi que l'Église romaine actuelle comme toujours vraie Épouse du Christ, est certes un vrai martyre pour le catholique actuel, mais justement, c'est cela le chemin de l'Église aujourd'hui : vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" précisément parce que François est vrai pape, précisément parce que l'Église romaine est vraie Église. Si l'on ne reconnaît pas François comme vrai pape, l'Église romaine comme vraie Église, alors, on ne vit pas "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que le Saint-Esprit et Dieu le Père font vivre à l'Épouse du Christ aujourd'hui, dans notre contemporanéité ecclésiale depuis Vatican II. On s'invente alors damnablement une vie ecclésiale qui surnaturellement n'existe pas, qui vit dans les ténèbres extérieures inexistentielles puisqu'elle n'est plus dans l'Église Universelle.           
           
        Rejeter avec rébellion ce formel devoir de Foi, s'appuyant sur la mauvaise force de l'orgueil, c'est en effet vivre hérétiquement sa Foi dans une bulle de savon surréaliste qui n'existe pas, c'est se créer contre la Volonté divine un petit nid douillet de pseudo-église, de petite-église schismatique, et mettre son âme, par un chemin insoupçonné du sédévacantiste, sur la voie de la damnation.           
           
        Que les sédévacantistes prennent à cœur de ne pas mériter qu'on entende dire d'eux ce que saint Bernard disait des hérétiques cathares de son temps : "On ne les convainc ni par le raisonnement (ils ne comprennent pas), ni par les autorités (ils ne les reçoivent pas), ni par la persuasion (car ils sont de mauvaise foi)" !           
           
        Que Dieu et sa très-sainte Mère, et saint Joseph Patron de l'Église Universelle, soient en bonne et victorieuse aide aux sédévacantistes pour les aider à vaincre leur démon, qui ne leur est si terrible, qui aveugle si formidablement leurs yeux au point qu'ils ne peuvent plus du tout les ouvrir, que parce qu'ils l'ont trop couvé et caressé dans leur sein, en se mettant au-dessus de tout le monde !
 
Habemus Papam 1415
Habemus papam, au concile de Constance
terminant le Grand-Schisme d'Occident
par l'élection de Martin V (1369-1431)
           
        "Veilleur, que vois-tu dans la nuit opaque de notre monde et de notre Église...??"
           
        Le veilleur répond : "Je ne vois que ténèbres, sépulcres blanchis et ossements de morts ; et si je prends à devoir de percer d'un regard d'aigle de Pathmos ces ténèbres de la mort et de l'enfer, j'y vois tous les vices de Satan, essentiellement folie et orgueil, orgueil et folie, possédant tous les hommes" ― "Le Seigneur a regardé du haut du Ciel sur les enfants des hommes, pour voir s'il y a quelqu'un qui soit intelligent ou qui cherche Dieu. Tous se sont détournés, ils sont tous devenus inutiles. Il n'y en a point qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul. Leur gosier est un sépulcre ouvert ; ils se servent de leurs langues pour tromper ; le venin des aspics est sous leurs lèvres !" (Ps XIII, 1-3 & Ps LII, 3-4).
           
        Et tous les humains en sont là, en effet, parce que tous fuient "LA PASSION DE L'ÉGLISE" (cf. l'exposé de la thèse, à ce lien : https://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/ExposePassionEglise2.pdf). Ils fuient le Royaume céleste tel que la Providence de Dieu le manifeste ecclésialement pour notre temps, et souvent pour des raisons de préférence les plus futiles, les plus indignes et très-outrageantes envers la Providence divine, que Jésus-Christ, déjà, consigne prophétiquement dans l'Évangile lorsqu'Il montre la réaction des hommes lorsque le Royaume leur est annoncé : "Tous, unanimement, commencèrent à s'excuser. Le premier lui dit : J'ai acheté une terre, et il est nécessaire que j'aille la voir ; je t'en prie, excuse-moi. Le second dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je t'en prie, excuse-moi. Et un autre dit : J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis venir" (Lc XIV, 18-20).
           
        ... Comment ne pas conclure d'une telle attitude, qui est celle de tous les hommes de nos jours, de préférence ceux qui parmi eux se croient les meilleurs, et de préférence parmi ces meilleurs, les catholiques de toutes mouvances, ce que saint Jean Baptiste le Précurseur concluait :
           
        "Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui s'en vient ?" (Matth III, 7).
En la fête du Cœur Immaculé de Marie,
Ce 22 Août 2023.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
  
 
Coeur Immaculé de Marie 
 
 
 
 
22-08-2023 17:16:00
 

Vie et mort d'un bon jeune prêtre... "rallié"

 
  
 
 
Abbé Cyril Gordien
L'abbé Cyril Gordien, le 5 mars 2022 (30 avril 1974-14 mars 2023) © LA NEF
 
 
 
 
Vie et mort d'un bon jeune prêtre... "rallié"
 
 
Præambulum
       
        Voici la lettre que je viens d'envoyer en collectif aux abonnés de mon site : 
 
        "Chers amis lecteurs,
       
        "Il est fort important, devant Dieu, de garder la pureté de la Foi comme on garde la prunelle de son œil, et donc de mener le bon combat contre ceux qui y attentent, bonum certamen certavi (II Thim IV, 7). «Il vaut mieux mourir en ce monde plutôt que de corrompre la chasteté de la vérité» (pape saint Pie X) est un programme de vie de Foi des plus exaltants, des plus enthousiasmants, spirituellement enrichissant, qui en outre attire puissamment Dieu à vivre dans l'âme qui le met en œuvre autant qu'elle peut, je vous en porte personnellement témoignage.
 
        "Pour autant, il est tout aussi important de ne pas juger les personnes qui se trouvent dans des camps mauvais, dont certaines, dans une proportion que Dieu seul connaît, peuvent certes très-bien, par une mystérieuse ignorance invincible du mal qu'elles épousent, mener un chemin authentique de sainteté véritable (le "Qui suis-je pour juger ?" du pape François a de toutes façons un fond certain de vérité... évangélique : "Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés" ― Lc VI, 37).
 
        "Dans mon dernier article, j'ai lutté avec grande force et éclat victorieux contre l'hérésie des «ralliés» qui, en voulant blanchir Vatican II et très-notamment la Liberté religieuse à la chaux et à la pharisienne, est une abomination. Et Dieu m'en bénit sûrement au Ciel (cf. http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/le-site-ralli-archidiacre-un-ramas-derreurs-graves-et-de-fausset-s-pr-sent-es-comme-des-v-rit-s-m-lang-quelques-vraies-v-rit-s-ce-qui-le-rend-plus-toxico-nocif-encore?Itemid=191‌).
 
        "Cependant, farfouillant aujourd'hui pour complément d'enquête sur le site «rallié» La Nef, je suis tombé par «hasard», et j'ai vite été édifié, sur le long testament spirituel d'un jeune prêtre «rallié», le P. Cyril Gordien (1974-2023), décédé d'un cancer à 49 ans. Dernier écrit de ce prêtre empreint d'une vraie vie de Foi, c'est un témoignage qui mérite fort d'être connu, surtout en notre temps de grande apostasie générale où tout semble extrêmement important (de préférence : ce qui ne l'est absolument pas), sauf Dieu et son Église, sauf le salut des âmes. Son testament spirituel est en effet une expression vibrante de Foi, d'Espérance et de Charité, quoique très-humble dans la trame et le filigrane du temps qui passe et trépasse, quoique, surtout, hélas, plombée par l'ignorance invincible dans laquelle vivait de toute évidence ce prêtre «rallié» quant à la malignité moderniste et progressiste des pontificats de Jean-Paul II & Benoît XVI.
 
        "Oui, il peut exister des saints authentiques même dans des mauvais camps... c'est une évidence, bien sûr, pour le chrétien qui connaît sa Religion, théoriquement, il le sait, mais il est toujours bon de s'en rafraîchir la mémoire par des exemples concrets, pour notre humilité. Est-ce que moi, qui suis dans le bon camp et qui y demeure par grâce de Dieu, je poursuis la sainteté autant que celui que je vois être dans un mauvais camp, mystérieusement aveuglé quant à lui dans l'ignorance invincible de son mauvais camp ? C'est en fait la seule vraie question, that's the question...
 
        "C'est pourquoi, chers amis lecteurs, je vous mets le lien du site «rallié» La Nef, où vous pourrez lire le beau testament spirituel de ce prêtre mort jeune : http://lanef.net/2023/03/20/le-testament-spirituel-de-labbe-cyril-gordien-pretre-au-coeur-de-la-souffrance/‌, lequel ne peut que contribuer, dans une saine émulation, à échauffer salutairement votre Foi personnelle (vous le trouverez aussi sur le nouvel article de mon Blog, au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/vie-et-mort-dun-bon-jeune-pr-tre-ralli-?Itemid=154).
 
        "Je vous en souhaite à tous une édifiante et fructueuse lecture, pour vous rapprocher du Bon Dieu.

"Vincent Morlier,
"Écrivain catholique.
"https://www.eglise-la-crise.fr/"
 
 
 
Le testament spirituel de l’abbé Cyril Gordien :
prêtre au cœur de la souffrance
 
 
        "L’abbé Cyril Gordien a été enterré ce matin, 20 mars [2023], en la fête de saint Joseph reportée à ce jour, en présence de 220 prêtres et plus de 2 000 fidèles dans l’église Saint-Pierre de Montrouge pleine à craquer. Mgr Ulrich, archevêque de Paris, présidait la cérémonie et le Père Guillaume de Menthière a prononcé une homélie forte et bouleversante. Le testament spirituel de l’abbé Gordien était distribué aux fidèles à l’entrée de l’église ― on peut aussi se le procurer en version papier à la paroisse Saint-Dominique. Nous le publions ici intégralement avec l’aimable autorisation de la famille" (La Nef ― cf. http://lanef.net/2023/03/20/le-testament-spirituel-de-labbe-cyril-gordien-pretre-au-coeur-de-la-souffrance/).
 
 
"Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur" (Ps CXV, 12).
 
        Chaque jour, en célébrant la sainte Messe, j’élève la coupe du précieux Sang de notre Sauveur, et je lui rends grâce pour cet immense don qu’il m’a fait : être prêtre de Jésus-Christ, moi, son indigne serviteur.
 
        ITINÉRAIRE SPIRITUEL
 
        C’est par une immense action de grâce lancée à notre Seigneur que je voudrais débuter ces quelques lignes de méditation. Oui, je rends grâce à mon Dieu pour la foi que j’ai reçue dans mon enfance, une foi solide et pure, une foi qui n’a jamais failli malgré les nombreuses épreuves de la vie, une foi que mes chers parents m’ont transmise dans la fidélité et l’amour vrai de l’Église. Je rends grâce au Seigneur pour la famille unie dans laquelle je suis né, et pour tout l’amour que mes parents et mes frères m’ont prodigué. J’ai eu une enfance très heureuse, marquée par l’exemple que donnait mon père, exemple de don de soi dans son métier de chirurgien et de fidélité dans la pratique religieuse.
 
        Mon père m’a transmis le sens de l’effort, le dégoût pour la mollesse et la paresse, la rigueur dans le travail bien fait, et la force pour combattre. Il a toujours fait preuve d’un grand courage pour défendre la vie et la foi, à travers de multiples engagements, que ce soit pour toutes les questions bioéthiques, avec son expertise de chirurgien, ou que ce soit pour défendre l’école libre.
 
        Ma mère m’a transmis sa douceur et sa joie de vivre, son sens du beau et son bon sens, sa piété fidèle et sa finesse dans les relations. Elle aussi, a toujours fait preuve d’un immense courage pour soutenir mon père à la fin de sa vie, et pour affronter ensuite sa nouvelle vie de veuve, si jeune, avec ses enfants à charge. Elle n’a jamais baissé les bras, animée d’une foi indéfectible. Aujourd’hui encore, elle affronte ma maladie en m’apportant son caractère optimiste et joyeux pour avancer.
 
        Je rends grâce au Seigneur pour m’avoir appelé au sacerdoce, moi, son indigne serviteur. Lorsque j’ai ressenti cet appel au fond de mon cœur, il m’a rempli d’une joie indicible, et simultanément d’une crainte pleine de respect pour le Seigneur : pourquoi moi, qui me sens si indigne et si incapable d’assumer une telle charge et une si grande mission ? Mon chemin vers le sacerdoce, au séminaire, fut à la fois joyeux et douloureux. Joyeux, par les grâces reçues, lesquelles m’ont toujours conforté dans ma vocation, et par tout ce que j’ai reçu à travers la formation ; douloureux, aussi, par des épreuves et souffrances venant de l’Église.
 
        Je n’ai jamais trahi les convictions qui m’animaient, malgré les persécutions inévitables. J’ai toujours résisté, combattu et lutté quand je sentais que les mensonges, la médiocrité, ou la perversité étaient à l’œuvre. Cela m’a valu des coups reçus et des brimades, mais je ne regrette pas ces combats menés avec conviction. Le plus dur est de souffrir par l’Église.
 
        Le Pape saint Jean-Paul II fut le Pape de ma jeunesse. Je l’ai tellement aimé, dans l’exemple de force et de courage qu’il nous donnait. C’est lui qui m’a communiqué l’enthousiasme de la foi et l’ardeur apostolique. Avec lui, j’ai grandi dans l’amour de l’Église et la fidélité au Magistère. Le témoignage de sa vie donnée jusqu’au bout, dans la souffrance acceptée et offerte, dans la célébration de la Messe malgré les douleurs, m’a bouleversé. C’est toujours sur lui que je m’appuie aujourd’hui pour célébrer la messe. Quand les forces me manquent, quand je suis essoufflé, quand mon corps me fait mal, je lui parle et lui demande : "Très saint Père, donnez-moi votre force et votre courage pour célébrer les saints mystères, comme vous l’avez fait jusqu’au bout dans un don total". Il fut pour moi le témoin de la joie de la foi et de l’attachement au Christ. Il fut pour moi l’exemple d’un bloc de prière au milieu des tribulations de ce monde. Il fut confronté aux forces du mal, affrontant avec courage ces deux totalitarismes du vingtième siècle qui ont fait des millions de morts. Il a résisté, il a combattu, il a fait tomber le mur de Berlin qui écrasait l’humanité. Saint Jean-Paul II est pour moi un géant de la foi, un saint exceptionnel qui continue de me porter. Je n’oublierai jamais ces moments où j’ai eu la joie de le rencontrer. C’est pourquoi j’ai participé, malgré tous les obstacles, à ses funérailles, à sa béatification puis à sa canonisation.
 
        Le Pape Benoît XVI fut le Pape de mon sacerdoce. J’ai été ordonné le 25 juin 2005, deux mois après son élection. Il m’a porté d’une manière extraordinaire dans les débuts de ma vie de prêtre par la profondeur de ses homélies, par ses analyses pertinentes et prophétiques de notre monde, par ses réflexions lumineuses. L’exemple de son humilité et de sa douceur m’ont beaucoup touché. Il fut un vrai serviteur de Dieu, soucieux d’affermir la foi des fidèles pour le salut des âmes. Il a cherché sans cesse à ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Ce fut un homme de prière, enraciné dans la contemplation du Dieu vivant. Pendant près de dix ans, après sa renonciation, il vécut retiré du monde, mais le portant dans sa prière. Depuis son décès, je l’invoque pour notre Église, en proie à une grave crise. Il est pour moi l’exemple d’une vie donnée au service de la vérité, déployant toute sa grande intelligence pour mettre en lumière, de façon limpide, les plus hautes vérités de la foi. Je me plonge toujours dans ses écrits, ses livres, ses homélies, ses discours avec la joie profonde de celui qui apprend et commence à mieux comprendre. La défense et la transmission de la foi, dans la fidélité à la Tradition, furent son combat de chaque jour. Je puis témoigner du fait qu’il m’a affermi dans la foi. Je demeure toujours bouleversé par son cœur de bon Pasteur, en particulier lorsqu’il écrivit une lettre aux évêques du monde entier, suite aux attaques suscitées par son geste de communion en levant l’excommunication qui pesait sur les quatre évêques de la fraternité saint Pie X. Cette lettre est magnifique, c’est son cœur qui parle.
 
        Dans ma vie d’homme et de prêtre, j’ai connu pas mal d’épreuves. La mort d’Ingrid, ma si chère amie de jeunesse, en août 1995, puis celle de mon cher père en mars 1996 furent pour moi une véritable épreuve marquée par une profonde douleur du cœur. Deux êtres qui me sont si proches sont morts la même année à sept mois d’écart. La vie se poursuit, la foi demeure ma force. J’avance dans mes études, et l’appel au sacerdoce s’intensifie. Je rentre au séminaire en 1998 et serai ordonné prêtre le 25 juin 2005.
 
        Ma première mission fut au Liban, pays que j’ai beaucoup aimé, malgré les conditions éprouvantes dans lesquelles j’avais été envoyé. Je remercie les Carmes qui m’ont ouvert les portes de leur couvent et m’ont accueilli comme un frère. J’ai découvert un beau pays, marqué par la foi et l’amour de la France. Puis je fus nommé à la Paroisse sainte Jeanne de Chantal, où j’ai connu la grande joie de servir une communauté et une jeunesse que j’aimais. J’ai passé deux ans dans cette paroisse, heureux avec les paroissiens, et malheureux avec un curé qui n’a pas su me recevoir comme jeune prêtre.
 
        J’ai été nommé au bout de deux ans à la chapelle Notre Dame du Saint Sacrement, rue Cortambert. Mon apostolat s’est entièrement déployé auprès des jeunes, que ce soit dans les lycées où j’étais aumônier ou bien à la chapelle avec toutes les activités proposées. Ce furent des moments heureux et plein de joie au milieu de tous ces jeunes qui avaient soif d’une parole vraie et exigeante. Je n’ai hélas pas toujours rencontré le soutien escompté des responsables locaux (communauté des sœurs, conseil pastoral…), ayant sans cesse à subir des blocages dans les initiatives liturgiques et pastorales. Que de combats à mener !
 
        En septembre 2013, je fus nommé dans une paroisse voisine, Notre Dame de l’Assomption. C’est alors que survint l’affaire Gerson, en avril 2014, sur laquelle je ne m’étendrai pas. Je voudrais simplement confier que cette affaire fut fomentée de toute pièce par des parents d’élèves et des professeurs ne supportant pas l’impulsion religieuse déployée dans l’établissement. Dans ce combat, nous n’avons été soutenus ni par la direction diocésaine, qui alimentait la crise, ni par le diocèse. Je n’ai jamais été consulté pour donner mon avis sur la manière dont je percevais les choses de l’intérieur. Cette crise fut éprouvante, mais nous l’avons surmontée grâce à notre unité et nos convictions. J’ai encore constaté à cette occasion à quel point nos responsables ne prenaient pas soin des prêtres.
 
        Les six années passées à l’Assomption furent des années de grand bonheur : j’étais profondément heureux dans les missions auprès des jeunes, et nous étions très unis avec les prêtres, dans une ambiance joyeuse et fraternelle. Ce furent des années de grâces. Je remercie en particulier le Père de Menthière qui fut pour moi un modèle de curé et un ami. Je tiens ici à dire combien l’amitié sacerdotale est importante dans la vie du prêtre. J’ai de très bons amis prêtres, depuis le séminaire, et nous nous rencontrons régulièrement. La société sacerdotale de la Sainte Croix, dont je fais partie, m’assure aussi du soutien et de l’amitié de nombreux prêtres.
 
        Puis je fus nommé en septembre 2019 curé de la paroisse saint Dominique, dans le XIVe, quartier que je connaissais bien, ayant vécu trois ans chez mon grand-père, porte d’Orléans. Première paroisse comme curé : sa paroisse on l’aime, on s’émerveille, on se donne. Je me suis tout de suite engagé dans l’apostolat auprès des jeunes, qui me semblait quelque peu délaissé. J’ai entrepris peut-être trop vite des changements, notamment liturgiques, qui s’imposaient, sans prendre suffisamment le temps d’expliquer.
 
        Puis la crise du coronavirus est survenue. En mars 2020, six mois à peine après mon arrivée, la vie est paralysée. Je me retrouve totalement seul au presbytère et dans l’église, chacun étant parti se confiner ailleurs. Pour moi, une évidence s’impose : je ne peux pas célébrer la messe pour moi tout seul, en m’enfermant pour me protéger… Je ne suis pas prêtre pour moi, privant les fidèles des sacrements. Je décide de laisser l’église ouverte, toute la journée, et de célébrer la messe dans l’église, en exposant auparavant le Saint-Sacrement, me tenant disponible pour les confessions. Je n’ai prévenu personne, mais les fidèles sont venus d’eux-mêmes. J’assume pleinement ce choix, et ne le regrette en rien. Certains, partis en villégiature à la campagne, me l’ont reproché à distance. D’autres, à leur retour des confinements, m’ont fait de vifs reproches. Il est facile de critiquer quand on passe plusieurs semaines au soleil, en dehors de Paris…
 
        Cette crise révèle un drame de notre époque : on veut protéger son corps pour préserver sa vie, fût-ce au détriment des relations personnelles et de l’amour donné jusqu’au bout. On veut sauver son corps au détriment de son âme. Que vaut une société qui privilégie de manière absolue la santé du corps, laissant des personnes mourir dans une solitude effroyable, les privant de la présence de leurs proches ? Que vaut une société qui en vient à interdire le culte rendu au Seigneur ? Comme l’écrit le cardinal Sarah : "Aucune autorité humaine, gouvernementale ou ecclésiastique, ne peut s’arroger le droit d’empêcher Dieu de rassembler ses enfants, d’empêcher la manifestation de la foi par le culte rendu à Dieu. (…) Tout en prenant les précautions nécessaires contre la contagion, évêques, prêtres et fidèles devraient s’opposer de tout leur pouvoir à des lois de sécurité sanitaire qui ne respectent ni Dieu ni la liberté de culte, car de telles lois sont plus mortelles que le coronavirus" (1).
 
        PRÊTRE DE JÉSUS-CHRIST
 
        Le sacerdoce a été toute ma vie. Je n’ai jamais regretté un seul instant d’avoir répondu oui au Seigneur qui m’a comblé de ses grâces à travers mon ministère. Quel don inestimable que celui d’être prêtre de Jésus- Christ ! Quelle grâce ineffable ! Chaque jour, célébrer la sainte Messe fut un immense bonheur. Je mesure à peine le cadeau que le Seigneur m’a fait de pouvoir tenir dans mes pauvres mains son divin corps, et de lui prêter ma voix et mon humanité blessée afin qu’il puisse se rendre sacramentellement présent. Je vais à la sainte Messe en montant sur le Golgotha, conscient que le drame du salut s’est déroulé sur cette colline. Je recueille dans mon calice le précieux sang qui coule du cœur transpercé, ce sang sauveur qui coulait déjà à Gethsémani. C’est en transpirant des gouttes de sang que notre Seigneur Jésus a prononcé le grand oui à la volonté de son Père et qu’il a accepté d’offrir sa vie en sacrifice pour le salut de tous les hommes.
 
        Je ne suis qu’un petit vase d’argile dans lequel mon être fragile fut transformé par la grâce sacerdotale le jour de mon ordination. Je ne suis plus le même être qu’avant : désormais, le caractère sacerdotal imprègne mon corps et mon âme et me rend capable de donner Dieu aux hommes. Quel mystère et quelle grâce ! Le curé d’Ars disait : "Si le prêtre savait ce qu’il est, il mourrait". Je ne suis pas prêtre pour moi mais pour les âmes, pour leur salut. Quelle charge pèse sur mes épaules : prêtre pour le salut des âmes qui me sont confiées. Je médite avec humilité ces paroles du bon et saint Curé d’Ars. Elles m’aident à saisir la grandeur du sacerdoce qui ne m’appartient pas : "Si nous n’avions pas le sacrement de l’ordre, nous n’aurions pas Notre Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraitre devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir à cause du péché, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre. Après Dieu, le prêtre c’est tout. Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel".
 
        J’ai conscience que le prêtre doit être à la fois du côté de Dieu et du côté de l’homme. C’est le Pape Benoit XVI qui m’a aidé à mieux comprendre la mission de médiateur du prêtre, lors d’une lectio divina qu’il donna aux prêtres de Rome. Le prêtre est un médiateur qui ouvre aux hommes les portes du chemin vers Dieu. Il est comme un pont qui relie l’homme à Dieu pour lui donner la vraie vie, la vie éternelle et le conduire à la lumière véritable. Le prêtre doit être d’abord et fondamentalement du côté de Dieu. Cela signifie qu’il doit passer du temps en présence du Seigneur pour être avec Lui. Le Seigneur choisit ses douze apôtres pour demeurer avec Lui, et ensuite, pour les envoyer prêcher. Il y a pour le prêtre une priorité absolue à se donner à Dieu en lui consacrant du temps : à travers la messe quotidienne, la prière du bréviaire, la méditation et l’oraison, la prière du chapelet, et tant d’autres dévotions qui nourrissent la vie intérieure. Si un prêtre ne prie plus, il ne peut plus porter de fruits.
 
        Arrivé comme curé dans ma paroisse en septembre 2019, j’ai eu le sentiment que beaucoup de belles choses se vivaient, mais surtout de manière horizontale. Même si une réelle vie de prière était présente, je percevais qu’il manquait une dimension verticale, transcendante, une dimension qui permettrait de tout supporter pour harnacher à Dieu l’ensemble de la vie paroissiale. C’est pourquoi j’ai eu la conviction qu’il fallait se lancer dans l’adoration permanente du Saint Sacrement. Sans l’appui indéfectible d’un fidèle couple de paroissiens dont la foi est un roc et l’engagement sans faille, je n’y serais jamais parvenu.
 
        Lorsque nous avons décidé de lancer l’adoration permanente en novembre 2020, je n’imaginais pas à quel point le démon se déchaînerait pour empêcher la réalisation de ce projet. Les obstacles furent nombreux, entre les contingences matérielles, les doutes, les inquiétudes, la recherche de volontaires engagés, et les contraintes dues à la situation sanitaire. Malgré tout, l’organisation se met en place progressivement, et nous pouvons raisonnablement envisager une adoration sur quatre jours et trois nuits. Les créneaux du soir et de la nuit sont vite comblés, puis viennent progressivement les créneaux du jour. Au bout de deux semaines, tout est prêt, le tableau est bien rempli. Une date est fixée : le mardi 10 novembre. C’est alors que survient comme un couperet l’annonce du couvre-feu… Nous décidons de maintenir malgré tout, en rappelant peu à peu les Adorateurs pour faciliter leur venue, en proposant aux plus jeunes de dormir sur place… Puis vient très vite la nouvelle du deuxième confinement, avec les départs en province de quelques paroissiens… Il nous faut à nouveau rappeler tout le monde, pour s’assurer de leur présence à Paris, de leur motivation, et appeler de nouveaux Adorateurs.
 
        Finalement, après toutes ces péripéties, nous parvenons à débuter l’Adoration comme prévu, le 10 novembre. Du mardi 8h jusqu’au vendredi 18h30, les fidèles se succèdent et se relaient pour adorer le Seigneur Jésus dans son Saint Sacrement. Comme prêtre, j’éprouve une immense joie à venir adorer au cœur de la nuit silencieuse. Je suis profondément heureux de voir les fidèles venir prier à toute heure, et constituer ainsi comme un foyer capable de rayonner de l’amour de Dieu. Je suis émerveillé devant ces jeunes, collégiens, lycéens ou étudiants, qui se sont engagés pour un créneau et qui viennent la nuit, ou bien juste à la sortie de leurs cours, sac au dos. Je suis admiratif devant ces pères de famille qui viennent dans la nuit, ou bien très tôt le matin avant de rejoindre leur lieu de travail, ou encore ces mères de famille qui emmènent leurs petits enfants. Je suis ému devant ces personnes âgées qui tiennent dans la fidélité, aux heures les plus mouvementées de la journée.
 
        Tous, de toute condition et de tout âge, se sont mobilisés pour mettre le Christ au centre de leur vie, l’adorer, le prier, lui confier leurs intentions, et porter leur paroisse. Je suis convaincu que cela est source de nombreuses grâces pour chacun et pour la vie paroissiale, et que cette prière continue est la source de la fécondité des diverses activités pastorales. Avec la sainte Vierge, je m’écrie, le cœur rempli de gratitude : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur !".
 
        Oui, l’adoration est au cœur de la vie du prêtre. Je dois passer du temps devant le Seigneur, devant le tabernacle. Auprès de Lui, je peux confier mes peines et mes joies, lui ouvrir mon cœur, lui parler comme on parle à un ami cher, tout déposer près de son cœur, en étant certain qu’il est là, qu’il m’écoute, et qu’il parle à mon cœur.
 
        "Je vous dirai, confiait saint Josemaria Escriva, que le tabernacle a toujours été pour moi comme Béthanie, cet endroit tranquille et paisible qu’aimait le Christ, où nous pouvons lui raconter nos préoccupations, nos souffrances, nos espérances et nos joies, avec la simplicité et le naturel avec lesquels lui parlaient ses amis, Marthe, Marie et Lazare" (2).
 
        Le saint Pape Jean-Paul II nous a montré l’exemple de la dévotion eucharistique. Je me permets de le citer dans ce qui fut sa dernière encyclique : "Le culte rendu à l’Eucharistie en dehors de la Messe est d’une valeur inestimable dans la vie de l’Église. Ce culte est étroitement uni à la célébration du Sacrifice eucharistique. La présence du Christ sous les saintes espèces conservées après la Messe – présence qui dure tant que subsistent les espèces du pain et du vin – découle de la célébration du Sacrifice et tend à la communion sacramentelle et spirituelle. Il revient aux pasteurs d’encourager, y compris par leur témoignage personnel, le culte eucharistique, particulièrement les expositions du Saint-Sacrement, de même que l’adoration devant le Christ présent sous les espèces eucharistiques" (3). Dans la Sainte Eucharistie "se trouve le trésor de l’Église, le cœur du monde, le gage du terme auquel aspire tout homme, même inconsciemment. Il est grand ce mystère, assurément il nous dépasse et il met à rude épreuve les possibilités de notre esprit d’aller au-delà des apparences. Ici, nos sens défaillent ― "visus, tactus, gustus in te fallitur", est-il dit dans l’hymne Adoro te devote ―, mais notre foi seule, enracinée dans la parole du Christ transmise par les Apôtres, nous suffit. (…) Tout engagement vers la sainteté, toute action visant à l’accomplissement de la mission de l’Église, toute mise en œuvre de plans pastoraux, doit puiser dans le mystère eucharistique la force nécessaire et s’orienter vers lui comme vers le sommet. Dans l’Eucharistie, nous avons Jésus, nous avons son sacrifice rédempteur, nous avons sa résurrection, nous avons le don de l’Esprit Saint, nous avons l’adoration, l’obéissance et l’amour envers le Père. Si nous négligions l’Eucharistie, comment pourrions-nous porter remède à notre indigence ?" (4).
 
        Si le prêtre est du côté de Dieu, il doit aussi être du côté de l’homme. Et là je mesure mon indigence et mes grandes faiblesses. Le prêtre doit soutenir, encourager, exhorter, consoler, soigner par les sacrements tous ceux qui lui sont confiés, sans distinction ni préférence. Tout à tous. L’humanité du prêtre, blessée mais restaurée par le Christ, lui donne la capacité de compatir aux souffrances des hommes. Dans la lettre aux Hébreux (5), nous comprenons que la véritable humanité ne consiste pas à s’abstraire des souffrances de ce monde, mais au contraire à être capable de les rejoindre pour les porter dans la compassion. Le prêtre doit être une personne "en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse" (5, 2), à l’image du Christ qui, "pendant les jours de sa vie mortelle, a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ; et, parce qu’il s’est soumis en tout, il a été exaucé" (5, 7).
 
        Ainsi, le prêtre est celui qui porte jusque dans son corps la souffrance des hommes pour faire monter vers Dieu leur cri, dans les larmes de la prière, pour porter au cœur de la divinité les peines et les misères humaines. Le prêtre porte la souffrance du monde dans son cœur et il souffre avec le monde. C’est à cette capacité de compassion que se mesure la véritable humanité.
 
        Combien de fois des fidèles m’ont-ils confié leurs déboires, leurs immenses peines, leurs combats et leurs épreuves. Parfois, je ressens ce poids du monde qui souffre, et il n’y a que le Christ qui puisse me soulager, lorsque je dépose à ses pieds ce lourd fardeau après lui avoir fait entendre la complainte des hommes souffrants. Il y a les misères matérielles, tous ces pauvres que nous croisons sur nos routes, et que nous essayons de soulager un peu, par un don, mais surtout par un regard, une parole, par le fait d’entrer en relation ; il existe aussi les misères morales, dues aux péchés, qui font que certaines personnes sont enlisées dans des situations qui semblent inextricables. Et puis nous rencontrons les misères du corps, tous ces malades qui n’en peuvent plus, tous ces blessés de la vie que nous essayons de consoler et de soulager, notamment par le sacrement des malades.
 
        Seigneur Jésus-Christ, combien notre humanité souffre ! Mais tu as présenté, "avec un grand cri et dans les larmes" la clameur de ces souffrances, et tu continues de les présenter à Dieu notre Père qui veille. Dans la foi, nous savons que ces souffrances ne sont pas vaines, mais que, si elles sont offertes dans un acte ultime d’amour, elles recèlent une mystérieuse fécondité.
 
        Je fais mienne cette belle prière de saint Ambroise : "Puisque Tu m’as donné de travailler pour ton Église, protège toujours les fruits de mon labeur. Tu m’as appelé au sacerdoce, alors que j’étais un enfant perdu ; ne permets pas que je me perde maintenant que je suis prêtre. Mais avant tout, donne-moi la grâce de savoir compatir aux pécheurs du plus profond de mon cœur. Donne-moi d’avoir compassion, chaque fois que je serai témoin de la chute d’un pécheur ; que je ne châtie pas avec arrogance ; mais que je pleure et m’afflige avec lui. Fais qu’en pleurant sur mon prochain, ce soit aussi sur moi-même que je pleure, et que je m’applique la parole «Thamar est plus juste que toi». Amen".
 
        Le Curé d’Ars est pour moi un modèle et un guide dans mon sacerdoce. Lorsque j’étais étudiant, et que je réfléchissais à la vocation, j’ai lu avec passion sa biographie écrite par Mgr. Trochu. Cette vie entièrement donnée, dans l’oubli total de soi, pour le salut des âmes, m’a bouleversé. Il fut un apôtre infatigable de la miséricorde de Dieu.
 
        La confession, avec la Messe, est au cœur de la vie du prêtre. Transmettre le Pardon de Dieu à travers le sacrement est une grâce extraordinaire. Qui suis-je, moi, pauvre homme, pour dire à quelqu’un : "Et moi je vous pardonne tous vos péchés…". Quelle immense joie que d’être le témoin de la miséricorde du Seigneur ! Le sacrement du pardon réjouit bien sûr le pénitent : arrivé avec un visage triste, portant le poids de ses péchés, il repart le cœur léger et purifié et la mine réjouie par l’amour de Dieu. Le sacrement suscite aussi la joie du prêtre : quel bonheur de permettre à une personne d’être libérée de ses péchés et de repartir le cœur en paix ! Ce sacrement entraîne aussi la joie du Seigneur, il réjouit le cœur de Dieu ! "Il y a plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se convertit…".
 
        Le curé d’Ars disait : "Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus". Cela signifie que le prêtre puise auprès de notre Seigneur, penché sur sa poitrine dans la prière, comme l’apôtre saint Jean, l’amour qui jaillit de son divin cœur, pour ensuite le transmettre aux hommes par la grâce des sacrements.
 
        Parmi mes grandes joies sacerdotales, il y a la joie de l’apostolat auprès des jeunes. J’ai eu la chance, dans mes divers apostolats, d’avoir à accompagner beaucoup de jeunes : à travers le scoutisme, notamment comme conseiller religieux national des guides et scouts d’Europe ; comme aumônier de collèges et lycées ; comme prêtre de paroisse, en fondant un groupe Even ; en organisant et accompagnant de nombreux pèlerinages, aux JMJ, en Terre Sainte, en France…Je suis l’heureux témoin d’une belle jeunesse, qui a soif d’exigence, qui se confesse, qui désire se former, qui prie, qui progresse sur le chemin de la sainteté. Je voudrais dire à tous ces jeunes qu’il est beau de vivre et d’accueillir la vie comme un don de Dieu ! Il est beau de vouloir bâtir sa vie sur le roc de la foi ! Je voudrais vous encourager à vous engager, à désirer fonder une famille authentiquement chrétienne où la foi est au centre, à oser répondre à l’appel du Seigneur à tout quitter pour le suivre dans le sacerdoce ou la vie consacrée, sans crainte. Seul le Christ est capable de combler les plus hautes aspirations de nos cœurs !
 
        L’ÉPREUVE DE LA MALADIE
 
        Lorsque j’ai appris que j’étais atteint d’un cancer, en mars 2022, cela ne m’a pas vraiment surpris. J’avais l’intuition que quelque chose de grave se produirait et que je mourrai jeune.
 
        Mystère de la souffrance… J’ai eu la confirmation qu’il n’y avait pas de guérison possible pour mon cancer. La médecine peut simplement contenir relativement l’évolution de ce cancer au stade 4. Pour combien de temps ? Combien de mois me reste-t-il à vivre ? Moi qui ai souvent médité sur la mort, accompagné des mourants, célébré des funérailles, exhorté à l’espérance de la vie éternelle, me voici maintenant confronté à ma propre mort, à 48 ans. Je veux me préparer avec foi à cet instant décisif. Je n’ai pas peur de la mort, car je crois de tout mon être en la vie éternelle ; mais je crains mon Seigneur, d’une crainte pleine de respect et d’amour. "Je sais que mon Rédempteur est vivant", comme le professe Job. Je sais que mon Seigneur m’attend. Je sais aussi que je vais comparaître devant le Christ, et je dois me préparer à paraître face à Lui, humblement. Je reconnais mes péchés, mes nombreux péchés. Et j’implore pour moi la grande miséricorde de Dieu. Comme je suis indigne d’avoir été choisi pour devenir prêtre… Ai-je bien rempli ma mission ? Ai-je suffisamment aimé le bon Dieu, et par Lui, ai-je suffisamment aimé mon prochain ? Certainement pas. Ma faiblesse et mes péchés sont autant d’obstacles à l’amour véritable. Je sens la charge qui pèse sur mes épaules comme prêtre de Jésus-Christ. Je ne me suis pas assez donné ni sacrifié pour le salut des âmes. Je n’ai pas assez prié pour mes paroissiens, pour le bien de leur âme et leur salut. Je suis passé trop vite à côté des petits et des humbles, à côté de ceux qui souffrent. Je n’ai pas assez montré le chemin de la sainteté.
 
        Je ne prie pas assez pour ce que je souffre. Personne ne peut imaginer ce que j’endure depuis le mois de mars 2022 où tout a basculé. Comme il est difficile de porter sa croix, chaque jour… Je porte discrètement ces souffrances quotidiennes, ces humiliations cachées, ces blessures du corps qui font mal jusque dans les réalités de la vie quotidienne. J’essaye d’assumer, de ne rien montrer. Je désire accomplir au mieux, autant que je peux, ma mission de curé à travers les tria munera (les trois charges), en particulier dans la célébration quotidienne du sacrifice de la Messe. Je m’unis de tout mon être au Christ qui donne sa vie sur la Croix. En prononçant les saintes paroles, "Ceci est mon corps livré pour vous", je pense aussi à mon pauvre corps qui souffre et que je désire livrer pour le salut des âmes.
 
        J’ai dû accepter de nombreux renoncements, et c’est peut-être cela le plus éprouvant. Tel enseignement, tel pèlerinage avec les jeunes que j’avais préparé, tel mariage que je devais célébrer, telle veillée de prière que je devais mener, telle mission ou telle retraite auprès des élèves que je devais assumer… Tout cela, je n’ai pas pu l’accomplir à cause de mes opérations de mai et juin. J’ai dû renoncer, humblement, en apprenant à me reconnaitre malade. Cela m’a rendu si triste, j’ai beaucoup pleuré. Des joies tangibles de ma vie de prêtre m’étaient peu à peu retirées… Je découvrais mon impuissance, mon incapacité à accomplir certaines tâches, moi qui, auparavant, ne mesurais pas ma peine et dépensais toute mon énergie dans la fidélité à la mission confiée. J’ai beaucoup donné, de peine, de temps, de fatigue, dormant peu et prenant trop peu de repos. J’ai appris de mon père le renoncement à soi-même, le sens de l’effort et du sacrifice, la volonté de ne pas s’écouter et d’avancer malgré fatigue et contradictions. Je ne regrette pas cela, c’était ma façon de me donner et de m’oublier.
 
        Aujourd’hui, je souffre de ne pas parvenir à réaliser tout ce que je voudrais. Je suis mortifié par ces renoncements de chaque jour, par cette énergie que je n’ai plus, par cette force physique qui me manque cruellement. C’est sûrement ainsi, dans cette voie du dépouillement, que notre Seigneur désire me conduire désormais. Cela m’apprend le saint abandon, moi qui aimais décider, organiser, et tout planifier, jusque dans les moindres détails. Mes journées s’enchaînaient, rythmées par un programme précis, me tenant en haleine et sans repos, car le sacerdoce n’est pas fait pour les paresseux, les oisifs ou les planqués. Je perçois mieux la portée de cette parole du Christ adressée à saint Pierre, après la résurrection, au bord du lac : "En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains, un autre te nouera ta ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas" (Jn XXI, 18).
 
        Dans l’abbatiale de saint-Wandrille, je contemple la Croix du Christ, qui resplendit au milieu des ténèbres. Elle est illuminée tandis que tout est obscur alentour. Notre Seigneur Jésus a choisi librement le chemin de la Passion. Lui, l’Innocent, est mort crucifié sur cette croix effrayante, laquelle est pourtant devenue le signe de notre foi et l’instrument de notre salut. J’essaye de discerner un chemin lumineux au cœur de mes souffrances. Je regarde le Christ qui a donné sa vie pour moi. Suis-je prêt à donner ma vie ? Quel sens ont mes souffrances ? Mes larmes se mêlent à celles de la sainte Vierge, debout, au pied de la croix. C’est ma consolation. Je reçois cette parole de l’Évangile du jour comme une flèche de feu qui perce mon cœur et m’apporte réconfort et espérance : "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger" (Mt XI, 29-30). Oui, Seigneur, je veux venir à toi, m’approcher de toi qui fais tout mon bonheur, et te confier ce fardeau de la souffrance qui pèse lourdement sur mes épaules. Si telle est ta volonté, j’accepte de le porter, mais avec toi, car sans toi, ma vie tombe en ruine. Je désire être chargé de ton joug, c’est-à-dire de ta très douce volonté, pour faire ce que tu veux et devenir ton vrai disciple. Ta sainte volonté est portée par la douceur, car elle ne s’impose jamais de force, mais elle suscite l’adhésion libre et confiante. Ta sainte volonté est portée par l’humilité, car elle s’enracine dans le grand oui adressé à la volonté de Dieu notre Père et scellé dans le sang. Auprès de toi, Seigneur Jésus, mon âme désire se reposer et s’apaiser. Que loin de moi s’enfuient les songes, et les angoisses de la nuit.
 
        Que veux-tu que je fasse, ô mon Dieu ? Je suis prêt à tout, j’accepte tout, du moins je l’exprime dans ma pauvre prière. Si tu le veux, Seigneur, tu peux me guérir, pour ta plus grande gloire. Je te le demande humblement. La médecine ne peut plus rien, seul un miracle peut me guérir. Je ne refuse pas le labeur et la peine, pour le salut des âmes, si tu désires que ma mission sacerdotale se poursuive encore sur cette terre. Mais si tu le veux, Seigneur, je veux aussi me préparer à ma mort, me sanctifier, implorer le pardon de mes fautes, purifier mon âme pour comparaître devant toi. J’accepte de mourir, car peut-être, selon ton désir, serais-je plus utile au Ciel que sur terre.
 
        Ma vie est entre tes mains. Je ne refuse pas le combat pour la vie. Si telle est ta volonté, je veux continuer à me battre, avec les armes de la médecine, vers une issue que Toi seul connais. Depuis le mois de mars, je lutte, je supporte, je souffre. Je suis prêt à poursuivre ce combat pour la vie, même s’il est si rude à travers toutes les chimiothérapies. Je désire me battre pour tous ceux qui comptent sur moi, pour ma famille, mes amis, mes paroissiens et fidèles. Je fais mienne la profession de foi de Marie, sœur de Lazare, à qui Jésus demandait : "Je suis la résurrection. Qui croit en moi, fût-il mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" ― et Marie de répondre  "Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir en ce monde" (Jn XI, 25-27). Je demande au Seigneur la grâce d’accepter de quitter ce monde quand mon heure sera venue, dans la volonté de Dieu.
 
        Au-delà de la souffrance, je découvre une fécondité nouvelle. Auparavant, la fécondité de mon sacerdoce transparaissait bien souvent à travers des signes visibles : des joies et des grâces tangibles, des jeunes qui répondent à l’appel du Seigneur, des apostolats réussis, des gratitudes exprimées, des victoires obtenues. À présent, la fécondité de mon sacerdoce demeure voilée, mystérieuse, mais réelle. C’est la fécondité de la croix, le grand passage de l’apparent échec au triomphe de la vie.
 
        Nos petites actions, humbles, portées par la prière, possèdent une grande force. Notre Seigneur s’en sert pour toucher les cœurs, avec parfois plus d’efficacité que par une grande action éclatante. J’ai peut-être parfois trop cherché à briller devant les hommes, plutôt que de laisser le Christ briller à travers moi, lui qui est la Lumière du monde. Mon sacerdoce est celui du Christ, pas le mien. "Il faut que Lui grandisse, et que moi, je diminue" criait St Jean-Baptiste, en désignant le Christ, et en s’effaçant devant Lui. Je prends à présent un chemin d’abaissement et d’humiliation qui est celui de la Croix. Chemin d’abaissement, pour renoncer davantage à moi-même, et accepter ce que Dieu veut, en le laissant décider, en le laissant agir, en m’appuyant sur Lui. Chemin d’humiliation, car des humiliations me sont données, elles viennent de la maladie et s’imposent à moi comme des épines bienfaisantes, pour autant que je les accepte et les supporte avec le Christ.
 
        Comme je comprends mieux la portée de cette parole que nous recevons le jour de l’ordination sacerdotale : "Recevez l’offrande du peuple saint pour la présenter à Dieu. Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur". Se conformer au mystère de la croix, c’est toute la vie du prêtre, en particulier dans la célébration des saints mystères. Mes années de sacerdoce m’ont appris la gravité de la Messe. Pour un prêtre, célébrer la sainte Messe signifie s’unir au Christ qui vit sa Passion et s’offre pour le salut du monde en gravissant le Golgotha. Je suis là, avec mes pauvres mains, ma pauvre voix, mes fragilités, au pied de la Croix, à côté de la sainte Vierge. Je suis là au milieu de ce déchaînement de haine, et je contemple la Croix. Je suis là pour accomplir ce que notre Seigneur a confié à ses apôtres puis à tous ses prêtres : rendre présent ce sacrifice chaque jour pour le salut des âmes.
 
        LA PURIFICATION PAR LA SOUFFRANCE
 
        Je vis un chemin de croix quotidien. Notre Seigneur désire certainement me purifier, m’unir à ses souffrances. Je ne comprends pas encore bien pourquoi je dois vivre tout cela. Je crie souvent vers le Seigneur, je pleure aussi, parfois. L’épreuve est lourde. Je ne me rebelle pas contre Dieu, mais j’ose crier, comme les psalmistes. Le cri de l’âme qui souffre est aussi une prière. Notre Seigneur Jésus a crié vers son Père, au moment de mourir : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?". Il prend sur lui les cris de souffrance de tous les hommes qui traversent les ténèbres, il les dépose auprès de son Père. Je sais dans la foi que mes prières douloureuses sont reçues par le Seigneur, qu’elles sont écoutées, et que le Seigneur répond comme il a répondu à son divin Fils sur la Croix. Réponse mystérieuse, que l’on aimerait plus claire, plus évidente. Mais réponse réelle, car le Seigneur console. Je garde gravée au plus profond de moi cette parole du Christ qui est la source d’une immense espérance : "Voici que je suis avec tous les jours, jusqu’à la fin du monde". Oui, le Seigneur est avec moi, il est là, il veille, il me soutient.
 
        "Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car ton bâton me guide et me rassure". J’ai souvent médité sur ce psaume qui m’assure du soutien du Seigneur dans les grands moments d’épreuve. Ces ravins de la mort prennent plusieurs aspects, que ce soit le combat spirituel ou la lutte contre la maladie. Seul, sans le Christ, il est impossible de se battre. Saint Pierre en a fait l’amère expérience, lorsqu’il se mit à couler parce qu’il avançait tout seul. Je saisis volontiers ce bâton du Seigneur, ce bâton qui fendit la Mer Rouge et perça le rocher. Ce bâton, c’est la houlette du Bon Pasteur. Et le pasteur a besoin de ce bâton pour chasser les bêtes sauvages, pour combattre les loups qui veulent s’emparer des brebis.
 
        À l’intérieur de l’Église, des loups se sont introduits. Ce sont des prêtres, et même parfois des évêques, qui ne cherchent pas le bien et le salut des âmes, mais qui désirent d’abord la réalisation de leurs propres intérêts, comme la réussite d’une "pseudo-carrière". Alors ils sont prêts à tout : céder à la pensée dominante, pactiser avec certains lobbies comme les LGBT, renoncer à la doctrine de la vraie foi pour s’adapter à l’air du temps, mentir pour parvenir à leurs fins. J’ai rencontré ce genre de loups déguisés en bons pasteurs, et j’ai souffert par l’Église. Dans les différentes crises que j’ai traversées, je me suis rendu compte que les autorités ne prenaient pas soin des prêtres et les défendaient rarement, prenant fait et cause pour des récriminations de laïcs progressistes en mal de pouvoir et voulant une liturgie plate dans une auto-célébration de l’assemblée. Comme prêtre, pasteur et guide des brebis qui vous sont confiées, si vous décidez de soigner la liturgie pour honorer notre Seigneur et lui rendre un culte véritable, il est peu probable que vous soyez soutenu en haut lieu face aux laïcs qui se plaignent.
 
        Aujourd’hui, je veux offrir mes souffrances pour l’Église, pour ma paroisse, pour les vocations. Toutes les vocations : sacerdotales, religieuses, maritales. Je demande au Seigneur la force de pardonner à ceux qui m’ont persécuté, et le courage d’avancer en portant ces croix de chaque jour. Comme Zachée, pour voir le Christ, il nous faut monter sur un arbre, l’arbre de la Croix. "Stat crux dum volvitur orbis" ― "La croix demeure tandis que le monde tourne" : telle est la devise des Chartreux. Au milieu des changements et des troubles de ce monde, demeure plantée sur notre terre de manière stable, comme le signe de notre foi, la croix de notre Sauveur.
 
        LA FORCE DE LA PRIÈRE
 
        En décembre 1993, j’ai suivi une retraite à l’abbaye Notre-Dame de Maylis, dans les Landes. C’était une école d’oraison, pour apprendre à prier, à l’écoute du Père Caffarel, qui fonda les équipes Notre Dame, mais fut aussi un maître d’oraison. J’ai beaucoup reçu de lui, en particulier à travers son livre : Cent lettres sur la prière. Durant ces jours, notre Seigneur m’a donné la grâce de percevoir son amour pour moi, et m’a fait découvrir la place éminente et vitale de la prière dans la vie chrétienne. Dès cet instant, ma vie a changé, car mes journées sont marquées au fer rouge de l’oraison qui transforme la vie et donne l’amour de Dieu.
 
        La prière est le secret d’une vie chrétienne féconde. Sans la prière, un chrétien ne peut pas tenir, car il ne peut affronter les puissances des ténèbres. Nous ne luttons pas contre de petits adversaires insignifiants, mais contre le démon, le prince des ténèbres, le père du mensonge. Comme nous y exhorte saint Paul : "Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon" (Ep VI, 11-13).
 
        Pour résister et tenir bon, nous avons besoin de la puissance de la prière. C’est elle, la force qui en secret, transforme le monde. Si les chrétiens abandonnent la prière, en se laissant séduire par le règne de l’efficacité et de la rentabilité, alors la porte s’ouvre "sur la nuit spirituelle et la barbarie scientifique". Le Père Caffarel prophétise ainsi : "Ou bien le christianisme fera la conquête du monde en priant, ou bien il périra. Il y a là une question de vie ou de mort pour le christianisme" (cf. Présence à Dieu, Cent lettres sur la prière).
 
        Et saint Jean de la Croix d’affirmer : "Sans l’oraison, tout se réduit à frapper des coups de marteau pour ne produire à peu près rien, ou même absolument rien, et parfois plus de mal que de bien" (6). Et le curé d’Ars : "Vous avez un petit cœur, mais la prière l’élargit et le rend capable d’aimer Dieu".
 
        Dans la prière quotidienne, dans ce cœur à cœur avec le Seigneur, nous sommes transformés en profondeur. Le bon Dieu agit au fond de notre âme pour nous prodiguer toute sorte de bien. Ce n’est pas d’abord moi qui agis, par mes belles paroles ou médiations, mais c’est Dieu qui agit. Ce temps passé en sa présence est source de grâces, et ce qui compte, c’est la fidélité et la persévérance, chaque jour. Plus nous avons à faire et plus nous devons prier !
 
        Depuis l’annonce de mon cancer, la famille, les amis, les fidèles se sont engagés avec ardeur dans la prière pour demander ma guérison. Je suis émerveillé par toutes ces initiatives prises, des neuvaines aux veillées de prière. Je suis impressionné par ces chaînes de prière qui touchent jusqu’aux abbayes. Cette prière me porte et me soutient. Elle est vraiment efficace. C’est elle qui m’aide à garder confiance et à avancer avec courage. Je voudrais dire à tous ceux qui prient pour moi de continuer, d’être bien persuadés que leurs prières ne sont pas vaines. Comme j’aimerais qu’ils ne se découragent pas de prier et qu’ils voient leurs efforts couronnés, d’une manière ou d’une autre. Je ne veux pas les décevoir, c’est pourquoi je continue de lutter, soulevé comme par un souffle immense qui monte vers notre Seigneur.
 
        LA SAINTE VIERGE MARIE
 
        "Comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?" s’interroge Elizabeth (Lc I, 43). Et je m’émerveille aussi devant la présence de Marie dans ma vie.
 
        La Vierge Marie a toujours été présente dans ma vie, depuis mon enfance jusqu’à aujourd’hui. C’est elle qui m’a guidé vers le sacerdoce, m’encourageant avec confiance, malgré le sentiment de mon indignité et de mon incapacité. Je me souviens avec émotion de ce moment de grâce où, dans une petite chapelle située sur la colline de Vezelay, Marie m’a comme pris par la main pour me rassurer et me lancer dans le chemin vers le sacerdoce. La sainte Vierge m’a toujours protégé, et consolé. Dans tous les moments d’épreuves que j’ai connus, dans toutes ces situations humaines qui semblaient perdues, je me suis toujours confié à Marie, réfugié sous son manteau blanc immaculé, placé sous sa protection. J’ai toujours éprouvé dans ces moments d’abandon une grâce de consolation, avec la certitude que Marie veillait, qu’elle était là, vigilante et protectrice. Je n’ai jamais été déçu ni abandonné par elle. Je voudrais témoigner combien la prière à Marie est source de grâces. La sainte Vierge ne nous retient pas contre elle, mais elle nous conduit vers son divin Fils, elle nous apprend, comme une mère, à le connaitre et à l’aimer.
 
        Dans ma vie de prêtre, Marie tient une place privilégiée, car c’est elle qui nous a donné le Sauveur, et telle est la mission du prêtre : donner le Seigneur aux hommes. Sans la sainte Vierge, sans un lien particulier et affectueux avec elle, sans une prière constante adressée à notre bonne Mère du Ciel, un prêtre ne pourra pas accomplir pleinement son ministère. Je voudrais citer ici le Cardinal Journet dont je fais miennes ses paroles : "La Vierge Marie est restée, et restera toujours, une joie dans notre vie de prêtre. Les fêtes de la Vierge, ainsi chaque samedi, sont comme un peu de soleil et un printemps dans nos cœurs. Lorsqu’on demeure près d’elle, la peur n’existe plus. Les menaces de la misère et de la médiocrité qui nous enveloppent cessent de nous accabler. Avec elle, nous sommes de l’autre côté parce que nous sommes devenus ses enfants" (7).
 
        C’est Marie qui a sans cesse fortifié ma foi. Je me suis toujours appuyé sur sa foi limpide et indéfectible. C’est avec elle que je désire prononcer mon Fiat au Seigneur, soutenu et entrainé par elle. Mon affection pour notre bonne mère du Ciel est portée par elle dans le cœur de son divin Fils. Grâce à Marie, mon amour pour le Christ s’est accru et affermi. Plus on aime Marie, et plus elle nous fait aimer son Fils. Plus on se confie à elle, plus notre foi grandit. Quel bonheur d’avoir Marie pour mère ! Quelle joie de sentir qu’elle intervient en notre faveur, et qu’elle nous prodigue sa tendresse toute maternelle. Marie nous console, elle sèche nos larmes comme une mère sait le faire. Elle a pleuré, à Nazareth, lorsque son Fils fut incompris, chassé et rejeté. Elle ne veut pas que nous souffrions, elle est à nos côtés pour soulager nos peines et nous aider à les porter.
 
        J’ai fait graver sur mon calice, offert pour mon ordination, une devise que je fais mienne et qui était celle de saint Jean-Paul II : "Totus tuus". Ces deux mots signifient mon désir de m’en remettre à Marie en toute chose, de passer par elle, de lui livrer et consacrer, en toute soumission et amour ― selon la prière de St Louis-Marie Grignon de Montfort ― mon corps et mon âme, et tout ce que je dois accomplir. Comme tout est plus simple et efficace lorsqu’on choisit de tout confier à la sainte Vierge ! Le secret, c’est de comprendre que notre Seigneur a voulu passer par Marie pour se donner aux hommes, et qu’il continue de faire ainsi : les grâces passent par la sainte Vierge.
 
        Dans mes pauvres prières de chaque jour, souvent marquées par la faiblesse, par la sécheresse du cœur, par les distractions, je me dis que Marie achève et complète ce que je ne parviens pas à réaliser. C’est elle qui présente à son divin Fils mes pauvres balbutiements de prière. C’est pourquoi, comme l’écrit le Curé d’Ars, "Lorsque nos mains ont touché des aromates, elles embaument tout ce qu’elles touchent. Faisons passer nos prières par les mains de la Sainte Vierge, elle les embaumera".
 
        Le récit de l’Annonciation est une des plus belles pages des Évangiles, car un double mystère nous est dévoilé : le mystère de l’Immaculée Conception, et celui de la conception virginale du Christ. Ces deux mystères sont reliés par la liberté de Marie qui prononce son Fiat au Seigneur en lui disant oui de tout son être. Ce Oui de Marie, comme l’écrit le Cardinal Charles Journet, "est le plus beau Oui que la terre n’ait jamais dit au Ciel" (8). Et saint Thomas d’Aquin d’affirmer : "Elle le prononce au nom de l’humanité tout entière, depuis le soir de la chute jusqu’à la fin du monde" (9).
 
        C’est par Marie, et avec elle, que nous pouvons dire oui au Seigneur et à sa sainte volonté. Son oui n’a pas été marqué par le péché originel et la rébellion contre Dieu. C’est un Oui pur, limpide, total, vrai, sans aucune retenue ni arrière-pensée. Nos "oui" à nous sont toujours marqués par un "mais" caché, par des conditions posées, par des fuites discrètes… "Oui Seigneur, mais… ". Pourtant, le Seigneur nous avertit : "Que votre parole soit oui, si c’est oui, non si c’est non ; ce qui est plus vient du Mauvais" (Mt V, 37). Avec Marie, nous pouvons enfin dire un vrai oui au Seigneur, elle nous aide à nous abandonner à son divin Fils, elle nous porte dans son Fiat.
 
        À la grotte de Massabielle, où je me suis rendu tant et tant de fois, j’ai demandé à Notre Dame de Lourdes de m’aider à vouloir ce que Dieu veut pour moi. Cette grotte est pour moi un refuge, un lieu saint, un rocher sur lequel s’appuyer pour reprendre des forces. La source d’eau vive qui coule au fond de la grotte est la fontaine de grâces que la sainte Vierge désire nous donner. Je me suis réjoui dans cette grotte, j’y ai rendu grâces, j’y ai déposé de nombreuses intentions de prière ; c’est aussi là que j’ai été guéri par Marie d’une blessure venant de l’Église. Ce lieu béni est pour moi un lieu fondateur de ma foi depuis mon enfance. Là, dans le froid du mois de janvier, je me confie à nouveau avec ardeur à Notre Dame de Lourdes. Je demeure devant la grotte, je prie en silence, je m’abandonne au Seigneur par les bras de Marie, je reprends des forces, je prie mon chapelet. Le froid ne parvient pas à me chasser de ce lieu béni. "La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée". Je contemple cette lumière qui émane de la grotte, lumière bienfaisante et salutaire. Merci, Marie, pour ta protection maternelle et ta présence constante à mes côtés. J’entends résonner en moi la voix du psalmiste : "Espère le Seigneur, sois fort et prends courage, espère le Seigneur" (Ps XXVI, 14). Et je fais mienne la parole du lépreux, dans l’Évangile de ce jour : "Si tu le veux, tu peux me purifier" (Mc I, 40). Oui Seigneur, si telle est ta sainte volonté, tu peux guérir mon corps blessé. Mais que ta volonté soit faite ! Je confie à Marie cette humble prière.
 
        LE BON COMBAT
 
        Comme j’aimerais, au soir de ma vie, m’écrier comme saint Paul : "J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi" (2 Tm IV, 7). Quel est le bon combat à mener en ce monde ? Beaucoup dépensent de l’énergie pour des luttes qui n’en valent pas la peine, comme cette écologie érigée en nouvelle religion, ou cette défense de la cause animale au détriment des hommes. Voyez toute cette énergie dépensée pour des combats menés avec le diable, comme ceux de la culture de mort, de la théorie du genre, du transhumanisme, du wokisme…. Tout cela détourne les personnes de Dieu et leur fait mener de faux combats qui sont ceux du démon.
 
        Le bon combat est celui de la foi : garder la foi et transmettre la foi, dans la fidélité à la tradition de l’Église. Ma foi, aujourd’hui, est celle des patriarches, des prophètes, des apôtres, des saints et des saintes qui nous précèdent et qui nous ont transmis ce trésor de la foi au vrai Dieu. Au long des siècles de l’histoire de l’Église, que de sang versé, de souffrances subies, de persécutions violentes pour protéger et transmettre la foi !
 
        Le bon combat, c’est celui qui consiste à rester fidèle aux promesses de son baptême, à lutter pour demeurer uni au Seigneur Jésus, à vivre en chrétien, à garder ses convictions. C’est un combat de chaque jour, car le démon ne cesse de tenter de nous détourner de Dieu. Le bon combat, c’est celui de la fidélité au Christ, fidélité qui se gagne chaque jour à travers les devoirs de la vie chrétienne : la prière quotidienne, la messe dominicale, la confession régulière, la lutte contre tel ou tel péché qui revient sans cesse. Il y a des chrétiens héroïques qui se battent chaque jour pour terrasser un péché qui empoisonne leur vie. Ces combats de l’ombre, dans les secrets de la vie, sont autant de petites victoires remportées contre le Prince des ténèbres.
 
        Dans ma vie de prêtre, je mène ce combat avec ardeur, car je porte sur mes épaules la charge des âmes qui me sont confiées. Comment pourrais-je remplir ma mission sans une réelle vie intérieure, sans être uni au Christ par la prière et les sacrements ? Où puiser la force nécessaire pour sanctifier le peuple chrétien si ce n’est en Dieu lui- même ? Je me rends compte combien il est vital pour un prêtre de donner du temps au Seigneur, de lui consacrer un temps précieux, pour être avec Lui, pour l’aimer, pour l’adorer. Un prêtre doit d’abord être proche du Seigneur pour pouvoir donner Dieu aux hommes. La fécondité d’un apostolat ne tient qu’à la puissance de la prière qui le porte. J’ai lutté contre la tentation de l’activisme qui nous fait croire que le temps de la prière est inutile, ou bien impossible dans tel contexte. Celui qui prie ne perd pas son temps, celui qui prie n’est jamais seul. Combien de fois ai-je éprouvé dans ma vie de prêtre la force de la prière ! C’est la prière qui, de manière invisible, me donne la capacité de prêcher, d’enseigner, d’assumer une mission délicate, et surtout de m’effacer pour laisser toute la place au Christ. Sans la prière et l’union intérieure au Christ, notre vie tombe en ruine.
 
        Le bon combat, c’est celui de chaque instant pour bien accomplir son devoir d’état et porter le poids du jour sans récriminer contre Dieu. Les tâches de la vie quotidienne, humbles et souvent cachées, relèvent de ce combat qui nous aide à demeurer uni au Christ.
 
        Le bon combat, c’est celui qui consiste à suivre le Christ, pas à pas. "Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive" (Lc IX, 23). Telle est la condition de celui qui veut être disciple du Christ, en un mot, de celui qui veut être vraiment chrétien. Le chemin du Christ passe par la Croix, et c’est pourquoi le chemin de tout chrétien passe aussi par la croix. On ne choisit pas ses croix, on ne choisit pas ses souffrances. Elles se présentent à nous, sans que nous les ayons demandées. Il existe les petites croix de chaque jour, faites de renoncements, d’humiliations, d’efforts. Le devoir d’état.
 
        Et puis il existe les grandes croix de la vie, celles qui sont plantées dans notre être, corps et âme. Ce sont les souffrances dues à la maladie, les douleurs provoquées par la mort d’un être cher, les épreuves des combats à mener, les persécutions pour la foi. Ces grandes croix ne peuvent être portées qu’avec l’aide de Dieu. Le Christ a porté sa croix, si lourde, et il ne cesse de nous aider à porter les nôtres. Trois fois il est tombé, trois fois il s’est relevé avec la force de Dieu son Père. Il prend sur ses épaules notre fardeau, si nous lui confions, pour nous fortifier et nous soutenir.
 
        "LE MOMENT DE MON DÉPART EST VENU"
 
        "Moi, en effet, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi" (II Tim IV, 6-7).
 
        Voici près d’un an que je combats contre ce cancer. Un an de lutte acharnée, de souffrances quotidiennes, de diverses hospitalisations. Un an de chimiothérapies endurées toutes les deux semaines. Je sens bien que mon corps s’affaiblit, et que le cancer gagne du terrain. "Mais l’on ne se bat pas dans l’espoir du succès, non, non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !" (Cyrano de Bergerac). La médecine semble baisser les armes, les chimios ne sont pas assez efficaces. Demeure toujours le combat de l’âme, pour tenir, avancer, garder l’espérance, s’abandonner au Seigneur, se confier à la sainte Vierge, prier sans relâche, encourager ses proches, garder la joie du cœur, et se préparer à la mort. Je veux mener ce dernier combat avec le courage et la force de la foi.
 
        Je me prépare donc à paraître devant mon Seigneur. J’ai confiance, car comme l’écrivait Benoit XVI, le Seigneur est à la fois mon juge et mon avocat : "Bientôt, je serai face au juge ultime de ma vie. Même si, en regardant ma longue vie, j’ai beaucoup de raisons d’avoir peur et d’être effrayé, j’ai néanmoins l’âme joyeuse, car j’ai la ferme conviction que le Seigneur n’est pas seulement le juge juste, mais en même temps l’ami et le frère qui a lui-même souffert de mes défauts et qui, par conséquent, en tant que juge, est également mon avocat" (Benoît XVI).
 
        Saint Josémaria disait : "La joie chrétienne a ses racines en forme de croix". Au soir de ma vie, malgré toutes ces souffrances, je garde une joie profonde, la joie de savoir que le Seigneur est avec moi, la joie de savoir que le Seigneur m’attend au Ciel. Si parfois la tristesse apparaît, je demande au Seigneur de la changer en joie. La mort d’un être cher provoque des pleurs, des larmes, des douleurs. Le Christ aussi a pleuré devant la mort de son ami Lazare. Mais que cette douleur du cœur, aussi intense soit-elle, n’éteigne pas la flamme de la foi et de l’espérance.
 
        "Quelle joie quand on m’a dit, nous irons à la maison du Seigneur ; maintenant notre marche prend fin, devant tes portes Jérusalem".
       
         Oui, ma marche prend fin, dans la joie de paraître bientôt devant le Seigneur. C’est avec la sainte Vierge que je veux franchir cette porte au dernier instant de ma vie, elle qui est la porte du Ciel.
 
        "Serviteur de votre joie", je vous bénis de tout cœur.
 
Abbé Cyril Gordien +
Prêtre pour l’éternité
 
(1) Cardinal Sarah, Catéchisme de la vie spirituelle, Fayard, 2022, p. 67.
(2) Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 154.
(3) Saint Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, n.25.
(4) Saint Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, n.59.60.
(5) Cf. Benoit XVI, rencontre avec le clergé de Rome, Lectio divina, 18 février 2010.
(6) Saint Jean de la Croix, le Cantique spirituel, B, strophe 29,3.
(7) Card. Charles Journet, Entretiens sur Marie, p. 37.
(8) Card. Charles Journet, Entretiens sur Marie, p. 22.
(9) Somme théologique, IIIa, q.30.
 
LA NEF, mis en ligne le lundi 20 mars 2023, en la fête de saint Joseph ;
testament spirituel de l’abbé Gordien
(fin de citation)
 
En la fête de saint Laurent,
[cardinal-]diacre & martyr,
Ce 10 août 2023.
Vincent Morlier
Écrivain catholique.
 
 
 LaurentSaint
 
 
 
10-08-2023 07:47:00
 

Le site "rallié" Archidiacre : un ramas d'erreurs graves et de faussetés présentées comme des vérités, mélangé à quelques vraies vérités, ce qui le rend plus toxico-nocif encore...

16-07-2023 09:07:00
 

Où se situe l'acte de droit divin qui fait certainement le pape actuel ? Chez les cardinaux qui l'élisent canoniquement dans le conclave ? Ou chez les évêques de l'orbe catholique qui approuvent a-posteriori l'élection des cardinaux ?

 
 
 
 
 
Où se situe l'acte de droit divin
qui fait certainement le pape actuel ?
Chez les cardinaux qui l'élisent
canoniquement dans le conclave ?
Ou chez les évêques de l'orbe catholique
qui approuvent a-posteriori l'élection des cardinaux ?
 
            
        Mon titre résume bien la question. Qu'on me permette cependant, pour commencer mon nouvel article, de la reformuler ainsi avec un peu plus de précision : qui sont les sujets habilités à poser l'acte de droit divin désignant en toute certitude à tous les fidèles un tel comme le Vicaire du Christ actuel, ledit acte obligeant tout catholique à la croyance de fide, à défaut de laquelle croyance le fidèle se mettrait ipso-facto lui-même hors de l'Église ?
           
        Je soulève ce lièvre, car la lecture de quelques articles faite ces jours derniers m'a montré que certains auteurs de la mouvance "ralliée" professent que lesdits sujets sont seulement et exclusivement les évêques de l'orbe catholique toute entière, au nom de l'universitas fidelium. Selon ces auteurs en effet, la reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel sur un tel, encore dite pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, qui est de soi toujours un fait dogmatique doté de l'infaillibilité, ne serait actée que par toute l'orbe catholique universelle, c'est-à-dire par absolument tous les fidèles de l'Église catholique en corps, sans distinction de rang, dont cependant les chefs seuls, qui sont tous les évêques, seraient habilités à poser, en leurs noms à tous, l'acte de droit divin engageant la croyance de fide de tous les fidèles. Dans cette thèse, l'acte double des cardinaux élisant le pape dans leur majorité canonique des deux/tiers, adhæsio cardinalice au nouveau pape actuel pourtant toujours antécédente à l'adhæsio de l'universitas fidelium, à savoir l'élection conclavique proprement dite théologiquement achevée par le "oui, accepto" du nouveau pape, puis, dans l'octave de cette dite élection, l'obédience cardinalice faite publiquement dans la cérémonie d'intronisation du nouveau pape, cet acte cardinalice double disais-je, n'aurait aucune valeur pour asseoir la croyance de fide dans le nouveau pape, il ne serait pas le fondement théologique de ce qu'on a appelé la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio.
           
        Or, cette thèse est manifestement et profondément erronée, elle ouvre même à deux battants grand'ouverts la porte à une grave hérésie attentant radicalement à l'Institution divine de la papauté et prétendant la détruire de fond en comble, à savoir le conciliarisme. C'est pourquoi je crois bon et utile de la dénoncer dans ce nouvel article.
           
        Mais partons tout d'abord d'un premier point, sur lequel tout le monde sera d'accord.
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
           
        Ce point fondamental et prolégoménique que je vais poser maintenant, que j'ai toujours posé ainsi dès les premières rédactions de L'impubliable, mon ouvrage de fond sur la théologie de la "crise de l'Église" (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/images/stories/users/43/LImpubliableCompletTERMINUSDEFINITIF7meEdition2015.pdf), est que les sujets habilités à poser l'acte de reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel sur un tel valant fait dogmatique doté de l'infaillibilité, ne peuvent qu'avoir, pour ce faire, Autorité de droit divin de représenter l'Église Universelle dans cette mission suréminente particulière de légitimer le pape actuel. Or, tout le monde dans l'Église, il s'en faut de beaucoup, n'a pas l'autorité de représenter l'Église Universelle dans sa mission de légitimer le pape actuel, il n'y en a au contraire que très-peu qui ont cette dite autorité. Avant de dire quelle catégorie de sujets dans l'Église ont, in capite et au premier chef, cette autorité, je ferai remarquer une chose.
           
        Si on lit les théologiens et les canonistes qui ont traité de la question, aucun, à ma connaissance, ne prend la peine de définir qui sont cesdits sujets, aussi étonnant et même incroyable cela puisse paraître. Je n'en citerai que quelques-uns qui, on le remarquera sans difficulté, en reste au générique, à la règle générale :
           
        ― "Dieu peut permettre que le Siège apostolique demeure vacant assez longtemps ; il peut permettre même qu'un doute s'élève sur la légitimité de tel ou tel élu ; mais il ne peut pas permettre que l'Église toute entière reconnaisse comme pontife légitime celui qui, en réalité, ne le serait point. Dès l'instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l'Église comme la tête l'est au corps, la question ne saurait plus être agitée d'un vice dans l'élection ou de l'absence d'une des conditions requises pour sa légitimité. L'adhésion de l'Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l'élection, et, d'une manière infaillible, elle démontre l'existence de toutes les conditions requises" (cardinal Billot) ;
           
        ― "L'acceptation pacifique de l'Église universelle s'unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l'Église engage sa destinée. C'est donc un acte de soi infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel (conséquemment et médiatement, il apparaîtra que toutes les conditions prérequises à la validité de l'élection ont été réalisées). L'acceptation de l'Église s'opère soit négativement, lorsque l'élection n'est pas aussitôt combattue ; soit positivement, lorsque l'élection est d'abord acceptée par ceux qui sont présents et progressivement par les autres" (cardinal Journet, citant en finale Jean de Saint-Thomas) ;            
           
        ― "Peu importe que dans les siècles passés quelque pontife ait été élu de façon illégitime ou ait pris possession du pontificat par fraude ; il suffit qu'il ait été accepté ensuite comme pape par toute l'Église, car de ce fait, il est devenu le vrai pontife. Mais si pendant un certain temps, il n'avait pas été accepté vraiment et universellement par l'Église, pendant ce temps alors le siège pontifical aurait été vacant, comme il est vacant à la mort du pape" (saint Alphonse de Liguori) ;
           
        ― Plus récemment, et même extrêmement récemment, un auteur à sensation genre paparazzi ayant voulu mettre en doute la validité de l'élection pontificale de François, une canoniste italienne faisant autorité a réfuté sans aucune difficulté ses allégations mensongères, et conclut, elle aussi, comme tous les théologiens catholiques du passé : "Étant donnée l’absence totale de fondement juridique de ces suppositions [l'auteur à sensation affirmait qu'il y avait eu des erreurs de dépouillement de bulletins dans le conclave élisant François], on voit également disparaître, même si l’on veut ajouter foi aux informations dont il tire son origine, le cauchemar inconsidérément agité que serait la présence actuelle, sur la chaire de Pierre, d’un pape douteux. Quoi qu’il en soit, les canonistes ont constamment et unanimement enseigné que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio est le signe et l’effet infaillible d’une élection valide et d’un souverain pontificat légitime. Et l’adhésion du peuple de Dieu au pape François ne peut être mise en doute d’aucune manière" (Geraldina Boni).
           
        On le constate sans peine : les membres de l'Église ayant Autorité et habilités à poser l'acte d'adhésion pacifique ou reconnaissance ecclésiale universelle sur le nouveau pape... ne sont pas définis. On laisse même pratiquement entendre qu'il s'agit tout simplement de l'universitas fidelium, c'est-à-dire en fait de tous les fidèles quels qu'ils soient, indistinctement, qu'ils soient grand'clercs ou simples laïcs, "membres enseignants" ou "membres enseignés", notre canoniste italienne contemporaine parlant même carrément, à la façon moderne voire même moderniste, de... "peuple de Dieu" !
           
        Or, théologiquement, il ne peut pas en être ainsi. En effet, de dire avec certitude qu'un pape est légitime engage une croyance de fide, c'est donc un enseignement, au sens théologique fort du terme, de l'Église Universelle à l'Église Universelle : c'est l'Église Universelle qui se révèle à elle-même qu'elle a un nouveau et vrai Vicaire du Christ, règle prochaine et immédiate de sa Foi. Or, tout enseignement d'une croyance de fide, dans l'Église, qu'il soit sur les choses de la Foi ou sur celles de la Légitimité pontificale, ne peut qu'être un enseignement autorisé, c'est-à-dire émanant d'une Autorité constituée de droit divin pour donner et délivrer cedit enseignement à croire de fide. Et il est évident que tous les fidèles, dans l'Église, n'ont pas cette autorité, même réunis tous ensemble : l'enseignement impliquant la croyance de fide, en effet, n'est pas démocratiquement délivré par l'Église à l'âme du fidèle, mais hiérarchiquement (hieros - archos), c'est-à-dire par des "membres enseignants" aux "membres enseignés", c'est ainsi que l'Église est divinement constituée par le Christ.
           
        La problématique que nous sommes en train d'étudier, à savoir l'enseignement dans l'âme de tout fidèle de l'Église de la Légitimité pontificale quant à un pape particulier d'une génération ecclésiale donnée, est du reste exactement la même que celle ayant trait à l'enseignement de la Foi. On peut dire aussi, d'une manière générale : "Toute l'Église a la Foi". Mais il n'est pas besoin de creuser la théologie bien loin pour comprendre que si tous les membres de l'Église ont la Foi, ils ne l'ont pas de la même manière : les uns enseignent la Foi, les autres la reçoivent. Saint Paul explique remarquablement bien toute l'articulation théologique de cette ordonnance par laquelle la Foi arrive jusqu'à l'âme du fidèle : "Comment donc invoquera-t-on Celui [le Christ Jésus] en qui on n'a pas encore cru ? Et comment croira-t-on en Celui dont on n'a pas entendu parler ? Et comment en entendra-t-on parler s'il n'y a pas de prédicateur ? Et comment seront-ils prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés [au sens fort, c'est-à-dire mandatés de droit divin par l'Église pour prêcher la Foi directement au nom du Christ = Magistère infaillible du pape et des évêques unis à lui] ?" (Rom X, 14‑15).
           
        Or donc, l'enseignement de la Légitimité pontificale se fait exactement de la même manière que l'enseignement de la Foi à l'âme du fidèle, on est en effet théologiquement tout-à-fait fondé à paraphraser saint Paul de cette manière : "Comment pourra-t-on prendre le nouveau pape pour règle prochaine de la Foi si on ne sait pas encore qu'il est certainement pape ? Et comment saura-t-on s'il est certainement pape, si personne ne nous le dit ? Et comment nous le dira-t-on s'il n'y a pas dans l'Église des prédicateurs, c'est-à-dire des membres autorisés par elle à dire la légitimité certaine du nouveau pape ? Et comment ces prédicateurs-là pourront-ils exister s'ils ne sont pas envoyés, c'est-à-dire s'ils n'ont pas la mission de droit divin, à eux donnée par l'Église Universelle, de dire à tous les fidèles qui est le pape actuel vrai et authentique ?"
           
        Ainsi donc, si l'adhésion pacifique de tous les membres de l'Église se fait autour d'un pape élu, il est certainement pape, tous les théologiens sont unanimes sur ce point : "toute l'Église a la Foi", aussi "toute l'Église adhère pacifiquement au vrai pape". Rien de plus sûr. Mais de la même hiérarchique manière que pour la Foi, certains membres, de droit divin, enseignent aux autres membres la certitude de la légitimité du nouveau pape, quand d'autres, ne font que recevoir cet enseignement.
           
        Et il est très-important de comprendre que ceux qui ont autorité dans l'Église pour dire qu'un tel est légitime Vicaire du Christ actuel, sont en vérité les SEULS à acter théologiquement ce qu'on appelle la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, qui a valeur de règle prochaine en matière de Légitimité pontificale, tant il est vrai que, dans l'Église, seul compte ce que font ceux qui ont autorité, c'est-à-dire les "membres enseignants". Ils sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale, et lorsqu'ils désignent et reconnaissent ensemble qu'un tel est le pape actuel de l'Église, leur acte de désignation et de reconnaissance fonde la croyance de fide de tous les autres fidèles en ce que ce un tel est certainement pape, verus papa, car tous les autres fidèles ne sont que "membres enseignés" de la Légitimité pontificale. Il est capital de bien saisir que cette dite croyance de tous les autres fidèles n'est qu'une subséquence de l'acte posé par les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale. C'est-à-dire que si tous les "membres enseignés" de la Légitimité pontificale acceptaient pacifiquement un tel pour pape, mais sans être unis et adjoints aux "membres enseignants" de la Légitimité pontificale dans cette acceptation pacifique, cela ne vaudrait rien, celui qu'ils auraient ainsi accepté pacifiquement comme pape, fussent-ils des milliards de simples fidèles, ne serait pas infailliblement vrai pape. C'est exactement la même chose pour l'enseignement de la Foi : si, tel Luther et les protestants qui le suivront, je prétends m'enseigner la Foi à moi-même sans passer par les "membres enseignants" mandatés de droit divin dans l'Église pour me l'enseigner, mon enseignement de la Foi à moi-même ne vaut rien (... encore moins vaut-il quelque chose pour les autres...).
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
           
        Maintenant que la loi fondamentale est bien exposée, quant à la règle prochaine de la Légitimité pontificale, il ne va pas être très-difficile de définir avec précision qui sont ces membres de l'Église qui ont autorité pour dire à tous les autres membres de l'Église, qui est le pape légitime, autrement dit qui sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale, in capite et au premier chef : ce sont les cardinaux en corps d'institution dans le Sacré-Collège, dans leur majorité canonique des 2/3. Ce sont eux qui, premièrement, ont pouvoir et mandat dans l'Église de dire et d'enseigner, dans leur majorité canonique, qui est le pape actuel et qui ne l'est pas. Parce que, dans toute élection pontificale, ils représentent formellement l'Église romaine, laquelle, comme le dit merveilleusement bien le cardinal Journet dans L'Église du Verbe incarné, est "le nom d'humilité de l'Église Universelle". Ce qui signifie que lorsque, dans leur majorité canonique des deux/tiers, ils désignent et reconnaissent un tel comme vrai pape actuel, c'est l'Église Universelle qui parle par leur bouche, et par-delà l'Église Universelle, c'est évidemment le Saint-Esprit qui parle, c'est DIEU Lui-même... qui ne peut ni Se tromper ni nous tromper.
           
        Que ce soient les seuls cardinaux qui, in capite et au premier chef, sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale sur un pape actuel particulier, nous est déjà bien enseigné en filigrane par les monuments de l'histoire ecclésiastique.
           
        Ainsi, le premier rituel funé­raire des papes connu, daté de la fin du XIIIe siècle, suggère le transfert de toute l'Église institutionnelle dans l'Institution cardinalice par le pape mourant : "... Deux ou trois jours avant qu'il ne «perde la parole», le camerlingue doit convoquer les cardinaux afin que le pape mourant dicte son testament en leur présence, et choi­sisse le lieu de sa sépulture. Après avoir prononcé la profession de foi, le pape doit «recommander l'Église» aux cardinaux, appelés à choisir en paix et tranquillité un nouveau pasteur" (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, art. "mort du pape (Moyen-Âge)", p. 1143, 2e col.). Le mot "recommander" dans un rituel est à lire au sens fort, c'est comme la "recommandation de l'âme" dans le rituel des agonisants : cela signifie une livraison complète de ce qui est recommandé dans les mains de ceux à qui elle est recommandée. Autrement dit, le rituel que nous venons de lire laisse entendre que l'Église Universelle est remise toute entière par le pape mourant dans le sein des cardinaux en corps d'institution : et c'est alors que ces derniers jouissent tout naturellement de l'infaillibilité de cette Église qui leur est confiée toute entière, pour lui redonner infailliblement un nouveau pape… qui jouira alors du charisme de l'infaillibilité (en vérité, admirons comme l'Église est bien organisée ! Comment n'y point voir le Sceau du Saint-Esprit ?).     
           
        Un autre rituel funéraire pontifical, établi un siècle plus tard, va tout-à-fait dans le même sens, plus explicitement encore : "En informant les princes et les prélats de la chrétienté de la mort du pape, les cardinaux doivent recourir au «style apostolique», «comme si l'expéditeur de la lettre fût le pape»" (ibid., p. 1144, 1e col.). Dans le Cérémo­nial de Grégoire XV relatif aux funérailles du pape, qui, avec peu de modifications, restera en vigueur jusque dans les temps modernes, "un détail de toilette mérite d'être noté. En quittant la chambre mortuaire [du pape de cujus], le [cardinal] camerlingue se retire un instant dans l'antichambre secrète pour déposer sa mantelletta et «découvrir son rochet». Devant le pape, tous les dignitaires de l'Église ont le rochet ou surplis recou­vert de la mantelletta, signe que leur pouvoir de juridiction est suspendu. Laisser voir le rochet, pendant la vacance du Siège, et porter la simple mozette ou pèlerine est donc, pour les cardinaux, le signe de l'Auto­rité en quelque sorte souveraine à laquelle chacun [d'eux] participe dans une mesure égale" (Le Conclave, Lucius Lector, p. 153).     
           
        Si nous passons des funérailles aux actes posés par le Sacré-Collège pendant la vacance du Saint-Siège, c'est le même enseignement : "Autrefois, les réunions du directoire exécutif [des cardinaux pendant la vacance du Saint-Siège] se tenaient régulièrement chaque soir. (…) Un maître des cérémonies introduisait les diverses personnes admises à l'audience, lesquelles faisaient devant les cardinaux la génuflexion comme devant le pape" (ibid., p. 186) ; et Lucius Lector de bien souligner : "C'est dans ces réunions que le Sacré-Collège as­semblé apparaît dans le plein exercice de sa souveraineté. Tous égaux entre eux, ses membres forment un corps unique qui gouverne momentanément le Siège apostolique et reçoit, à ce titre, toutes les marques extérieures de la déférence qui s'adressent au souverain et au pontife. Individuellement, nous l'avons vu déjà, ils affirment, par la façon de porter le rochet à découvert, l'épanouissement de leur juridiction. Ils ne peuvent admettre personne à leurs côtés, dans leurs voitures, à cause de leur participation à la souveraineté ; mais dès qu'ils sont réunis en corps, ne fût-ce qu'au nombre capitulaire de trois, tout fidèle fléchit le genou devant eux, parce qu'au-dessus et à travers leur personnalité collective apparaît l'image du Siège apostoli­que, celle du Christ qui vit dans la chaire de Pierre, selon le mot d'un Père de l'Église : «Vivit in Petro Christus [= le Christ vit en Pierre] !» Cette déférence, a-t-on dit aussi, est témoignée aux cardinaux parce que dans leurs rangs, se trouve celui qui sera l'élu de demain. Cela n'est vrai que dans une certaine mesure ; car l'élu pourra être un cardinal absent comme Adrien VI ou même un prélat non revêtu de la pourpre cardinalice, comme Urbain VI.
           
        "C'est donc comme corps souverain que le Sacré-Collège se présente aux regards des fidèles. Parce que chacun de ses membres participe, dans une mesure égale, à cette souveraineté, chacun aussi en porte quelques marques distinctives. Tous et chacun ont ainsi droit au baldaquin dans la salle du scrutin, lequel baldaquin s'abaissera au moment où sera proclamé le nom de l'élu. (…) Le camerlingue [sorte de "président" du Sacré-Collège], à partir du moment où il a constaté la mort du pape, est accompagné partout de la garde pontificale, pour affir­mer devant les populations son autorité suprême quoique provisoire. Jadis même il traversait dans ce but la ville, de temps en temps, en train de gala, dans le carrosse papal des grandes circonstances. À lui aussi revenait le droit souverain de battre monnaie à ses armes avec les insignes du pavillon patriarcal dominant les deux clefs d'or et d'argent du pontificat, sede vacante. Le droit ecclésiastique ne voit dans sa personne que le repré­sentant, primus inter pares, du Sacré-Collège ; comme le Sacré-Collège lui-même n'est que le détenteur momentané et collectif de l'autorité suprême, autorité qu'il lui est interdit d'aliéner ou simplement d'engager, à quelque titre que ce soit. Le pontife futur devra retrouver intacte et dans sa plénitude la juridiction suprême de l'Église, sans que ses électeurs aient pu en restreindre l'exercice ou en limiter l'étendue" (ibid., pp. 188-190). "Aussitôt désigné [comme nouveau pape], le [cardinal] camerlingue passe au doigt du pape l'anneau du pê­cheur, symbole de la juridiction ressuscités" (ibid., p. 639).      
           
        Ainsi donc, c'est par trop clair, tout, dans le droit ecclésiastique écrit ou simplement coutumier ayant trait à la vacance du Saint-Siège, va à cette idée fondamentale que le Sacré-Collège des cardinaux est bien récipiendaire collectif du plein-pouvoir divin et humain de l'Église, ce qui veut dire que réside dans son sein le charisme de l'infaillibilité, avec puissance d'en user pour élire le nouveau pape, et bien sûr uniquement pour cela. Terminons cette évocation de l'Histoire ecclésiastique avec Lucius Lector, nom de plume emprunté par un cardinal lorsqu'il écrivit un fort livre, Le Conclave, quelques années avant la mort du pape Léon XIII : "Sur cette communication [lorsque l'élu dit "oui" à son élection dans le conclave], les deux cardinaux les plus voisins de l'Élu s'écartent respectueusement de leur collègue devenu leur Chef ; après quoi, tous abaissent le baldaquin de leur stalle. Leur souveraineté éphémère a pris fin : l'autorité du Siège apostolique se trouve de nouveau concentrée tout entière dans la personne de l'Élu" (ibid., p. 636). 
           
        Ce sont donc les cardinaux qui, in capite et au premier chef, sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale quant à un pape actuel particulier, et qui génèrent théologiquement ce qu'on a appelé la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio en l'appliquant communément mais indûment à la seule réponse de l'universitas fidelium, qui ne sera seulement, en fait, que le tout dernier acte du long processus engageant la croyance de fide de tout fidèle envers le nouveau pape actuel, comme je le dirai mieux plus loin.
           
        On ne saurait donc s'étonner des forts propos d'un grand théologien thomiste, Jean de Saint-Thomas (1589-1644), pour cautionner cette proposition. Après avoir dit que la légitimité d'un pape actuel particulier est "une question de Foi, parce que [l'Église reçoit le nouveau pape] comme la règle infaillible de la Foi et comme le chef suprême auquel elle est unie, car l'unité de l'Église dépend de son union avec lui" (Cursus Thelogicus, t. VI, questions 1-7, Sur la Foi, Disputation VIII, 1640), Jean de Saint-Thomas pose alors la question qui suit immédiatement, la plus importante : mais qui, dans l'Église, a pouvoir de "proposer cette vérité comme de fide" (ibid.) ?, question qui commande évidemment tout le reste, dont j'ai fait justement le titre de mon nouvel article, questio magna. Et notre thomiste de répondre sans équivoque ni ambiguïté aucune : "Je réponds que l'élection et l'élu sont proposés par les cardinaux, non en leur propre personne, mais en la personne de l'Église et par son pouvoir, car c'est elle qui leur a confié le pouvoir d'élire le pape et de le déclarer élu. C'est pourquoi ils sont, à cet égard et pour cette tâche, L'ÉGLISE ELLE-MÊME REPRÉSENTATIVE. Ainsi les cardinaux, ou quiconque d’autre l’Église (c’est-à-dire le Pape) a légitimement désigné pour faire l’élection, représentent l’Église dans tout ce qui concerne l’élection de son chef, le successeur de Pierre" (ibid.).
           
        Notons avec soin que Jean de Saint-Thomas formule la même croyance que celle très-suggérée par les rituels moyenâgeux funéraires des papes que nous venons de voir : les cardinaux, en corps d'institution, SONT l'Église Universelle pour cette tâche suréminente, et bien sûr uniquement pour elle, de donner une nouvelle tête visible à l'Épouse du Christ. Or, puisque l'Église qui gît dans leur sein cardinalice est dotée de l'infaillibilité, la tâche que l'Église leur a donné mandat divin d'accomplir est donc elle-même dotée de l'infaillibilité. Il est de Foi, de fide, de dire que les cardinaux donnent donc un nouveau pape actuel à l'Église infailliblement, dès lors que le processus conclavique d'élection pontificale s'est dûment et canoniquement bien déroulé. Leur acte d'élection conclavique qui s'est canoniquement bien déroulé jusqu'à son achèvement théologique complet et définitif dans le "oui, accepto" du nouveau pape actuel, est doté de l'infaillibilité ecclésiale.
           
        C'est pourquoi Jean de Saint-Thomas, après avoir comparé à l'identique l'acte d'élection du nouveau pape par les cardinaux à "une définition donnée par les évêques lors d'un concile légitimement réuni" (ibid.), ne manque pas de préciser que l'acceptation de l'élection par l'universitas fidelium n'est qu'un confirmatur de l'élection du nouveau pape faite par les cardinaux : "De plus, l’acceptation de l’Église est, pour nous, comme une confirmation de cette déclaration [cardinalice]" (ibid.). Ce qui signifie on ne peut plus clairement que la déclaration cardinalice d'avoir fait un nouveau pape actuel est suffisante en elle-même et à elle toute seule pour obliger à la croyance de fide tout catholique, sinon l'acceptation a-posteriori de l'universitas fidelium de cette déclaration cardinalice n'en serait pas une confirmation, un simple confirmatur. La confirmation d'une chose, en effet, n'est que la reconnaissance que la chose qui est confirmé existe déjà antécédemment à l'acte de confirmer. Et c'est pourquoi Jean de Saint-Thomas finit son exposé de la question en disant fortement : "Dès que les hommes voient ou apprennent qu’un pape a été élu, et que l’élection n’est pas contestée, ils sont obligés de croire que cet homme est le pape, et de l’accepter" (ibid.).
           
        ― "obligés de croire" : c'est-à-dire qu'ils n'ont pas la possibilité de NE PAS poser l'acte d'acceptation pacifique ecclésiale universelle du nouveau pape ; ce qui signifie très-clairement que cet acte est second dans l'ordre théologique, l'acte premier et fondateur étant l'élection cardinalice conclavique théologiquement achevée par le "oui, accepto" du nouvel élu au Siège de Pierre. L'acte d'acceptation par les évêques et les simples fidèles de l'orbe catholique toute entière n'est qu'un simple confirmatur de l'acte d'élection conclavique cardinalice qui est premier dans l'ordre théologique pour asseoir la croyance de fide de la légitimité du nouveau pape.
           
        ― "et que l'élection n'est pas contestée" : certes, Jean de Saint-Thomas formule que l'élection cardinalice, pour obliger à la croyance de fide, doit ne faire l'objet d'aucune contestation. Mais ce qu'il faut bien saisir, c'est qu'il n'est plus possible qu'une quelconque contestation, quelle qu'elle soit, puisse être validement mise en avant dès lors que l'élection conclavique est théologiquement achevée, ce qui est formellement le cas dès le "oui, accepto" du nouvel élu au Siège de Pierre. Cette possibilité de contestation, qui d'ailleurs ne peut qu'être interne au conclave, entre cardinaux seuls habilités à contester la procédure d'une élection pontificale, ad intra, et jamais être le fait postérieur de la part d'éléments extérieurs au conclave, ad extra, ne peut absolument plus exister dès lors et immédiatement que le "oui, accepto" a été dûment prononcé par le nouvel élu au Siège de Pierre (je vais bien l'expliquer tout-à-l'heure et en donner la raison mystique précise, avec Jérôme Bignon). Il manque ici une précision importante de la part de Jean de Saint-Thomas, qui semblerait laisser entendre qu'il peut exister une contestation après le "oui, accepto" de l'élu, après que le processus de l'élection pontificale soit théologiquement dûment achevé, pouvant soit disant remettre en cause toute l'élection qui vient d'avoir lieu, ce qui est faux.
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
           
        Qu'il ne puisse y avoir la moindre contestation de l'élection qui vient d'avoir lieu après le "oui, accepto" du nouveau pape élu, nous en avons la preuve par l'affirmation du pape Pie XII, dans sa Constitution de 1945 sur les élections pontificales. Pie XII dit très-clairement : "Le consentement (de l'élu à sa propre élection au Siège de Pierre) ayant été donné (…), l'élu est immédiatement VRAI PAPE, et il acquiert par le fait même et peut exercer une pleine et absolue juridiction sur l'univers entier (Code de Droit canon, can. CIS 219) ― "Hoc consensu prestito intra terminum, quatenus opus sit, pendenti arbitrio Cardinalium per majorem votorum humerum determinandun, illico electus VERUS PAPA, atclue actu plenam absolutamque iurisdictionem supra totum orbem acquirit et exercere potest" (Vacante Apostolicæ Sedis, 8 décembre 1945, § 101). Et Pie XII, de continuer immédiatement : "Dès lors, si quelqu’un ose attaquer des lettres ou décisions concernant n’importe quelles affaires, émanant du Pontife romain avant son couronnement, Nous le frappons de la peine d’excommunication à encourir ipso facto (Clément V, ch. 4, De sent, excomm., 5, 10, in Extravag. comm)" (§ 101).
 
        Notons bien que pour Pie XII, la croyance de fide est obligatoire dès le "oui, accepto" et non pas à partir de la cérémonie d'intronisation-couronnement qui intervient dans l'octave de l'élection. Sinon, le pape n'aurait pas été fondé, comme il le fait, à faire peser sur le contrevenant une peine d'excommunication latæ sententiæ dès le "oui, accepto" du nouveau pape.
           
        Or, si un pape n'était certainement pape que par l'adhæsio pacifique de l'universitas fidelium intervenant a-posteriori après l'élection cardinalice dûment et canoniquement terminée par le "oui, accepto" du nouveau pape, alors Pie XII n'aurait jamais pu écrire que le nouveau pape est verus papa après sa seule élection cardinalice, à laquelle l'adhésion de l'universitas fidelium a-posteriori n'a pas encore été donnée, il aurait seulement pu écrire qu'il est verus papa sub conditione, sous condition de l'adhæsio a-posteriori de l'universitas fidelium. Mais puisque Pie XII professe que le pape est vraiment et pleinement pape, verus papa, par la seule élection conclavique confectionnée par les SEULS cardinaux, c'est donc que l'acte exclusivement cardinalice qui fait le pape est de droit divin et confectionne à lui tout seul déjà le fait dogmatique toujours doté de l'infaillibilité ; ce qui signifie évidemment que la seule élection cardinalice théologiquement achevée dans et par le "oui, accepto" du nouveau pape élu implique la croyance de fide, avant toute intervention de l'universitas fidelium.
           
        Un an avant sa mort, Pie XII enseignera de nouveau cette très-catholique doctrine, lorsqu'il envisagera le cas extrême de l'élection d'un simple laïc au Siège de Pierre : "Le pouvoir d’enseigner et de gouverner, ainsi que le charisme de l’infaillibilité, lui seraient accordés dès l’instant de son acceptation, même avant son ordination" (Allocution au deuxième Congrès mondial de l’apostolat des laïcs, 5 octobre 1957).
           
        On ne saurait être étonnés de voir les papes succédant à Pie XII et ayant édicté des constitutions sur la vacance du Siège Apostolique et l'élection d'un nouveau pape, Paul VI et Jean-Paul II, reprendre quasi mot à mot la doctrine qui professe que le pape est vrai pape, verus papa, dès qu'il a prononcé son "oui, accepto".
             
        ― Paul VI : "§ 88. ― Après l'acceptation, l'élu qui a déjà reçu l'ordination épiscopale est immédiatement évêque de l'Église de Rome et en même temps vrai Pape et chef du collège épiscopal ; il acquiert en acte et peut exercer le pouvoir plein et absolu sur l'Église universelle. Si l'élu n'a pas le caractère épiscopal, il doit aussitôt être ordonné évêque" (Romano Pontifici eligendo, 1er octobre 1975).
           
        ― Jean-Paul II : "§ 87. ― L'élection ayant eu lieu canoniquement, le dernier des Cardinaux diacres appelle dans le lieu de l'élection le Secrétaire du Collège des Cardinaux et le Maître des Célébrations liturgiques pontificales ; ensuite, le Cardinal Doyen, ou le premier des Cardinaux par l'ordre et par l'ancienneté, au nom de tout le Collège des électeurs, demande le consentement de l'élu en ces termes : "Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ?" Et aussitôt qu'il a reçu le consentement, il lui demande : "De quel nom voulez-vous être appelé ?" Alors le Maître des Célébrations liturgiques pontificales, faisant fonction de notaire et ayant comme témoins deux cérémoniaires qui seront appelés à ce moment-là, rédige un procès-verbal de l'acceptation du nouveau Pontife et du nom qu'il a pris. § 88. ― Après l'acceptation, l'élu qui a déjà reçu l'ordination épiscopale est immédiatement Évêque de l'Église de Rome, vrai Pape et Chef du Collège épiscopal ; il acquiert de facto et il peut exercer le pouvoir plein et suprême sur l'Église universelle. Si l'élu n'a pas le caractère épiscopal, il doit aussitôt être ordonné évêque" (Universi dominici gregis, 22 février 1996).
 
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        Pour bien comprendre pourquoi l'élection conclavique est dotée de l'infaillibilité dès lors qu'elle est théologiquement achevée par le "oui, accepto" du nouveau pape, rappelons qu'il y a deux temps forts dans tout conclave légitimement assemblé pour élire le futur pape.
           
        1/ L'un, le premier, n'est que sous la mouvance éloignée du Saint-Esprit, et donc ne bénéficie pas de l'infaillibilité à proprement parler quand bien même il jouit de l'Assistance divine, c'est lorsque les cardinaux assemblés commencent à essayer de s'accorder sur le choix de la personne du futur pape à élire, par voie humaine, souvent au moyen de factions qui s'opposent parfois violemment, tiraillées plus souvent encore en tous sens notamment par les intérêts politiques différents des grandes nations chrétiennes que représentent certains cardinaux majeurs du Sacré-Collège, etc. ; ce premier moment de tout conclave, qui n'est dirigé en sous-main par le Saint-Esprit que de manière éloignée, peut même durer beaucoup de temps, les exemples n'en sont pas rares. Supposons qu'à ce stade, une faction de cardinaux très-influents mais n'arrivant pas à réunir la majorité canonique du Sacré-Collège, décide d'élire toute seule le pape de son choix, comme l'ont fait les schismatiques cardinaux français en fomentant ainsi le grand-schisme d'Occident, alors, évidemment, l'élection, non-dotée de l'infaillibilité, serait parfaitement invalide, cela va presque sans dire. C'est à cette période préliminaire du conclave, et seulement à elle seule, qu'on peut dire, pour toutes raisons, qu'un conclave pourrait être douteux voire même invalide, comme Journet l'expose dans L'Église du Verbe incarné en ces termes : "On ne veut pas dire que l’élection du pape se fait toujours par une infaillible assistance puisqu’il est des cas où l’élection est invalide, où elle demeure douteuse, où elle reste donc en suspens".
           
        2/ Mais il y a, après ce premier moment conclavique non-doté de l'infaillibilité, le second et dernier temps fort de tout conclave, évidemment le plus important quoique le plus bref, c'est lorsqu'enfin tous les cardinaux, la plupart du temps par des retournements de tendance complètement inattendus, des découvertes soudaines de papabile auxquels personne n'avait pensé jusqu'alors, etc., qui montrent quant et quant l'Action du Saint-Esprit qui agit souverainement dans les conclaves en Cause première divine derrière les causes secondes humaines, parfois d'une manière presque transparente, c'est lorsqu'enfin les cardinaux disais-je, arrivent à s'entendre sur le choix UN de la personne du futur pape, d'UNE personne, laquelle voit réunir sur sa tête la majorité canonique du conclave, soit les 2/3 + 1.
           
        Alors, ce qu'il faut bien comprendre, c'est ceci : tant qu'il y a deux, trois, voire quatre ou plus, papabile en présence, qui se contrebattent et contrebalancent de séances de votes en séances de votes sans que le conclave puisse arriver à détacher du lot l'unité d'une seule personne pour être le futur pape, on est là, certes, dans les affaires humaines, quand bien même l'action du Saint-Esprit est derrière, très-présente, extrêmement présente et de plus en plus, plus l'unique personne qui doit être élue est approchée par le Sacré-Collège. Mais lorsque le conclave arrive à s'entendre sur UNE personne pour être le futur pape, alors, SOUDAIN, nous ne sommes plus là du tout dans l'ordre humain faillible voire peccable des choses conclaviques, mais immédiatement dans l'ordre humain entièrement assumé et transcendé par l'Ordre divin, de soi bien entendu infaillible, l'organe humain cardinalice n'étant plus dès lors qu'un suppôt passif du Saint-Esprit (= un suppôt, c'est une substance avec son mode d'exister). Seuls les esprits superficiels et/ou mondains ne se rendent pas compte de ce changement radical, qui évidemment n'apparaît pas au for externe, de cette prise en Main divine radicale de l'acte humain cardinalice qui, plus l'unité de la personne pontificale est approchée, plus cedit acte devient on pourrait dire inhabité du Saint-Esprit : ce ne sont plus alors tant les cardinaux qui agissent que le Saint-Esprit Lui-même. C'est-à-dire que l'acte humain, de faillible, devient infaillible, puisque transcendé par le Saint-Esprit.
           
        Qu'on réfléchisse bien en effet, qu'il est tout-à-fait IMPOSSIBLE à l'homme et à l'acte humain de faire le Don surnaturel de l'Unité à l'Église Universelle, Note qui est un charisme divin, ceci n'est pas en sa puissance et capacité (l'a assez prouvé, ce qui s'est passé dans le grand-schisme d'Occident), la Note surnaturelle de l'Unité à l'Église Universelle (Une, sainte, etc.), est en effet un Don exclusivement d'ordre divin, un Don de Dieu par la Personne du Saint-Esprit, tout spécialement bien sûr quand il s'agit du Don de la Tête unique du Corps mystique du Christ (c'est pourquoi justement, la formule populaire "le pape est l'élu du Saint-Esprit", loin d'être un simplisme inexact comme certains auteurs mal inspirés se l'imaginent, est tout au contraire un merveilleux raccourci catholique de la question). Dès lors que les cardinaux arrivent à s'entendre sur le choix d'UNE personne pour être le futur pape, il est très-important de saisir qu'ils ne sont plus alors, dans cette entente unanime, que suppôts passifs du Saint-Esprit, au même titre que l'écrivain sacré pour la sainte-Écriture. Car, théologiquement, il y a connexion très-immédiate entre l'Unité de l'Église et le Saint-Esprit. Quand bien même l'élu choisi n'est pas encore pape, le Don divin de l'Unité est déjà fait à l'Église par le Saint-Esprit, rien que par le fait, justement, que l'élu UN est conclaviquement choisi. En vérité, ce ne sont pas les cardinaux qui choisissent et désignent la personne UNE du futur pape, ils en sont viscéralement incapables de par leur nature humaine faillible voire peccable qui ne peut pas arriver à l'unité du choix surnaturel par leurs propres forces, c'est le Saint-Esprit (dans le grand-schisme d'Occident justement, on en a eu la très-excellente leçon, on a eu le spectacle lamentable de cardinaux laissés à eux-mêmes et à leurs propres forces, Dieu se retirant d'eux par punition de leur orgueil et de leur esprit de jouissance, et ils ont été absolument incapables de donner une tête UNE à l'Église pendant plus de quarante ans fort pénibles à toute la chrétienté...). Et évidemment tout ce que fait directement et immédiatement le Saint-Esprit est ipso-facto doté de l'infaillibilité faut-il avoir à en apporter la précision.
           
        Ce moment capital du conclave, où le Saint-Esprit remplace immédiatement l'homme cardinal électeur, supplée, prend en charge l'action humaine d'élire le futur pape sans supprimer pour autant l'acte humain mais en le transcendant radicalement, est atteint lorsque, tout-de-suite après que l'accord conclavique sur UNE personne est concrétisé, ordinairement par voie de vote, le cardinal-doyen du Sacré-Collège pose la fameuse question rituelle à celui qui bénéficie de l'élection : "Acceptes-tu l'élection qui vient d'être faite canoniquement de ta personne pour être le Souverain Pontife ?" À partir très-exactement de ce moment-là, ET AVANT MÊME que le cardinal objet du choix unanime de ses pairs dise "oui, accepto" à l'élection qui vient d'être faite de sa personne pour être le futur pape, l'élection pontificale est entièrement assumée transcendentalement par le Saint-Esprit et donc déjà formellement dotée de l'infaillibilité. Car le choix unanime des cardinaux sur UNE personne pour être le nouveau Pierre est le Choix de Dieu, il manifeste en effet la Note surnaturelle de l'Unité de l'Église, que Dieu seul a la toute-puissance de donner à l'Épouse du Christ (ce qui ne signifie pas que l'élu est déjà une matière de pape, il n'est, en effet, à ce stade où il n'a pas encore prononcé son "oui" à l'élection, qu'une virtualité de matière de pape). Arriver en effet à l'unité du choix pour la Tête de l'Église militante est un Acte purement et exclusivement divin dans lequel l'humain, par impuissance radicale, ne peut avoir ni n'a en effet strictement aucune part, stricto sensu. Ce qui signifie évidemment que ce nouveau pape choisi de Dieu et donné par Lui à l'Église, ne saurait être, une fois qu'il a accepté son élection au Siège de Pierre... non-pape (thèse sédévacantiste) ou... ne point posséder l'Autorité divine qui fait le pape vrai et réel (thèse guérardienne) !
           
        Et c'est bien la raison pour laquelle le sujet de l'élection pontificale ne refuse jamais son élection au Siège de Pierre, car il sait que le choix conclavique de sa personne pour être le futur pape UN, EST LE CHOIX DE DIEU. Et que bien sûr, le Choix de Dieu ne peut pas se refuser. Nous sommes là exactement dans le même cas de figure que lors de l'Annonciation : lorsque Dieu propose à la très-sainte Vierge qu'elle soit mère du Christ-Dieu, du Messie, alors, la très-sainte Vierge sait que c'est la Volonté divine qu'elle soit mère du Christ ; et donc, elle ne peut moralement que dire "oui", "fiat", au Plan divin. Théoriquement, la très-sainte Vierge Marie pouvait dire "non" au Plan divin, mais ça n'est qu'une supposition théologiquement ex absurdo (car, bien sûr, la très-sainte Vierge étant immaculée, elle ne pouvait donc dire "non"). De la même manière, pour le papabile pressenti à remplir le Siège de Pierre, théoriquement il peut certes refuser son élection au Siège de Pierre voulue par l'Église Universelle représentée par la majorité canonique des cardinaux, et donc voulue par le Saint-Esprit, mais, quoique à un degré évidemment très-inférieur à la très-sainte Vierge, il lui est moralement impossible de le faire, car il sait qu'il est le sujet du Choix divin.
           
        Car en outre, nous sommes là dans l'assemblée la plus sainte existant sur la terre, dans le Sacré-Collège, la plus digne moralement : donc quand en plus tous ses membres choisissent celui qu'ils pensent être le meilleur d'entre eux pour remplir le Siège de Pierre, on est assuré de sa dignité morale et qu'il sera parfaitement conscient qu'il ne peut refuser le Choix de Dieu sur sa personne. On peut certes se souvenir de bien des cas, ils sont en effet nombreux, où l'élu, humainement épouvanté de la responsabilité de la fonction pontificale suprême, va se cacher dans quelque coin secret de l'aula conclavique, et tâche de se faire oublier de ses pairs cardinaux qui viennent de l'élire pape, le dernier exemple en date est le cardinal Sarto qui devint le pape Pie X. La réaction bien compréhensible d'émotion forte de l'élu est la raison pour laquelle Pie XII prévoit, à la sagesse des membres du Sacré-Collège, de laisser un laps de temps déterminé pour que l'élu donne son acquiescement ; mais il ne lui est moralement pas possible d'opposer un refus parce qu'il se sait le sujet du Choix divin.
           
        ET C'EST POURQUOI ON NE TROUVE PAS UN SEUL EXEMPLE DANS TOUTE L'HISTOIRE DE L'ÉGLISE D'UN ÉLU DU CONCLAVE QUI AIT REFUSÉ SON ÉLECTION PONTIFICALE (c'est d'ailleurs la même chose pour les cas de papes hérétiques en leur for privé : théoriquement, c'est possible, mais il n'en est pas un seul exemple dans toute l'histoire de l'Église, parce que moralement, c'est impossible, saint Robert Bellarmin l'avait bien compris). Certes, on pourrait objecter qu'on ne pourra jamais savoir s'il a existé ou non un papabile dûment élu ayant refusé son élection au Siège de Pierre, à cause du secret rigoureux dans lequel tous les conclaves se déroulent : donc théoriquement, on pourrait supposer qu'un élu ait pu dire non sans que personne du monde catholique n'en ait rien su ni n'en puisse jamais rien savoir, sauf les cardinaux présents au conclave et tenus au secret sur tout ce qui s'y est passé, le conclave continuant alors ses assises et élisant un autre pape. Mais cependant, moralement, cette assurance parfaite qu'aucun élu au Siège de Pierre n'a refusé son élection dans toute l'Histoire de l'Église, est en elle-même certaine : le papabile élu canoniquement, se sachant le Choix de Dieu, étant par ailleurs un homme catholique moralement très-digne, est dans l'impossibilité de refuser son élection.
           
        Jérôme Bignon (1589-1656), cet éminent intellectuel enfant prodige au temps d'Henri IV, d'une grande sagesse et intelligence, que le roy avait donné pour compagnon d'enfance au duc de Vendôme, rédigea, tout jeune encore, ... à l'âge de quatorze ans !, un Traicté sommaire de l'élection des papes, plus le plan du conclave, qui connut en son temps un tel succès par sa précision et son orthodoxie dans l'exposé de la question, qu'il fallut le rééditer "trois fois en une seule année" (Vie de Jérôme Bignon, avocat général et conseiller d'État, abbé Pérau, 1757, 1ère partie, pp. 28, sq.). Il exposait en effet si bien la doctrine de l'élection pontificale qu'il trouva un rééditeur de son œuvre en 1874, car, dit celui-ci dans l'Avertissement de sa réédition : "Bien que plus de deux siècles et demi nous séparent de la publication de cet opuscule, le travail de Bignon n'a pas perdu sa valeur ; les dispositions canoniques qui réglementent l'élection du pape sont les mêmes que de son temps". On y trouve justement, magistralement professée, cette doctrine catholique que je suis en train d'exposer. Je le cite :
           
        "Quand les deux tiers des voix [cardinalices] se rencontrent en une même personne, soit par le scrutin secret ou ouvert, ou par le moyen des Accessi, ou par la voie d'adoration, celui-là sans doute est le vrai Pape [je précise que dans le vieux françois du temps d'Henri IV, le qualificatif "sans doute" n'a jamais le sens dubitatif que, par antiphrase, il a reçu depuis dans la période moderne ; ce qui veut dire que Jérôme Bignon l'emploie ici pour dire ce que "sans doute" exprime très-littéralement, à savoir : "sans aucun doute", "très-certainement", "très-sûrement", ou toutes formules similaires signifiant une certitude absolue de l'élection pontificale qui vient d'avoir lieu]. Toutefois les autres Cardinaux [ceux qui n'ont pas fait partie des deux/tiers ayant emporté la majorité canonique du conclave sur l'élu] ont accoutumé d'y porter aussi leur consentement. Dès lors le premier Cardinal-Évêque, tous les autres étant assis, prononce et déclare au nom de tout le Collège qu'il élit un tel pour Pape. Et lui demande sa volonté, laquelle ayant été déclarée, et l'élection étant acceptée, tous se lèvent pour le gratifier, et à l'instant lui mettent son Rochet, le font asseoir sur un siège paré, qu'ils mettent devant la table, proche de l'Autel : ils lui baillent l'anneau du pêcheur, lui demandent, et font dire et déclarer de quel nom il veut être appelé".
           
        Dans ce remarquable exposé, à la fois très-concis et fort complet du tout, on notera avec soin que Jérôme Bignon professe que le moment où le pape est fait pape véritablement est moins quand il accepte l'élection qui vient d'avoir lieu de sa personne comme pape, que quand le cardinal-doyen du Sacré-Collège, au nom de tout le Sacré-Collège c'est-à-dire, au nom de l'Église Universelle, donc, en dernier lieu, au Nom du Saint-Esprit, le déclare élu pape. C'est bel et bien, comme je le formulais plus haut, quand la personne UNE du nouveau Pierre est élue à la majorité canonique par les cardinaux que le pape est absolument et vraiment fait pape ; son acceptation personnelle de cette décision divine de le faire pape apparaît alors, et notre remarquable, génial et jeune auteur l'exprime fort bien, comme secondaire, quoique évidemment nécessaire : il y a en effet obligation morale stricte pour le papabile élu, d'accepter le choix que Dieu fait de sa personne pour être le nouveau pape...
           
        Notez bien, en effet, la formule de Bignon : "... Et lui demande sa volonté, laquelle ayant été déclarée, et l'élection étant acceptée, tous se lèvent pour le gratifier, etc.". L'acceptation de l'élu est quasi décrite juste comme une simple formalité qui va de soi, Jérôme Bignon ne supposant pas même un seul instant, à juste titre, que l'élu puisse la refuser. En vérité, on est exactement là dans le cas de figure des plaids carolingiens où les seigneurs assemblés n'avaient pas le droit, une fois la décision prise par Charlemagne pour tout le monde, d'y opposer refus, au contraire ils se levaient tous pour acclamer la décision, et seulement pour cela. Aux temps des hommes dignes, c'est-à-dire avant la Révolution, tous comprenaient qu'une fois que Dieu avait parlé par l'Autorité de droit divin, celle religieuse ou celle politique, ou donc, quant à ce qui concerne notre affaire, celle conclavique, on n'avait plus qu'une chose à faire : s'y soumettre. Et en cela consistait précisément la dignité de l'homme (... comme nous sommes loin des mœurs post-révolutionnaires démocratiques où l'homme moderne prétend se gouverner soi-même puis imposer sa volonté à Dieu !!).
           
        Et lorsque Jérôme Bignon, pour être complet, décrit le processus de l'élection d'un pape par adoration, remarquons bien qu'il a la même doctrine, à savoir que le pape est fait pape dès lors que le Sacré-Collège se prononce sur une personne unique de papabile dans la majorité canonique : "Les Cardinaux, étant assemblés en la chapelle [sixtine], se tournent vers celui qu'ils désirent être fait Pape, et lui font la révérence, pliant le genou fort bas : et quand il se trouve que les deux tiers sont allés en cette sorte à l'adoration, le Cardinal adoré est fait Pape. Cette manière se rapporte à l'élection qui est appelée par les anciens et en droit Canon «Per inspirationem», et tenue pour être la voie du Saint-Esprit". Le propos lapidaire de Jérôme Bignon est fort clair : "le Cardinal adoré est fait pape". Immédiatement et formellement veut-il dire, par le fait même, ipso-facto, de recevoir cette adoration de la part de la majorité canonique du Sacré-Collège cardinalice, l'acceptation dudit nouvel élu étant subséquente, secondaire... presque superfétatoire et comme allant de soi !
           
        Cette doctrine est professée également dans les constitutions des papes de l'ère moderne, à tout le moins en filigrane. Lisons par exemple Pie XII, qui expose : "§ 99. ― Nous prions l’élu, Notre héritier et successeur, effrayé par la difficulté de la charge, de ne pas se refuser à la prendre, mais de se soumettre plutôt humblement au dessein de la volonté divine ; car Dieu qui impose la charge y mettra aussi la main lui-même, pour que l’élu ne soit pas incapable de la porter. En effet, lui qui donne le fardeau et la charge, est lui-même l’auxiliaire de la gestion ; et pour que la faiblesse ne succombe pas sous la grandeur de la grâce, Celui qui a conféré la dignité donnera la force (Léon XIII, const. Prædecessores Nostri)". Certes, pour respecter le libre-arbitre du nouveau pape, Pie XII dit bien que théoriquement le nouvel élu pourrait refuser la charge, mais il continue en disant immédiatement qu'il faut que le nouvel élu se soumette à la Volonté divine clairement manifestée par l'élection de sa personne UNE au Siège de Pierre, car Dieu impose la charge, donne le fardeau et la charge, etc. ...
           
        Résumons la belle et magnifique doctrine catholique, si bien, si clairement et lapidairement exprimée par le génial Jérôme Bignon : le pape est fait de droit divin dès que les cardinaux dans leur majorité canonique des deux/tiers l'ont élu pape. Bignon va en effet jusqu'à dire que le "oui" postérieur du nouvel élu est presque une subséquence obligée. A fortiori devons-nous penser qu'il en est de même de l'acte d'acceptation du nouveau pape par l'universitas fidelium : loin que cet acte soit fondateur du droit divin dans la nouvelle élection pontificale, comme il est communément (mal) pensé, il en est au contraire le tout dernier élément lointainement subséquent, le premier étant l'acte cardinalice unanime de le choisir pour la nouvelle tête de l'Église Universelle. C'est d'ailleurs pourquoi on a vu Jean de Saint-Thomas nous dire plus haut : "Dès que les hommes voient ou apprennent qu’un pape a été élu (...), ils sont obligés de croire que cet homme est le pape, et de l’accepter".
           
        ... Est-ce qu'on peut mieux comprendre, maintenant, à quel point il est prodigieusement IMPIE de dire que la Volonté de Dieu ainsi manifestée dans le conclave par le choix UN du futur Pontife romain... n'est pas dotée de l'infaillibilité ? La chose est donc bien claire : dès qu'un conclave légitime arrive à désigner UNE personne pour être le futur pape, par le fait même de l'unicité atteinte dans le processus de toute élection pontificale, qui ne peut qu'être un Don divin surnaturel, on sait que c'est le Saint-Esprit qui fait cette désignation UNE à travers les organes cardinalices transparents devenus dès lors Ses simples suppôts passifs, entièrement et saintement sous Sa mouvance. C'est donc le Saint-Esprit qui choisit l'élu, qui donne à l'Église Universelle le nouveau Pierre. Et bien entendu, tout ce que fait le Saint-Esprit est formellement doté de soi de l'infaillibilité, Il ne peut donner à l'Épouse du Christ un non-pape ou un pape dépourvu de ce qui fait la forme du pape, faut-il avoir à le dire. Car Dieu ne donne jamais à ses enfants des serpents, ou des pierres qui ne soient pas Pierre, pour remplir le Siège Apostolique, mais toujours du pain, le pain de Vie, le Christ Jésus vivant dans son Vicaire actuel sur la terre, Vivit in Petro Christus ! Dès lors que l'on sait que c'est Lui, Saint-Esprit, et Lui seul, qui donne un pape UN à l'Épouse du Christ, on est assuré qu'Il lui donne un pape vrai pape, verus papa, matière et forme.
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
           
        C'est pourquoi je n'hésite pas à dire que les propositions des papes de la Renaissance, Jules II (1443-1513) puis Paul IV (1476-1559), qui osèrent soutenir dans des bulles qu'une élection pontificale dûment opérée par la majorité canonique des cardinaux jusqu'au "oui, accepto" du nouveau pape, cardinalement confirmée de plus par l'obédience faite publiquement devant toute l'Église dans la cérémonie d'intronisation du nouveau pape élu intervenant dans l'octave de l'élection conclavique proprement dite, qu'une telle élection pontificale théologiquement achevée pourrait cependant néanmoins être... invalide, pour cause soit de simonie (Jules II) soit d'hérésie antécédente à l'élection du nouveau pape (Paul IV), que ces propositions disais-je, sont formidablement impies, plus encore qu'elles ne sont hérétiques.
           
        Citons en effet maintenant ces propositions hélas magistérielles presque incroyables (mais, rassurons-nous, non-dotées de l'infaillibilité, car les bulles qui les contiennent n'étaient que disciplinaires).
           
        D'abord celle du pape Jules II (1443-1513), Cum tam divino, de 1506 ("et non 1503 ou 1505 ; elle ne fut publiée qu'en 1510 et devint constitution conciliaire en 1513" ― Dictionnaire historique de la Papauté, Philippe Levillain, art. Conclave, p. 439, 1ère col.) : "[Que le pape élu par simonie] n'acquerrait aucun droit à la papauté, ni par l'intronisation, ni par aucun acte de sa part ni de celle des cardinaux, et même si tous les cardinaux lui prêtent obédience, non plus que par le laps de temps [= Nec eiusmodi simoniaca electio per subsequentem ipsius intronizationem seu temporis cursum aut etiam omnium Cardinalium praestatam obedientiam ullo unquam tempore convalescat]". Et Philippe Levillain, de commenter : "Cette bulle fit grand bruit car elle pouvait permettre l'éclatement d'un schisme sous prétexte de simonie. Malgré ce risque et les critiques de nombreux canonistes, elle resta en vigueur jusqu'à son abrogation par Pie X en 1904 (Vacante sede apostolica)" (ibid.). On aura bien sûr noté que cette bulle ne fut pas en odeur de sainteté, même déjà du temps où elle parut... quand bien même elle accéda au rang de constitution conciliaire, étant en effet intégrée aux Actes du Vème concile de Latran... horresco referens !
           
        Puis, bien sûr, quelqu'un demi-siècle plus tard, la trop fameuse bulle de Paul IV, Cum ex apostolatus du 15 février 1559, trop célèbre dans les groupuscules sédévacantistes qui lui font dire n'importe quoi, surtout qu'elle est dogmatique alors qu'elle n'est que disciplinaire (cf. à ce sujet, ma récente réfutation du sédévacantisme dans ces deux articles : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/la-fable-s-d-vacantiste-mensong-re-de-la-bulle-de-paul-iv-et-de-son-contexte-historique?Itemid=1 & https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/un-compl-ment-dantidote-contre-lh-r-sie-s-d-vacantiste-par-saint-bernard-de-clairvaux?Itemid=1), reprend la même doctrine impie et hérétique, d'une manière même beaucoup plus détaillée et précise encore que celle de Jules II, ... et donc beaucoup plus répréhensible !, ainsi qu'on le constate sans peine dans le § 6 de la bulle, en ces termes : "De plus, si jamais un jour il apparaissait qu'un évêque, faisant même fonction d'archevêque, de patriarche ou de primat ; qu'un cardinal de l'Église romaine, même légat ; qu'un Souverain pontife lui-même, avant sa promotion et élévation au cardinalat ou au Souverain pontificat, déviant de la Foi catholique, est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et avec l'assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, sans valeur, non-avenue. Son entrée en charge, consécration, gouvernement, administration, tout devra être tenu pour illégitime. S'il s'agit du Souverain Pontife, on ne pourra prétendre que son intronisation, adoration (agenouillement devant lui), l'obéissance à lui jurée, le cours d'une durée quelle qu'elle soit (de son règne), que tout cela a convalidé ou peut convalider son Pontificat : celui-ci ne peut être tenu pour légitime jamais et en aucun de ses actes"...!!
           
        Le pape Paul IV, comme on vient de s'en rendre compte, allait vraiment jusqu'au bout du péché contre le Saint-Esprit en matière d'élection pontificale, ce qui hélas ne peut pas vraiment surprendre de la part de ce pape au tempérament excessif voire pathologique, en tous cas et à tout le moins, théologiquement... pas trop logique.
           
        Il est bon de remarquer, par ailleurs, que toutes ces bulles ne brillent pas fort par la simplicité et la clarté dans l'expression, comme si la forme rejoignait le fond, doctrinalement défectueux. Lucius Lector, cardinal écrivant sur le conclave sous le pape Léon XIII, a ces lignes sévères mais justes sur la forme rédactionnelle de celle de Paul IV : "Préambule prolixe rédigé dans ce style ampoulé, sonore et creux, qu'ont affectionné parfois les scriptores de la chancellerie pontificale" ; "toute cette redondance d'un langage riche en pléonasmes menaçants" ; "En somme, ce sont là sept pages de style éclatant, pour amplifier ce que le décret du pape Symmaque avait dit en neuf lignes" (Lector, respectivement pp. 106-107 ; 108 ; 109). Ceci ne confirme-t-il point cela…
           
        Je crois bon de préciser ici pour ceux qui, papolâtrant trop la fonction pontificale (comme le font très-indécemment les "ralliés"), s'imagineraient qu'il est impossible de trouver des erreurs ou des hérésies dans des bulles magistérielles non-couvertes par l'infaillibilité, qu'ils en trouveront quelques exemples que j'expose dans L'Impubliable, aux pp. 201, sq.   
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024      
           
        Mais heureusement, les papes de l'ère moderne, en cela beaucoup plus catholiques que ceux de la Renaissance, Pie X, Pie XII, Paul VI et Jean-Paul II, ont pris fort conscience de l'hétérodoxie formelle de ces propositions édictées magistériellement par leurs prédécesseurs, ils se sont empressés, tout en jetant discrètement le voile de Noé sur les vénérables figures de ces deux papes du passé (dont, soit dit en passant mais il faut bien sûr le dire, il n'est pas question de douter un seul instant qu'ils n'aient tous deux voulu fort bien faire, qu'il s'agisse de Jules II ou de Paul IV, loin de vouloir professer une quelconque hérésie ou impiété, et même vouloir faire un mieux... mais voilà, comme dit l'adage : "Le mieux est l'ENNEMI du bien"...! ; j'ai tâché de bien expliquer les raisons contextuelles ad hominem qui les firent promulguer ces bulles doctrinalement si défectueuses, aux pp. 198, sq. de L'Impubliable, auxquelles on pourra se reporter), les papes Pie X, Pie XII, Paul VI et Jean-Paul II se sont empressés disais-je, d'abolir ces bulles parfaitement hérétiques sur la chose de la Foi (car rappelons que tout ce qui a trait à la Légitimité pontificale regarde immédiatement la Foi, puisque le pape actuel en est la règle prochaine).
           
        Voici comment le pape Pie X, qui fut le premier pape à abolir la bulle de Jules II, s'exprimait : "§ 79. ― Simoniae crimen, tam divino quam humano iure detestabile, in electione Romani Pontificis omnino sicut reprobatum esse constat, ita et Nos reprobamus atque damnamus, huiusque criminis reos poena excommunicationis latae sententiae innodamus ; sublata tamen irritatione electionis simoniacae, quam Deus avertat, a Iulio II (vel alio qualicumque decreto pontificio) statuta, ut praetextus amputetur impugnandi valorem electionis Romani Pontificis" (Vacante Sede Apostolica, 25 décembre 1904).
           
        C'est le dernier membre de phrase de ce § 79 qui est important : Pie X abolit la bulle de Jules II parce que, dit-il, l'annulation qu'édictait Jules II de toute élection pontificale simoniaque risquerait d'attaquer la valeur en soi des élections pontificales. Autrement dit, Pie X était parfaitement conscient de l'infaillibilité attachée de soi à tout acte de désignation cardinalice du Pontife romain actuel théologiquement achevée par le "oui, accepto" du nouveau pape, parce que, toujours et à tout coup, cet acte cardinalice est fait in Persona Ecclesiæ, au nom et pour le compte de l'Église Universelle, comme Jean de Saint-Thomas le dira explicitement. Cet acte est donc d'ores et déjà, et parfaitement, un fait dogmatique de soi toujours doté de l'infaillibilité ecclésiale, et il est donc proscrit absolument, comme hélas Jules II suivi par Paul IV oseront le dire, qu'il puisse être, pour quelque cause ou raison que ce soit, invalide. Et c'est pourquoi Pie X abrogeait la bulle de Jules II, parce qu'il osait professer qu'une élection pontificale faite par la majorité canonique cardinalice in Persona Ecclesiæ et théologiquement achevée, donc en dernière analyse faite par le Saint-Esprit, pourrait cependant être invalide.
           
        Le pape Pie X comprit donc fort bien le grave danger hérétique de ces bulles de ses prédécesseurs de la Renaissance, Jules II et Paul IV (contrairement aux sédévacantistes qui s'y sont hélas empalés passionnellement, sans réflexion et fort inintelligemment, jusqu'à fond du donf). Concrètement, il abrogea donc juridiquement la seule bulle de Jules II (ou de tout successeur, notons-le bien), ce qui eut pour effet canonique immédiat d'obroger en même temps la bulle de Paul IV, c'est-à-dire que celle de Paul IV est désormais dans la situation d'une bulle officiellement abrogée sauf que, quant à elle, il n'y a pas eu de déclaration juridique abrogative explicite, c'est la seule différence ("obrogation : suppression ou abrogation indirecte d'une loi par une loi postérieure contraire et de même degré" ― Dictionnaire de droit canonique, Naz, 1957). Pie X, donc, gardait les anathèmes de son prédécesseur Jules II contre les fauteurs d'une élection pontificale simoniaque, mais il supprimait l'annulation d'une élection pontificale qui aurait eu lieu en étant entachée de simonie, parce que, dira-t-il très-explicitement, cela risquerait d'attaquer la valeur en soi des élections pontificales.     
           
        Obrogation de la bulle de Paul IV. En fait, la bulle de Paul IV n'est qu'une décalcomanie de celle de Jules II, de cinquante ans son aînée, dont elle est fille spirituelle, reprenant exactement le même raisonnement de fond qu'elle, allant même jusqu'à en copier les formules soufflées et boursouflées d'alors. Et bien sûr, si Pie X abroge la bulle de Jules II dans sa Constitution sur les élections pontificales de 1904 pour ce motif principal et précis qu'elle invalide les élections pontificales approuvées par les cardinaux agissant in Persona Ecclesiae, la bulle de Paul IV tombe sous la même sentence puisque cette proposition hérétique est explicitement formulée et sert de raisonnement de fond dans son § 6 incriminé (elle va même, comme on vient de le voir, beaucoup plus loin que celle de Jules II dans l'exposé hérétique...). Car que ce soit pour cause d'hérésie ou de simonie, le motif de l'abrogation par Pie X de la bulle de Jules II se retrouve identiquement et absolument dans celle de Paul IV : cette dernière subit donc la même sentence de condamnation, quoique seulement implicitement mais avec la même portée que la bulle de Jules II. La bulle de Paul IV, au moins depuis la Constitution de saint Pie X sur les élections pontificales, n'a donc plus aucune valeur en Église, justement précisément à cause de l'hérésie consommée de son § 6. Les deux bulles, en effet, on est bien obligé d'en prendre acte, que cela plaise ou non, péchaient contre la Foi en ne tenant aucun compte de la loi fondamentale de l'infaillibilité de l'acte de désignation ecclésiale universelle des papes nouvellement élus, dont l'organe ordinaire est le Sacré-Collège cardinalice.
           
        Ne soyons donc pas surpris de voir cette doctrine bien catholique, mise sur le chandelier pour la première fois depuis la Renaissance par le pape Pie X, être reprise presque mot à mot par les papes modernes qui le suivront sur le Siège de Pierre :
           
        ― Pie XII : "92. Le crime de simonie est abominable, en regard tant du droit divin que du droit humain. Comme c’est un fait bien établi qu’il est absolument réprouvé dans l’élection du Pontife romain, ainsi Nous aussi le réprouvons et le condamnons, et Nous frappons ceux qui s’en rendent coupables de la peine d’excommunication latæ sententiæ, en supprimant toutefois la nullité de l’élection simoniaque (que Dieu daigne éloigner pareille élection !) décrétée par Jules II (ou par tout autre décret pontifical), pour ôter un prétexte d’attaquer la valeur de l’élection du Pontife romain" (Vacante Apostolicæ Sedis, 8 décembre 1945).
           
        ― Paul VI : "79. Nous aussi, comme nos prédécesseurs, nous réprouvons et condamnons le détestable crime de simonie dans l'élection du Pontife romain, et nous frappons d'excommunication latae sententiae tous ceux qui s'en rendraient coupables ; mais nous confirmons également la décision de notre prédécesseur St Pie X, selon laquelle a été supprimée la nullité de l'élection simoniaque établie par Jules II ou tout autre décret pontifical, afin que la valeur de l'élection du Pontife romain ne soit pas mise en cause pour cette raison (cf. const. ap. Vacante Sede Apostolica, n. 79 ; Pii X Pontificis Maximi Acta, III, p. 282)" (Romano Pontifici eligendo, 1er octobre 1975).
           
        ― Jean-Paul II : "78. Si dans l'élection du Pontife Romain était perpétrée (que Dieu nous en préserve !) le crime de simonie, je décide et je déclare que tous ceux qui s'en rendraient coupables encourront l'excommunication latae sententiae et qu'est cependant supprimée la nullité ou la non validité de cette élection simoniaque, afin que, pour cette raison (comme cela a déjà été établi par mes Prédécesseurs), ne soit pas mise en cause la validité de l'élection du Pontife Romain" (Universi dominici gregis, 22 février 1996).
           
        Voici donc la doctrine très-traditionnelle réexposée par les papes de l'époque moderne, basée sur la grande loi fondamentale de la Légitimité pontificale que, je suis bien aise de m'en rendre un juste et mérité témoignage, j'ai sans cesse mise sur le chandelier de l'Église depuis plus de vingt-cinq ans, à savoir : toute élection pontificale conclavique théologiquement achevée, c'est-à-dire reçue et approuvée par l'Église Universelle représentée par la majorité canonique des cardinaux, est formellement valide, sans qu'aucune raison puisse jamais l'invalider pour quelque cause que ce soit, de droit divin ou de droit canon.
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
 
        ... La tentation sédévacantiste, qui prétend faire du libre-examen luthérien de la Légitimité pontificale, est hélas extrêmement forte, aux temps cala(très)miteux du pape François, elle est même si forte qu'il arrive de la voir professée extra muros, à l'extérieur des groupuscules tradis intégristes habituels, par des... cardinaux conservateurs.
           
        Ainsi, on a vu le cardinal Raymond Burke, partant d'une pure supputation complotiste qui n'est absolument pas démontrée, il le reconnaît lui-même, celle dite du "groupe de Saint-Gall" (il est bon de savoir que le cardinal Kasper a formellement démenti qu'il ait été question d'élection pontificale dans ces réunions, dont il était un des principaux membres), invoquer le § 79 de la constitution Universi Dominici Gregis de Jean-Paul II sur les élections pontificales, lequel, selon lui, pourrait invalider l'élection de François au Siège de Pierre, laquelle pourtant a été théologiquement dûment faite par la majorité canonique des cardinaux jusqu'à son "oui, accepto" et ne peut donc qu'être valide, car elle aurait été possiblement obtenue par un pacte secret entre grands-cardinaux électeurs, en quelque sorte un "délit d'initiés" pourrait-on dire dans un langage de financiers modernes...
           
        Or, notre cardinal, visiblement trop pressé, a mal lu le n° 79. Je cite textuellement ce n° 79, tout d'abord : "§ 79. ― De même, confirmant les prescriptions de mes Prédécesseurs, j'interdis à quiconque, fût-il revêtu de la dignité cardinalice, de contracter des engagements, tandis que le Pontife est vivant et sans l'avoir consulté, à propos de l'élection de son Successeur, ou de promettre des voix ou de prendre des décisions à ce sujet dans des réunions privées".
           
        Cependant, pour bien comprendre la théologie qui sous-tend ce n° 79 de la Constitution de Jean-Paul II sur les élections pontificales, il faut lire préalablement le n° 78 où elle est exposée explicitement, qui a trait aux élections pontificales simoniaques, et qu'on vient juste de lire plus haut ensemble. Le cardinal Burke, pour sa part, est vraiment en faute de ne l'avoir point fait. Pour ce qui est de moi, que Dieu a consacré et qui me suis consacré à la vérité intégrale quant à la théologie de "la crise de l'Église", je lis donc ensemble les deux numéros, 78 & 79, parce que c'est seulement de cette manière que l'on aura le vrai sens de ce qu'il faut entendre dans ce n° 79 :
           
        "§ 78. ― Si dans l'élection du Pontife Romain était perpétrée (que Dieu nous en préserve !) le crime de simonie, je décide et je déclare que tous ceux qui s'en rendraient coupables encourront l'excommunication latae sententiae et qu'est cependant supprimée la nullité ou la non validité de cette élection simoniaque, afin que, pour cette raison (comme cela a déjà été établi par mes Prédécesseurs), ne soit pas mise en cause la validité de l'élection du Pontife Romain (23).
           
        "§ 79. ― De même, confirmant les prescriptions de mes Prédécesseurs, j'interdis à quiconque, fût-il revêtu de la dignité cardinalice, de contracter des engagements, tandis que le Pontife est vivant et sans l'avoir consulté, à propos de l'élection de son Successeur, ou de promettre des voix ou de prendre des décisions à ce sujet dans des réunions privées".
           
        Ainsi donc, il suffisait de... bien lire (!) la constitution de Jean-Paul II sur les élections pontificales pour invalider complètement le raisonnement sédévacantiste attentatoire à la Constitution divine de l'Église qu'ose tenir le cardinal Raymond Burke. Le raisonnement que tient Jean-Paul II dans ces numéros 78 & 79 est en effet le suivant : si une élection pontificale est délictueuse ou défectueuse, soit par simonie soit par intrigues, sont excommuniés tous ceux qui prennent part active à ce délit ou cette défectuosité, MAIS L'ÉLECTION DU NOUVEAU VICAIRE DU CHRIST AINSI FAITE ET ENTACHÉE EST ET RESTE VALIDE. Et la même règle fondamentale régit toute élection pontificale qui serait délictueuse ou défectueuse pour une raison ou pour une autre, de droit divin ou de droit canon, car elle est basée sur la règle prochaine de la Légitimité pontificale qui veut qu'une élection pontificale ne saurait plus être entachée d'aucun vice, ni de forme ni de fond, à partir du moment où elle est reçue et approuvée par l'Église Universelle représentée par la majorité canonique du Sacré-Collège cardinalice.
           
        C'est bien pourquoi d'ailleurs, Jean-Paul II introduit son § 79 par "DE MÊME", qui le lie formellement dans le raisonnement théologique au § 78, c'est-à-dire que le même raisonnement théologique qu'on a vu, qui excommunie les fauteurs de simonie mais ne touche en rien à la validité de l'élection pontificale simoniaque, s'applique à une élection pontificale entachée d'intrigues. La conclusion est donc certaine : même si l'élection de François succédant à Benoît XVI avait été faite par "délit d'initiés", ce qui serait un vice dans son élection, les cardinaux qui se seraient rendus coupables d'un tel délit seraient excommuniés, MAIS L'ÉLECTION DU PAPE FRANÇOIS QU'ILS AURAIENT AINSI FAITE FRAUDULEUSEMENT SERAIT ET RESTERAIT VALIDE.
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
 
        Nous venons donc de voir ensemble que la certitude d'avoir un vrai pape, verus papa, nous est donnée premièrement et fondamentalement par la seule adhæsio cardinalice, c'est-à-dire dès le "oui, accepto" du nouvel élu au Siège de Pierre, confirmé s'il en était besoin (mais en vérité, théologiquement, il n'en est pas vraiment besoin) par l'obédience publique et solennelle des cardinaux envers le nouveau pape qu'ils viennent d'élire, lors de la cérémonie d'intronisation qui a lieu dans l'octave de l'élection conclavique proprement dite, devant toute l'Église.
           
        C'est l'enseignement unanime de tous les papes de l'ère moderne, de Pie X à Jean-Paul II en passant par Pie XII et Paul VI, et on a vu qu'ils expriment cette doctrine très-explicitement, sans aucune ambiguïté ni équivoque, ils sont au contraire très-formels sur cela, supprimant dans leurs constitutions tout ce qui pourrait s'opposer à cette loi fondamentale : "Dès l'instant où le nouvel élu a donné son acceptation, il est pleinement et vrai pape, verus papa". Or, bien sûr, à ce stade du "oui, accepto", c'est la seule adhæsio cardinalice, au sein d'un conclave encore fermé et non-ouvert, qui a donné ce pape certainement vrai pape, sans que ne s'y adjoigne d'aucune façon quelque élément qui ne soit strictement cardinalice. Puisque donc, sur l'enseignement formel des papes contemporains, ce stade exclusivement cardinalice donne la certitude d'avoir un pape pleinement et vrai pape, c'est donc à ce stade que la nouvelle élection pontificale devient formellement un fait dogmatique, de soi toujours doté de l'infaillibilité ecclésiale, ce qui signifie bien sûr que cela implique la croyance de fide de tout fidèle de croire que le nouveau pape est vrai pape, sous peine d'anathème ipso-facto, dès le stade du "oui, accepto". Et c'est bien de cette manière formelle que les papes de l'époque moderne l'entendent. Reprenons en effet la formule très-forte de Pie XII : "Le consentement (de l'élu à sa propre élection au Siège de Pierre) ayant été donné (…), l'élu est immédiatement VRAI PAPE, et il acquiert par le fait même et peut exercer une pleine et absolue juridiction sur l'univers entier" (supra).
           
        On peut alors se poser la question : que devient l'adhæsio a-posteriori de l'universitas fidelium ? Faudrait-il, au rebours complet de la thèse avancée communément (à savoir que l'élection pontificale devient fait dogmatique uniquement quand cet adhæsio de l'universitas fidelium est actée, celle cardinalice actée lors du "oui, accepto" du nouveau pape n'ayant aucune valeur ou seulement d'ordre moral n'emportant pas de soi le fait dogmatique), professer tout au contraire que, selon l'enseignement des papes modernes, ce serait cette adhæsio de l'universitas fidelium qui serait, elle, parfaitement superfétatoire, n'ayant aucune valeur théologique, seule l'adhæsio cardinalice opérée lors du "oui, accepto" qui la précède toujours dans l'ordre chronologique ayant, et elle seule, véritablement valeur pour opérer et acter le fait dogmatique ?
           
        Répondre à la question par l'affirmative serait un excès qui montrerait, de la part de celui qui souscrirait à cette thèse, une non-connaissance de la Constitution divine de l'Église. En effet, remettons-nous bien devant les yeux que l'Église Universelle, quant au charisme d'enseignement magistériel infaillible, ici enseignement quant à la Légitimité pontificale, est à la fois le pape seul, mais encore et à égalité le pape et tous les évêques qui lui sont unis.
           
        Or, dans la vacance du Siège Apostolique, nous avons vu plus haut que le Sacré-Collège, dans sa majorité canonique, tient lieu du pape et qu'en son sein réside l'infaillibilité ecclésiale pour élire le nouveau pape (dans cette situation sede vacante extra-ordinaire, on pourrait dire que les cardinaux sont en effet à peu près, en corps d'institution dans le Sacré-Collège, l'équivalent d'une matière de pape actuel en exercice pour l'acte d'élire le futur pape, et bien sûr uniquement pour cet acte ; ils n'ont certes pas la forme de la papauté évidemment laquelle exige l'unicité de la personne pontificale, c'est-à-dire l'Autorité divine qui fait le vrai pape actuel en exercice, mais ils en sont, à eux tous ensemble, comme une matière ; si la formule guérardienne n'était profondément hétérodoxe, je dirai que le Sacré-Collège cardinalice, en corps d'institution, est, dans la période sede vacante, un "pape materialiter"). C'est précisément la raison pour laquelle, dès que leur unanimité cardinalice a élu le pape UN, sous grâce divine et motion très-pure du Saint-Esprit comme on l'a vu, celui-ci, ayant accepté son élection, ne peut qu'être très-certainement le vrai pape, verus papa, le fait dogmatique engageant formellement la croyance de fide de tout fidèle étant acté dès ce moment-là, comme, notons-le avec soin, ont beaucoup tenu à nous l'enseigner les papes modernes.
           
        C'est donc l'adhæsio du Sacré-Collège cardinalice qui, pour l'enseignement des choses de la Légitimité pontificale, tient la place du pape seul. Cependant, l'adhæsio de l'universitas fidelium est, dérivée et liée à celle cardinalice, théologiquement aussi importante, comme tenant, quant à elle, la place des évêques de l'orbe catholique unis au pape, dans l'enseignement magistériel de soi doté de l'infaillibilité ecclésiale. L'adhésion de tous les fidèles au nouveau pape élu, lorsque les cardinaux en font la monstrance épiphanique à tout l'univers par l'habemus papam est donc très-importante et nullement superfétatoire (commençons par bien noter la formule, d'ailleurs : Annuntio vobis gaudium magnum : habemus papam. Je vous annonce une grande joie : nous avons un pape. Nous avons, c'est-à-dire : ça y est, c'est un fait accompli déjà et formellement dès que la formule est prononcée du haut du balcon de Saint-Pierre, le nouveau pape est déjà tout fait lorsque les cardinaux le présentent à "l'adoration" de la foule des fidèles, sans qu'il y ait nul besoin constitutivement de l'accord des fidèles pour qu'il soit vraiment vrai pape ! ; ce qui, une fois de plus, confirme la doctrine des papes modernes que l'adhæsio des cardinaux scellée par le "oui, accepto" du nouveau pape suffit à faire certainement le vrai pape, verus papa).
           
        Pour bien comprendre l'articulation théologique entre les deux adhæsio, prenons l'exemple de la proclamation dogmatique par le pape Pie IX, de l'encyclique Quanta Cura. Cette encyclique est dotée de l'infaillibilité par la seule promulgation du pape Pie IX. Cependant, un grand nombre d'évêques d'alors ont voulu souscrire et proclamer magistériellement, eux aussi, la doctrine contenue dans cette encyclique. Ils ont alors adressé une lettre collective à Pie IX, pour, en union avec lui, souscrire à Quanta Cura. C'était une simple lettre quant à la forme mais en fait, pour le fond, ça n'en était pas moins un véritable et authentique acte du Magistère épiscopal des évêques dispersés una cum le pape actuel, théologiquement un avec lui, et donc elle aussi, cette pourtant simple lettre, n'était pas moins qu'un document formel du Magistère infaillible, autant doté du charisme d'infaillibilité que l'encyclique du seul pape Pie IX promulguant Quanta Cura.
           
        "Pie IX promulgua ce Décret [Quanta Cura] dans des conditions d'infaillibilité certaines que tous, catholiques et opposants, reconnaissent. D'ailleurs, bien qu'il n'en soit nullement besoin, il n'est pas mauvais de préciser que ledit Décret fut ratifié a-posteriori par l’unanimité morale des Évêques de l'époque. Six mois après que le pape eut publié cette encyclique le 8 décembre 1864, cinq cents Évêques venus du monde entier, réunis à Rome, signèrent une adresse de salutation qui fut solennellement remise au pape le 1er Juillet 1865. On y lisait : «Dans la Foi que Pierre exprime par la bouche de Pie, nous disons, confirmons et déclarons aussi tout ce que tu as dis, confirmé et déclaré pour la sauvegarde du trésor de la Foi transmise. Nous rejetons aussi unanimement et d'un commun accord tout ce que ton jugement a trouvé nécessaire à désapprouver et à condamner». Ces cinq cents Évêques représentaient alors environ cinq/sixièmes de tous les Évêques du monde, c'est-à-dire la plus grande majorité" (La fidélité au Pape — un devoir sacré pour tout catholique, Johannes Rothkranz, 1998, p. 16).
           
        Voilà qui nous permet de bien comprendre l'articulation exacte entre l'adhæsio cardinalice et l'adhæsio de l'universitas fidelium : la première est fondamentale et acte déjà formellement le fait dogmatique quant à l'élection du nouveau pape, elle n'a nul besoin de la seconde pour exister, ni surtout pour la compléter constitutivement. La seconde, tout au contraire, a besoin de la première, celle cardinalice, pour exister, elle est effectivement, elle aussi, et pas moins que la première, dotée de l'infaillibilité et acte le fait dogmatique qui engage la croyance de fide pour tout fidèle, mais il est capital de comprendre qu'elle n'est infaillible que parce qu'elle est viscéralement entée sur la première et fondamentale adhæsio, celle cardinalice ; de la même manière que l'adresse collective faite à Pie IX par tous les évêques ne fut dotée de l'infaillibilité que parce qu'elle était entée sur la promulgation de Pie IX. Sans y être entée, elle n'aurait pas été dotée de l'infaillibilité (car les évêques seuls sans le pape ne peuvent jamais être infaillibles, pas plus du reste in docendo, en enseignant, que in credendo, en croyant l'enseignement, nous allons voir cela tout-à-l'heure) ; y étant entée, elle est elle-même infaillible. En fait, leur adresse épiscopale collective d'approuver Quanta Cura est infaillible avec le pape, mais pas sans lui. Et de la même façon quant aux choses de la Légitimité pontificale, l'adhæsio de l'universitas fidelium n'acte le fait dogmatique doté de l'infaillibilité que parce qu'elle est entée et entièrement dérivée de l'adhæsio cardinalice antécédente, actée quant à elle au moment précis du "oui, accepto" du nouveau pape. Elle acte le fait dogmatique impliquant la croyance de fide des fidèles, avec l'adhæsio cardinalice, mais pas sans elle. C'est l'adhæsio cardinalice qui fait que l'adhæsio de l'universitas fidelium puisse acter infailliblement, quant à elle, le fait dogmatique.
           
        On soutiendra alors que dans ce cas-là, seule l'adhæsio cardinalice formellement actée lors du "oui, accepto" de nouveau pape a vraiment de l'importance, fondant in capite et au premier chef le fait dogmatique. C'est, remarquons-le, justement exactement ce que nous disent les papes de l'ère moderne, comme nous l'avons vu ! Serait-ce à dire que, bien que dotée elle aussi de l'infaillibilité quand elle ente sa déclaration sur cette première adhæsio cardinalice, celle de l'universitas fidelium n'aurait aucune importance...?
           
        Il faut bien se garder de le croire. Cela équivaudrait à dire que la profession de Foi des évêques de l'orbe catholique n'aurait pas d'importance, même entée sur celle du pape, du moment que le pape seul proclame la doctrine. En réalité, cette adhæsio de l'universitas fidelium est aussi importante, sur le plan théologique, spirituel, que l'adhæsio cardinalice, quoique seconde non seulement chronologiquement mais surtout dans l'ordre théologique. Nous nous retrouvons là en fait avec l'enseignement de Jésus-Christ dans l'Évangile, lorsqu'Il répond à la question du pharisien, docteur de la loi : "Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? Jésus lui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement. Mais le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Dans ces deux commandements sont renfermés la loi et les prophètes" (Matth XXII, 36-40). Il y a donc un premier, il y a donc aussi un second, mais les deux sont semblables, ont même valeur devant Dieu.
           
        C'est exactement la même chose pour notre affaire. Il y a deux adhæsio en fait, qui confectionnent le fait dogmatique, celle cardinalice (première et fondamentale) et celle de l'universitas fidelium (seconde et dérivée de la première). Mais elles ont toutes les deux, chacune à leur place, semblable valeur, cependant que la seconde ne peut exister qu'en étant entée viscéralement sur la première, en totale dépendance d'elle, à défaut tout simplement de pouvoir exister (le même raisonnement se tient, on l'a compris, pour la proclamation de la Foi par le pape seul, première dans l'ordre théologique, et la proclamation de la Foi par les évêques unis au pape, seconde dans l'ordre théologique).
           
        Il y a, c'est bien vrai, deux commandements divins, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme et tu aimeras ton prochain comme toi-même, mais s'il y a un et deux, donc une ordonnance hiérarchique qui veut que un est toujours premier dans l'ordre, et que deux ne vient qu'à sa suite, ces un et deux sont semblables, c'est-à-dire ont même valeur théologique. C'est exactement la même chose pour notre affaire : l'adhæsio cardinalice est première dans l'ordre théologique pour fonder la croyance de fide dans le nouveau pape, l'adhæsio de l'universitas fidelium est toujours seconde, et cependant elles sont toutes deux semblables, c'est-à-dire que toutes deux opèrent la croyance de fide dans le nouveau pape, la seconde cependant ne pouvant l'opérer qu'en étant entée sur la première, de la même manière que je ne peux pas aimer mon prochain si, d'abord, je n'aime pas Dieu, car c'est uniquement par l'Amour de Dieu que je peux aimer réellement mon prochain.
           
        Dans sa remarque sur l'élection pontificale valide de François, Géraldina Boni a une formulation judicieuse, elle écrit que "la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio est le signe et l’effet infaillible d’une élection valide et d’un souverain pontificat légitime". Les mots sont effectivement fort bien choisis. Un signe est une "chose perçue qui permet de conclure à l'existence ou à la vérité d'une autre chose, qui la manifeste, la démontre ou permet de la prévoir, et à laquelle elle est liée" (Dictionnaire). C'est exactement cela qu'est l'adhæsio de l'universitas fidelium a-posteriori : le signe manifeste, démontré, que l'élection du nouveau pape est d'ores et déjà opérée de droit divin par le Sacré-Collège cardinalice, ça n'en est donc qu'un effet. L'adhæsio de l'universitas fidelium au nom de tous les fidèles n'est qu'un signe topique et un effet d'une élection pontificale qui est déjà formellement valide et légitime. Il ne faudrait pas comprendre cette adhæsio de l'universitas fidelium comme un constituant de la validité de la nouvelle élection pontificale, sous-entendu qu'à son défaut ladite élection ne saurait être notée de légitime ni de valide, comme les auteurs qui ont traité de cette question ont l'air de trop le croire. C'est le contraire qui est vrai, à savoir : l'adhæsio cardinalice réalise déjà et formellement l'élection pontificale valide et légitime, et l'adhæsio de l'universitas fidelium qui vient juste après, a-posteriori, n'est qu'un confirmatur (Jean de Saint-Thomas) qui entérine à son compte cette validité et légitimité déjà certaines sans elle. L'adhæsio de l'universitas fidelium n'est effectivement qu'un signe et un effet. Le signe qu'une chose est déjà absolument telle sans que le signe ait à réaliser en cette chose, de quelque substantielle manière que ce soit, la réalité de cette dite chose ; c'est donc un simple effet, qui ne produit aucune cause.
           
        L'image suivante va bien le faire saisir : si vous allumez un grand feu de bois, quasi aussitôt va s'en émaner de la fumée. La fumée de votre feu de bois ne crée évidemment pas le feu lui-même, elle n'en est que "le signe et l'effet", un effet obligatoire certes mais rien de plus qu'un effet, quand bien même elle possède un être substantiel à part entière, qui n'est pas celui du feu, et qui donc a même valeur que lui. De la même manière, l'adhæsio de l'universitas fidelium (fumée) est "signe et effet" de l'adhæsio cardinalice (feu) qui est la seule à créer et générer premièrement la croyance de fide pour tout fidèle quant à la légitimité du nouveau pape, cependant que l'adhæsio de l'universitas fidelium a même valeur théologique que l'adhæsio cardinalice, elle lui est "semblable", quoique seconde. Elle lui est tellement "semblable", que si jamais vous étiez loin du feu allumé, un rideau d'arbres vous le cachant, et que vous n'en voyiez que la fumée, vous seriez tout-à-fondé à conclure que le feu existe, aussi infailliblement et sûrement que si vous voyiez le feu lui-même. Ainsi de même, si, par extraordinaire et surtout par impossible, l'adhæsio de l'universitas fidelium seule était visible dans l'Église sans que l'adhæsio cardinalice le soit, elle prouverait formellement l'existence de cette dernière...
 
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        Justement, posons-nous à présent la question qui invalide complètement la thèse qui voudrait que la seule adhæsio de l'universitas fidelium ait pouvoir d'acter le fait dogmatique obligeant à la croyance de fide tout fidèle, autrement dit lapidairement, que "deux" seul existerait mais pas "un". Cette hypothèse va tout-de-suite montrer son absurdité, par la réponse faite à la question primordiale suivante : dans ce cas de figure où "deux" existerait sans que "un" existe, quels seraient les sujets de cette adhæsio de l'universitas fidelium ? Or, la vérité, c'est qu'on ne peut en trouver aucun qui puisse acter le fait dogmatique !! Même Jean de Saint-Thomas est bien obligé, ne sachant trop sur quel pied danser, d'avouer son impuissance à désigner cesdits sujets de l'adhæsio exclusive de l'universitas fidelium censés confectionner et acter le fait dogmatique : "Est-ce dès que les cardinaux proposent les élus aux fidèles qui sont dans la localité immédiate, ou seulement lorsque la connaissance de l’élection s’est suffisamment répandue dans le monde entier, où que se trouve l’Église ?", nous dit-il dans le brouillard-brouillon, bien obligé de se rabattre, pour la suite de son exposé, sur les cardinaux comme seuls sujets visiblement valables pour acter le fait dogmatique que constitue l'élection du nouveau pape...
           
        Rigoureusement impossible, en effet, de prendre les seuls "fidèles" comme sujets de l'adhæsio de l'universitas fidelium, pour acter le fait dogmatique doté de l'infaillibilité : les fidèles ou simples "membres enseignés", qu'ils soient très-peu nombreux comme ceux qui "sont dans la localité immédiate" de la proclamation cardinalice du nouveau pape, ou au contraire très-nombreux, sans qu'on puisse d'ailleurs jamais savoir s'ils représentent valablement ou bien non l'adhæsio "du monde entier, où que se trouve l'Église", les "fidèles" disais-je, qui ne sont que "membres enseignés", ne peuvent de toutes façons, en tout état théologique de cause, jamais acter un fait dogmatique doté de l'infaillibilité, chose bien sûr réservée exclusivement aux "membres enseignants" !
           
        Les auteurs "ralliés" des articles que j'ai lus l'ont compris, et alors, cherchant désespérément quels pourraient bien être ces sujets problématiques de l'adhæsio de l'universitas fidelium seule résolument déconnectée de l'adhæsio cardinalice, soit disant théologiquement capables d'acter le fait dogmatique, ils ont voulu les trouver dans les chefs ecclésiaux de cesdits "fidèles" du monde catholique évoqués par Jean de Saint-Thomas, à savoir dans leurs évêques. Cette solution épiscopale a une apparence, mais une apparence seulement, de solidité, ceux-ci en effet étant des "membres enseignants" de par leur caractère épiscopal.
           
        Mais malheureusement pour ces auteurs "ralliés", ils ne font que se retourner le fer dans la plaie. Dans le cas qui nous occupe en effet, ces évêques seraient supposés acter le fait dogmatique... sans le pape. Et pour cause !, puisqu'il faudrait que, tous ensemble, évêques de l'orbe catholique toute entière, ils professent reconnaître le nouveau pape actuel, reconnaissance qu'ils ne pourraient acter évidemment que... sans lui, nouveau pape ! Or, bien sûr, tous les évêques seuls sans le pape n'étant jamais infaillibles dans l'enseignement magistériel, ils ne peuvent donc pas, en tout état de cause, confectionner le fait dogmatique quant au nouveau pape. Mes "ralliés" s'en sont bien rendus compte.
           
        Alors, piteusement et n'importe comment sur le plan théologique, ils ont tâché d'inventer un distinguo complètement aberrant : les évêques sans le pape ne sont certes jamais infaillibles dans l'enseignement (in docendo), mais, soutiennent-ils, ils pourraient être infaillibles ensemble sans le pape dans la croyance (in credendo) ! Nous sommes là en pleine absurdité : si les évêques sans le pape ne peuvent pas enseigner infailliblement, ils ne peuvent pas plus, sans le pape, croire infailliblement. Attendu que la croyance entraînant le fait dogmatique doit obligatoirement être théologiquement fondée, et que bien sûr, elle ne peut l'être si... l'on exclut par principe le pape actuel ou bien le Sacré-Collège cardinalice récipiendaire de l'infaillibilité dans les périodes sede vacante ! En effet, si l'on veut que les évêques catholiques dans leur universalité soient infaillibles dans la croyance, cela inclut la nécessité et l'obligation formelles d'avoir à fonder théologiquement leur croyance sur un suppôt doté de l'infaillibilité ; or, précisément, in casu, ils n'en peuvent trouver aucun, puisque le seul qui existe et sur lequel ils pourraient appuyer leur croyance est l'adhæsio cardinalice posée sur le nouveau pape au moment de son "oui, accepto", adhæsio cardinalice que, dans l'hypothèse envisagée, on veut que les évêques l'excluent pour poser leur croyance ! L'excluant par principe, les évêques de l'orbe catholique n'ont donc plus aucun moyen, aucune assise, pour fonder infailliblement leur croyance que le nouveau pape est certainement le vrai pape, non seulement pour eux-mêmes mais pour tous les fidèles dont ils ont charge...
           
        Vouloir que les évêques soient infaillibles in credendo à défaut de pouvoir l'être in docendo n'est donc en réalité qu'une pure sottise, c'était reculer pour mieux sauter...
           
        Résumons-nous. Si l'on veut que ce soit l'adhæsio de l'universitas fidelium toute seule, sans être entée de quelque manière que ce soit sur l'adhæsio cardinalice, qui fonde le fait dogmatique quant au nouveau pape élu, alors l'enquête serrée sur les sujets de cette adhæsio de l'universitas fidelium résolument déconnectée de l'adhæsio cardinalice montre qu'il est absolument et rigoureusement impossible... d'en trouver aucun pour la mettre en œuvre !! Les fidèles ? C'est non. Les évêques de cesdits fidèles ? C'est encore beaucoup plus non, in docendo comme in credendo !
           
        C'est montrer avec une grande clarté, et même éblouissante, la fausseté intégrale de cette thèse, qui n'a pouvoir que de s'empaler sur sa propre impuissance...
 
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        L'histoire ecclésiastique nous fournit d'ailleurs une preuve concrète supplémentaire que les évêques de l'orbe catholique n'ont strictement rien à voir dans les sujets pour acter le fait dogmatique d'avoir un nouveau pape, dans le cas du pape Pélage 1er. Voyons cela de plus près.
           
        Lors de l'élection de Pélage 1er (556-561), une fraction importante des évêques de l'univers catholique ne le reconnut pas durant de longs mois et même pour certains pendant tout son pontificat, et cependant Pélage n'en fut pas moins tenu par l'Église pour vrai pape, verus papa, et ce, dès le tout premier jour de son élection canonique par le haut-clergé de Rome (à cette époque reculée, le Sacré-Collège cardinalice n'existait pas encore, mais les archidiacres et autres primiciers qui formaient le haut-clergé romain en tenaient lieu). Ce qui montre bien que ceux qui, au tout premier chef, sont habilités et aptes à poser l'acte de droit divin entraînant la croyance de fide de tous les fidèles quant au nouveau pape actuel, sont les seuls cardinaux (ou leurs ancêtres) et non les évêques.
           
        Pélage vit en effet les premières années de son pontificat complètement brouillées par la pénible et toute passionnelle querelle des Trois Chapitres, avatar entortillé de l'hérésie monothélite, qui elle-même n'était qu'une sophistication intellectualiste de l'hérésie monophysite. L'infortuné pape fut sérieusement "boudé" par une fraction non-négligeable de l'Église d'alors, à savoir : quasi toute l'Église africaine et celle d'Illyricum (alors très-importantes dans l'orbe universelle), aussi, bien des évêques de Gaule (qui mirent tellement le doute dans l'esprit du roy Childebert, fils de Clovis, que celui-ci exigea du pape une profession de Foi ; la première, d'ailleurs, n'ayant pas satisfait, le pape Pélage 1er dut s'humilier à en rédiger une seconde...!), mais encore, les églises de Milan et d'Aquilée, d'Émilie, c'est-à-dire quasi toute l'Italie du Nord... ce qui, en tout, faisait vraiment pas mal de monde, et même beaucoup ! Il est du reste à noter que Pélage 1er "ne parvient pas à venir à bout des schismes de Milan et d'Aquilée, qui se prolongent jusque sous [son successeur] le pape Jean III [561-574] pour Milan et jusqu'au début du VIIe siècle pour Aquilée" (Dictionnaire historique de la papauté, etc., Levillain, p. 1296, 1ère col., art. "Pélage 1er").
           
        Donc, un nombre important d'églises, à commencer bien évidemment par les évêques qui étaient à leurs têtes, ne reconnaissaient pas Pélage 1er comme pape actuel. Pour autant, cela n'a nullement empêché que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio fut parfaitement actée sur le pape Pélage dès le premier jour de son élection, ce que l'Église, postérieurement, a enregistré formellement dans ses annales officielles, ne faisant aucun doute sur la validité de l'élection de Pélage dès qu'il fut canoniquement choisi par les ancêtres romains des cardinaux. Ce qui, une fois de plus, prouve bien que ce sont les cardinaux, ou ceux qui en tenaient le rang dans les temps reculés, qui ont mandat et pouvoir divins de faire le vrai pape, verus papa, et ainsi de poser la croyance de fide pour tout fidèle, bien avant que les évêques ne le fassent, d'une manière seulement subséquente quant à eux et en union avec le haut-clergé romain, ne venant que confirmer et corroborer l'acte cardinalice in capite.
 
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        Les seuls sujets de l'adhæsio de l'universitas fidelium méritant un examen seraient donc les évêques de l'orbe catholique, nous dit-on. Hélas pour la thèse, on vient de voir qu'ils sont théologiquement encore plus inaptes à en être les sujets que les simples fidèles ! Outre ce que je viens de dire invalidant formellement leur emploi comme sujets de l'adhæsio de l'universitas fidelium pour désigner par le fait dogmatique le nouveau pape à tous les fidèles, une autre raison invalide beaucoup plus encore leur emploi pour être lesdits sujets. Si en effet l'universalité des évêques avaient un pouvoir quelconque pour légitimer le pape actuel, ne serait-ce qu'une fois dans un cadre extraordinaire, alors, ce serait souscrire et tomber ipso-facto dans l'hérésie du conciliarisme.
           
        Il est en effet absolument et radicalement proscrit que les évêques aient un quelconque pouvoir sur la fonction pontificale suprême, sur le pape. Ainsi donc, non seulement les évêques, comme nous venons de le voir, ne peuvent jamais être les sujets d'un acte infaillible sans le pape, qu'il soit in docendo ou in credendo, mais le pourraient-ils théoriquement, qu'il serait de toutes façons proscrit absolument qu'ils posent un tel acte pour légitimer un nouveau pape actuel. Or, évidemment, c'est ce qu'ils feraient si on mettait dans leurs mains épiscopales le pouvoir par-dessus les cardinaux d'acter le fait dogmatique quant à l'élection pontificale. Le pape ainsi élu et certainement pape mais seulement de par l'accord unanime des évêques de l'orbe catholique tout entière, ne serait donc pape que par le consentement épiscopal, et il n'y a pas besoin de continuer longtemps le raisonnement théologique pour comprendre que son autorité pontificale, en quelque matière elle s'exprimerait ultérieurement, serait donc à partir de là tout le temps dépendante de l'accord unanime des évêques... et c'est là toute l'hérésie conciliariste. Il est capital de comprendre que le pouvoir pontifical du pape ne doit dépendre jamais et d'aucune manière de celui épiscopal, sous peine de subvertir l'Institution pontificale telle que le Christ l'a constituée en disant à Pierre : "Tu es Pierre, et sur cette Pierre Je bâtirai mon Église" (Matth XVI, 18).
           
        Proscrire absolument tout conciliarisme dans les mœurs de l'Église. ― C'est pourquoi l'on voit le pape Pie IX n'avoir qu'une pensée, lorsqu'il édicte comment doit être réglée une nouvelle élection pontificale si jamais le pape devait mourir en plein concile général : celle d'en ôter absolument tout pouvoir aux évêques ; et il va jusqu'à déclarer aboli ledit concile général aux fins de supprimer tout empiètement, si minime soit-il, des évêques sur l'élection pontificale réservée aux seuls cardinaux, statuant haut et fort que lesdits évêques ne puissent avoir jamais aucune participation à l'élection pontificale qui aurait lieu après pour remplacer le pape de cujus. Or, si l'on suivait le mauvais raisonnement de ceux qui voudraient que les évêques soient les sujets formels de l'adhæsio de l'universitas fidelium pour confectionner le fait dogmatique quant au nouveau pape élu, alors, la mort d'un pape intervenant en plein concile général, cela simplifierait pratiquement énormément les choses, tous les évêques étant déjà réunis, de les utiliser tout-de-suite pour la prochaine élection pontificale s'ils y avaient un quelconque droit, surtout celui d'acter le fait dogmatique obligeant à la croyance de fide quant au nouveau pape élu.
           
        Mais le pape Pie IX, édictant en la matière, suivant en cela les prescriptions de son prédécesseur Jules II et lui-même suivi par le pape Pie X, fait le raisonnement exactement inverse : "Reprenant un usage introduit par Jules II, Pie IX a promulgué que, s'il arrivait qu'un pape mourût pendant la célébration d'un concile œcuménique, l'élection du successeur serait faite non par le concile, lequel est aussitôt interrompu ipso jure, MAIS PAR LE COLLÈGE SEUL DES CARDINAUX (Acta et decreta sacrosanti oecumenici concilii Vaticani, Romae, 1872, p. 104, sq.). Cette même disposition est rappelée dans la constitution Vacante sede apostolica, de Pie X, 25 décembre 1904, n° 28".
           
        Pie XII exposera cette doctrine d'une manière encore plus inflexible et plus militante : "§ 33. ― Si jamais il arrive que le Pontife romain meure durant la tenue d’un concile général, soit que le concile siège à Rome, soit qu’il ait lieu dans un autre endroit de l’univers, l’élection du nouveau pontife doit toujours être faite exclusivement par le seul Collège des cardinaux de la Sainte Église romaine, et non point par le concile lui-même, dont Nous déclarons nuls juridiquement les actes qui, d’une façon quelconque, sembleraient par une audace téméraire, affaiblir le droit exclusif du Sacré Collège des cardinaux ; de cette élection doivent absolument être exclues toutes les autres personnes qu’une autorité quelconque, même celle du concile, pourrait par hasard déléguer, hormis les cardinaux. Bien plus, pour qu’en cette élection les cardinaux mentionnés puissent, par la suppression de tout empêchement et l’éloignement de toute occasion de troubles et de divisions, procéder avec plus de liberté et de facilité, le concile lui-même, en quelque situation et étape qu’il se trouve, doit être regardé comme suspendu de droit, dès la réception de la nouvelle certaine du décès du pontife, de sorte que sans nul retard, il doit aussitôt cesser toutes réunions, congrégations et sessions, et arrêter la rédaction de tous décrets et canons, sous peine de nullité de ces actes, et ne pas se poursuivre pour n’importe quel motif, même si le motif paraissait très grave et digne de spéciale considération, jusqu’à ce que le nouveau pontife, canoniquement élu, ordonne de le reprendre et de le continuer (Pie IX, const. Cum Romanis Pontificibus, 11 ou 13 décembre 1869 ; Code de Droit canon, can. CIS 229)" (Vacantis Apostolicæ sedis, Pie XII, 8 décembre 1945).
           
        Ainsi donc, il est trop clair qu'on en revient toujours à la doctrine catholique en la matière, à savoir que non seulement les évêques n'ont aucun pouvoir sur l'élection pontificale, quelqu'il soit, mais que tout pouvoir quant à l'élection pontificale est donnée par l'Église aux seuls cardinaux ou haut-clergé de l'Église romaine, "nom d'humilité de l'Église Universelle" (Journet). Les papes Pie IX et Léon XIII le diront très-explicitement : "Le droit d'élire le Pontife romain appartient uniquement et personnellement aux cardinaux de la Sainte Église romaine, en excluant absolument et en éloignant toute intervention de n'importe quelle autorité ecclésiastique ou de toute puissance séculière, de quelque degré ou condition qu'elle soit" (Pie IX, const. In hac sublimi, 10 des calendes de septembre 1871 & Consulturi, 10 octobre 1877 ; Léon XIII, const. Praedecessores Nostri).
           
        Tout cela montre fort bien à quel point la thèse de l'adhæsio par les seuls évêques, brandie sans réflexion par les auteurs "ralliés" que j'ai lus, est radicalement fausse puisqu'elle verse ipso-facto dans l'hérésie conciliariste (nonobstant le fait, comme on l'a vu, que les évêques seuls sans le pape sont de toutes façons complètement impuissants à poser un acte doté de l'infaillibilité, in docendo ou in credendo, ce qui les exclut dans le principe de pouvoir poser le fait dogmatique quant à l'élection du nouveau pape).
           
        Si en effet l'on professait que la croyance de fide dans le nouveau pape ne dépend que de l'adhæsio des évêques de l'orbe catholique universelle, alors, on ferait dépendre toute Légitimité pontificale de l'union formelle des évêques, ce qui, sur le plan théologique, est similaire à l'union matérielle desdits évêques dans un concile général, et donc le pape ne serait pape que par l'accord des évêques, ce qui est virtuellement soumettre l'Autorité pontificale à cette union formelle des évêques, proposition qui est identique à celle voulant soumettre l'Autorité du pape au concile général épiscopal, ce qui a été condamné comme hérétique (conciliarisme) par le pape Martin V, à la fin du grand-schisme d'Occident, puis par Eugène IV son successeur. De jure, cette thèse de l'adhæsio épiscopale est donc condamnée ; elle ne l'est pas moins dans le de facto. En effet, si la certitude théologique d'avoir un vrai nouveau pape dépendait uniquement de l'adhæsio universelle des évêques, celle des cardinaux qui la précède ne valant théologiquement rien, cet adhæsio épiscopale universelle et unanime ne pourrait se former que dans un laps de temps très-long, ce qui est incompatible avec la loi fondamentale qui veut que le nouveau pape doit être règle immédiate de Foi pour tous les fidèles, dès son élection... loi fondamentale que par contre, réalise très-bien l'accord sur le nouveau pape par l'adhæsio des cardinaux dans leur majorité canonique, adhæsio cardinalice canoniquement unanime actée dès le jour même de l'élection conclavique, comme le formulait si bien notre génial adolescent de quatorze ans, Jérôme Bignon. Et c'est pourquoi, c'est leur acte à eux, cardinaux de la sainte Église romaine "nom d'humilité de l'Église Universelle" (Journet), qui est fondateur de celui, subséquent et seulement dérivé, des évêques approuvant a-posteriori la nouvelle élection pontificale au nom et pour le compte de l'universitas fidelium.
           
        Ceci, pour sauvegarder le merveilleux équilibre constitutionnel de l'Église : si l'évêque avait un quelconque droit dans l'élection du pape, c'en serait bien fini de la liberté du pape ainsi élu ! Faire dépendre la validité d'une élection pontificale de l'adhæsio des seuls évêques est anti-théologique au possible : souvenons-nous du concil(iabul)e de Bâle voire même de Constance à ses débuts, lesquels n'avaient rien moins en projet que de soumettre en principe le pape à tout concile général (qui sont composés des seuls évêques quant aux voix actives) ; il suffit en effet de lire les discours conciliaristes complètement hérétiques sur cela du français Gerson ; ce n'est qu'à fort grand'peine si l'Église romaine réussit, notamment grâce à l'action intelligente, pondérée, inspirée et persévérante, du pape Eugène IV (1431-1447) et de sa Curie, à sauvegarder sa constitution voulue par le Christ, à savoir que l'Autorité du Pape prévaut sur tout concile général. Or, depuis ces conciliabules du XVe siècle, très agressifs dans leur dernier avatar, celui de Bâle, étouffés d'extrême justesse, cette révolte contre l'Autorité pontificale ne cessa jamais : les hérésiarques parus dans l'Église depuis lors, qu'ils soient luthériens, calvinistes, hussites puis jansénistes et enfin modernistes, ont tous voulu battre en brèche l'autorité du Souverain Pontife, en voulant la plier démocratiquement aux voix épiscopales de l'Église, qu'on fasse résider ces voix dans des assemblées "parlementaires" d'Église, conçues comme de véritables "États généraux permanents de l'Église" reconductibles tacitement, ou bien dans des conciles nationaux, comme avec les jansénistes français. C'est d'ailleurs cette sourde mais continuelle et formidable révolte qui a fini par susciter la proclamation libératrice de Pie IX en 1870, concernant l'infaillibilité du pape seul, dans son Magistère ex cathedra.
           
        Nonobstant le caractère anti-théologique et anti constitutionnel de la chose, soumettre donc ne serait-ce qu'une seule élection pontificale à l'adhæsio exclusivement épiscopale au nom de l'universitas fidelium, serait du même coup créer un précédent des plus fâcheux dans la vie de l'Église militante, alors que les ennemis du Christ et de son Église n'ont jamais renoncé à abattre l'Autorité pontificale. Il est bien facile de comprendre qu'une fois cette adhæsio épiscopale canoniquement enregistrée dans les annales ecclésiastiques, rien ni personne ne pourrait plus désormais contredire les prétentions indues des démocrates révolutionnaires, ensoutanés ou non, qui veulent soumettre par principe le pape au concile général (ce qu'on voit de nos jours d'ailleurs, cet esprit synodal tous azimuts, en est une résurgence abâtardie ; mais, signe des temps apocalyptiques que nous vivons, cette fois-ci, c'est... le pape lui-même, notre inénarrable François, qui promeut cette subversion démocratique de la fonction pontificale instituée par le Christ !!).
 
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        Objection. ― Certains pourraient invoquer l'élection du pape Martin V (1369-1431), qui termina le grand-schisme d'Occident, comme argument pour soutenir qu'une élection pontificale peut être le fait des évêques, puisque les électeurs de Martin V, loin d'être seulement des cardinaux, furent aussi des évêques, du moins comptèrent-ils dans les électeurs admis.
           
        L'argument est cependant parfaitement faux, et un tout petit peu d'histoire ecclésiastique suffira à le bien montrer. Mais auparavant, il va être encore bon de rappeler que les seuls électeurs ordinaires du pape sont les cardinaux, et eux seuls. Nous l'avons déjà vu plus haut, les papes Pie IX et Léon XIII les font consister dans les seuls cardinaux, à l'exclusion formelle de tout autre tiers : "Le droit d'élire le Pontife romain appartient uniquement et personnellement aux cardinaux de la Sainte Église romaine, en excluant absolument et en éloignant toute intervention de n'importe quelle autorité ecclésiastique ou de toute puissance séculière, de quelque degré ou condition qu'elle soit" (supra).
           
        Cependant, le cardinal Journet, dans L'Église du Verbe incarné, résume lapidairement et merveilleusement bien la question en évoquant la possibilité d'électeurs extraordinaires, par ces propos : "Le pouvoir d'élire le pape réside formellement (c'est-à-dire, au sens aristotélicien, comme apte à procéder immédiatement à l'acte d'élection) dans l'Église Romaine, en comprenant dans l'Église Romaine les cardinaux-évêques qui sont, en quelque sorte, les suffragants de l'Évêque de Rome (le pape). C'est pourquoi, selon l'ordre canonique prévu, le droit d'élire le Pape appartiendra de fait aux cardinaux seuls. C'est pourquoi encore, quand les dispositions du droit canonique seraient irréalisables, ce serait aux membres certains de l'Église de Rome qu'il appartiendrait d'élire le Pape. À DÉFAUT DU CLERGÉ DE ROME, CE SERAIT À L'ÉGLISE UNIVERSELLE, dont le pape doit être l'Évêque" (L'Église du Verbe Incarné, Journet, p. 623). La question qui nous occupe donc se résume ainsi avec une grande précision : l'élection pontificale revient au Haut-Clergé de Rome ; à son défaut, elle revient au Bas-Clergé de Rome ; à son défaut encore, elle revient à l'Église Universelle.
           
        Il n'est pas bien difficile de remarquer que les évêques ne sont jamais nommés, ni dans les électeurs ordinaires ni dans ceux extraordinaires. Pour autant, devrait-on comprendre que, dans la situation très-extraordinaire où l'élection pontificale reviendrait à l'Église Universelle, les électeurs seraient les seuls évêques, ou du moins y auraient-ils une place prépondérante ? C'est justement ce qu'on voudrait pouvoir dire à propos de l'élection de Martin V, seule élection pontificale dans toute l'Histoire de l'Église qui eut lieu sous le mode extraordinaire de l'Église Universelle, mais nous allons voir qu'il n'en est rien.
           
        Toutes les histoires ecclésiastiques rangent en effet en deux catégories bien marquées, bien distinctes l'une de l'autre, les électeurs de Martin V : il y a les vingt-six cardinaux de toute obédience des trois papes douteux d'un côté, et, de l'autre, trente représentants des cinq Nations chrétiennes principales d'alors, France, Allemagne, Angleterre, Italie, Espagne, soit, en tout, cinquante-six électeurs. Or, notons bien que même s'il y avait (forcément) des évêques parmi ces trente représentants des cinq Nations qui donc n'étaient pas cardinaux, ils ne l'étaient pas tous, et de plus, ceux qui l'étaient n'agirent au conclave élisant Martin V nullement en tant qu'évêques, mais juste comme simples mandataires des nations, comme toutes les Histoires le révèlent fort bien.
           
        Limitons-nous à deux exemples : dans sa célèbre Histoire universelle de l'Église catholique écrite au XIXème siècle, l'abbé Rohrbacher, à propos de ces trente représentants des cinq nations principales de la Chrétienté ayant voix au conclave, emploie le mot très-révélateur de "députés". Députés de qui ? Pas de l'Église, mais des nations chrétiennes qu'ils représentaient. Or, quand on est "député", on n'a pas plus de pouvoir que celui qui nous députe, c'est en effet un principe formel de droit que le mandataire n'a pas plus de pouvoir que ceux possédés par son mandant. Autrement dit, les personnes juridiques des nations n'ayant bien entendu nullement le pouvoir d'Ordre qui appartient exclusivement à l'Église, les députés qu'elles envoyaient au "conclave universel" pour les représenter ne l'étaient nullement en tant qu'évêques, pour ceux qui l'étaient. C'est pourquoi l'appellation de Rohrbacher dans son Histoire, etc. nous semble être la plus juste, à propos de ces trente représentants des cinq nations principales d'alors : "députés". Un autre historien, Gaston Castella, désigne ces trente députés des nations par la double dénomination fort significative elle aussi pour notre sujet de : "prélats et docteurs", parce qu'elle laisse encore mieux entendre que s'il y eut certes des évêques parmi ces électeurs des nations, il y eut également des laïcs, docteurs de Sorbonne, de Salamanque ou autres ("Prendraient part, cette fois-là, à l'élection, non seulement les cardinaux présents, mais trente prélats et docteurs, soit six de chacune des cinq nations" ― Histoire des papes illustrée, t. 1, p. 315).
           
        C'est donc bien à tort qu'on invoquerait l'élection du pape Martin V terminant le grand-schisme d'Occident, pour cautionner la thèse de l'adhæsio de l'universitas fidelium par les seuls évêques de l'orbe catholique toute entière.
           
        Retenons de tout ceci que la théologie la plus assise dans la Constitution divine de l'Église pose deux choses fondamentales : 1/ À défaut d'une élection pontificale opérée par les électeurs ordinaires que sont les cardinaux de la sainte Église romaine ou à leur défaut le bas-clergé de Rome (second cas de figure ordinaire qui, au reste, ne s'est jamais produit dans toute l'Histoire de l'Église), l'élection pontificale par l'Église Universelle est une chose très-extraordinaire, qui nécessite quasi un miracle de Dieu pour pouvoir être opérée afin de donner à l'Église l'élu UN ; 2/ Dans ce cas très-extraordinaire, l'Église Universelle n'est pas du tout représentée par les seuls évêques agissant de par leur pouvoir d'Ordre, mais par l'ensemble des fidèles catholiques, universitas fidelium, qu'ils soient clercs ou laïcs, qu'ils aient ou non autorité dans l'Église, qu'ils soient membres enseignants ou enseignés. Tout le monde catholique doit être dûment représenté et c'est précisément pourquoi la réunion universelle de l'Église est si extraordinaire. On ne sait plus qu'il y a eu un vrai miracle du Saint-Esprit pour réaliser dans l'Unité et la concorde générale l'élection du pape Martin V terminant le grand-schisme d'Occident, il faut lire l'histoire de concile de Constance pour le comprendre et en être saintement émerveillé...
 
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        Nous avons donc bien vu ensemble, en suivant l'enseignement formel des papes de l'ère moderne, de Pie X à Jean-Paul II en passant par Pie XII et Paul VI, que c'est le "oui, accepto" du nouveau pape qui le fait vraiment pape, verus papa. Pour être complet sur la question, il faut cependant préciser que la cérémonie d'intronisation du nouveau pape, intervenant dans l'octave de l'élection conclavique proprement dite, a parfois été retenue par les papes du passé comme étant le moment où le fait dogmatique était acté. Cela, de toutes façons, ne change rien quant au fond sur la doctrine qui veut que ce soit le seul Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique qui acte formellement le fait dogmatique, car que celui-ci soit acté lors du "oui, accepto" à la fin du conclave ou bien lors de l'intronisation du nouveau pape ayant lieu quelques courts jours seulement après ce "oui, accepto", nous sommes toujours là dans le cadre exclusif de l'adhæsio cardinalice seule. Mais il ne me semble pas inutile de rappeler que certains papes du passé ont voulu en effet privilégier l'intronisation du nouveau pape sur l'élection conclavique, comme étant le jour où commence vraiment son pontificat, où l'on est absolument sûr qu'il est vrai pape, verus papa, pour toute l'Église.
           
        Je l'exposais ainsi dans L'Impubliable : "L'acte de reconnaissance ecclésiale universelle du nouveau pape par l'organe des cardinaux unanimes est si important sur le plan théologique, que la coutume a été prise, depuis la décision du pape saint Léon IX (1048-1054), de dater le pontificat du jour du couronnement ou intronisation ou «adoration», et non à compter de celui de l'élection conclavique ou encore celui du Sacre épiscopal éventuel si le nouveau Pierre n'est pas encore évêque ; et «cet usage a persisté, en dépit de la Constitution Cum esset du 15 décembre 1633, dans laquelle Urbain VIII cherchait à faire prévaloir la date de l'élection» (Le Conclave, Lucius Lector, 1894, p. 667). La sigillographie illustre très-bien, elle aussi, l'importance plus grande, quant à la légitimité papale, de l'acte de reconnaissance ecclésiale universelle posé par les cardinaux le jour de l'intronisation du pape nouvellement élu, sur celui de l'acte d'élection conclavique : «Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, les papes ont utilisé, entre leur élection et leur couronnement un sceau de plomb incomplet, la demie-bulle (bulla dimidia, blanca, defectiva), ne comportant pas leur nom au revers ("mais seulement les effigies des saints Pierre & Paul" ― ibid., p. 666). Les actes ainsi scellés présentaient des particularités rédactionnelles : dans la suscription, le nom du pape était suivi du mot electus, la formule suscepti a nobis apostolatus officii remplaçait dans la date les mots pontificatus nostri, et une clause spéciale expliquait les raisons de l'emploi de la demi-bulle. Le plus ancien original connu scellé de cette façon est un acte de Grégoire X du 4 mars 1272» (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, 1994, art. "bulle", p. 240, col. 1).
           
        La reconnaissance officielle par les cardinaux représentant l'Église Universelle du pape nouvellement élu, qui est le fondement théologique de la cérémonie du couronnement et de l'intronisation, est un constituant intrinsèque si important de la légitimité pontificale, qu'un pape mort seulement quatre jours après son élection, sans avoir pu être «adoré» pontificalement, ne fut tout simplement pas inclus dans la liste officielle des papes durant tout le Moyen-Âge, comme s'il ne l'avait pas vraiment été : il s'agit d'Étienne II (mars 752). Et Lucius Lector, de préciser : «Il en est de même, probablement, d'un Jean XV en 985 ; plus tard, le cas se reproduit encore pour Urbain VII (1590)» (Lector, p. 661, note 1)" (L'Impubliable, note de fin de texte "s", p. 280).
 
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        Conclusion, récapitulation. ― Pour être sûr qu'un pape est certainement pape, c'est donc uniquement la reconnaissance de ce pape que les cardinaux posent dans leur majorité canonique, soit lors du "oui, accepto" à la fin du conclave, soit au sein de la cérémonie d'intronisation, qui est l'acte théologiquement enseignant, et nul autre. Une fois que cet acte, qui a valeur formelle de fait dogmatique, est posé, alors, la légitimité du nouveau pape ainsi reconnu par eux, cardinaux, est indubitable, certaine, et l'anathème est formel sur celui qui oserait y contredire. Sur cedit acte cardinalice théologiquement fondateur, vient se greffer, subséquemment, ensuite et par après, ce que les théologiens ont appelé l'acceptation pacifique universelle de l'Église, c'est-à-dire que derrière les cardinaux, tous les autres membres de l'Église sans distinction de rang, à leur tour, du plus grand des archevêques au plus simple laïc, tous indistinctement, reconnaissent eux aussi, comme pape vrai et indubitable, celui que les cardinaux viennent de désigner (dans l'élection conclavique) et reconnaître (dans la cérémonie d'intronisation), presque simultanément, comme vrai Vicaire du Christ, acceptus et probatus, en tant que "membres enseignants" de la légitimité pontificale. Le SEUL acte qui a valeur théologique formelle pour acter la légitimité pontificale, est celui des cardinaux dans leur majorité canonique des 2/3 posé, soit lors du "oui, accepto" à la fin du conclave, soit lors de la cérémonie d'intronisation : l'acceptation pacifique du nouveau pape par tous ceux qui, dans l'Église, ne sont pas cardinaux de la sainte Église romaine, qui lui est toujours postérieure, n'en est théologiquement que subséquence, et n'a pas, en soi et toute seule, valeur théologique. Elle n'endosse une valeur théologique, comme nous l'avons vu plus haut, que lorsqu'elle s'appuie, pour acter son acceptation, sur celle in capite des cardinaux.
           
        C'est dire que c'est donc au plus tard immédiatement le jour même de l'intronisation du pape élu, que l'acte théologiquement subséquent et non fondateur de l'acceptation pacifique universelle, est quant à lui posé par tout "le peuple de Dieu" (Géraldina Boni), agréant tout naturellement et immédiatement ce que les "membres enseignants" de ladite légitimité pontificale viennent tout juste de leur enseigner, soit dans le "oui, accepto" conclavique, soit dans et par la cérémonie d'intronisation du nouveau pape, à la face de l'Église Universelle et du monde entier. Par ailleurs, il est excessivement important que la certitude d'avoir un vrai pape soit connue très-rapidement après son élection conclavique, puisque le pape nouvellement élu est règle prochaine de la Foi pour tous les fidèles, rapidité que ne réalise pas l'acceptation pacifique universelle fondée sur la seule universitas fidelium.
           
        Enfin, il est important de dire une autre chose. Cet acte cardinalice infaillible de reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de pape sur un tel étant posé au plus tard le jour de l'intronisation du nouveau pape élu, cedit acte, à partir de ce jour, se reconduit tacitement et implicitement tous les jours suivants du règne pontifical du nouveau pape, jusqu'à sa mort sans qu'il y ait plus besoin d'aucune autre déclaration cardinalice. C'est-à-dire que, une fois posée par les cardinaux au plus tard le jour de l'intronisation, la reconnaissance ecclésiale universelle du pape valant formelle légitimité de cedit pape couvre tout son pontificat, si elle n'est contredite postérieurement par le même organe et dans la même proportion de sa majorité canonique. Pour qu'elle soit remise valablement et validement en cause, il faudrait en effet que ceux qui l'ont acté, c'est-à-dire les "membres enseignants" de la légitimité pontificale que sont les cardinaux, déclarent publiquement dans leur majorité canonique des 2/3 + 1, retirer leur obédience au pape... chose qui ne s'est jamais produite, de saint Pierre jusqu'à François.
 
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        Il est vrai que si on lit d'une manière je ne dirai pas superficielle mais trop générique, les auteurs qui ont traité de la question par le passé (mais il est vrai que ceux contemporains professent généralement la même chose que ceux du passé), sans approfondir la doctrine comme j'ai tâché de le faire dans cet article, on aurait tendance à croire que l'Église Universelle approuvant une élection pontificale et confectionnant le fait dogmatique serait l'universitas fidelium dans son ensemble, ou plutôt dans sa généralité la plus nébuleuse, sans tenir aucun compte de la place in capite et première des cardinaux dans cette représentation de l'Église Universelle. Mais la fausseté du raisonnement de fond de la plupart de ces auteurs consiste essentiellement à dissocier l'Église Universelle du Sacré-Collège cardinalice. C'est là que gît l'erreur de parallaxe, c'est-à-dire qu'on prend une mesure à partir d'un mauvais point de vue, et donc la mesure est fausse. Car, voir les choses ainsi, c'est oublier que, en droit et en fait, l'Église Universelle, en matière d'élection pontificale, c'est avant tout... le Sacré-Collège cardinalice lui-même soi-même ! Ainsi, par exemple, on voit un auteur appeler la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, une "seconde élection par toute l'Église" (W. Wilmers, A Handbook of the Christian Religion, 1891, p. 95). L'appellation est plutôt exacte, mais il faut bien saisir que les sujets de cette "seconde élection" dont tout l'objet est juste d'approuver la première élection conclavique proprement dite, sont, in capite et premièrement... les mêmes que ceux qui ont confectionné la première élection, à savoir, bien sûr, les cardinaux de la sainte Église romaine, dans leur majorité canonique, avant que tous les autres membres de l'Église qui ne sont pas cardinaux de la sainte Église romaine ne puissent donner leur approbation ! C'est eux-mêmes qui, premièrement, approuvent au nom de l'Église Universelle l'élection conclavique du nouveau pape qu'ils viennent tout juste d'opérer de leurs propres mains, c'est eux-mêmes qui font cette "seconde élection" !
           
        Donc, puisqu'il en est ainsi, le processus théologique est le suivant : 1/ les cardinaux seuls, représentant l'Église Universelle, désignent le nouvel élu au Siège de Pierre ; 2/ puis secondement et enfin, le nouveau pape une fois canoniquement élu, les mêmes cardinaux approuvent, toujours au nom de l'Église Universelle, le nouveau pape qu'ils viennent d'élire, ce qui se fait dès qu'ils lui font leur obédience, pour la première fois, dans le sein du conclave lui-même, lorsque l'élu a prononcé son "oui, accepto". Il est capital de comprendre que cette première obédience faite par tous les cardinaux au nouveau pape qu'ils viennent de choisir, qu'on pourrait dire d'ordre privée, privatim, parce qu'elle n'est pas encore connue de l'universitas fidelium, est déjà la première expression de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio qui fonde le fait dogmatique impliquant formellement la croyance de fide de tous les autres fidèles de l'Église qui ne sont pas cardinaux. C'est pourquoi, d'ailleurs, nous l'avons vu plus haut, le cardinal qui, juste après cette première obédience cardinalice privatim, présente le nouveau pape à tous les fidèles réunis place Saint-Pierre, dit sans équivoque, du haut du balcon de Saint-Pierre : habemus papam, nous avons un pape. Sous-entendu : il est non seulement déjà tout fait par nous cardinaux, mais il est de plus déjà formellement approuvé, acceptus et probatus, par l'Église Universelle que nous, cardinaux dans notre majorité canonique, représentons.
           
        Cette première obédience cardinalice manifestant déjà la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio dotée de l'infaillibilité en tant que fait dogmatique, sera suivie de deux autres obédiences cardinalices faites presque coup sur coup, ainsi qu'il ressort de la constitution de Pie XII sur les élections pontificales, et ce triple rite est là pour vraiment bien faire comprendre que dès que ces trois obédiences cardinalices sont dûment faites, la "seconde élection" est déjà faite, le fait dogmatique est théologiquement acté :
           
        "Ensuite [lorsque l'élection est théologiquement achevée par le "oui, accepto" du nouveau pape], après l’accomplissement de ce que demande la coutume selon le cérémonial romain [exemple : après le "oui, accepto" du nouveau pape, tous les cardinaux hormis celui qui venait d'être élu nouveau pape, abaissaient les baldaquins de leurs stalles, qui restaient élevés, en signe de leur souveraineté cardinalice collective, tout le temps sede vacante que durait la nouvelle élection pontificale avant que l'élu UN soit surnaturellement trouvé], les cardinaux font au Souverain Pontife élu la première obédience d’usage ; celle-ci achevée, et après le chant de l’hymne Te Deum, le premier des cardinaux diacres annonce au peuple qui attend l’élection le nom du nouveau Pontife romain et peu après le pontife lui-même donne la Bénédiction apostolique à Rome et au monde. Il y a ensuite la seconde obédience, que les cardinaux font, revêtus de la cappa violette" (§ 103).
           
        "Toutes choses enfin ayant été régulièrement accomplies, le conclave est ouvert, à l’intérieur, à l’extérieur et sur l’ordre du nouveau pontife. (...) Après l’ouverture du conclave sont admis ceux qui, selon la coutume, sont introduits pour faire l’obédience au pontife élu" (§ 105).
           
        "Pour faire la troisième obédience, les cardinaux devront être convoqués par le préfet des cérémonies apostoliques quand le Souverain Pontife le fixera" (§ 106).
           
        Il n'est cependant pas faux, nous l'avons vu plus haut, de voir que l'universitas fidelium, c'est-à-dire tous les évêques et simples fidèles qui ne sont pas cardinaux, acte elle aussi le fait dogmatique, cependant, seulement en adhérant à l'élection du nouveau pape par les cardinaux, étant entée sur l'antécédente adhæsio cardinalice. Mais ce serait une profonde erreur, que j'ai pris à tâche de dénoncer dans ce nouvel article, de voir le fait dogmatique n'être acté que lorsque l'universitas fidelium sans les cardinaux acte la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio pour sa part.
           
        J'ai fait remarquer en commençant ce chapitre que la plupart des auteurs du passé comme d'ailleurs du présent, en restent trop au générique nébuleux de l'universitas fidelium. Mais il est bon de noter que certains auteurs ou saints ont fort bien compris que l'acte qui fonde le fait dogmatique en matière d'élection pontificale est opéré in capite et premièrement par le Sacré-Collège cardinalice qui représente au premier chef cette universitas fidelium.
           
        Par exemple, lors du grand-schisme d'Occident, sainte Catherine de Sienne (1347-1380) le professe sans ambiguïté. Elle considère très-justement que ceux qui refusent le pape ayant bénéficié de l'adhesio cardinalice sont non seulement schismatiques mais hérétiques (... avis à Jules II et Paul IV !!), et, pour le dire, elle ne mâche pas ses mots bien crus et verts, comme on peut le voir dans une de ses Lettres aux schismatiques cardinaux français : "... Qu'est-ce qui me montre l'élection régulière par laquelle vous avez élu le seigneur Barthélemy, archevêque de Bari, aujourd'hui véritablement le Pape Urbain VI ? Cette vérité se montre dans la solennité de son couronnement. Que cette solennité se soit faite dans la vérité, la révérence [= l'adoration rituelle] que vous lui avez faite nous le montre. Ce que vous dites [à présent] fût-il vrai [à savoir : nier a-posteriori l'élection valide d'Urbain VI], ne nous auriez-vous pas menti, à nous, quand vous nous l'avez dit souverain Pontife, comme il l'est en effet ? Ne lui auriez-vous pas fait mensongèrement la révérence en l'adorant pour le Christ sur la terre [voilà qui condamne Paul IV qui récuse à l'adoration cardinalice, dans son hérétique § 6, la note d'infaillibilité !] ? D'anges terrestres que vous devriez être, pour ramener les brebis à l'obéissance de la sainte Église, vous avez pris l'office de démons en nous amenant à l'obéissance de l'Antéchrist, qui est membre du diable, et vous êtes avec lui, tant que vous persisterez dans cette hérésie"...!!
           
        Saint Robert Bellarmin est à citer également, lui qui a écrit : "Il arriva peu après que [le pape] Sylverius mourut et que Vigilius, qui jusque-là siégeait en schisme, commença maintenant à être le seul et légitime Pontife de façon certaine par la confirmation et la réception par le clergé et le peuple romain" (De Romano Pontifice, IV, chapitre 10).
           
        Et... Mgr Marcel Lefebvre lui-même soi-même, mais oui, le professait fort bien : "L’éloignement des cardinaux de plus de 80 ans et les conventicules qui ont préparé les deux derniers conclaves ne rendent-ils pas invalide l’élection de ces Papes ? Invalide, c’est trop affirmer, mais éventuellement douteux. Toutefois l’acceptation de fait postérieure à l’élection et unanime de la part des cardinaux et du clergé romain suffit à valider l’élection. C’est l’opinion des théologiens [!]" (La nouvelle messe et le Pape, Fideliter n° 13 de février 1980, d’après Cor unum de novembre 1979).
           
        Certains, dont les auteurs "ralliés" que j'ai lus, veulent nier que les cardinaux puissent acter le fait dogmatique de toute élection pontificale, sous le vain et très-faux prétexte que l'Institution cardinalice serait soit disant de droit ecclésiastique et non de droit divin, raison pour laquelle, croient-ils pouvoir déduire, ils n'auraient pas le pouvoir dans l'Église d'acter le fait dogmatique de toute élection pontificale.
           
        Ce raisonnement est théologiquement primaire et pèche à la base. D'abord et premièrement, ce n'est pas parce que le Sacré-Collège cardinalice serait d'institution seulement ecclésiastique, que ses membres ne pourraient pas avoir une fonction de droit divin, ce sont deux choses différentes. Or, les cardinaux ne tirent pas leur fonction suprême d'élire le pape de l'institution ecclésiastique mais de la Parole du Christ : "Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église" (Matth XVI, 18), c'est-à-dire, on l'a compris, du droit divin. Cette fonction d'élire le pape est donc tout ce qu'il y a de plus fondée sur le droit divin ("La principale faculté des cardinaux est celle d’élire le Souverain Pontife" ― Vacante Apostolicæ Sedis, 8 décembre 1945, § 35).
           
        Et justement, secondement, ladite fonction étant de droit divin, rejaillit sur l'Institution cardinalice elle-même : puisque leur fonction, en tant que haut-clergé de l'Église de Rome, "nom d'humilité de l'Église Universelle", est de droit divin, alors cela signifie que l'Institution cardinalice est, elle aussi, et ne peut qu'être, de droit divin. C'est ce qu'a pensé saint Robert Bellarmin, qui, chacun le sait, est une autorité supérieure quant aux choses de l'élection pontificale : il émet l'hypothèse que l'Institution du Sacré-Collège est de droit divin dans son De Romano Pontifice (je n'ai malheureusement pas noté la référence où il le dit). Et cette thèse est non seulement probable, mais certaine. Car en effet, on se tromperait étrangement en voulant voir l'Institution du Sacré-Collège des cardinaux comme une création ex nihilo au XIIème siècle, sous-entendu qu'avant cette création, il n'y aurait rien eu, et que, tout-à-coup, on fait surgir dans l'Église une nouvelle chose, les cardinaux, par génération spontanée ! La vérité est aux antipodes : les cardinaux du Sacré-Collège ne sont rien d'autres que la simple continuation structurée du haut-clergé de l'Église de Rome, des archidiacres et autres primiciers des temps antiques, qui, quant à lui, haut-clergé romain, a toujours existé depuis saint Pierre, et qui est doté du droit divin dans son acte d'élire le Souverain Pontife pour l'Église de Rome et donc pour l'Église Universelle. Ce qui signifie bel et bien que les cardinaux agissent eux aussi de droit divin lorsqu'ils élisent le nouveau pape, en tant que simples successeurs de leurs ancêtres.
           
        Tout, d'ailleurs, le dit, dans le rituel scrupuleusement suivi et détaillé pour créer un nouveau pape qu'on peut voir dans la constitution de Pie XII de 1945.
           
        Lisons par exemple le § 38 : "Cependant si des cardinaux absents arrivent lorsque l’affaire de l’élection est encore entière, c’est-à-dire avant que l’Église soit pourvue d’un Pasteur, qu’ils soient admis à participer à l’élection en l’état où ils la trouveront" (Grégoire X, ch. 3, Ubi periculum, § 1, de elect., 1, 6, in Sext)". Il n'est pas bien difficile de comprendre de ce § 38 que lorsque l'élection faite uniquement par les cardinaux sera faite, alors, "l'Église sera pourvue d'un Pasteur", ce qui signifie très-clairement que le fait dogmatique sera acté lorsque les cardinaux, et les cardinaux seuls, auront fini l'élection en cours. C'est bien pourquoi d'ailleurs, nous l'avons déjà vu, lorsque l'élection est finie, le cardinal présentant le nouveau pape à "l'adoration" des fidèles massés Place Saint-Pierre, leur dit : nous avons un pape, habemus papam, il est tout fait, il n'y a plus rien à y rajouter pour qu'il soit verus papa, sujet formel de la croyance de fide de tout fidèle, sous peine d'anathème.
           
        Et lorsque le nouveau pape est élu, alors les cardinaux, comme on vient de le voir, lui font rien moins que... trois obédiences !      
           
        ... Du carton-pâte, ces obédiences au nombre trinitaire de trois, comme pour en bien marquer la signifiance de droit divin, qui, de plus, seront refaites deux fois par les cardinaux dans la cérémonie d'intronisation du nouveau pape, quelques jours après, soit en tout... cinq obédiences des cardinaux !? Allons donc, soyons sérieux ! Comment les papes de la Renaissance, Jules II et Paul IV, ont-ils bien pu oser s'autoriser à désacraliser ces rites cardinalices si fortement révélateurs du droit divin qui les habite, ou plutôt qui les inhabite par la Présence du Saint-Esprit...?!? Mystère, et mystère d'iniquité...
           
        Ces papes auraient quand même dû se rendre compte de l'impossibilité théologique radicale de leur thèse. Prenons en effet le § 6 de la bulle de Paul IV : il ose soutenir qu'un pape convaincu d'avoir été hérétique avant son élévation au Souverain pontificat n'aurait jamais été pape, même s'il avait été "adoré" par l'unanimité des cardinaux en bonne et dûe forme, même pendant un plus ou moins long temps : "[on ne peut prétendre que] le cours d'une durée quelle qu'elle soit (de son règne), que tout cela a convalidé ou peut convalider son Pontificat" (§ 6). Paul IV n'oubliait juste qu'une toute petite chose, qui invalidait in radice sa thèse : c'est à savoir que pendant tout le temps, qui peut être plus ou moins long, où ce pape, hérétique avant son élévation au Siège de Pierre, aurait été admis comme vrai pape dans toute l'Église, il n'y aurait pas eu que les seuls cardinaux à l'avoir reconnu et accepté comme vrai pape, dont on voudrait croire (très-faussement) que leur adhæsio n'est pas dotée de l'infaillibilité, mais encore l'acceptation et la reconnaissance de ce pape aurait été formellement actée par... l'universitas fidelium, qui suit dès l'élection pontificale l'adhæsio cardinalice, les deux en effet étant conjointes et quasi simultanées ! Or, l'universitas fidelium est dotée de l'infaillibilité, au rapport de tous les théologiens, de tous les canonistes, ce qui signifie bien sûr que ce pape approuvé non seulement par les cardinaux mais infailliblement par l'universitas fidelium... ne pouvait pas... ne pas être vrai pape, verus papa !
           
        Donc, en fait, Paul IV récusait implicitement mais formellement, dans son § 6, la loi fondamentale, expression du Magistère ordinaire & universel ecclésial, de l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, et empêchait par-là même qu'un pape élu puisse jamais être certainement pape, jamais faire l'objet d'un fait dogmatique impliquant la croyance de fide de tout fidèle puisque, si l'on supprime l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, il n'existe plus aucun autre moyen en Église pour savoir de fide qu'un pape est vrai pape ! Proposition parfaitement hérétique, puisque le pape étant règle prochaine de la Foi, dire qu'on ne peut jamais être sûr d'avoir un pape légitime (ce qui, soit dit en passant, est le soubassement de tout raisonnement schismatique sédévacantiste, et l'on comprend fort bien que les sédévacs actuels se soient entichés de cette fumeuse bulle qu'ils adorent... mais pas le pape), est tout simplement inférer le doute formel sur le dogme lui-même et sur toute l'Église ! Le § 6 de la bulle de Paul IV est donc bel et bien complètement hérétique...
           
        On pourrait s'étonner cependant de voir la très-grande majorité des auteurs qui ont parlé de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio n'avoir jamais dit explicitement que les sujets premiers en sont les cardinaux, mais n'avoir vu la question que d'une manière lointainement et nébuleusement générique ? On peut sans doute répondre en disant qu'ils se sont uniquement focalisés sur l'acte dernier de cette adhæsio, celui le plus épiphanique si je puis dire, le plus visible, posé effectivement par les évêques et les fidèles du monde entier. Sans chercher à décortiquer comme je viens de le faire l'articulation théologique précise qui, générée par l'adhæsio cardinalice, aboutit tout-à-fait en finale, et en finale seulement, à l'adhæsio de l'universitas fidelium, comme dernier acte qui fonde la croyance de fide dans le nouveau pape.
           
        Un dernier mot pour finir de finir. Ce point de doctrine que je viens d'exposer a certes son importance, mais il n'a... aucune incidence sur la question de la légitimité des pontificats modernes vaticandeux & post. Car de toutes façons, que ce soient par l'adhæsio de l'universitas fidelium ou par l'adhæsio cardinalice, une chose est absolument sûre et certaine, et doit être tenue pour telle par tout catholique sous peine d'anathème ipso-facto : tous les papes modernes, de Jean XXIII à François, ont dûment bénéficié de l'une ou de l'autre adhæsio, et même des deux à la fois, et donc la croyance de fide à la légitimité de leurs pontificats respectifs est absolument de rigueur, obligatoire, sous peine d'anathème formel ipso-facto pour qui ose y contredire.
 
        Notamment, il faut avoir le courage de le dire même si on s'en trouve crucifié dans sa Foi, quant au pape actuel, à savoir notre inénarrable pape François...
 
LeSueur Jesus Christ donnant les clefs à St Pierre 1024
 
        "Il faut se glorifier ? Cela ne sert de rien. (...) Si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé, car je dirais la vérité ; mais je m'en abstiens, de peur que quelqu'un ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit en moi, ou de ce qu'il entend dire de moi" (II Cor XII, 1 & 6).
           
        Cependant, la vérité intégrale et complète de "la crise de l'Église" consistant en "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que je suis le seul à exposer en docteur in utroque dans tout le monde catholique (Dieu sait pourquoi, moi je ne le sais pas), est si conspuée et foulée aux pieds par les bêtes de toutes sortes, modernes comme tradis, qu'il m'apparaît utile, je le dis dans la confusion, de me "glorifier", quand bien même cela ne sert de rien. Je ne le fais uniquement que pour mettre en valeur non ma pauvre personne mais la vérité ecclésiale de notre temps, "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        Alors je dirai, quoique cela ne serve de rien, que j'ai la gloire sans doute de désenvelopper pour la première fois dans l'Église le distinguo qui définit avec certitude les sujets habilités et aptes à acter théologiquement l'acceptation pacifique ecclésiale universelle du nouveau pape ayant valeur de règle prochaine de la Légitimité pontificale. Cependant, il est encore plus vrai que la gloire ne m'en appartient pas, elle revient à l'Église, car c'est "la crise de l'Église" elle-même qui m'a poussé invinciblement à cette explicitation, sans même que je m'en rende trop compte d'ailleurs, en la formulant dès les premières rédactions de L'Impubliable : cette crise de l'Église est en effet, depuis qu'elle a commencé, une crise toute centrée sur la Légitimité pontificale.
           
        Dès la fin de Vatican II, on a des gens qui mettent en doute publiquement et ardemment la légitimité de Paul VI, et qui parfois le font bruyamment Place Saint-Pierre, les Père Barbara, les abbé de Nantes, pas très-longtemps quant à ce dernier, les Père Guérard des Lauriers, etc. Cela m'a poussé à rendre explicite une doctrine qui n'était encore qu'implicite dans l'Église. Tant il est vrai que l'hérésie est opportune, opportet haereses (j'ai envie de rajouter, qu'on me pardonne, qu'avec les hérésies, les connards et leurs sottises aussi, sont opportuns, sorte d'aiguillons dans les côtes du théologien pour l'obliger à avancer...).
           
        Ainsi donc, comme dit saint Paul : "Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis, et Sa grâce [quant à l'intelligence de la Foi appliquée à la théologie de la "crise de l'Église"] n'a pas été stérile en moi ; mais j'ai travaillé plus qu'eux tous [les prétendus "chefs de file" et théologiens non moins prétendus, dans le Tradiland et chez les modernes] : non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi" (I Cor XV, 10).
           
        Puisque donc je me glorifie pour "LA PASSION DE L'ÉGLISE", j'en mets ici encore une fois le lien où je l'expose en profondeur, ex professo : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/7-la-passion-de-l-eglise-2.
           
        ... Amen, Alleluia, vive Dieu !
 
En la fête de saint Grégoire de Nazianze,
Ce 9 mai 2023.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
               
 
GrégoireDeNazianze
Saint Grégoire de Nazianze (329-390)
 
 
 
 
09-05-2023 19:18:00
 

Faire enfin le point exact sur l'unicité pontificale aux temps ecclésiaux de Benoît et... de François

 
 
Faire enfin le point exact sur l'unicité pontificale
aux temps ecclésiaux de Benoît et... de François
               
               
        L'association "Terre et famille", de mouvance conservatrice, vient de faire, hier 27 février, l'envoi collectif par courriel, dont j'ai été l'un des destinataires, d'une vidéo exposant la thèse pontificale survivantiste du journaliste italien Andrea Cionci, sans un mot d'accompagnement. On trouvera cette vidéo au lien suivant : https://terre-et-famille.fr/dies-irae-rien-que-la-verite-sur-la-demission-de-benoit-xvi/.
               
        Bien qu'ayant déjà réfuté en règle la thèse survivantiste, qui s'avère n'être en fait qu'une sorte de sédévacantisme original mais illuministe, dans plusieurs articles fort charpentés et construits (cf. notamment : https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/12-refutation-de-la-these-survivantiste & https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/encore-du-survivantisme-pontifical?Itemid=1), articles de fond que, bien entendu, ceux qui devraient les lire pour se convertir ne lisent pas parce qu'ils ont peur de... se convertir, j'ai cru devoir à nouveau, une fois visionné un peu par pénitence cette vidéo, rembarrer succinctement et à chaud les faux raisonnements qui y sont exposés, en les réduisant à rien par l'exposé simple de la vérité catholique qu'ils contredisent. Donc, j'ai envoyé un petit courriel de réponse hier à cette association "Terre et famille", ainsi rédigé :   
               
        "Bonjour,
               
        "La thèse exposée sur cette vidéo est radicalement fausse, quoique possédant un fond de vérité.
               
        "Elle est fausse pour deux raisons essentielles :
               
        "1/ Benoît XVI n'était pas du tout un traditionaliste au niveau de la Foi, mais seulement un conservateur parmi les modernistes. Il est donc en soi parfaitement faux de le voir comme un pape tradi défenseur de la Foi catholique intégrale et subissant le martyre pour cela, en fallacieuse opposition dialectique avec le pape François qui, lui, attaque la Foi, comme faisant parti des méchants. Vous le comprendrez en lisant mon dernier article : ‌https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/Que%20le%20pape%20Beno%C3%AEt%20XVI,%20MALGR%C3%89%20%20TOUT,%20repose%20en%20paix%20dans%20le%20Christ?Itemid=1.
               
        "2/ Le cardinal Billot, sous Pie XI, l'avait fort bien dit, et il ne faisait là que résumer la Foi catholique la plus certaine en la matière : le criterium premier de la Légitimité pontificale, en avant de tous les autres, est LA RECONNAISSANCE ECCLÉSIALE UNIVERSELLE DE LA QUALITÉ DE PONTIFE ROMAIN SUR TELLE PERSONNE. L'organe juridique pour poser cette dite reconnaissance est le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des 2/3. Et il pose cet acte de reconnaissance dans la cérémonie solennelle d'intronisation du pape devant toute l’Église, qui suit généralement dans l'octave l'élection conclavique proprement dite du nouveau pape. Or, Bergoglio a dûment et légitimement bénéficié de cet acte de reconnaissance ecclésiale universelle de sa qualité de pape, puisque tous les cardinaux l'ayant posé sur lui en 2013 étaient certainement vrais cardinaux, ayant tous été créés soit par Benoît XVI soit par ses légitimes prédécesseurs. DONC, Bergoglio est pape. Et donc, le raisonnement qui veut le voir comme un antipape est archi-faux, in radice.
               
        "Pour ces deux raisons, la thèse Cionci est théologiquement insoutenable, irrecevable, une seule de ces deux raisons, d'ailleurs, suffirait à la dirimer.
               
        "Cependant, il y a un grand fond de vrai dans cette thèse qui veut voir le pape Benoît comme «pape empêché». Je l'ai expliqué dans plusieurs autres de mes articles, par exemples : http://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/feedback-sur-le-pape-benoit-xvi-ou-le-mystere-de-la-papaute-bicephale-actuelle-eclaire-et-resolu-par-la-passion-de-l-eglise?Itemid=1‌,
               
        "Ou encore :
               
        "Je vous souhaite une bonne et fructueuse lecture de ces trois articles dont je vous mets les liens ci-dessus.
               
        "Passez une bonne fin de journée.
               
        "Vincent Morlier,                
        "Écrivain catholique.                
        "https://www.eglise-la-crise.fr/".               
               
        Puis, le lendemain... c'est-à-dire aujourd'hui même, j'ai réfléchi que réfuter négativement la thèse Cionci n'est pas suffisant, quand bien même c'est nécessaire, il faut de plus expliquer positivement la situation théologique de ce pontificat double que nous ont montré Benoît et François entre 2013 et 2023. Or, ce qui n'est pas très-connu et certainement pas de Cionci, il y a un précédent historique entre deux papes du VIIème siècle, tous deux légitimes et fonctionnant un très-court laps de temps en même temps, qui permet d'exposer la situation théologique précise d'un pontificat fonctionnant en bi-double, à épeler au présent composé. Ce précédent historique permet au catholique de comprendre ce qui s'est passé de nos jours entre Benoît et François, sur le plan de la Légitimité pontificale. Je n'ai pas pensé à le dire hier dans mon courriel, j'ai donc renvoyé un nouveau petit courriel aujourd'hui même à cette association "Terre et Famille", ainsi rédigé :               
               
        "Bonjour,
               
        "J'ai omis, hier, en vous écrivant sur la thèse Cionci, de vous apporter une importante précision, que voici : il y a un précédent historique dans l'Histoire des papes, où l'on a vu deux papes parfaitement légitimes en même temps dans l’Église, et la solution apportée à cette situation par nos Pères dans la Foi nous permet de solutionner aussi notre situation, celle de Benoît et de François. Mais d'abord, voici l'épisode historique :
               
        "«Au mois d'octobre 649, Martin 1er convoqua le célèbre concile du Latran où l'hérésie monothélite fut condamnée. Quatre ans plus tard, le pape fut arrêté [par l'empereur d'Orient, qui favorisait l'hérésie], le 17 juin 653, qui le fit conduire à Constantinople après un an de captivité dans l'île de Naxos. L'enlèvement du pape avait eu lieu dans la basilique constantinienne attenante au Palais du Latran. La soldatesque envahit le saint-lieu, brisant tout sur son passage. Le pontife, malade, fut invectivé par l'exarque, qui lui reprocha de s'être emparé illégalement de ses fonctions et de n'être pas digne d'occuper le Siège apostolique. Condamné à la déposition et à l'exil, Martin fut embarqué le 26 mars 655 pour la Chersonèse où il mourut le 16 septembre suivant, exténué par les privations. Les insultes s'étaient ajoutées aux souffrances. (...) Il fut honoré comme un martyr et sa dépouille mortelle fut ramenée plus tard à Rome où elle repose dans l'église de saint-Martin-des-Monts. À l'automne de 654, saint Martin avait écrit de Constantinople que son exil ne justifiait pas l'élection d'un successeur et que l'archidiacre, l'archiprêtre et le primicier, ou chef des notaires apostoliques, devaient être tenus pour ses représentants pendant son absence [ces dignitaires ecclésiastiques étaient les ancêtres des cardinaux les plus importants, chefs d'ordre]. Aussi, les romains, qui ne voulaient pas qu'on leur imposât un pape monothélite, avait-ils attendu jusqu'au 10 août 655 [donc : avant la mort du pape Martin 1er] pour faire élire [pape] et consacrer le saint clerc Eugène 1er. Martin ne protesta point, se contentant de prier pour que le nouveau Pontife fût préservé de toute hérésie. Tant que vécut Martin, Eugène ne pouvait être tenu pour le Pape légitime, mais à sa mort, il lui succéda sans difficulté. Il se montra aussi ferme que ses prédécesseurs, repoussant toute concession aux professions de foi byzantine favorisant l'hérésie monothélite, etc.» (Histoire des papes illustrée, Gaston Castella, t. I, p. 123).
               
        "Il est facile de voir l'impressionnant parallèle avec notre situation pontificale Benoît-François. Le saint pape Martin fut mis par les méchants dans l'impossibilité d'exercer le ministerium (= "faire le pape", comme dit le chroniqueur de la vidéo que vous avez envoyée hier à vos correspondants), quoique restant le pape véritable de l'Église en possession du munus (= "être le pape", redit-il dans sa vidéo). Exactement comme Benoît fut mis lui aussi dans l'impossibilité d'exercer son ministerium, tout en gardant le munus. Cependant, pour remplacer les deux papes «empêchés», afin de permettre au ministerium pontifical d'être toujours mis en œuvre et en activité dans l'Église, ceux qui ont pouvoir et mandat divins de le faire ont alors élu deux nouveaux papes, et, ce faisant, ils n'ont pu le faire qu'en leur communiquant obligatoirement, de droit divin, le munus (car il est rigoureusement strictement impossible, théologiquement, de mettre en oeuvre le ministerium si l'on n'est pas en possession du munus) : Eugène pour remplacer Martin, et François pour remplacer Benoît. Or, notez bien que «Martin ne protesta point» contre l'élection pontificale d'Eugène... de même que Benoît n'a pas protesté, et il ne l'a jamais fait, contre l'élection pontificale de François. Martin se contenta et se cantonna juste à un devoir de prière pour celui qui le remplaça dans le ministerium... et, là encore, ce fut très-exactement la même fort édifiante attitude qu'adopta le pape Benoît envers François, beaucoup plus édifiante encore, d'ailleurs, de sa part, que chez le pape Martin (car Eugène qui remplaça Martin était dans le camp ami et du même parti catholique que Martin, tandis que François qui remplace Benoît est dans le camp ennemi qui persécuta Benoît).
               
        "Car, comme je vous le disais hier dans mon courriel, ce qui fait qu'un pape est vrai pape est, d'abord et en avant de toutes autres conditions, qu'il soit désigné par l'Église Universelle pour l'être, c'est la règle prochaine et le droit divin de la Légitimité pontificale. Or, Eugène est légitimement désigné par l'Église Universelle représentée par l'unanimité des grands-clercs romains de l'époque pour remplacer Martin... et François, de nos jours, est légitimement désigné exactement de même par le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique représentant l'Église Universelle, pour remplacer Benoît. ILS FURENT DONC TOUS DEUX, EUGÈNE ET FRANÇOIS, DÈS QUE FUT POSÉ SUR EUX L'ACTE DE RECONNAISSANCE ECCLÉSIALE UNIVERSELLE DE LEUR QUALITÉ DE PAPE, TRÈS-CERTAINEMENT VRAIS PAPES, VERUS PAPA, C'EST-À-DIRE EN POSSESSION DU MUNUS. Quand bien même, très-anormalement et contradictoirement eu égard à la Constitution divine de l'Église, les papes «empêchés» qu'ils remplaçaient gardaient eux aussi la possession dudit munus. Mais puisque un seul pape peut être en possession actuelle du munus, les nouveaux papes Eugène et François, tant qu'ont vécu leurs prédécesseurs «empêchés» Martin ou Benoît, ne purent être tenus que comme papes virtuels. Ils ne furent vraiment pape que lorsque leurs prédécesseurs «empêchés» moururent : «À sa mort [de Martin], il [Eugène] lui succéda [comme vrai pape] SANS DIFFICULTÉ». Et de même pour notre situation à nous, François n'étant, comme Eugène, que pape virtuel tant que Benoît vécut, il lui succéda comme vrai pape sans difficulté lorsque Benoît mourut. Et tous les actes pontificaux posés par Eugène et François sous le mode d'un "munus passif" dû au fait que leurs prédécesseurs "empêchés" vivaient encore, prennent rétroactivement tous leurs effets, pleins et entiers, lorsque, à la mort de Martin et de Benoît, ils deviennent ipso-facto actifs. Par exemple, la création des cardinaux par François avant que Benoît ne meure, par un munus sous mode passif, devient effective et réelle sans autre forme de procédure, dès que Benoît meurt : ils sont dès lors vraiment cardinaux, par le seul fait que le munus de François, de passif, devient actif à la mort de Benoît.
               
        "Si donc, pour conclure d'une manière générale, il est possible de dire que François ne fut pas pleinement pape en 2013, n'étant alors que pape virtuel, il l'est désormais maintenant, depuis que Benoît est mort le 31 décembre 2022. Et il l'est ipso-facto, c'est-à-dire par le fait même de la mort de Benoît, sans qu'il soit besoin d'aucune autre procédure canonique ou théologique supplémentaire de légitimation de sa Charge pontificale, l'ayant reçue dûment dès son intronisation en 2013 ; Eugène succéda à Martin de la même manière, par le seul fait ipso-facto de la mort de Martin.
               
        "Il nous faut donc bien saisir ceci. En fait et en droit, Martin et Eugène ne furent qu'un seul pape, certes pendant un très-court laps de temps, seulement un bon mois, et il en fut de même de nos jours pour Benoît et François, pour un laps de temps cette fois-ci beaucoup plus long, neuf années. Benoît avait donc fort bien raison de dire sans cesse, pendant ces neuf longues années, très-intelligemment : «IL N'Y A QU'UN SEUL PAPE» sans JAMAIS préciser la personne humaine, de lui ou de François, endossant cette unicité pontificale. Et si on l'avait obligé à préciser, il aurait fallu qu'il nomme, et François, et lui-même, Benoît. Exactement de la même manière qu'aux temps de l'hérésie monothélite, il n'y avait qu'un seul pape, dans un laps de temps certes beaucoup plus court que les neuf longues années de Benoît et de François, seulement un mois bien tassé, du 10 août 655 au 16 septembre 655, et c'étaient à la fois Martin et Eugène...
               
        "Voilà. Fin de ma démonstration.
               
        "Je ne sais pas comment contacter Cionci, n'arrivant pas à trouver son e-mail même sur son blog (...?), mais il serait bon qu'il prenne connaissance de cette démonstration que je viens de faire, qui montre l'inanité complète de sa thèse et sa fort dangerosité pour la Foi (c'est en effet du sédévacantisme à la fois hérétique et schismatique, à vocation sectaire certaine), Foi catholique que nous devons entretenir en nous pure de tout illusionnisme sédévacantiste hérétique, de tout illuminisme schismatique Petite-Église, qui pourrait mettre gravement en péril notre salut si nous y accrochions notre âme.
               
        "Passez une excellente journée sous le regard de Dieu, en ce saint temps de Carême.
               
        "Vincent Morlier,                
        "Écrivain catholique.                
               
         Cette situation pontificale qui fonctionne un temps au présent composé est de toutes façons une situation tout-à-fait extra-ordinaire, qui ne peut avoir pour cause qu'une très-grande contradiction subie et vécue de force par l'Église. Prenons bien conscience que l'écartèlement qu'elle manifeste va presque à renverser la Constitution divine de l'Église fondée par le Christ. Et, quant à nous qui vivons la fin des temps, qui l'avons vu exister pendant neuf longues années interminables fort significatives, très-loin du seul mois où elle a existé fugitivement et comme en passant au VIIème siècle, elle ne peut vraiment se comprendre que par "LA PASSION DE L'ÉGLISE", ainsi que je l'ai expliqué il me semble aux mieux dans l'article Feedback sur le pape Benoît XVI, etc., qu'on pourra consulter au lien Internet rappelé ci-dessus.
               
        Je souhaite un très-bon temps pénitentiel de Carême à mes lecteurs.
 
 
En la fête de saint Romain, martyr,
ce 28 février 2023.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
 
Basilica dei Santi Silvestro e Martino ai Monti
 Basilique mineure Saint-Martin-des-Monts (Rome)
où repose le saint pape martyr Martin 1er (v. 600-655)
 
 
 
 
 
 
28-02-2023 17:53:00
 

Que le pape Benoît XVI, MALGRÉ TOUT, repose en paix dans le Christ

 
 
 
 
 
Que le pape Benoît XVI,
MALGRÉ TOUT,
repose en paix dans le Christ
               
               
        ... Malgré tout ?, qu'est-ce à vouloir dire ? Malgré tout quoi ?
           
        Éh bien, premièrement, malgré la Foi pour le moins extrêmement mélangée de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, qui fut doctrinalement très-moderniste sous des dehors paradoxalement conservateurs, quand par ailleurs sa piété personnelle et son amour sincère envers Dieu sont restés cependant intacts et même édifiants, sans faille, durant toute sa vie jusqu'à sa mort, de manière certes si grandement contradictoire pour celui qui ne comprend pas "LA PASSION DE L'ÉGLISE", qui ne comprend pas ce que vivent l'Église et les hommes d'aujourd'hui...
           
        Et puis, secondement, malgré la cérémonie de ses obsèques, que le pape François a visiblement volontairement bâclée et même saccagée le plus que cet énergumène de pape, pardon, a pu faire, d'une manière absolument honteuse, scandaleuse, et on peut même dire sacrilègement attentatoire à la dignité de l'église de Rome, mère universelle de toutes les églises. Benoît XVI avait vraiment de quoi s'en retourner dans son cercueil...
           
        Il me semble intéressant, pour le bon entretien de notre Foi en ce début d'année 2023 qui enregistre le rapide rappel à Dieu du pape crucifié (certains parlent de pape empêché, et la formule n'est pas du tout mauvaise si on sait ne pas lui donner une connotation sédévacantiste...), de mettre un peu l'accent sur ces deux points importants dans ce nouvel article, tout en tâchant de situer la place spirituelle de Joseph Ratzinger-Benoît XVI dans "LA PASSION DE L'ÉGLISE". Je l'ai certes déjà fait en profondeur dans plusieurs de mes articles (très-notamment dans celui-ci : https://eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/feedback-sur-le-pape-benoit-xvi-ou-le-mystere-de-la-papaute-bicephale-actuelle-eclaire-et-resolu-par-la-passion-de-l-eglise?Itemid=1), mais il convient, dans l'occasion de son rappel à Dieu, de le refaire à nouveau.
           
bon Pasteur chapelle du Carme Marienthal Alsace  
Que Jésus, le Bon Pasteur, fasse miséricorde
à l'âme de Joseph Ratzinger-Benoît XVI,
enfermée dans les ronces du modernisme !
  
           
        Quant au premièrement, il n'est que trop vrai que Joseph Ratzinger-Benoît XVI a eu en effet une Foi extrêmement moderniste sur le plan doctrinal.
           
        Et c'est hélas dès son jeune âge sacerdotal qu'on perçoit cette déviance gravissime dans son esprit. En juillet 1953, il a vingt-sept ans et est prêtre depuis deux ans, il devient docteur en théologie et prépare alors sa thèse d'habilitation afin de devenir professeur d'université. Or, dans son travail de thèse, "il développe l'idée que la Révélation est «un acte dans lequel Dieu se montre», mais cette Révélation ne peut se réduire aux propositions qui découlent des penseurs néo-scolastiques. En effet, pour Joseph Ratzinger, la Révélation a une dimension subjective ou personnelle parce qu'elle n'existe que s'il y a quelqu'un pour la recevoir : «là où il n'y a personne pour percevoir ‘une Révélation’, il ne s'est produit aucune Révélation, parce qu'aucun voile n'a été ôté»" (Benoît XVI, le choix de la Vérité, George Weigel, 2008, p. 233). Autrement dit, dans l'acte premier de la Révélation et non dans la phase seconde de sa réception, l'homme compte métaphysiquement autant que Dieu. Cette conception de la Révélation fut à juste titre vivement critiquée par son co-directeur de thèse, Michel Schmaus, comme étant moderniste. Joseph Ratzinger fut alors obligé de revoir son travail en y supprimant cette doctrine moderniste sur la Révélation, ce qu'il fit ; et cela lui permit d'obtenir son habilitation, qui lui fut accordée le 21 février 1957, il a à peine trente ans, puis il fut nommé maître de conférences à l'université de Munich. Mais il est trop évident qu'il ne s'est pas du tout converti de cette pensée moderniste sur la Révélation qu'il a formulée dans sa thèse d'habilitation et qu'on l'a obligé d'y retirer, la suite le démontrera très-rapidement, comme nous allons le voir tout-de-suite, notamment lorsque Joseph Ratzinger collaborera quelques courtes années plus tard, dans le cadre de Vatican II, avec un certain Karl Rahner (suivez mon regard) pour élaborer tous deux un schéma sur la Révélation qu'ils auraient bien voulu voir adopter par les Pères conciliaires...
           
        Or, cette pensée moderniste fondamentale sur la Révélation, "thème de prédilection du principal conseiller du cardinal [Frings] de Cologne, Joseph Ratzinger" (Joseph Ratzinger dans la tourmente de Vatican II, Blandine Delplanque), est à mon sens le péché originel qui va faire germer en rejetons d'icelui toutes les subséquentes déviances hétérodoxes de Joseph Ratzinger puis du pape Benoît XVI, qui seront trop nombreuses par la suite dans tous les domaines, œcuménique, biblique, liturgique, dogmatique, ecclésiologique, etc., dont je vais éplucher quelques-unes plus loin dans mon travail, sans, hélas, aucunement prétendre à l'exhaustivité.
           
        Je vais rester un bon bout de temps sur cette pensée moderniste de fond de Joseph Ratzinger quant à la Révélation, car elle est en effet extrêmement grave et hétérodoxe, en voulant, dans un premier temps, mettre à rang d'égalité l'ontologie humaine avec l'Être Transcendant de Dieu, extrinsèque à l'homme, puis, en dernière étape obligée du processus métaphysique, en opérant carrément la supplantation luciférienne du Dieu Transcendant par l'homme, ce que ne voulaient sans doute pas tous ceux qui l'ont professée au départ sans prendre conscience de toutes ses ultimes implications (et sûrement pas Joseph Ratzinger), mais sans pouvoir empêcher que, par une dynamique obligée, elle n'aboutisse in fine jusqu'à cette supplantation métaphysique terminale luciférienne et antichristique du Dieu véritable par l'homme.
           
        Car bien développée dans toutes ses conséquences ultimes, cette pensée moderniste sur la Révélation est en effet pas moins que L'HÉRÉSIE DE L'ANTÉCHRIST. Lorsqu'il paraîtra en ce très-bas monde pour la punition des hommes, l'Antéchrist-personne ne fera rien d'autre que la mettre en œuvre radicalement sans y rien rajouter en terme de perversité doctrinale. On ne peut pas aller plus loin, en effet, dans la perversité hérétique, que cette pensée moderniste le fait. La raison métaphysique en est fort simple. Si je mets deux dieux à rang d'égalité et ensemble dans un même cosmos comme le veut Joseph Ratzinger pour la Révélation, alors, pour rester dieu, l'un va automatiquement et obligatoirement phagocyter l'autre. Car un dieu ne peut souffrir un autre dieu à côté de lui dans un même cosmos, sous peine de ne plus pouvoir être et s'appeler dieu. Certes, du côté de Dieu Transcendant, Trine, Lui n'anéantit pas le dieu-homme ou déité qu'Il a créé. Mais c'est parce qu'il est Amour substantiel (I Jn IV, 8). Et l'Amour substantiel, au contraire d'anéantir le dieu-homme, va le