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"La crise de l'église"

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L'entêtement hérético-schismatique des sédévacantistes à nier le droit divin et donc l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio sur un sujet pontifical actuel, le dernier en date ayant pour nom Léon XIV

 
 
L'entêtement hérético-schismatique des sédévacantistes
à nier le droit divin et donc l'infaillibilité de la pacifica
universalis ecclesiæ adhæsio sur un sujet pontifical
actuel, le dernier en date ayant pour nom Léon XIV
 
 
 
 
 
"Ils auront beau regarder
de tous leurs yeux,
ils ne verront pas ;
ils auront beau écouter
de toutes leurs oreilles,
ils ne comprendront pas ;
sinon ils se convertiraient
et recevraient le pardon"
(Mc IV, 12)
 
 
        Sans l'avoir trop cherché et même pas du tout cherché, il m'a été donné les jours derniers de prendre connaissance d'une vidéo récente faite par un certain abbé Damien Dutertre, jeune prêtre qui se dit de l'Institut Catholique Romain Supérieur Français, dénomination ronflante et gonflée comme on voit, excusez du peu (on n'est jamais si bien servi que par soi-même), mais qui s'avère n'être en fait qu'une construction numérique sur la toile qui émane, d'une manière certes beaucoup moins gonflée et ronflante si l'on gratte un peu l'écorce, de groupuscules sédévacantistes sectaires qui prétendent se constituer, construire et ériger en Église de par eux-mêmes, ex nihilo, vraiment tirés du néant en effet et ne produisant surnaturellement que du néant parce qu'en-dehors de l'Église Universelle, nonobstant les bonnes volontés des adeptes de ces micro-sectes, à commencer par ledit abbé Dutertre, que je me garderai bien de juger.
           
        Ce jeune prêtre, qui donc fait profession ardente de sédévacantisme, n'a pas manqué de trouver devant lui et sa croyance hérético-schismatique quant à "la crise de l'Église", un mur absolument infranchissable et qui l'est effectivement, réduisant en bouillie et mou pour chat la thèse sédévacantiste, à savoir l'infaillibilité de l'acte de reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain sur un sujet actuel, encore dite pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, grande loi fondamentale de la Constitution divine de l'Église qui est règle prochaine de la Légitimité pontificale. Mais, poussé et complètement aveuglé intérieurement par sa passion hérétique chauffée à rouge et à blanc, loin de comprendre qu'il doit donc humblement revoir radicalement sa copie pour retrouver Foi, Espérance et Charité véritables dans le cadre de "la crise de l'Église", il prend au contraire bougrement à mauvaise tâche, dans sa conférence, tel bogomile brûlant intérieurement dans son âme de son feu d'enfer hérétique, diabolique et infernal, de casser ce mur pour être libre de professer son hérésie sédévacantiste, c'est-à-dire, en fait, d'être enfin libre de briser toutes les entraves pour pouvoir... tomber dans l'abîme infernal d'une Foi ecclésiale hérétique qui le mène en enfer s'il y persévère perseverare diabolicum, en commettant le péché mortel de schisme par son refus de reconnaître la légitimité formelle de Léon XIV, pour en rester au pape actuel (je souhaite et espère de toute mon âme pour lui qu'il ne le commette que matériellement, ce péché schismatique, c'est-à-dire sans malice aucune ni coulpe véritable, mais Dieu seul juge).
           
        Il "tâche", je disais ; en fait, en écoutant avec une fort méritoire sainte-patience mise à très-rude épreuve toute sa conférence de plus d'une heure, et qui sûrement me rendra grand saint un prochain jour si point ne le suis-je déjà à force d'être très-souvent soumis à pareille épreuve très-crucifiante, conférence qui n'est que trop souvent un bafouillage-cafouillage immature et déplorable, bourrée de passages du coq à l'âne, surtout à l'âne, sans lien logique... et pour cause !, il n'est que trop clair qu'il montre son impuissance radicale, non pas seulement à donner une démonstration théologique formelle prouvant que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio ne serait pas fondée sur le droit divin et donc non-dotée de l'infaillibilité à chaque et toutes les fois qu'elle est mise en œuvre, c'est-à-dire à toutes et chaque nouvelle élection pontificale, mais même seulement à insinuer un doute sur cette certitude de Foi formelle, de fide, quant à la règle prochaine de la Légitimité pontificale. C'en est à ce point que, mû par la droiture de son âme, ce qu'on discerne heureusement en lui et cela l'honore, et un don certain pour les études théologiques (mais il a beaucoup à apprendre pour que cela lui fasse produire un vrai fruit spirituel, surtout du côté de l'humilité, car l'humilité est révélatrice de vérité), il ne peut lui-même soi-même, en approfondissant son étude, qu'être finalement bien forcé, au rebours même de son hérésie sédévacantiste, d'admettre le droit divin qui fonde ladite pacifica universalis ecclesiæ adhæsio (25 mns 46 s, sq. de sa conférence), allant même jusqu'à dire presque incroyablement qu'il partage les exposés théologiques les plus forts démontrant ce droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio (29 mns 22 s, sq. de sa conférence), tellement l'évidence théologique en est grande lorsque l'on étudie objectivement la question en étant intellectuellement honnête, ce qui, donc, et j'en éprouve du soulagement pour lui de ce côté-là, semble être heureusement son cas.
           
        ... Mais, mais, mais alors, me direz-vous, puisque ce jeune prêtre sédévacantiste finit tout-de-même par reconnaître le droit divin qui fonde tout acte de reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de vrai Pontife romain sur un sujet actuel donné, autrement dit, concrètement, l'infaillibilité formelle de cedit acte à chaque et toutes les fois qu'il est posé, comment donc fait-il pour ne pas en tenir compte dans la situation ecclésiale actuelle, certes terrible et affreuse, de "la crise de l'Église", c'est-à-dire pour refuser de croire que tous les papes vaticandeux et post qui en ont bénéficié et en bénéficient encore quant à Léon XIV, sont authentiques et vrais papes, verus papa comme dit Pie XII dans sa constitution sur les élections pontificales...? Nous allons voir cela tout-à-l'heure, amis lecteurs, c'est-à-dire nous allons voir jusqu'où un esprit entêté et aveuglé peut s'enferrer et s'empaler dans l'absurdité et même la folie la plus totale dès lors qu'il décide de poursuivre jusqu'au bout du toub sa pensée fausse, vicieuse et mauvaise, qui possède son esprit au sens le plus diabolique du verbe... ce qui nous sera d'ailleurs à nous tous une bonne leçon d'ordre moral et spirituel d'humilité à méditer soigneusement chacun par-devers soi car, dans d'autres domaines, cela peut nous arriver à nous aussi.
 
 
330px Basilica di San Pietro in Vaticano September 2015 1a
(Basilique Saint-Pierre-de-Rome)
           
        Cependant, pour l'abord de mon article, je vais commencer par le commencement, c'est-à-dire faire la démonstration théologique du droit divin qui fonde la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, la dotant systématiquement de l'infaillibilité, et qui exige subséquemment du fidèle catholique l'acte de Foi formel, de fide, dès lors qu'elle est dûment mise en œuvre pour un nouvel élu au Siège de Pierre. Préalablement, il est fort important de bien saisir que cette démonstration théologique est tellement simple qu'en fait il n'y a pas grand effort à faire pour prendre conscience qu'elle se situe dans l'ordre de l'évidence des choses, c'est-à-dire qu'elle émane directement et immédiatement du Saint-Esprit, contre Lequel, dans l'Évangile, et pour parler quasi par antiphrase, il n'est pas vraiment conseillé de pécher, ce qui est hélas le cas du sédévacantiste, on veut bien croire qu'il le fait inconsciemment, on l'espère même de toute notre âme pour lui. Ce qui veut dire qu'il n'est que trop vrai que ladite démonstration théologique, normalement, pour les âmes catholiques... n'aurait même pas besoin d'être faite. Il faut vraiment se ranger parmi les impies, les possédés du démon, pour en avoir besoin. Une vérité qui est de l'ordre de l'évidence surnaturelle n'a en effet nullement besoin d'une démonstration, elle s'impose formellement par sa seule et simple monstrance aux yeux de l'âme droite, monstrance surnaturelle qui donc suffit aux esprits pieux qui ne sont pas hérétiques, ce qui hélas n'est pas du tout le cas des sédévacantistes, pour y accorder formellement leur croyance, comme ils le doivent devant Dieu et l'Église sous peine de leur salut, n'ayant pas, quant à eux, supplanté dans leurs âmes le Saint-Esprit par un esprit d'orgueil et de rébellion réprouvé, sataniquement tourné contre la vérité et qui les empêche justement d'y accéder simplement. Mais, quand bien même donc il est surnaturellement inutile de la faire, voici tout-de-même cette démonstration :
             
        Énoncé de la thèse à démontrer.― L'infaillibilité de la désignation du Pontife romain actuel par l'Église Universelle, dont l'organe ordinaire, pour ce faire, est le Sacré-Collège cardinalice dans sa majorité canonique des 2/3 + 1, est vérité à croire de Foi, de fide, comme étant une expression formelle du Magistère ordinaire & universel doté de l'infaillibilité. Sous peine d'anathème formel et de se mettre soi-même, en la niant ou la mettant seulement en doute, hors de l'Église, anathema sit.
           
        Cette grande loi fondamentale de la Constitution divine de l'Église de l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée comme étant le fait de l'Église Universelle est en effet tirée immédiatement, et non médiatement, des dogmes les plus fondamentaux qui fondent l'Église du Christ, à savoir : 1/ l'infaillibilité dont est dotée l'Église Universelle ; 2/ le fait que le pape est le suppôt (= une substance avec son mode d'exister) immédiat et capital de cette dite infaillibilité de l'Église Universelle, que lui, et lui seul, peut mettre en œuvre et met en œuvre in concreto. Or, évidemment, il est impossible que dans l'acte de se donner une tête qui met en œuvre immédiatement son charisme d'infaillibilité, l'Église Universelle puisse se tromper, par exemple en choisissant un hérétique formel ayant puissance d'infecter le Magistère pontifical de son hérésie, car s'il en était ainsi, cela introduirait ipso-facto une faille par laquelle la faillibilité pourrait s'introduire dans l'Église à chaque nouvelle élection pontificale, et donc il serait impossible que l'infaillibilité ecclésiale puisse être jamais mise en œuvre. Ce qui prouve donc formellement l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée opérée par l'Église Universelle. Et il en est bien ainsi, parce que : 1/ L'Église Universelle est infaillible de soi dans TOUT ce qu'elle fait ; 2/ elle est donc infaillible en choisissant sa tête visible. La formule de Journet pour le dire dans sa dogmatique ecclésiale L'Église du Verbe incarné, est très-profonde : l'acte de désignation ecclésiale universelle du Pontife romain est infaillible parce que, dit-il, "l'Église Universelle y engage sa destinée". Car bien entendu, l'Église Universelle ne saurait engager sa destinée que sous la mouvance très-immédiate du Saint-Esprit, c'est-à-dire, donc, de manière... infaillible.
           
        Or donc, puisque cette loi fondamentale de l'infaillibilité de la désignation ecclésiale universelle du Pontife romain actuel est tirée immédiatement et non médiatement des dogmes les plus fondamentaux (c'est bien pourquoi le cardinal Billot dans son exposé sur la question dit que la raison de l'infaillibilité de l'acte de désignation ecclésiale universelle du Pontife romain actuel "n'est pas à chercher au loin", elle se trouve en effet dans les tout premiers dogmes de la Fondation divine de l'Église), dont elle n'est qu'une simple conséquence, subséquence, elle est donc elle-même intégrée, comme vérité implicite, aux vérités à croire de Foi, de fide, comme étant une expression formelle du Magistère ordinaire & universel d'enseignement. Elle est donc à croire FORMELLEMENT, exactement au même titre qu'une vérité dogmatique explicitement formulée. Sous peine d'anathème non moins formel. Rappelons ici la règle de Foi posée par les Pères de Vatican 1er : "Est à croire de Foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé" (DS 3011).
           
        Le sédévacantiste semble avoir une fausse conception de ce qui est à croire de Foi pour un catholique, voulant, tel son frère ennemi le lefébvriste d'ailleurs, que seules les vérités ayant fait l'objet d'une explicitation dogmatique soient vérités à croire de Foi, de fide.
           
        On est fort loin de compte. En vérité, il faut y rajouter TOUTES les vérités implicites qui sont professées par le Magistère ordinaire & universel, auxquelles sont intégrés les syllogismes qui contiennent au moins dans la majeure un dogme déjà défini et dans la mineure une vérité philosophique. Or, dans le cas de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, nous avons non seulement un dogme dans la majeure, mais... un second dogme dans la mineure. C'est assez dire que la preuve est plus que faite d'être en présence d'une vérité à croire de Foi, de fide, nous sommes vraiment comblés, gâtés ! En effet : Majeure : L'Église est infaillible (vérité qui n'a jamais fait l'objet d'un dogme, mais qui a rang de dogme) ; mineure : le pape est récipiendaire immédiat et capital de l'infaillibilité de l'Église (vérité qui a été dogmatisée à Vatican 1er) ; conclusion syllogistique formelle : toute élection pontificale est donc dotée de l'infaillibilité. La conclusion est donc une vérité à croire de Foi, de fide. L'abbé Favier, dans un petit précis de théologie pour exposer le dogme de l'Assomption résume fort bien la question par cette phrase : "[Outre les vérités révélées par le Magistère extraordinaire,] sont certaines aussi les vérités (...) qui ont une connexion nécessaire avec des dogmes déjà définis". Que le sédévacantiste retienne bien ce qu'il vient de lire : "qui ont une connexion nécessaire avec des dogmes déjà définis". La loi fondamentale de l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée en est une illustration excellentissime : si on la nie, alors, on est absolument et formellement obligé de dire, soit que l'Église Universelle n'est pas dotée de l'infaillibilité, ou bien alors, que le pape n'est pas le récipiendaire capital et principal du charisme d'infaillibilité donné par le Christ à son Épouse l'Église, deux vérités dogmatiques ou ayant rang de dogme qu'il est hérétique de récuser.
           
        Outre cette dite loi fondamentale que je rappelle, quant à la Légitimité pontificale, voici quelques autres exemples de ces dites vérités implicites à croire de Foi, de fide, objets formels du Magistère ordinaire & universel, quand bien même elles n'ont pas (encore) fait l'objet d'une explicitation dogmatique, pour que le sédévacantiste saisisse bien la question.
           
        1/ Est-ce que le sédévacantiste croit que l'Église Universelle est infaillible ? Il va évidemment me répondre : mais oui, bien sûr, j'y crois, c'est même fondamental. Cependant, qu'il cherche dans tout le catalogue des définitions dogmatiques de l'Église depuis sa naissance jusqu'à maintenant, cette doctrine tellement évidente, à croire de Foi sous peine d'anathème, il… ne l'y trouvera pas. Cette pourtant fort grande vérité entre toutes, qui en commande tant d'autres, n'a en effet... jamais été dogmatiquement définie. Or, évidemment, on est sûr qu'elle est au rang de dogme, de vérité à croire de Foi, de fide, puisqu'un département d'icelle, à savoir l'infaillibilité du pape seul a été, quant à elle, explicitement dogmatisée à Vatican 1er. J'ai un très-excellent article de L'Ami du Clergé sur cette question, que le sédévacantiste pourra chercher et trouver dans L'Impubliable où je le cite (je ne lui donne pas la page précise, je le laisse l'y chercher, il s'instruira en cherchant...).
           
        2/ L'infaillibilité doctrinale en matière liturgique est une doctrine à croire elle aussi de Foi, de fide : c'est-à-dire que dans un Rite promulgué par le pape pour l'Église Universelle, on ne saurait trouver la moindre prière professant ou même seulement insinuant l'hérésie ; le pape Pie VI l'a du reste bien rappelé pour condamner le concile janséniste de Pistoie qui osait mettre en doute l'orthodoxie impeccable de la messe codifiée par le pape Pie V, excusez du peu. Cependant, là encore, que le sédévacantiste cherche dans le catalogue multiséculaire des dogmes de l'Église cette grande vérité, pourtant à croire de Foi sous peine d'anathème, il ne la trouvera pas plus, elle n'a, elle non plus… jamais été dogmatisée.
           
        Mieux, encore, pour bien faire comprendre ce point fort important : dans les trois premiers siècles de l'Église, il y avait, on le sait, très-peu de dogmes formulés, à telle enseigne que le plus important d'entre eux, à savoir la Divinité de Jésus-Christ, n'avait pas encore fait l'objet d'une explicitation dogmatique… tellement il était évident que cette vérité fondatrice de toute la Religion catholique et de l'Église, allait de soi. Elle n'était pourtant à cette primitive époque, si j'ose dire imparfaitement, que l'expression du Magistère ordinaire & universel (car il ne faudrait pas croire que c'est le Magistère dogmatique extraordinaire qui fonde le Magistère ordinaire & universel, quand c'est tout le contraire qui est vrai, c'est le Magistère ordinaire & universel qui fonde le Magistère dogmatique extraordinaire). Le sédévacantiste osera-t-il dire pour autant que parce que la Divinité du Christ n'avait pas été dogmatisée (elle ne le sera que pour régler et terrasser la crise arienne, au IVème siècle), un chrétien vivant avant le IVe siècle aurait pu la mettre légitimement en doute, sans pécher par-là même mortellement contre la Foi ?! Poser la question, c'est évidemment y répondre.
           
        Et, on l'a compris, il en est exactement de même pour la loi fondamentale de l'infaillibilité de la désignation puis reconnaissance ecclésiale universelle du Pontife romain actuel (car cela se fait en deux temps principaux : dans le conclave puis, rituellement à l'octave de l'élection conclavique, dans l'intronisation post-conclavique), c'est pareil pour l'infaillibilité de toute élection pontificale théologiquement achevée, exactement de même. Le sédévacantiste ne saurait la mettre en doute, ne pas la professer formellement, sans pécher gravement et mortellement contre la Foi, s'anathématisant ipso-facto lui-même, faisant hara-kiri dans la Foi, car théologiquement elle a "une connexion nécessaire", elle est syllogistiquement dérivée très-immédiatement, et non médiatement, de dogmes déjà définis ou ayant rang de dogme, et donc est intégrée formellement au Magistère ordinaire & universel d'enseignement infaillible comme telle, en tant que vérité implicite à croire de Foi, de fide, tout-à-fait au même titre qu'un dogme explicitement défini par le Magistère extraordinaire solennel.
           
        Dom Paul Nau résume fort bien ce dernier point : "Magistère ordinaire, comme jugement solennel, exigent également la Foi pour la doctrine qu'ils proposent. C'est donc qu'ils la peuvent assurer [tous les deux] contre toute erreur. Faute de cette certitude, en effet, nul ne pourrait être tenu d'y accorder sa Foi, c'est-à-dire d'y adhérer sur l'autorité de la Vérité première. Au point de vue de l'obligation de croire, ces deux modes d'exposition nous sont présentés par le concile [Vatican 1er] comme équivalents (du moins au point de vue de l'obligation morale de croire). Nul en effet ne peut refuser sa foi à ce qui est certainement révélé ; mais est certainement révélé, non seulement ce qui est défini comme tel, mais tout ce qui est manifestement enseigné comme tel par le magistère ordinaire de l'Église. (…) La note théologique d'hérésie, d'après H. Denzinger, Enchiridion symbolorum, 1921, p. 7, préface, & B. H. Merkelbach, dans Angelicum, t. VII, 1930, p. 526, doit être appliquée, non seulement à la contradictoire d'une vérité définie [= Magistère extraordinaire], mais à celle d'une vérité clairement proposée par le magistère ordinaire" (Nau, 1956, p. 393 & note 5 de la même page). 
           
        Une autre raison théologique oblige formellement le catholique à croire de fide que celui que l'Église Universelle désigne et reconnaît comme sa Tête actuelle, est certainement pape vrai et authentique, verus papa, c'est à savoir que TOUT ce qui touche l'Universalité de l'Église est de soi doté de l'infaillibilité et oblige à la croyance de Foi, de fide. Laissons à nouveau Dom Paul Nau, ce maître incomparable de la doctrine du Magistère ordinaire & universel, bien nous le dire : "D'après ces Promesses [du Christ], la garantie [d'infaillibilité] n'est pas promise inconditionnellement à l'autorité suprême, mais seulement à celle-ci dans sa relation à l'Église universelle, seule bénéficiaire des Promesses divines [d'infaillibilité]. (…) Les textes scripturaires qui nous témoignent de cette dernière [l'expression formelle de la volonté du Christ concernant le charisme d'infaillibilité], nous montrent ce privilège, non pas attaché à l'autorité suprême comme telle, mais à la relation de cette dernière à l'Église universelle, dont il a pour but de conserver la Foi dans son unité et son intégrité" (Nau, 1962, pp. 362 & 389-390). Il ne m'apparaît pas inutile ici de préciser qui était Dom Paul Nau (1901-1984), sensiblement de la même génération ecclésiale que Mgr Marcel Lefebvre ; c'était un théologien renommé, devenu moine bénédictin de Solesmes et qui, à ce titre, a représenté son Père-Abbé Dom Jean Prou à Vatican II ; à Rome, il œuvra pour le traditionnel Cætus Internationalis Patrum, il connut donc personnellement Mgr Lefebvre, se situant comme lui tout-à-fait dans la pensée catholique traditionnelle (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Nau).
           
        C'est pourquoi, donc, la reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de vrai pape actuel sur un tel est une émanation si forte du Saint-Esprit Lui-même qu'elle va jusqu'à couvrir même le péché hérétique d'un pape en son for privé : "Notons cependant que, bien que nous affirmions que le souverain pontife, en tant que personne privée, est susceptible de devenir hérétique et, par-là, de cesser d'être un vrai membre de l'Église, pourtant, s'il est toléré par l'Église, et publiquement reconnu comme le pasteur universel, il jouirait réellement du pouvoir pontifical, de sorte que tous ses décrets n'auront pas moins de force et d'autorité qu'ils n'en auraient s'il était vraiment fidèle" (Theol. mor., livre II, tr. I, chap. VI, pp. 145-146).
           
        C'est montrer là on ne peut mieux la force invincible du Saint-Esprit en son Église, dans l'Épouse immaculée du Christ, à la fois Dieu et Homme parfait.
           
        On comprend mieux maintenant les notes formelles d'anathème et d'excommunication fulminées par certains papes contre ceux qui osent récuser, et les sédévacantistes sont du nombre maudit, le choix du pape actuel par l'Église Universelle.
           
        Jean de Saint-Thomas par exemple, après avoir exposé que le pape étant règle prochaine de la Foi ("[Toute élection d'un nouveau pape au Siège de Pierre est] une question de Foi, parce que [l'Église reçoit le nouveau pape] comme la règle infaillible de la Foi et comme le chef suprême auquel elle est unie, car l'unité de l'Église dépend de son union avec lui" ― Cursus Thelogicus, t. VI, questions 1-7, Sur la Foi, Disputation VIII, 1640), sa désignation par l'Église Universelle, dont les cardinaux dans leur majorité canonique des deux/tiers plus un sont l'organe ordinaire ("Je réponds que l'élection et l'élu sont proposés par les cardinaux, non en leur propre personne, mais en la personne de l'Église et par son pouvoir, car c'est elle qui leur a confié le pouvoir d'élire le pape et de le déclarer élu. C'est pourquoi ils sont, à cet égard et pour cette tâche, L'ÉGLISE ELLE-MÊME REPRÉSENTATIVE. Ainsi les cardinaux, ou quiconque d’autre l’Église (c’est-à-dire le Pape) a légitimement désigné pour faire l’élection, représentent l’Église dans tout ce qui concerne l’élection de son chef, le successeur de Pierre") est donc infaillible, allant à juste titre jusqu'à comparer l'acte cardinalice de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio à "une définition donnée par les évêques lors d'un concile légitimement réuni" (Cursus Thelogicus, t. VI, questions 1-7, Sur la Foi, Disputation VIII, 1640), conclue : "Dès que les hommes voient ou apprennent qu’un pape a été élu, et que l’élection n’est pas contestée, ils sont obligés de croire que cet homme est le pape, et de l’accepter" (ibid.).
           
        ― "obligés de croire" : c'est-à-dire qu'ils n'ont pas la possibilité de NE PAS poser l'acte d'acceptation pacifique ecclésiale universelle du nouveau pape, en union et communion avec l'universitas fidelium ; ce qui, soit dit en passant car ce n'est pas là sujet premier de mon présent article, signifie très-clairement que cet acte d'acquiescement de l'universitas fidelium est second dans l'ordre théologique, l'acte premier et fondateur étant l'élection cardinalice conclavique théologiquement achevée par le "oui, accepto" du nouvel élu au Siège de Pierre. L'acte d'acceptation a-posteriori par les évêques et les simples fidèles de l'orbe catholique toute entière n'est qu'un simple confirmatur de l'acte d'élection conclavique cardinalice qui est premier dans l'ordre théologique pour asseoir la croyance de Foi, de fide, de la légitimité du nouveau pape (j'ai, je crois, fort bien expliqué toute l'articulation théologique de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, y mettant les rangs d'ordre nécessaires, dans cet article, qu'on pourra lire avec grands fruits : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/o-se-situe-lacte-de-droit-divin-qui-fait-certainement-le-pape-actuel-chez-les-cardinaux-qui-l-lisent-canoniquement-dans-le-conclave-ou-chez-les-v-ques-de-lorbe-catholique-qui-approuvent-a-posteriori-l-lection-des-cardinaux-?Itemid=1).
           
        ― "et que l'élection n'est pas contestée" : certes, Jean de Saint-Thomas formule que l'élection cardinalice du nouveau pape, pour obliger à la croyance de fide, doit ne faire l'objet d'aucune contestation, et Journet reprend la précision dans sa dogmatique ecclésiale. Mais ce qu'il faut bien saisir, c'est qu'il n'est plus possible qu'une quelconque contestation, quelle qu'elle soit, d'ordre canonique ou d'ordre divin, puisse être validement mise en avant dès lors que l'élection conclavique est théologiquement achevée, ce qui est formellement le cas dès le "oui, accepto" du nouvel élu au Siège de Pierre. Cette possibilité de contestation, qui d'ailleurs ne peut qu'être interne au conclave, entre cardinaux seuls habilités à contester la procédure d'une élection pontificale, ad intra, et jamais être le fait postérieur de la part d'éléments extérieurs au conclave, ad extra, ne peut absolument plus exister dès lors et immédiatement que le "oui, accepto" a été dûment prononcé par le nouvel élu au Siège de Pierre. Il manque ici une précision importante de la part de Jean de Saint-Thomas (qu'on retrouve aussi chez Journet, qui l'a copiée chez lui), qui semblerait laisser entendre qu'il peut exister une contestation après le "oui, accepto" de l'élu, après que le processus de l'élection pontificale soit théologiquement dûment achevé, pouvant soit disant remettre en cause toute l'élection qui vient d'avoir lieu, ce qui est faux.
           
        Qu'il ne puisse en effet y avoir la moindre contestation de l'élection qui vient d'avoir lieu après le "oui, accepto" du nouveau pape élu, nous en avons la preuve par l'affirmation du pape Pie XII, dans sa Constitution de 1945 sur les élections pontificales. Pie XII dit très-clairement : "Le consentement (de l'élu à sa propre élection au Siège de Pierre) ayant été donné (…), l'élu est immédiatement VRAI PAPE, et il acquiert par le fait même et peut exercer une pleine et absolue juridiction sur l'univers entier (Code de Droit canon, can. CIS 219) ― "Hoc consensu prestito intra terminum, quatenus opus sit, pendenti arbitrio Cardinalium per majorem votorum humerum determinandun, illico electus VERUS PAPA, atclue actu plenam absolutamque iurisdictionem supra totum orbem acquirit et exercere potest" (Vacante Apostolicæ Sedis, 8 décembre 1945, § 101). Et Pie XII, de continuer immédiatement : "Dès lors, si quelqu’un ose attaquer des lettres ou décisions concernant n’importe quelles affaires, émanant du Pontife romain avant son couronnement, Nous le frappons de la peine d’excommunication à encourir ipso facto (Clément V, ch. 4, De sent, excomm., 5, 10, in Extravag. comm)" (§ 101). La doctrine du pape est sans ambigüité, fort claire : pour Pie XII, la croyance de fide est obligatoire dès le "oui, accepto". Sinon, le pape n'aurait pas été fondé, comme il le fait, à faire peser sur le contrevenant une peine d'excommunication latæ sententiæ dès le "oui, accepto" du nouveau pape, c'est-à-dire la peine la plus grave et large possible pouvant frapper un contrevenant, en le jetant hors de l'Église.
           
        Ainsi donc, pour conclure, il est trop sûr pour toute âme catholique que la désignation puis reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de pape actuel sur un tel, encore dite pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, est un acte qui oblige le fidèle à la croyance de Foi, de fide, de par le Magistère ordinaire & universel. Je dis et affirme formellement, en communion avec l'Église toute entière qui le dit et affirme de même : Anathème formel sur la tête de qui ose le nier, comme le fait l'abbé Damien Dutertre dans sa conférence et tous les sédévacantistes derrière et avec lui, qu'ils soient complets à la barbaresque du P. Barbara ou mitigés à la guérardienne de Mgr Guérard des Lauriers (l'abbé Dutertre a l'air de souscrire à la thèse guérardienne, il le dit en finale de sa conférence : mais qu'il se dise bien que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio foudroie radicalement autant le sédévacantisme barbaresque, totaliste comme il a l'air de le qualifier, que celui mitigé guérardien, même l'abbé Ricossa a bien été obligé de le reconnaître et de l'admettre dans Sodalitium ; cf. ma réfutation en règle du guérardisme au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/13-la-passion-de-l-eglise/11-refutation-de-la-these-guerardienne).
           
        Fin de la démonstration théologique proprement dite.
 
Rom, Sankt Paul vor den Mauern (San Paolo fuori le Mura)
(Basilique Saint-Paul-hors-les-murs)
           
        C'est bien pourquoi, si l'on étudie la question dans les manuels de théologie de l'époque moderne, on trouve peut-être pas forcément encore formellement cette profession de Foi notant d'infaillibilité la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, comme émanant d'un acte de Foi, de fide, mais, à tout le moins, traçant formellement la voie pour y mener, et de plus en plus et de mieux en mieux. On y trouve en effet toujours cette dite doctrine à tout le moins inchoativement affirmée, et en tous cas jamais la contradictoire sur le sujet, tant est vrai ce que faisait remarquer Vacant dans son célèbre article sur le Magistère ordinaire & universel : "Nous avons vu les divergences qui tendent à se produire, soit entre les formules nombreuses dans lesquelles on essaye de faire entrer les doctrines qui ne sont pas encore entièrement élucidées ni, à plus forte raison, définies, soit entre les multiples expositions des doctrines les mieux éclaircies ; mais ce que nous n’avons pas remarqué c’est qu’il y a, en même temps, entre elles comme une lutte pour la vie, par l’effet de laquelle les formules défectueuses et les expositions imparfaites disparaissent, pour laisser peu à peu le terrain aux formules exactes et aux expositions heureuses".
           
        Or, ce processus progressif émanant du Saint-Esprit qui, pour le cas qui nous occupe, en est rendu à révéler au fil du temps de plus en plus et de mieux en mieux, et de plus en plus synthétiquement, le droit divin et l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, dérange évidemment beaucoup les sédévacantistes, va sans dire...
           
        Pour s'en sortir ou plutôt prétendre s'en sortir, aux fins damnables de rester dans l'hérésie quant à la doctrine de la Légitimité pontificale, l'abbé Dutertre ose calomnieusement dénier auxdits manuels de l'époque moderne et donc à leurs auteurs une valeur de science théologique appropriée sur le sujet, du haut de son orgueil sédévacantiste. Là, il va trop loin dans ses faussetés et son mensonge, il fâche, fait monter la moutarde au nez et appelle véhémentement, à grands cris, coups de trique sur fesses de baudet si je puis dire, pardon, sauf son respect sacerdotal. Mais pour qui donc se prend ce petit jeunot de prêtre frais émoulu né en 1996, à tout le moins de cuvée 3ème génération tradi si pas 4ème, qui ose nous dire que la généralité des manuels de théologie de la période moderne (au sens non-moderniste du qualificatif), ont fait un résumé bâclé de la question qui nous occupe, parce qu'il y a lu et n'a pu qu'y lire qu'ils marquent très-fort le droit divin qui fonde essentiellement la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, ce qu'il récuse du haut ou plutôt du bas de son hérésie sédévacantiste...? Pour qui se prend-il, ce pauvre jeune prêtre obsédé de sédévacantisme, auquel il faut cependant rendre bonne justice qu'il est intelligent mais dont la tête a visiblement été bourrée au forcing et aux forceps dès le début de ses études de potache sur les bancs du séminaire par les petites théories passionnellement sectaires et hérétiques du sédévacantisme sur la "crise de l'Église", à lui enseignées par ses aînés sédévacs beaucoup plus coupables que lui, et qui l'ont poussé sur l'estrade d'Internet pour faire la retape de leur hérésie à vocation de finir dans le schisme : "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, après qu'il l'est devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne deux fois pire que vous" (Matth XXIII, 15)...?
           
        S'imagine-t-il vraiment, dans son outrecuidance orgueilleuse qui est la marque de fabrique de tous les adeptes des mouvances tradis, dont bien sûr celles sédévacantistes, que le grand et très-orthodoxe théologien qu'était le cardinal Louis Billot (1846-1931 ; cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Billot), superbement rangé par lui dans la catégorie "manuels modernes" (26 mn 54 s, sq., de sa conférence), n'a pas pris connaissance des savantes analyses des siècles passés sur la question dont il glose, avant de professer le droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio comme il le fait magistralement...? Et qu'il est le seul, lui, petit jeune prêtre formaté sectairement depuis si peu de temps, à avoir cette connaissance...?
           
        Or, justement, après toutes ces analyses théologiques des siècles passés sur la question de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, labourant avec socs de charrue souvent très-profonds la doctrine en question, analyses qu'il connaît évidemment fort bien, mieux sûrement que tous les sédévacantistes réunis, le cardinal Billot s'est rendu compte (et il n'est pas le seul théologien moderne sur le sujet à s'en rendre compte, le cardinal Journet a même langue et discours que lui dans L'Église du Verbe incarné), avec une intelligence spirituelle supérieure que notre jeune abbé n'est même pas capable de comprendre, que, sur le sujet, nous sommes rendus à la sententia finalis terminativa, pour reprendre le mot très-heureux de Dom Paul Nau dans ses fort savants articles sur le Magistère ordinaire & universel pontifical, autrement dit notre époque moderne est parvenue au moment providentiel divin de l'explicitation dogmatique formelle de la doctrine de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio.
           
        C'est-à-dire que la doctrine ayant été visitée par les théologiens pendant un très long temps par tous les côtés où elle pouvait l'être, de poupe, de proue, de bâbord, de tribord, en est désormais rendue à pouvoir être synthétiquement ramassée et récapitulée en une formule lapidaire courte, ciselée et choisie, qui premièrement dégage et met sur le chandelier la vérité de droit divin essentiellement simple non moins que sublime qui l'inhabite théologiquement : d'où le résumé synthétique et lapidaire de Billot, dans son texte bien connu y compris de notre petit abbé Dutertre, exprimé avec une remarquable énergie à la fois intellectuelle et surnaturelle, que j'ai toujours admirée parce qu'elle est admirable, montrant la très-grande élévation spirituelle de son esprit, résumé donc qui bien évidemment ne rentre pas dans les scrutations scolastiques, les explications expliquées de la doctrine, les modus par lesquels cette doctrine se concrétise théologiquement, ce travail étant désormais de l'ordre du passé et plus à l'ordre du jour, mais qui au contraire, parce que l'heure en est venue, en rassemble et récapitule dans des mots simples inspirés du Saint-Esprit tout le suc surnaturel, exemplaire magistral, soit dit en passant, du processus final inhérent aux définitions dogmatiques.
           
        Loin donc d'être un exposé bâclé, c'est l'exact contraire qui est vrai, l'exposé lapidaire du cardinal Billot est bien au contraire l'heureuse synthèse dogmatique ramassée de la doctrine en question étudiée et analysée en de nombreux fragments épars et inchoatifs par tous les siècles chrétiens antérieurs. C'est pourquoi je vais citer ici à nouveau le cardinal Billot, lumière de l'Église sur le sujet, l'ayant certes déjà moult fait dans mes écrits passés, car prenons bien conscience que si l'Église faisait une définition dogmatique de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, elle reprendrait le raisonnement de fond qu'il y fait, voire même les termes ciselés et précis qu'il y emploie fort judicieusement. Tous les mots lapidaires qu'il formule sont en effet à prendre comme l'explicitation dogmatique finale de la doctrine de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, il faut donc les lire, je dirai à genoux dans notre âme, si tant est qu'on veut être catholique intégral vrai et authentique, le rester ou le (re)devenir :
           
        "Dieu peut permettre que le Siège apostolique demeure vacant assez longtemps ; il peut permettre même qu'un doute s'élève sur la légitimité de tel ou tel élu [avant le "oui, accepto" de l'intéressé] ; mais il ne peut pas permettre que l'Église toute entière reconnaisse comme pontife légitime celui qui, en réalité, ne le serait point. Dès l'instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l'Église comme la tête l'est au corps, LA QUESTION NE SAURAIT PLUS ÊTRE AGITÉE D'UN VICE DANS L'ÉLECTION [inhérent au droit canonique] OU DE L'ABSENCE D'UNE DES CONDITIONS REQUISES POUR SA LÉGITIMITÉ [inhérent au droit divin]. L'ADHÉSION DE L'ÉGLISE GUÉRIT POUR AINSI DIRE RADICALEMENT TOUT VICE POSSIBLE DE L'ÉLECTION. ET, D'UNE MANIÈRE INFAILLIBLE, ELLE DÉMONTRE L'EXISTENCE DE TOUTES LES CONDITIONS REQUISES" (De Ecclesio, Billot, t. XXIX, § 3, p. 621).
           
        Le cardinal Billot est aussi net et théologiquement plus précis encore dans un autre passage : "On doit au moins tenir fermement, comme absolument inébranlable et hors de tout doute, ceci : l'adhésion de l'Église universelle est toujours à elle seule le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife, et donc de l'existence de toutes les conditions requises à cette légitimité. Et la raison de ceci n'est pas à chercher au loin. Elle se prend en effet immédiatement de la promesse et de la providence infaillibles du Christ : Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre Elle, et encore : Voici que Je suis avec vous tous les jours. Ce serait en effet la même chose, pour l'Église, d'adhérer à un faux Pontife que d'adhérer à une fausse règle de foi puisque le Pape est la règle vivante que l'Église doit suivre en croyant, et de fait suit toujours. Dieu peut certes permettre que parfois la vacance du Siège se poursuive plus longtemps. Il peut aussi permettre qu'un doute se lève sur la légitimité de tel ou tel élu [avant le "oui, accepto"]. Mais il ne peut permettre que toute l'Église admette comme pontife celui qui ne l'est pas vraiment et légitimement" (De Ecclesia Christi, Billot, Rome, Éd. 5a, p. 635).
           
        Et, dans un autre endroit de ce dernier ouvrage, aux pp. 612-613, le même vigoureux et sain auteur, une des dernières grandes figures cardinalices avant la tourmente vaticandeuse (rien à voir avec les nôtres), d'illustrer ce qu'il vient de dire par un magistral exemple, qui, est-il besoin de le souligner, concerne en plein notre problème contemporain des papes modernes post-vaticandeux : "… Disons ce mot, au passage, contre ceux qui, cherchant à justifier certaines tentatives de schisme faites à l'époque d'Alexandre VI, allèguent que l'instigateur de ce schisme répandait qu'il avait des preuves très-certaines de l'hérésie d'Alexandre, et qu'il serait prêt à les révéler dans un concile général. Sans donner d'autres raisons qui permettraient de réfuter aisément cette opinion, qu'il suffise de rappeler ceci : il est certain que lorsque Savonarole écrivait ses lettres aux princes [pour dénoncer cette soi-disant "hérésie" du pape Alexandre VI], toute la chrétienté adhérait à Alexandre VI et lui obéissait comme au vrai pontife. POUR CETTE RAISON MÊME, ALEXANDRE VI N'ÉTAIT PAS UN FAUX PAPE, MAIS UN PAPE LÉGITIME. DONC, IL N'ÉTAIT PAS HÉRÉTIQUE, au moins dans ce sens qu'un hérétique cesse d'être membre de l'Église".
           
        Voilà le raisonnement théologique À L'ENDROIT qui résout absolument la question de la légitimité pontificale des papes modernes, notamment bien sûr celle de Léon XIV, sataniquement agitée À L'ENVERS par les sédévacantistes de tout poil ou ceux qui sont tentés de le devenir (Satan, en effet, est le principe de l'inversion, l'adversaire de la Réalité qui est Dieu, voilà ce à quoi les sédévacs devraient réfléchir avant de se mettre dans son camp).
           
        Le cardinal Charles Journet (1891-1975), un cardinal de Paul VI pourtant bien libéral par certains côtés, exposait également dans L'Église du Verbe Incarné, en termes rapprochés, cette grande loi fondamentale de la Constitution divine de l'Église, s'appuyant surtout, quant à lui, sur l'enseignement déjà formel de Jean de Saint-Thomas : "IV. Validité et certitude de l'élection [pontificale]. — L'élection, fait remarquer Jean de Saint-Thomas, peut être invalide lorsqu'elle est faite par des personnes non qualifiées, ou lorsque, faite par des personnes qualifiées, elle pécherait par vice de forme ou porterait sur un sujet inapte, par exemple un dément ou un non-baptisé. MAIS L'ACCEPTATION PACIFIQUE DE L'ÉGLISE UNIVERSELLE S'UNISSANT ACTUELLEMENT À TEL ÉLU COMME AU CHEF AUQUEL ELLE SE SOUMET, EST UN ACTE OÙ L'ÉGLISE ENGAGE SA DESTINÉE. C'EST DONC UN ACTE DE SOI INFAILLIBLE, ET IL EST IMMÉDIATEMENT CONNAISSABLE COMME TEL (conséquemment et médiatement, il apparaîtra que toutes les conditions prérequises à la validité de l'élection ont été réalisées. L'acceptation de l'Église s'opère soit négativement, lorsque l'élection n'est pas aussitôt combattue ; soit positivement, lorsque l'élection est d'abord acceptée par ceux qui sont présents et progressivement par les autres. Cf. Jean de Saint-Thomas, II-II, qu. 1 à 7 ; disp. 2, a. 2. Nos 1, 15, 28, 34, 40 ; pp. 228 et suivantes)" (Le Verbe Incarné, Journet, excursus VIII, p. 624).
           
        Saint Alphonse de Liguori, dernier théologien que je citerai à la barre parmi l'unanimité des théologiens du premier ordre sur cette question, expose cette grande loi fondamentale de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, en des termes encore plus forts : non seulement, enseigne-t-il, elle est le signe topique formel d'une élection pontificale valide, mais une dite élection qui ne le serait pas à l'origine le deviendrait formellement par la SEULE reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Vicaire du Christ sur l'occupant du Siège de Pierre, autrement dit par la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio. Lisons-le : "Peu importe que dans les siècles passés quelque pontife ait été élu de façon illégitime ou ait pris possession du pontificat par fraude [hélas, c'est par trop vrai que jusqu'au décret libérateur de Nicolas II en 1059, il y eut bien des élections pontificales rien moins que pures, ce que notre saint auteur ne veut exprimer ici, par respect pour l'Église, qu'avec le voile de Noé] ; il suffit qu'il ait été accepté ensuite comme pape par toute l'Église, CAR DE CE FAIT IL EST DEVENU LE VRAI PONTIFE. Mais si pendant un certain temps, il n'avait pas été accepté vraiment et universellement par l'Église, pendant ce temps alors le siège pontifical aurait été vacant, comme il est vacant à la mort du pape" (Saint Alphonse de Liguori, Verità della fede, in Opere, etc., vol. VIII, p. 720).
           
        Je rappelle ici que l'Histoire ecclésiastique a prouvé la véracité de cette doctrine extrême qu'énonce saint Alphonse de Liguori, dans la personne du pape Vigile (fin du Vème siècle-555), qui, sur le plan théologique, est un cas d'école tout-à-fait extraordinaire. Lorsqu'en effet Vigile supplante illégitimement sur le Siège de Pierre son prédécesseur, brutalement et militairement détrôné, le très-légitime pape Silverius (v. 480-537), c'est… "sans élection" (Histoire des souverains pontifes romains, Artaud de Montor, 1851, p. 266) par l'Église de Rome pour remplir la charge de pape ! En fait, Vigile est tout simplement imposé comme pape par le général Bélisaire le lendemain de la déchéance scandaleuse et parfaitement illégitime du pape Silverius, les cardinaux anglais du grand-schisme d'Occident auraient dit : "par tumulte militaire". Jusque là, c'est exactement le cas de figure de l'intrus Constantin II (767-768), sauf la qualité de clerc et même de grand'clerc de Vigile que ne possédait pas ledit Constantin, simple laïc. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Vigile "avait figuré comme anti-pape sous Silvère" (ibid.), c'est-à-dire tant que ce dernier fut en vie. Ce n'est qu'après sa mort qu'il est canoniquement reconnu par l'Église Universelle comme pape, acceptus et probatus, car de toutes façons, il avait de grandes qualités pour assumer cette charge, ce n'était pas de sa part une ambition purement désordonnée, la suite montrant bien que "c'était un homme distingué par ses talents et une profonde connaissance des affaires" (ibid.). Gardons-nous bien, en effet, d'en rester à son intronisation trouble pour juger du pape Vigile : "Mais aucun de ces faits ne devient une raison pour s'armer de préventions, et surtout de fausses accusations. Examinons la vraie carrière pontificale de ce pape, qui va se montrer, en plus d'une occasion, un courageux soldat de Jésus-Christ" (ibid.). 
           
        En tous cas, sur le plan théologique, on a là une magnifique preuve de ce que nous enseigne saint Alphonse de Liguori quant à la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, entièrement dans la Main du Saint-Esprit, prééminente sur absolument toute autre règle en matière de Légitimité pontificale. L'élévation au Siège de Pierre de Vigile est une magistrale illustration du fait que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio dont bénéficie un pape actuel, assure À ELLE TOUTE SEULE la formelle légitimité de son pontificat, quand bien même tout le reste, de droit divin ou de droit canonique, ... élection y comprise !, serait défectueux voire invalide. Vigile, en effet, ne fut jamais vraiment élu pape par l'Église romaine, mais seulement reconnu par elle comme tel à la mort du pape Silverius, et il n'en fut pas moins vrai pape, verus papa, UNIQUEMENT, donc, notons-le soigneusement, par la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio posée sur sa personne, quant à lui d'une manière a-posteriori radicalement contradictoire à sa non-élection et son intrusion scandaleuse de soi invalide sur le Siège de Pierre. Son cas est totalement inusité et inédit dans toute l'Histoire ecclésiastique, avant ou après lui… et heureusement ! On pourra lire dans cet article, où je la rapporte en milieu de page, toute l'histoire stupéfiante du pape Vigile : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/la-fable-s-d-vacantiste-mensong-re-de-la-bulle-de-paul-iv-et-de-son-contexte-historique?Itemid=1.
 
San Sebastiano fuori le mura Rome
(Basilique Saint-Sébastien-hors-les-murs)
           
        ... Mais vous croyez que ça convertit notre jeune abbé de son très-réprouvé sédévacantisme d'être obligé de croire que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio est tout ce qu'il y a de plus fondé sur le droit divin, d'une manière suréminente comme émanant du Saint-Esprit, ce qui est prouvé à l'extrême lorsque le nouveau pape n'a pas bénéficié d'une élection valide au Siège de Pierre, comme ce fut le cas du pape Vigile ? Croyance à laquelle lui-même d'ailleurs, honnêtement, avoue être bien obligé de... s'obliger, ce qu'il n'hésite pas à confesser à plusieurs reprises dans sa conférence, tellement la chose est évidente (et le malheureux, heureusement pour lui, tient beaucoup à nous le dire, il en est visiblement presque fier) ? Éh bien, pas du tout, il ne s'en convertit nullement de l'hérésie sédévacantiste, vous vous tromperiez beaucoup de le penser, son esprit en est trop possédé, au sens diabolique du verbe, et on ne sort d'une possession que par un exorcisme en bonne et dûe forme, dont le Bon Dieu, pour l'instant, ne lui donne pas la grâce (j'espère pour son âme que mon présent écrit y contribuera puissamment).
           
        Il se montre au contraire, dans sa conférence, comme le Marius de la fable marseillaise, à rester, avec une stupidité et un aplomb hérétiques insupportables, dans son positionnement sédévacantiste, quand bien même, donc, il avoue lui-même plusieurs fois être tout ce qu'il y a de plus convaincu du droit divin qui fonde la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio. Exactement comme Marius, Gros-Jean provençal faisant office d'idiot du village. Non...?, c'est vrai ?, vous ne connaissez pas l'histoire ? Cinq marseillais de Marseille sont assis près du vieux-port ; ils discutent très-fort pour savoir si l'anchois, ce petit poisson qu'on sale, est du genre masculin ou du genre féminin : dit-on une anchois ou un anchois ? Les heures passent, l'un après l'autre, quatre se rangent pour le genre masculin, le dernier n'admettant mordicus que le genre féminin ; à la fin de la disputatio, et seulement à la fin car lorsqu'on est né sur la Canebière peuchère, on parle avant de penser, on va chercher le gros dictionnaire de Marius en jurant tous les grands saints de Marseille à commencer par Notre-Dame de la Garde, la bonne Mère, qu'il finira la discussion ; dans un silence général, électrique et tendu, on l'ouvre à anchois. (Silence) … Hé !, ... bé !, ça, bonne Mère, anchois est du genre MASCULIN. On met le dictionnaire sous le nez du réfractaire, et celui-ci, sommé de s'amender honorablement, de s'exclamer gravement, nullement gêné : "Ah, vaï de vaï !, c'est pourtant bien vrai, les anchois, ELLES SONT MASCULINES "…!!! Veritas liberabit vos.
           
        Notre abbé sédévac, sur le sujet qui nous occupe, s'affiche comme l'idiot du village de la fable marseillaise. Son esprit droit, ce qui l'honore, finit par lui révéler le fondement de droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, il l'avoue, le confesse, s'en frappe quasi de coulpe la poitrine, il ne peut s'empêcher d'en prendre conscience et de prendre à bon devoir d'en être parfaitement convaincu... comme le dictionnaire a convaincu Marius qu'anchois est du genre masculin. Mais l'évidence des choses ne le convertit nullement de son hérésie sédévacantiste, il n'est pas rebuté dans son entêtement à dia(ble) d'y opposer dans la folie la plus totale un autre droit divin, celui de l'orthodoxie magistérielle du pape, auquel, abracadabradabradabra, il veut donner pouvoir d'annihiler le droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, si ce second droit divin n'est pas théologiquement vérifié...! C'est-à-dire qu'il continue de seriner que, bien que de genre masculin, elles sont masculines.
           
        Comme si, voyons, un fondement de droit divin de la Constitution de l'Église fondée par le Christ pouvait être supprimé par un autre droit divin de ladite et même Constitution auquel on aurait décidé de donner indûment une prééminence supérieure sur le premier...!!!!!!!!!
           
        Donc, conclusion "théologique" de notre cher jeune non moins que pitoyable abbé : je crois au droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, mais cedit droit divin, in casu de notre "crise de l'Église", est annihilé par un autre droit divin, prétendument supérieur. C'est tout ce qu'ont trouvé les sédévacantistes pour rester dans leur hérésie, c'est vraiment par trop drôle, ce serait à mourir de rire si ce n'était à pleurer. En vérité, plus fou qu'un sédévacantiste qui ne se rend pas compte de la possession diabolique de son esprit, on meurt (il est bon de noter que les lefébvristes, eux aussi, pour soutenir leur thèse hérétique, nous catapulte le même raisonnement absurde, ridicule, mais hélas plus encore blasphématoire, d'une prétendue possible "exception qui confirme la règle générale" alors que pourtant on est dans le droit divin qui ne saurait en souffrir aucune sous peine de ne plus pouvoir s'appeler droit divin, je vais y revenir plus loin & cf. ma réfutation du lefébvrisme au lien suivant : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/les-tr-s-graves-erreurs-de-labb-gleize-porte-plume-th-ologique-de-la-fsspx-et-de-labb-pagliarani-actuel-sup-rieur-g-n-ral-de-ladite-fsspx-quant-leur-expos-sur-le-magist-re-ordinaire-universel-et-son-infaillibilit-inh-rente?Itemid=1 ; donc, pour ce qui est des théologiens de la tradition, on est hhhach'ment balaize, comme disait Coluche ; leur nullité absolue et fort honteuse provient en fait de leur fuite ignominieuse de "LA PASSION DE L'ÉGLISE", je vais mieux le dire tout-à-l'heure...).
           
        C'est pourquoi, morale de l'histoire, il faut bien faire attention, nous fidèles de la fin des temps, de tous les temps juste avant le Retour en Gloire du Christ, ayant à affronter au préalable la redoutable et apocalyptique crise dernière de l'Église, c'est-à-dire d'être soumis à "la puissance des ténèbres" comme le Christ le fut dans sa Passion, à toujours se mirer dans le miroir très-pur de la Foi, ce qui nous fera détecter instantanément la possession de notre esprit par le diable s'il y a lieu. Car dans le cas contraire, lorsque le diable possède une âme par les idées, c'est comme invincible dès lors que cette possession n'est pas perçue par l'homme qui, subséquemment, l'adopte et accepte, et la fait sienne, et la croit sienne, y engageant hélas toute sa force de volonté. Cette possession devient alors comme absolument indétectable, et donc l'homme intellectuellement possédé est réfractaire à toute conversion, même devant le principe de non-contradiction le plus basique et le plus évident qu'il fait sauter en suivant sa possession intellectuelle, comme ne l'illustre que trop bien, ou plutôt que trop mal, notre jeune abbé sédévac... elles sont masculines !       
 
San Giovanni in Laterano 2021
(Basilique Saint-Jean-de-Latran)
           
        Je vais à présent éplucher au-dessus de la poubelle, dans le grand détail, la conférence de notre cher jeune abbé, pour en faire saillir les faussetés et les mensonges et en désamianter le venin mortifère spirituellement hautement cancérigène :
           
        4 mn 20 s, sq. : L'abbé rabâche que la discussion autour de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio ne saurait être rien d'autre qu'une discussion théologique ne contenant pas de droit divin, sous-entendu par lui qu'elle ne saurait renverser l'invalidité des papes vaticandeux et post déjà formellement prouvé par leur hérésie magistérielle, car il n'y a que ce dernier point de droit divin qui compte théologiquement pour appréhender la question.
           
        C'est bien ce que je disais plus haut, l'hérésie majeure des sédévacantistes est d'abolir le droit divin de ce que Journet appelle dans sa dogmatique ecclésiale l'apostolicitas hierarchiæ, par le droit divin de l'apostolicitas doctrinæ, ce qui aboutit très-certainement à ne professer qu'un seul droit divin dans l'Église, celui ayant trait à la doctrine. Que l'abbé Dutertre réfléchisse bien que nous sommes là en plein monophysisme ou eutychianisme, où l'Église n'est plus considérée que par son Âme. Elle n'a plus de Corps ou hiérarchie divinement instituée. Ou si on admet qu'elle en a un, ce que ne manque pas de concéder très-généreusement notre petit porte-voix sédévacantiste dans sa conférence, ce Corps n'existe pas de par lui-même, métaphysiquement il n'a l'existence que par l'Âme et en dépendance totale de l'Âme : de telle manière, soutiennent hérétiquement les sédévacantistes, que si, dans une situation ecclésiale donnée, l'Église-Âme n'est pas vérifiée, alors, par le fait même, ipso-facto, cela prouve qu'il n'y a pas d'Église-Corps. L'abbé Dutertre, résumant bien l'hérésie sédévacantiste dans sa conférence, admet volontiers en effet qu'il existe un droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio qui a trait à l'apostolicitas hierarchiæ, mais ce n'est que... pour mieux te manger mon enfant comme disait le loup à petit Chaperon-Rouge, c'est pour mieux dire ensuite qu'il est absolument supprimable par le droit divin ayant trait à la doctrine, l'apostolicitas doctrinæ, lorsqu'on constate que le Magistère doctrinal pontifical est hérétique. Et le malheureux se montre très-fier de sa "solution" théologique, il en roucoule et s'en rengorge, s'en étrangle de passion presque, s'imaginant par-là terrasser les objections contre le sédévacantisme, alors que cela ne fait que montrer à tous regards qu'il est tombé à deux pieds joints d'un seul coup d'un seul dans la chausse-trappe de Satan, l'abîme de l'hérésie.
           
        Il n'est pas anodin de faire remarquer, comme je l'ai déjà dit rapidement plus haut, que les lefébvristes, dans l'exposé de leur thèse, commettent eux aussi exactement ce même péché monophysite que les sédévacantistes, pour, eux aussi, prétendre se donner une solution à "la crise de l'Église", mais la vérité, c'est que les uns et les autres ne le font que par une grossière hérésie. Le sédévacantisme n'est donc qu'un clone dialectique du lefébvrisme (à moins que ce soit le contraire qui soit vrai, que ce soit le lefébvrisme qui l'est du sédévacantisme, car historiquement le sédévacantisme a existé outre-Atlantique avant le lefébvrisme, dès les années conciliaires 1965). Et cela les fait aboutir à l'ecclesiovacantisme, ils sont tous tout simplement ecclesiovacantistes beaucoup plus que simplement sédévacantistes. Le lefébvriste nie que Vatican II soit un vrai Magistère doté de l'infaillibilité en prenant hérétiquement comme seul critère l'apostolicitas doctrinæ et rejetant hérétiquement l'apostolicitas hierarchiæ, s'arrêtant cependant à la personne du pape, voulant qu'il soit vrai pape. Les sédévacs partent du même faux départ, qui est une véritable erreur de parallaxe, à savoir que la promulgation magistérielle des doctrines de Vatican II par les "membres enseignants" de cette génération ecclésiale est formellement hérétique, et ils vont encore plus loin que les lefébvristes dans leur raisonnement hérétique : non seulement ils nient que Vatican II soit un vrai concile, expression formelle du Magistère doté de l'infaillibilité ordinaire & universelle, mais, ce que les lefébvristes ne font pas, ils nient que le pape qui l'a promulgué de par son Magistère, soit vrai et authentique pape, verus papa.
           
        Quoiqu'il en soit de ce dernier point secondaire, de savoir si c'est le lefébvrisme qui clone le sédévacantisme ou l'inverse (mais l'un n'est-il pas l'autre, et l'autre l'un, sous des faux dehors dialectiques de frères ennemis ?), voici comment j'expliquais dans mon article dénonçant l'hétérodoxie du lefébvrisme dont j'ai mis le lien Internet ci-dessus, cette très-griève hérésie monophysite qu'on retrouve donc à l'identique chez les sédévacantistes, les uns et les autres translatant et décalcomaniant pour copie conforme à la Personne de l'Église ce que le moine Eutychès appliquait à la Personne du Christ :
           
        Qu'est-ce que le monophysisme ? Cette hérésie anathématisée par le concile de Chalcédoine (451) consiste à ne vouloir professer qu'une seule nature dans le Christ, celle divine. La nature humaine n'existe plus, elle est phagocytée par celle divine. Ainsi, la Personne du Christ n'est plus composée que de sa nature divine. C'est évidemment une énorme déviance : car s'il en était ainsi, et pour n'en tirer que cette application parfaitement incompatible avec le dogme catholique, puisque le Christ mourant sur la croix n'est qu'un Dieu et non un homme, alors, la Rédemption de l'homme n'a pas pu s'opérer, le Christ ne pouvant racheter le péché de l'homme que parce qu'Il est Lui-même un homme. Le moine Eutychès (378-454), qui heureusement se convertit sur son lit de mort in extremis (il se pinça la chair du bras, et, le montrant à tous, dit à ceux qui l'entouraient : "Je ressusciterai dans cette chair"), ne put cependant empêcher que son hérésie se propagea et communiqua extrêmement, principalement et surtout dans les parties orientales du monde chrétien d'alors, et, pour ne citer ici qu'un exemple du grand pouvoir d'enracinement de cette hérésie, les Coptes d'Égypte actuels professent encore cette foi monophysite hérétique (... ce qui n'a pas empêché le pape Léon XIV de les recevoir dans la joie et la bonne humeur fratelli tutti dès le lendemain de son intronisation, le 18 mai...). Le concile de Chalcédoine rétablit donc avec une vigueur toute apostolique la pureté de la Foi catholique, quant à la Personne du Christ, dans ses décrets dont on retiendra la lapidaire et très-exorcisante formule les résumant : "Jésus-Christ est vrai Dieu, vrai homme, cependant une seule Personne".
           
        Voilà la grande affaire. Le Christ est vrai Dieu, vrai Homme. Or, puisque l'Église est "Jésus-Christ répandu, communiqué et continué" (Bossuet), elle est elle aussi vrai Dieu et vrai Homme. Et, le lecteur catholique l'a déjà compris j'en suis sûr mais je n'en suis pas aussi sûr pour les sédévacantistes, cela signifie bien évidemment qu'il est impossible d'annihiler l'Homme dans l'Église par le Dieu dans l'Église. C'est-à-dire, supprimer l'apostolicitas hierarchiæ par l'apostolicitas doctrinæ. C'est-à-dire enfin, supprimer la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio par l'orthodoxie doctrinale du Magistère pontifical, comme l'abbé Dutertre s'imagine être très-intelligent, très-malin, très-astucieux, de le faire, dans sa conférence fumeuse et fuminogène, ne voulant hérétiquement professer que l'aspect doctrinal de la question qui soit disant serait le SEUL à exister vraiment et théologiquement dans l'Église.
           
        Mais approfondissons à présent la doctrine eutychienne, qu'hélas les sédévacantistes et les lefébvristes vont adopter comme fondement de leur pseudo-théologie de "la crise de l'Église", sans doute sans s'en rendre le moindre compte, on l'espère du moins très-fort pour eux. Le moine Eutychès, lorsqu'on lui demandait de résumer synthétiquement sa doctrine, privilégiait l'exemple suivant. La nature humaine, disait-il, est comme une simple goutte d'eau ; la nature divine est, quant à elle, comme l'océan de la mer. Plongez la goutte d'eau dans l'océan, elle n'existe plus en tant que goutte d'eau, elle s'est assimilée purement et simplement à l'océan lui-même. Ainsi donc, se croyait-il autorisé à conclure, il en est de même pour le Christ : avant l'union hypostatique, il y avait un Dieu, il y avait un homme, mais après l'union hypostatique, il n'existe plus qu'un Dieu. Or, on voit très-bien l'abbé Dutertre faire exactement le même raisonnement hérétique quant à "la crise de l'Église", par décalcomanie, en ne voulant considérer qu'un seul droit divin dans l'Église, à savoir celui doctrinal, qui, soit disant, aurait pouvoir d'annihiler radicalement celui hiérarchique, pourtant lui aussi de droit divin...  
           
        Il aurait pourtant grand avantage à réfléchir que la théologie catholique révèle qu'en Jésus-Christ la Divinité et la Sainte-Humanité ont métaphysiquement même valeur de substance, et donc il y a égalité de droits absolue entre les deux natures. Nos hérétiques lefébvristes et sédévacantistes n'ont pas assez réfléchi au passage évangélique où Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'une manière pratique, synthétise cette doctrine bien catholique qui foudroie la prétendue solution qu'ils ont cru trouver en abolissant le droit divin du Christ-Homme dans son Église par le droit divin du Christ-Dieu, lorsqu'Il a posé le rapport qui existe entre les premier et second Commandements divins : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et Lui seul ; Tu aimeras ton prochain comme toi-même ; voici les deux principaux commandements, et le second est SEMBLABLE au premier" (Matth XXII, 38-39). Tout est dit, dans cet oracle lapidaire : il y a un premier, ce qui a trait à Dieu, et il y a un second, ce qui a trait à l'homme, donc il y a différence de valeur puisqu'il y a naturellement une supériorité de celui qui est premier par rapport à celui qui est second, mais celle-ci est seulement relative, puisque les deux, le premier et le second, sont métaphysiquement et substantiellement semblables. Ce qui signifie qu'il est théologiquement absolument interdit, pour rester dans l'orthodoxie catholique, de prétendre s'autoriser à supprimer le second par le premier, c'est-à-dire, pour rester dans notre problématique, de supprimer la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio par l'orthodoxie doctrinale magistérielle pontificale, comme prétendent hérétiquement le faire les sédévacantistes.
           
        J'insiste encore à nouveau, car les sédévacantistes ont visiblement vraiment beaucoup besoin d'un exorcisme puissant : le Mystère théandrique du Christ, c'est-à-dire d'être à la fois Dieu et homme dans une seule Personne, est communiqué et répandu à l'Église, Épouse du Christ, de semblable et très-identique manière. L'Épouse du Christ, l'Église, est donc à la fois constituée par une nature divine et une nature humaine, qui, normalement, ne doivent toutes deux délivrer en jumelé que le même message, la même Révélation (et nous allons voir tout-à-l'heure, dans un nouveau et dernier chapitre de mon article, pourquoi on est obligé de constater qu'il n'en est plus tout-à-fait de même dans les jours de "la crise de l'Église", et comment compatibiliser cela avec la Foi). Qu'est-ce que la nature divine dans l'Église, qui manifeste le Fils de Dieu ? C'est tout simplement la Révélation, le Dépôt révélé, sa doctrine infaillible, ses saintes-Écritures, sa Tradition, la Foi autrement dit, qui se transmet sans faille ni hiatus de générations ecclésiales en générations ecclésiales, et que, dans L'Église du Verbe incarné, le cardinal Journet appelle l'apostolicitas doctrinæ. Qu'est-ce que la nature humaine dans l'Église, qui manifeste le Fils de l'homme ? C'est sa hiérarchie divinement instituée par le Christ, essentiellement le pape et les évêques, les "membres enseignants", que dans le même ouvrage, Journet appelle l'apostolicitas hierarchiæ et qui se transmet elle aussi sans faille ni hiatus de générations ecclésiales en générations ecclésiales, parallèlement en jumelé et identiquement à l'apostolicitas doctrinæ mais en parfaite indépendance par rapport à celle-ci, et qui est théologiquement récapitulé dans l'acte de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, qui en est précisément la clef de voûte sinon rien.
           
        Impossible donc sans tomber dans l'hérésie monophysite, de dire, comme le fait notre abbé sédévac dans ce passage de sa conférence, que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio n'a aucune valeur en soi, il n'y a que l'orthodoxie magistérielle pontificale qui est à considérer pour tirer une conclusion théologique de "la crise de l'Église"...
           
        Je continue maintenant à écouter notre petit porte-voix sédévac.
           
        5 mn 57 s, sq. : Je n'ai pas longtemps à laisser défiler la logorrhée de notre sédévacantiste pour épingler une autre erreur qui renverse complètement son raisonnement : il nous dit que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio ne s'applique pas aux papes vaticandeux et post parce qu'il y a eu contestation importante de leur doctrine dès après Vatican II. Or, l'objet formel de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio n'est pas du tout la doctrine des papes, mais uniquement la personne desdits papes. Autrement dit, ça ne sert à rien de dire, comme le fait notre abbé Dutertre, que parce qu'il n'y a pas eu adhésion ecclésiale universelle à la doctrine des papes vaticandeux et post, cela prouve qu'ils n'ont pas bénéficié de ladite pacifica universalis ecclesiæ adhæsio. Pour que cela le prouve, il faudrait qu'il n'y ait pas eu adhésion ecclésiale universelle à la personne desdits papes vaticandeux et post, et seulement cela. Or, l'histoire ecclésiastique est formelle sur ce point, et ses annales l'enregistrent indubitablement et indiscutablement : tous les papes vaticandeux et post, de Jean XXIII à Léon XIV, ont bénéficié de l'adhésion ecclésiale universelle à leur personne pontificale, et cela se décline au présent pour le dernier actuel, notre Léon XIV. Donc, la vérification de leur légitimité par la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio est théologiquement absolument vérifiée sur eux tous et chacun. L'abbé Dutertre n'est pas le premier à avoir fait cette erreur de se tromper sur l'objet de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, le premier à l'avoir fait s'appelle l'abbé Bernard Lucien et c'était dans La situation actuelle de l'autorité dans l'Église — la thèse de Cassicciacum, Documents de catholicité, 1985, annexe I, quand il était encore sédévacantiste, c'est-à-dire avant de virer sa cuti dans le "ralliérisme".
           
        Certes, théologiquement, il n'est pas tout-à-fait faux d'invoquer l'objet second et subséquent de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, à savoir la doctrine du pape, car, et c'était le raisonnement imparfait et incomplet de l'abbé Lucien, que fait donc aussi l'abbé Dutertre : puisque le pape légitime est règle prochaine de la Foi, alors si les fidèles ne reconnaissent pas la doctrine du pape comme orthodoxe, ils dénient en fait, dans la pratique, la légitimité de la personne dudit pape. Mais ce raisonnement ne saurait tenir si, en face, on vérifie que la personne du pape est acceptée par l'universitas fidelium, car c'est seulement la personne qui est objet formel de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio. Autrement dit, le fait que la doctrine du pape, dont la personne a été formellement approuvée par l'universitas fidelium, n'emporte pas l'adhésion ecclésiale universelle, ne supprime absolument pas la certitude de Foi impérée par l'adhésion ecclésiale universelle à la personne dudit pape, qui seule compte, théologiquement. Cela ne fait que montrer que l'Église est mortellement écartelée entre deux lieux théologiques de sa Constitution divine, ce qui signifie qu'elle est rentrée dans "la si grande contradiction" (He XII, 3) donnée par saint Paul comme signe topique de la Passion du Christ, cela révèle que l'Épouse du Christ est rentrée dans la terrible et affreuse économie de sa Passion propre et personnelle inhérente à la fin des temps, comme je vais mieux l'expliquer en finale de mon article.
           
        À noter que notre abbé va revenir à professer cette erreur grave de considérer l'objet formel de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio dans la doctrine du pape et non dans la personne du pape, à la 54 mn 51 s, sq. de sa conférence, lorsqu'il nous parle de l'infaillibilité dite passive, c'est-à-dire l'infaillibilité in credendo de l'universitas fidelium.
           
        7 mn 08 s, sq. : "Dans cette sainte élection [du pape], ils [les cardinaux] doivent donc être considérés comme de véritables interprètes et messagers de la Volonté de Dieu. De même que par son Esprit, tout le Corps de l'Église est sanctifié et gouverné, de même il est très-certain que l'œuvre d'une élection de ce genre est entièrement accomplie par l'inspiration et l'impulsion du même Esprit" (Postquam Verus, pape Sixte V, 3 décembre 1586).
           
        C'est là qu'on voit de la mauvaise foi chez notre sédévacantiste, honte à lui. Car l'affirmation divinement inspirée du pape ne permet absolument aucune échappatoire, elle est magistrale, la doctrine en est éclatante pour affirmer le droit divin de l'acte d'élection pontificale. Il est vraiment honteux pour l'abbé Dutertre de tâcher de se dépatouiller en disant que l'histoire de l'Église prouve que les papes qui sont sortis des élections n'étaient pas forcément les meilleurs, ce qui donc, pitoyable déduction, prouverait soi-disant que ce n'était pas le Saint-Esprit qui les aurait choisi. C'est ce qu'on appelle, en langue un peu vulgaire : pisser à côté du pot. Car il n'est pas question que les papes qui sortent d'un conclave légitimement élus soient les meilleurs selon les vues humaines, il est juste question qu'il soit choisis par le Saint-Esprit. Mais donc, notre petit hérétique endurci ne se rend pas à l'incontournable et presque divine affirmation de Sixte-Quint, il nous montre vouloir rester dans son hérésie !
           
        Or, effectivement, c'est à tout coup, comme l'expose très-bien et magistralement le pape Sixte-Quint, que les papes sont, tous et chacun, choisis par le Saint-Esprit. Et le Saint-Esprit peut très-bien choisir des papes imparfaits, avec des vues de châtiment ou tout simplement d'épreuve spirituelle à vivre pour une certaine période de vie de l'Église militante, qui ne soient pas, sur le plan humain, les meilleurs.
               
        Pensons par exemple au très-irascible Urbain VI Prignano qui va, immédiatement après son élévation au Siège de Pierre, maltraiter gravement tous les cardinaux jusqu'à se les aliéner et déclencher la grave crise du grand-schisme d'Occident. Mais il n'en était pas moins choisi par le Saint-Esprit et parfaitement légitime. On en a la preuve formelle. À la VIème session du Vème concile œcuménique de Latran, en 1513, un évêque, à l'occasion d'un discours sur les malheurs du temps présent, affirma officiellement devant tous les Pères conciliaires et en présence du pape, qu'Urbain VI "succéda légitimement" à Grégoire XI. D'ailleurs, quant à la question de la légitimité certaine d'Urbain VI, il faut soigneusement noter que lorsque le Bx Jean Dominique, cardinal de Raguse, ira officiellement présenter au Concile de Constance l'abdication de Grégoire XII, successeur d'Urbain VI qui l'avait mandaté à cet effet, il le fera en tant que nonce d'un pape légitime, arborant ostensiblement les armes pontificales de Grégoire XII sur la façade de l'hôtel où il était descendu à Constance, au grand dam et déplaisir de certains membres du Concile qui, cependant, ne purent le lui interdire. De même pour l'énergumaniaque Paul IV Carafa, de sinistre mémoire quoique presque adoré par les sédévacs, qui voyait de l'hérésie partout, y compris dans les plus saints évêques de son temps, n'hésitant pas à faire porter sur eux les plus calomniatrices accusations d'hérésie sans jamais leur faire réparation morale, etc., il n'en était pas moins, lui aussi, légitime c'est-à-dire choisi par le Saint-Esprit... C'est pourquoi le cardinal Lucius Lector, dans son gros ouvrage Le Conclave écrit après la mort du pape Léon XIII, pouvait bien dire : "C'est ainsi que, selon le mot d'un de nos écrivains les plus distingués, la succession des Papes représente «la part de mobilité dans l'immutabilité de l'Église» (L. Lefébure, La Renaissance religieuse, Paris, 1886, p. 69)" (p. 485, note 1). Mais ils sont tous et chacun, les saints et les imparfaits, choisis infailliblement par le Saint-Esprit, via l'organe transparent des cardinaux dans leur majorité canonique...
           
        Mais sortons de l'hérésie sédévacantiste pour nous pencher avec édification sur le texte très-inspiré du pape Sixte-Quint. Notre sédévac de service n'a pas tout dit, la bulle pontificale de Sixte-Quint a un autre passage capital, que je cite maintenant : "De même que le successeur sur le siège du même Pierre, et le véritable Vicaire du Christ, le pontife romain, par préordination divine, occupe la plus haute place de la même dignité apostolique suprême, et une place dans les affaires terrestres, de même les cardinaux de la Sainte Église catholique romaine représentant les personnes des saints apôtres".
           
        Sixte-Quint nous donne là très-exactement la véritable note théologique de l'acte cardinalice suréminent d'élire un nouveau Vicaire du Christ. Franchissant les siècles et le fil du temps qui passe et trépasse, il relie directement la fonction cardinalice et l'acte principal que cette dite fonction fait poser aux cardinaux en élisant le pape au Siège de Pierre, aux... Apôtres. Ce n'est pas peu dire. C'est au contraire dire le maximum théologiquement possible. L'acte cardinalice d'élire un nouveau pape au nom de l'Église Universelle et donc au nom du Saint-Esprit, est bel et bien, en effet, un acte APOSTOLIQUE, un acte des Apôtres posé par eux dans leurs suppôts actuels que sont les cardinaux, ce qui évidemment, sur le plan théologique, signifie formellement que l'acte est de droit divin. Comprenons bien qu'il n'y a pas une note théologique plus forte pour marquer le droit divin d'une doctrine, que celle de l'Apostolicité. Quand une doctrine est dite être assise sur les Apôtres, alors, rien ne peut être plus fort pour en révéler le droit divin qui la fonde. Or, puisque le pape nous dit que la fonction et l'acte cardinalices, très-notamment celui suréminent qu'ils posent dans l'élection pontificale, est apostolique, rien de plus fort ne peut nous être dit pour prouver le fondement de droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio théologiquement dérivé et fondé immédiatement sur cet acte cardinalice d'élection pontificale. Tirez en effet la chevillette et la bobinette cherra, comme dit Mère'grand à petit Chaperon Rouge : l'acte cardinalice d'élection pontificale est apostoliquement de droit divin, donc systématiquement doté de l'infaillibilité pour toute élection pontificale qui s'est canoniquement bien déroulée, ce dont par ailleurs on est absolument sûr dès lors que la question rituelle "Acceptes-tu l'élection qui vient d'être faite CANONIQUEMENT de ta personne comme souverain pontife ?" est posée par le cardinal-doyen à l'élu du conclave, comme elle l'est à chaque et toutes les fois dans tout conclave, en ce compris, que nos sédévacs obsédés daignent s'en faire bonne mémoire, dans tous les conclaves modernes vaticandeux et post, à finir par celui de Léon XIV.
           
        Car en effet, quant à ce dernier point, il est strictement impossible de poser comme hypothèse de travail que les conclaves modernes aient pu être "non-canoniques", comme certains sédévacs, qui n'en loupent pas une, prétendent pouvoir le supposer : le rite conclavique de "l'accepto" par lequel le papabile pressenti approuve formellement l'élection de sa personne comme pape, inclut la question préliminaire suivante, posée par le cardinal-doyen s'exprimant au nom de tout le Sacré-Collège, c'est-à-dire au nom de l'Église Universelle, donc au nom du Saint-Esprit, donc de manière infaillible : "Acceptes-tu l'élection qui vient d'être faite CANONIQUEMENT de ta personne comme Souverain Pontife ?" Dès lors, donc, que cette question rituelle a été posée, laquelle contient l'affirmation cardinalice de la canonicité de l'élection conclavique qui vient d'avoir lieu, il n'est évidemment plus possible de supposer sa non-canonicité, car seuls les cardinaux en corps d'institution dans le Sacré-Collège, agissant toujours au nom de l'Église Universelle et donc du Saint-Esprit dans tout acte d'élection pontificale, ont pouvoir et mandat divins de dire infailliblement si une élection conclavique, que d'ailleurs eux-mêmes viennent tout juste d'opérer de leurs mains, est canonique ou bien non ; or, bien sûr, cette dite question rituelle a été posée dans tous les conclaves des papes modernes post-vaticandeux, ce qui signifie qu'on a la certitude de Foi, de fide, que toutes et chacune de leurs respectives élections, étaient canoniques, cqfd.
           
        11 mn 22 s, sq. : Là, notre petit sédévac de service raconte à peu près n'importe quoi en disant que le concile de Constance aurait soutenu que des élections pontificales puissent être invalides... sans préciser que ledit concile, assemblé principalement pour régler la question gravissime du grand-schisme d'Occident, n'entendait par-là traiter que des pseudo-élections pontificales qui avaient justement créé ce grand-schisme ! Mais de toutes façons, en tout état de cause, il n'était possiblement question pour les Pères de Constance que de traiter des élections pontificales pouvant être hypothétiquement douteuses avant le "oui, accepto" du nouveau pape élu, et absolument plus après. Car après, elles ne peuvent plus être douteuses. Nous en avons la meilleure preuve dans le fait que ledit concile de Constance a formellement anathématisé les pré-protestants qu'étaient Wicleff et Huss pour refuser de croire qu'un pape élu qui a accepté son élection au Siège de Pierre et qui subséquemment a été accepté par l'universitas fidelium, ne puisse qu'être vrai et authentique pape, verus papa. Comment donc le concile de Constance pourrait-il à la fois professer que des élections pontificales pourraient être douteuses après que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio soit intervenue, si, en même temps, il condamnait formellement ceux qui professaient... qu'elles puissent être douteuses ? Voilà une bonne interrogation pour notre petit abbé.
           
        17 mns 00 s, sq. : Ici, l'abbé tâche mensongèrement de soutenir que l'anathème porté par le concile de Constance contre les pré-protestants Wicleff et Huss, pour refuser de croire que le pape ayant bénéficié de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio ne puisse qu'être vrai et authentique Vicaire du Christ, ne serait pas, en fait, un anathème formel sanctionnant une vraie hérésie, mais seulement une censure qui est un degré moins grave ne sanctionnant pas une vraie hérésie. Ce qui bien entendu, dans la tête tordue des sédévacantistes, voudrait dire que refuser de croire qu'un pape ayant bénéficié de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio ne puisse qu'être vrai pape, cela ne serait pas une hérésie formelle, cqfd.
           
        Or, les faits historiques réfutent et récusent radicalement sa supposition : n'oublions pas en effet que Jean Huss a fini sur le bûcher pour ses nombreuses hérésies condamnées par le concile de Constance, dont bien sûr celle qui nous occupe, de refuser de croire qu'un pape bénéficiant de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio soit certainement vrai pape, verus papa. Ce qui veut dire que les Pères de Constance considérait son refus comme une hérésie formelle. Refuser en effet de croire dans le principe de la question qu'un pape bénéficiant de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio ne peut qu'être vrai pape, est donc une vraie hérésie, car c'est récuser une doctrine dotée de l'infaillibilité basée sur le droit divin.
           
        Mais élargissons la question pour faire plaisir à l'abbé Dutertre. Serait-il vraiment impossible que quelqu'un qui refuserait de croire qu'un pape bénéficiant de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio puisse n'être que vrai et authentique pape, ne puisse encourir qu'une censure et non un anathème formel ? Non, en effet, ce n'est pas impossible. Supposons quelqu'un qui connaît personnellement un cardinal et qui lui voue une haine mortelle ; il apprend qu'il vient d'être élu pape, et alors, sa haine personnelle contre le nouvel élu lui fait refuser formellement de le reconnaître comme vrai pape quoiqu'il aurait bénéficié de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio. Ce quidam-là, certes, commettrait une grave faute, mais serait sujet seulement d'une censure parce que son refus de croire à la légitimité du nouveau pape ne serait pas motivé par le rejet du principe de la question, c'est-à-dire de la doctrine de l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio basé sur le droit divin, mais seulement par une haine personnelle contre le nouveau pape. Mais que notre petit abbé sédévacantiste retienne bien surtout que tout celui qui rejette la doctrine en elle-même de l'infaillibilité systématique de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, celui-là commet une hérésie formelle, sanctionnable par l'anathème et l'excommunication formelles pouvant hélas pour lui finir sur le bûcher s'il est livré au bras séculier, les Pères du concile de Constance en témoignent.
           
        21 mns 15 s, sq. : Ici, notre abbé tâche en suant à grosses gouttes de dédouaner le sédévacantisme de la note d'hérésie en disant que tant qu'une doctrine de fide n'est pas définie dogmatiquement par le Magistère extraordinaire comme vérité de Foi, on ne pèche pas en n'y adhérant pas. Ceci est théologiquement faux, car dans ce cas, s'il en était vraiment ainsi, alors, il n'y aurait que le Magistère extraordinaire dogmatique à obliger de Foi, de fide, la croyance des fidèles, et non pas, avec lui, le Magistère ordinaire & universel. Or, cette opinion qu'ont soutenu, il est vrai, certains théologiens du passé, est implicitement anathématisée par la définition de l'infaillibilité qu'ont donné les Pères de Vatican 1er : "Est à croire de Foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé" (DS 3011). Je rappelle ici Dom Paul Nau, que j'ai déjà cité en début de ces lignes, qui expose magistralement la question : "Nul en effet ne peut refuser sa foi à ce qui est certainement révélé ; mais est certainement révélé, non seulement ce qui est défini comme tel, mais tout ce qui est manifestement enseigné comme tel par le magistère ordinaire de l'Église. (…) La note théologique d'hérésie, d'après H. Denzinger, Enchiridion symbolorum, 1921, p. 7, préface, & B. H. Merkelbach, dans Angelicum, t. VII, 1930, p. 526, doit être appliquée, non seulement à la contradictoire d'une vérité définie [= Magistère extraordinaire], mais à celle d'une vérité clairement proposée par le magistère ordinaire" (Nau, 1956, p. 393 & note 5 de la même page).
           
        Or, est-il besoin de dire que cela s'appliquait à la doctrine de l'Immaculée-Conception, que notre abbé veut prendre comme exemple illustratif, et bien sûr, cela s'applique aussi à la doctrine de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, considérée comme de droit divin et sujet de l'infaillibilité. Dans la pratique, qu'est-ce que ça veut dire ? Pour bien comprendre la chose, je vais prendre le cas extrême de saint Bernard, que cite notre abbé, grand saint marial certes et grand saint tout court, mais qui, dans l'ignorance invincible et sûrement sans coulpe personnelle séparant de Dieu, souscrivait à la thèse maculiste hérétique en ce qui concerne la très-sainte Vierge Marie, c'est-à-dire qu'il refusait de croire à l'Immaculée-Conception. Alors, quelle a été la situation théologique de saint Bernard adhérant à la thèse hérétique maculiste ? Elle a été la suivante : puisque la définition dogmatique de l'Immaculée-Conception n'était pas explicitée du temps de saint Bernard, il ne pouvait donc être le sujet d'aucune censure et encore moins d'anathème au for externe de la Vie de l'Église militante ; cependant, saint Bernard, de son vivant, était vraiment hérétique quant à la dite doctrine de l'Immaculée-Conception de la Vierge, c'est sa situation au for interne et devant le Trône de Dieu, elle est d'être hérétique ; étant mort en croyant toujours à la thèse maculiste, là où tout doit être parfait, où aucune faute n'est admise pour rentrer au Ciel de la Sainteté intégrale de Dieu, il a sûrement eu à répondre devant Dieu de sa soutenance de la thèse maculiste. Certes, il faut bien sûr vite dire que saint Bernard soutenant cette thèse dans la parfaite ignorance invincible de l'hérésie qu'elle contient, il n'aurait été coupable en fait que d'un simple péché matériel sans coulpe, et cela ne l'aurait pas empêché de monter au Ciel de la béatitude éternelle divine directement (car un péché matériel sans aucune coulpe n'est pas un vrai péché en cela qu'il ne sépare nullement de la grâce de Dieu s'il est commis sans aucune adjonction de malice). Mais, pour autant, il ne faudrait surtout pas oublier de voir que saint Bernard, quant à la vérité de Foi, de fide, de l'Immaculée-Conception, a été, sur ce seul sujet précis bien entendu, un hérétique matériel.
           
         Et, mon lecteur m'a déjà compris, il en est de même de nos jours pour ceux qui récusent le droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio et de son infaillibilité inhérente : refusant d'adhérer à cette grande vérité de Foi, de fide, parfaitement bien formulée par le Magistère ordinaire & universel, ils sont déjà, quand bien même il n'y a pas (encore) de définition dogmatique extraordinaire de ladite doctrine, des hérétiques au moins matériels, pour ceux qui la récusent sans malice (que les sédévacs qui me lisent, à commencer par mon cher abbé Dutertre, fassent donc sévèrement leur examen de conscience pour voir s'ils ne rajoutent pas de la malice à leur refus de professer le droit divin de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, ce qui serait très-grave pour eux). Ils ne sont évidemment pas sanctionnés par l'Église, mais ils le seraient très-sévèrement par Dieu si, mourant dans cette non-croyance hérétique, ils y rajoutaient de la malice et donc de la coulpe...
           
        Je ne saurai terminer ici sans rappeler, puisque l'abbé Dutertre va chercher saint Bernard, que ce grand saint a soutenu très-vigoureusement et victorieusement la thèse de l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio et de son droit divin, dont il se montre un très-ardent et génial défenseur pour résoudre l'épineux problème de l'anti-pape Anaclet II en face d'Innocent II, pape légitime. J'en rapporte la très-instructive et magistrale histoire et leçon dans cet article : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/un-compl-ment-dantidote-contre-lh-r-sie-s-d-vacantiste-par-saint-bernard-de-clairvaux?Itemid=1, mais je dois témoigner que je la consignais déjà dans L'Impubliable, mon premier grand ouvrage de fond sur la question théologique soulevée par "la crise de l'Église", fruit d'une réflexion profonde d'une bonne quinzaine d'années pour le moins, rédigé en 1996... lorsque l'abbé Dutertre... naissait !, il n'avait même pas encore trois ans pour pouvoir sucer son pouce, comme il est accoutumée de faire à cet âge tendre et innocent (quant à moi, qui suis très-retardé, je l'ai sucé jusqu'à neuf ans et ma chère bonne maman commençait à s'en inquiéter sérieusement !!).
           
        37 mn 39 s, sq. : Puis, notre adepte sédévacantiste, revenant à sa vomissure monophysite, tâche de trouver un argument à partir de la doctrine du fait dogmatique, pour prouver que les papes vaticandeux et post ne peuvent pas être papes. Rappelons d'abord sommairement ce qu'est un fait dogmatique, et je le ferai d'une manière plus simple que ne le fait l'abbé Dutertre dans sa conférence. Un fait dogmatique est le dogme concrétisé dans la Vie militante de l'Église. Voici par exemple comment le P. Perrone, dans sa Théologie dogmatique, définit le fait dogmatique : "Pour que cette question brille dans tout son jour, nous allons dire d'abord ce qu'on entend par fait dogmatique, puis exactement déterminer l'objet de l'infaillibilité que nous établissons. Donc, par le nom de fait dogmatique, on entend un fait uni au droit. Ce qui fait que pour résumer la question en quelques mots, on peut dire sans inconvénient : Le fait par lequel est déterminé le droit ; ou encore : Il [le droit] est fondé sur le fait" (t. V, pp. 494-500). On pourrait peut-être définir le fait dogmatique d'une manière plus simple, moins intellectuellement scolastique que ne le fait ici le jésuite Perrone, comme : le dogme incarné dans la vie, la chair, d'une génération ecclésiale donnée. Et précisément, la question qui nous occupe quant à la Légitimité pontificale, est entièrement et radicalement résolue par la théologie du fait dogmatique… qui, au passage, réfute in radice et convainc de forfaiture les sédévacantistes, ici une fois de plus recalés, honteusement et damnablement, au rang des jansénistes, grands pourfendeurs hérétiques du fait dogmatique. Car en effet, pour notre affaire, le dogme, c'est que l'Église est dotée par le Christ de l'Institution de la papauté infaillible ; le fait dogmatique doté de l'infaillibilité, c'est que l'Église est infaillible dans la désignation personnelle qu'elle fait d'un tel pour être le pape actuel.
           
        Il ne suffit pas, en effet, pour faire son salut, de croire seulement théoriquement que le pape est nécessaire à l'Église et au salut de toute âme, et que la soumission au pape est une obligation de Foi, de fide, comme l'a explicité formellement le pape Boniface VIII dans sa célèbre bulle Unam Sanctam en ces termes : "Il est nécessaire au salut de tout être humain d'être soumis au Pontife romain", il faut encore croire que la personne particulière, vivante et concrète, désignée par l'Église Universelle pour remplir le Siège de Pierre AUJOURD'HUI, est le pape actuel qui doit recevoir cette obédience universelle de tout fidèle sur la terre. Autrement dit, sous peine d'anathème, le fait dogmatique oblige autant le fidèle à la croyance de Foi, de fide, que le dogme lui-même.
           
        Rien de plus logique avec les exigences mêmes de la Foi. Sinon, à quoi servirait-il bien de reconnaître à l'Église l'Institution de la papauté infaillible dont elle est dotée, si par ailleurs, à la manière janséniste, l'on déniait à cette même Église l'infaillibilité dans le choix factuel, c'est-à-dire personnel, du pape actuel ? À rien, bien évidemment : à toute époque et pour tous les papes sans en excepter aucun qui ont succédé à saint Pierre, il serait possible de dire, oui, je crois à l'Institution de la papauté, mais je ne crois pas que le pape de mes jours terrestres, désigné par l'Église pour être le pape actuel, l'est ! Si donc je puis croire de Foi, de fide, que l'Église a un pape infaillible, mais que je n'ai pas la faculté de croire de Foi, de fide, qu'un tel est le pape actuel qui vérifie le dogme (par le fait dogmatique), alors cela ne sert de rien, c'est facile à comprendre. Les sédévacantistes professent exactement la même hérésie que les jansénistes qui niaient le fait dogmatique obligeant de Foi, de fide, en soutenant qu'ils reconnaissent théoriquement à l'Église la dotation par le Christ de l'Institution de la papauté infaillible, mais qu'ils ne reconnaissent pas à cette Église le droit et le pouvoir de se désigner infailliblement in concreto la personne du pape actuel, ce qui se fait précisément, c'est tout le sujet formel de notre étude, par la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio. Or, ne pas vouloir professer l'infaillibilité du fait dogmatique couplé au dogme est hérétique, comme l'explique très-bien notre auteur jésuite, le P. Perrone, grand théologien du XIXème admiré soit dit en passant par Vacant, parce que "l'Église ne doit pas moins être infaillible sur le droit que sur le fait duquel il dépend" (ibid.). On ne saurait mieux dire.
           
        Mais l'abbé Dutertre s'imagine renverser l'infaillibilité de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio par la théologie du fait dogmatique, en jouant au prestidigitateur avec les données, et alors ça devient complètement hérétique. Il commence par prendre quant à lui comme exemple, le Magistère d'un concile universel présidé par le pape actuel, promulguant des définitions dogmatiques dotées de l'infaillibilité, et il lui accouple le fait dogmatique consistant à ce que les pape et évêques qui ont promulgué ces décrets magistériaux infaillible ne peuvent qu'être légitimes. Mais, renversant la proposition, il voudrait que si l'on est en présence d'un Magistère conciliaire hérétique, cela prouverait automatiquement l'illégitimité des pape et évêques qui l'ont promulgué. Le premier raisonnement est évidemment parfaitement valable ; plus du tout le second, qui n'est qu'une dialectique sophistique.
           
        En effet, un lieu théologique vérifié, comme l'est la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio appliqué aux papes modernes vaticandeux et post, ne peut jamais être le fait dogmatique d'un dogme supportant le négatif du positif. Tout simplement, parce qu'il existe, et qu'il ne saurait pas ne pas exister, comme voudrait le déduire d'une dialectique invalide l'abbé Dutertre, par une logique qui n'a pas d'assise, qui n'est qu'un sophisme, et qui surtout le fait retomber dans sa vomissure de ne considérer qu'il n'y a qu'un seul droit divin véritable dans l'Église, celui doctrinal, apostolicitas doctrinæ, évanouissant hérétiquement celui de l'apostolicitas hierarchiæ.
           
        Le véritable raisonnement théologique à tenir, dans l'exemple qu'il prend et qui bien entendu s'applique à Vatican II, suivez son regard, est le suivant : deux lieux théologiques sont en présence à Vatican II, premièrement, celui de l'apostolicitas hierarchiæ, à savoir la légitimité ou bien non des promulgateurs des doctrines conciliaires, et ensuite, celui de l'apostolicitas doctrinæ, à savoir l'orthodoxie ou bien non des décrets magistériaux promulgués dans ledit concile général. Or, il faut commencer le raisonnement théologique par le point absolument sûr que nous avons, à savoir que le pape et les évêques de Vatican II sont légitimes, puisque la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio a été dûment vérifiée sur le pape Paul VI et Jean XXIII avant lui, ce qui rejaillit bien entendu formellement pour légitimer les évêques vaticandeux una cum cesdits papes. Donc, à propos de fait dogmatique, le vrai raisonnement est le suivant : puisque les "membres enseignants" de Vatican II sont certainement légitimes (dogme), ils NE peuvent absolument PAS promulguer des décrets magistériaux de manière hérétique formelle (fait dogmatique).
           
        Avant que l'abbé Dutertre ne se récrie aux cent mille diables d'enfer et ne s'étrangle de ce que je viens d'écrire, je lui précise que je n'écris pas cela pour blanchir les doctrines parfaitement hérétiques de Vatican II, j'en suis parfaitement conscient et convaincu, sûrement beaucoup plus qu'il ne le croit (... en effet, je suis bien le seul à dénoncer le chemin d'hétérodoxie de l'Église moderne non pas seulement à partir de Vatican II, mais à partir du Concordat napoléonien...), mais qu'il lise bien ce que je viens d'écrire : le fait dogmatique de Vatican II initié par la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio vérifiée sur les papes vaticandeux me fait obligation de Foi, de fide, de croire que la promulgation des décrets vaticandeux ne peut pas être entachée d'hérésie formelle, ce qui ne signifie nullement que la doctrine contenue dans cesdits décrets ne soit pas, en elle-même, parfaitement et complètement hérétique. Il y a un distinguo à faire, et il est très-important de le comprendre. Le fait dogmatique véritable impéré par Vatican II oblige de Foi, de fide, à ne pas connoter d'hérésie formelle les actes de promulgation des décrets dudit concile (contenant), faisant par ailleurs toute expresse réserve sur la doctrine desdits actes (contenu) qui, quant à elle, est parfaitement hérétique. Mais les actes de promulgation conciliaires ne peuvent en effet qu'être matériellement hérétiques, et non pas formellement, je fais là, c'est facile à remarquer, le même raisonnement que le cardinal Billot pour le pape Alexandre VI suite aux attaques de Savonarole, ainsi que nous l'avons vu plus haut.
           
        Je vais arrêter là pour l'instant, dans mon raisonnement, me réservant de le reprendre et poursuivre de manière beaucoup plus élaborée plus loin, en finissant mon présent travail, car dans ce distinguo que j'établis en suivant la Foi, entre le contenu et le contenant de l'acte magistériel conciliaire, réside le début de la solution théologique véritable de "la crise de l'Église"...
           
        52 mn 30 s, sq. : Après avoir exposé qu'en fait l'opinion la plus soutenue par les théologiens quant à la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, que du reste lui-même nous avoue moult fois professer (très-contradictoirement, puisqu'il reste dans le sédévacantisme quant à "la crise de l'Église"), à savoir que cette dite doctrine est bel et bien à croire de Foi, de fide, l'abbé Dutertre tombe dans l'erreur de croire que les sujets de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio sont les fidèles en corps, tout entier, soit l'universitas fidelium. Après donc s'être trompé quant à l'objet formel de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, comme on l'a vu plus haut, en voulant que cet objet soit la doctrine du pape et non la personne du pape, notre abbé se trompe donc aussi sur les sujets formels de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio...
           
        Voici, dans le grand article que j'écrivais sur la question (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/o-se-situe-lacte-de-droit-divin-qui-fait-certainement-le-pape-actuel-chez-les-cardinaux-qui-l-lisent-canoniquement-dans-le-conclave-ou-chez-les-v-ques-de-lorbe-catholique-qui-approuvent-a-posteriori-l-lection-des-cardinaux-?Itemid=1), comment je démontrais qu'il était impossible que les sujets premiers et in capite de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio soient, en vrac et de manière démocratique, toute l'universitas fidelium :
           
        Ce point fondamental et prolégoménique que je vais poser maintenant, que j'ai toujours posé ainsi dès les premières rédactions de L'impubliable, mon premier ouvrage de fond sur la théologie de la "crise de l'Église" (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/images/stories/users/43/LImpubliableCompletTERMINUSDEFINITIF7meEdition2015.pdf), est que les sujets habilités à poser l'acte de reconnaissance ecclésiale universelle de la qualité de Pontife romain actuel sur un tel valant fait dogmatique doté de l'infaillibilité, ne peuvent qu'avoir, pour ce faire, Autorité de droit divin de représenter l'Église Universelle dans cette mission suréminente particulière de légitimer le pape actuel. Or, tout le monde dans l'Église, il s'en faut de beaucoup, n'a pas l'autorité de représenter l'Église Universelle dans sa mission de légitimer le pape actuel, il n'y en a au contraire que très-peu qui ont cette dite autorité. Avant de dire quelle catégorie de sujets dans l'Église ont, in capite et au premier chef, cette autorité, je ferai remarquer une chose. Si on lit les théologiens et les canonistes qui ont traité de la question, aucun, à ma connaissance, ne prend la peine de définir qui sont cesdits sujets, aussi étonnant et même incroyable cela puisse paraître. On laisse même pratiquement entendre qu'il s'agit tout simplement de l'universitas fidelium, c'est-à-dire en fait de tous les fidèles quels qu'ils soient, indistinctement, qu'ils soient grand'clercs ou simples laïcs, "membres enseignants" ou "membres enseignés", une canoniste italienne contemporaine, Géraldina Boni, parlant même carrément, à la façon moderne voire même moderniste, de... "peuple de Dieu" ! 
           
        Or, théologiquement, il ne peut pas en être ainsi. En effet, de dire avec certitude qu'un pape est légitime engage une croyance de fide, c'est donc un enseignement, au sens théologique fort du terme, de l'Église Universelle à l'Église Universelle : c'est l'Église Universelle qui se révèle à elle-même qu'elle a un nouveau et vrai Vicaire du Christ, règle prochaine et immédiate de sa Foi. Or, tout enseignement d'une croyance de fide, dans l'Église, qu'il soit sur les choses de la Foi ou sur celles de la Légitimité pontificale, ne peut qu'être un enseignement autorisé, c'est-à-dire émanant d'une Autorité constituée de droit divin pour donner et délivrer cedit enseignement à croire de fide. Et il est évident que tous les fidèles, dans l'Église, n'ont pas cette autorité, même réunis tous ensemble : l'enseignement impliquant la croyance de fide, en effet, n'est pas démocratiquement délivré par l'Église à l'âme du fidèle, mais hiérarchiquement (hieros - archos), c'est-à-dire par des "membres enseignants" aux "membres enseignés", c'est ainsi que l'Église est divinement constituée par le Christ. 
           
        La problématique que nous sommes en train d'étudier, à savoir l'enseignement dans l'âme de tout fidèle de l'Église de la Légitimité pontificale quant à un pape particulier d'une génération ecclésiale donnée, est du reste exactement la même que celle ayant trait à l'enseignement de la Foi. On peut dire aussi, d'une manière générale : "Toute l'Église a la Foi". Mais il n'est pas besoin de creuser la théologie bien loin pour comprendre que si tous les membres de l'Église ont la Foi, ils ne l'ont pas de la même manière : les uns enseignent la Foi, les autres la reçoivent. Saint Paul explique remarquablement bien toute l'articulation théologique de cette ordonnance par laquelle la Foi arrive jusqu'à l'âme du fidèle : "Comment donc invoquera-t-on Celui [le Christ Jésus] en qui on n'a pas encore cru ? Et comment croira-t-on en Celui dont on n'a pas entendu parler ? Et comment en entendra-t-on parler s'il n'y a pas de prédicateur ? Et comment seront-ils prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés [au sens fort, c'est-à-dire mandatés de droit divin par l'Église pour prêcher la Foi directement au nom du Christ = Magistère infaillible du pape et des évêques unis à lui] ?" (Rom X, 14‑15).
 
        Or donc, l'enseignement de la Légitimité pontificale se fait exactement de la même manière que l'enseignement de la Foi à l'âme du fidèle, on est en effet théologiquement tout-à-fait fondé à paraphraser saint Paul de cette manière : "Comment pourra-t-on prendre le nouveau pape pour règle prochaine de la Foi si on ne sait pas encore qu'il est certainement pape ? Et comment saura-t-on s'il est certainement pape, si personne ne nous le dit ? Et comment nous le dira-t-on s'il n'y a pas dans l'Église des prédicateurs, c'est-à-dire des membres autorisés par elle à dire la légitimité certaine du nouveau pape ? Et comment ces prédicateurs-là pourront-ils exister s'ils ne sont pas envoyés, c'est-à-dire s'ils n'ont pas la mission de droit divin, à eux donnée par l'Église Universelle, de dire à tous les fidèles qui est le pape actuel vrai et authentique ?"
           
        Ainsi donc, si l'adhésion pacifique de tous les membres de l'Église se fait autour d'un pape élu, il est certainement pape, tous les théologiens sont unanimes sur ce point : "toute l'Église a la Foi", aussi "toute l'Église adhère pacifiquement au vrai pape". Rien de plus sûr. Mais de la même hiérarchique manière que pour la Foi, certains membres, de droit divin, enseignent aux autres membres la certitude de la légitimité du nouveau pape, quand d'autres, ne font que recevoir cet enseignement. 
           
        Et il est très-important de comprendre que ceux qui ont autorité dans l'Église pour dire qu'un tel est légitime Vicaire du Christ actuel, sont en vérité les SEULS à acter théologiquement ce qu'on appelle la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, qui a valeur de règle prochaine en matière de Légitimité pontificale, tant il est vrai que, dans l'Église, seul compte ce que font ceux qui ont autorité, c'est-à-dire les "membres enseignants". Ils sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale, et lorsqu'ils désignent et reconnaissent ensemble qu'un tel est le pape actuel de l'Église, leur acte de désignation et de reconnaissance fonde la croyance de fide de tous les autres fidèles en ce que ce un tel est certainement pape, verus papa, qui n'en est qu'une subséquence, car tous les autres fidèles ne sont que "membres enseignés" de la Légitimité pontificale. Il est capital de bien saisir que cette dite croyance de tous les autres fidèles n'est qu'une subséquence de l'acte posé par les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale. C'est-à-dire que si tous les "membres enseignés" de la Légitimité pontificale acceptaient pacifiquement un tel pour pape, mais sans être unis et adjoints aux "membres enseignants" de la Légitimité pontificale dans cette acceptation pacifique, cela ne vaudrait rien, celui qu'ils auraient ainsi accepté pacifiquement comme pape, fussent-ils des milliards de simples fidèles, ne serait pas infailliblement vrai pape. C'est exactement la même chose pour l'enseignement de la Foi : si, tel Luther et les protestants qui le suivront, je prétends m'enseigner la Foi à moi-même sans passer par les "membres enseignants" mandatés de droit divin dans l'Église pour me l'enseigner, mon enseignement de la Foi à moi-même ne vaut rien (... encore moins vaut-il quelque chose pour les autres...).
           
        Maintenant que la loi fondamentale est bien exposée, quant à la règle prochaine de la Légitimité pontificale, il ne va pas être très-difficile de définir avec précision qui sont ces membres de l'Église qui ont autorité pour dire à tous les autres membres de l'Église, qui est le pape légitime, autrement dit qui sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale, in capite et au premier chef : ce sont les cardinaux en corps d'institution dans le Sacré-Collège, dans leur majorité canonique des 2/3. Ce sont eux qui, premièrement, ont pouvoir et mandat dans l'Église de dire et d'enseigner, dans leur majorité canonique, qui est le pape actuel et qui ne l'est pas. Parce que, dans toute élection pontificale, ils représentent formellement l'Église romaine, laquelle, comme le dit merveilleusement bien le cardinal Journet dans L'Église du Verbe incarné, est "le nom d'humilité de l'Église Universelle". Ce qui signifie que lorsque, dans leur majorité canonique des deux/tiers, ils désignent et reconnaissent un tel comme vrai pape actuel, c'est l'Église Universelle qui parle par leur bouche, et par-delà l'Église Universelle, c'est évidemment le Saint-Esprit qui parle, c'est DIEU Lui-même... qui ne peut ni Se tromper ni nous tromper. 
           
        Ce sont donc les cardinaux qui, in capite et au premier chef, sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale quant à un pape actuel particulier, et qui génèrent théologiquement ce qu'on a appelé la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio en l'appliquant communément mais indûment à la seule et subséquente réponse de l'universitas fidelium, qui ne sera seulement, en fait, que le tout dernier acte du long processus engageant la croyance de fide de tout fidèle envers le nouveau pape actuel. 
           
        On ne saurait donc s'étonner des forts propos d'un grand théologien thomiste, Jean de Saint-Thomas (1589-1644), pour cautionner cette proposition. Après avoir dit que la légitimité d'un pape actuel particulier est "une question de Foi, parce que [l'Église reçoit le nouveau pape] comme la règle infaillible de la Foi et comme le chef suprême auquel elle est unie, car l'unité de l'Église dépend de son union avec lui" (Cursus Thelogicus, t. VI, questions 1-7, Sur la Foi, Disputation VIII, 1640), Jean de Saint-Thomas pose alors la question qui suit immédiatement, la plus importante : mais qui, dans l'Église, a pouvoir de "proposer cette vérité comme de fide" (ibid.) ?, question qui commande évidemment tout le reste, questio magna. Et notre thomiste de répondre sans équivoque ni ambiguïté aucune : "Je réponds que l'élection et l'élu sont proposés par les cardinaux, non en leur propre personne, mais en la personne de l'Église et par son pouvoir, car c'est elle qui leur a confié le pouvoir d'élire le pape et de le déclarer élu. C'est pourquoi ils sont, à cet égard et pour cette tâche, L'ÉGLISE ELLE-MÊME REPRÉSENTATIVE. Ainsi les cardinaux, ou quiconque d’autre l’Église (c’est-à-dire le Pape) a légitimement désigné pour faire l’élection, représentent l’Église dans tout ce qui concerne l’élection de son chef, le successeur de Pierre" (ibid.).......................................
           
        J'arrête ici la citation texto de mon grand article sur la question, tirée de mon introduction, dont lien Internet ci-dessus, mais j'invite le lecteur à lire la suite, tout l'article, j'y dis en effet des choses qui intéressent beaucoup la Foi et notre présent sujet...
           
        Je ne saurai cependant finir ce point important, à savoir que ce sont les cardinaux et eux seuls qui sont les "membres enseignants" de la Légitimité pontificale comme acteurs in capite de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, sans évoquer le cas du pape Pélage 1er (556 561), qui le prouve dans les faits. Commençons par lire son histoire telle que je la rapportais dans L'Impubliable : "Des papes furent parfois fort contredits dès leur intronisation. Ne citons que le cas semble-t-il le plus marquant : celui de Pélage 1er, qui vit son pontificat complètement brouillé par la pénible et toute passionnelle querelle des Trois Chapitres. L'infortuné pape fut sérieusement «boudé» par une fraction non-négligeable de l'Église, à savoir : quasi toute l'Église africaine et celle d'Illyricum (alors très-importantes dans l'orbe universelle), et aussi par bien des évêques de Gaule, les églises de Milan et d'Aquilée, d'Émilie, c'est-à-dire quasi toute l'Italie du Nord. Ce qui, en tout, faisait pas mal de monde, quasi une petite moitié de l'orbe catholique d'alors ! Il est du reste à noter que Pélage 1er «ne parvient pas à venir à bout des schismes de Milan et d'Aquilée, qui se prolongèrent jusque sous le pape Jean III [561 574] pour Milan et jusqu'au début du VIIe siècle pour Aquilée» (Dictionnaire historique de la papauté, Levillain, p. 1296, 1ère col., à l'art. Pélage 1er)".
           
        Mais cependant, aucun théologien se penchant sur le cas de Pélage 1er, n'en a conclu qu'il n'était pas pape en raison de la non-adhésion pacifique universelle sur sa personne de la part d'une fraction très-importante de l'universitas fidelium, mais uniquement, et il faut le noter avec soin, de ceux qui n'étaient pas cardinaux ou ayant rang de cardinaux. Toutes les histoires ecclésiastiques le considèrent au contraire sans aucune équivoque ni nul doute comme pape durant toute la durée de son pontificat. Car aucun de ceux qui non-adhérèrent au saint pape Pélage 1er n'appartenait au clergé titulaire de l'église de Rome, c'est-à-dire ayant rang de cardinal sans le nom (l'institution cardinalice étant créée quelques siècles plus tard, cependant que la fonction existait déjà, sous d'autres dénominations de fonctions, dès que Pierre s'installa à Rome au 1er siècle chrétien ; ils s'appelaient alors "archidiacre", "archiprêtre", "primicier ou chef des notaires apostoliques", etc.). N'étant pas "membres enseignants" de la Légitimité pontificale, leur non-adhésion à Pélage pour des raisons par ailleurs mauvaises qui les rendaient coupables, eux, mais pas le pape, n'avait aucune incidence pour anéantir la légitimité dudit pape persécuté. Pélage au contraire bénéficiait de son côté de l'adhésion de tout le haut-clergé romain qui était, et lui seul, "membres enseignants" de la légitimité pontificale, apte et qualifié à poser la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio.
           
        Nous avons véritablement là, avec l'histoire du pape Pélage, une sorte de preuve historique pratique que les sujets formels de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio sont uniquement les membres du haut-clergé de l'église de Rome, à l'exclusion de tous autres, c'est-à-dire le Sacré-Collège cardinalice pour notre période moderne. Car sinon, Pélage n'aurait pas pu être considéré comme pape par l'Église, n'ayant pas bénéficié, durant toute la durée de son pontificat difficile, de l'adhésion pleine et entière de l'universitas fidelium non seulement à sa doctrine mais à sa personne pontificale, et il s'en fallait de beaucoup. Pour autant, cela n'a nullement empêché que la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio fut parfaitement actée sur le pape Pélage dès le premier jour de son élection, ce que l'Église, postérieurement, a enregistré formellement dans ses annales officielles, ne faisant aucun doute sur la validité de l'élection de Pélage dès qu'il fut canoniquement choisi par les ancêtres romains des cardinaux. Ce qui prouve bien que ce sont les cardinaux, ou ceux qui en tenaient rang dans les temps reculés, qui ont mandat et pouvoir divins de faire le vrai pape, verus papa, et ainsi, en tant que "membres enseignants" de la Légitimité pontificale, d'acter la croyance de fide pour tout fidèle.
           
        59 mn 00 s, sq. : Jetant soudain le masque pour le moins quelque peu fourbe qu'il s'est mis jusque là sur le visage, l'abbé Dutertre, en finale de sa conférence, fait la retape de l'insensé guérardisme, cette plus folle parmi les plus folles thèses tradis prétendant expliquer "la crise de l'Église" logiquement, mais d'une logique de Satan. Elle brise en effet sacrilègement en deux la tunique sans couture du Christ en son Église, d'une façon cette fois-ci non plus monophysite mais nestorienne, en professant qu'il serait possible qu'il puisse n'y avoir sur le Siège de Pierre qu'un pape canonique mais qui ne serait pas théologiquement vrai pape, aberration complète de l'esprit par sur-intellectualisme dévoyé, faisant exister métaphysiquement un être de raison qui, par définition, n'a pas d'existence métaphysique, établissant là en fait une sorte de scandaleuse psychanalyse de "la crise de l'Église". Ayant mis plus haut dans mon présent écrit le lien Internet de ma réfutation en règle du guérardisme, je ne le remets pas, nous allons nous occuper ici seulement d'un argument que les guérardiens tiennent hérétiquement pour prétendument cautionner leur thèse, ... oh pardon !, leur Thèse, comme ils disent en y mettant avec une humilité tellement touchante un "T" majuscule. Cet argument consiste à dire que le pape moderne élu, à commencer par Jean XXIII, n'aurait pas donné son acquiescement véritable à être vrai pape selon que le Christ a voulu la Charge pontificale, en prononçant son "oui, accepto" lors de son élection conclavique.
           
        Ces subtils renards commencent par dire une chose très-exacte, à savoir que l'élection d'un pape à la tête de l'Église est un mariage entre l'Église et lui : donc, pour qu'il y ait mariage valide, il faut l'acquiescement, le consentement des deux parties à cedit mariage, soit celui de l'Église (justement, par la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio), mais encore celui de l'élu lui-même, le nouveau pape. Or, soit disant, selon eux, les papes modernes en prononçant le rituel "oui, accepto" n'auraient en fait donné qu'un oui subjectif et non objectif, c'est-à-dire qu'ils auraient acquiescé à la Charge pontificale pas à la manière dont le Christ l'a institué.
           
        Je vais montrer tout-de-suite que les papes vaticandeux et post, à commencer par Jean XXIII puis Paul VI, n'ont pas eu du tout l'intention de ne pas prendre la Charge pontificale telle que le Christ l'a constituée et instituée, ils ont eu au contraire bonne intention de la prendre telle que le Christ l'avait formatée, des écrits ou paroles d'eux prouvant formellement qu'ils voulaient le Bien-Fin de l'Église, comme disait Mgr Guérard des Lauriers dans sa langue ampoulée. Mais de toutes façons, même en admettant la supposition des guérardiens que le "oui, accepto" des papes modernes n'aurait été qu'un oui subjectif qui serait en réalité un non objectif, la thèse, en soi, est absolument impossible à envisager. Les guérardiens "oublient" en effet toujours blasphématoirement la même chose, c'est à savoir que les cardinaux dans leur majorité canonique sont, pour tout le conclave et dans l'aula conclavique, L'ÉGLISE REPRÉSENTATIVE comme disait Jean de Saint-Thomas, c'est-à-dire que, dans l'acte d'élection pontificale, ils SONT très-véritablement l'Église Universelle assistée directement et immédiatement par le SAINT-ESPRIT. Ainsi donc, saisissons bien que le nouveau pape élu, lorsqu'il prononce son "oui, accepto" a devant lui, d'une manière mystérieuse mais très-réelle, DIEU LUI-MÊME EN PERSONNE, EN TRANSPARENCE TOTALE DERRIÈRE L'ÉGLISE UNIVERSELLE. En Présence très-réelle de Dieu devant lui, le nouveau pape ne peut donc pas tricher, mentir, en disant un oui subjectif qui serait en fait un non objectif SANS ÊTRE IMMÉDIATEMENT DÉNONCÉ PAR DIEU, PRÉSENT LORSQU'IL LE PRONONCE. Dieu en effet, ne peut pas permettre d'être trompé en Sa Présence, Il ne peut pas non plus permettre que l'Épouse de Son Fils le soit, le menteur fils de Satan ne peut qu'être aussitôt et immédiatement dénoncé par Lui, de quelque façon que ce soit, Dieu n'étant jamais en peine des moyens, puisqu'Il crée Lui-même tous les moyens qu'Il veut, quand Il veut, comme Il veut et si Il veut, à Sa discrétion et selon les besoins de sa Providence divine !, n'ayant jamais, en effet, le Bras raccourci.
           
        Il est donc stricto sensu impossible de théologiquement supposer qu'un pape qui dise "oui, accepto" le dise par un oui subjectif qui serait en fait, comme veulent le croire hérétiquement les guérardiens à la thèse de laquelle fait visiblement allusion notre abbé sédévac, un non objectif d'accepter la papauté telle qu'elle a été instituée par le Christ dans Pierre. Immédiatement et formellement, je le répète, il y a obligation pour le Saint-Esprit de dénoncer ce oui subjectif qui en fait serait un non objectif prononcé devant Lui, d'accepter la fonction pontificale comme le Christ l'a instituée. Le Saint-Esprit ne peut en effet laisser l'Épouse du Christ être trompé invinciblement, le supposer comme le font les guérardiens étant blasphématoire au plus haut point. Comprenons bien en effet que le nouveau pape a devant lui, lorsqu'il prononce son "oui, accepto" TOUTE L'ÉGLISE UNIVERSELLE représentée formellement par la majorité canonique du Sacré-Collège cardinalice, soit les 2/3 de ses membres, et immédiatement derrière elle en transparence, est PRÉSENT au conclave le SAINT-ESPRIT Lui-même. Dire donc qu'un hérétique occulte puisse formuler mensongèrement un "oui, accepto" qui ne serait que subjectif et serait en fait un non objectif d'accepter la papauté, revient tout simplement à dire que le diable a pouvoir de tromper le Saint-Esprit. Il est impossible de soutenir que le Saint-Esprit ne réagisse pas immédiatement à ce non objectif prononcé devant Lui, en laissant celui qui le prononce occuper le Siège de Pierre comme s'il était vrai pape, verus papa, sans supposer par-là même que le Saint-Esprit a été vaincu par les forces du mal. Anathème formel donc sur cette supposition vraiment très-blasphématoire pondue en désespoir de mauvaise cause par les sédévacs guérardiens qui voudraient par-là que ledit pape subjectif n'aurait pas la forme du Pontificat, et qui pèchent beaucoup en la soutenant.
           
        Voilà qui balaye comme rognure infâme ce pseudo et vicieux argument, et qui, par conséquent, invalide in radice la thèse guérardienne, ... oooh pardon !, je m'oublie, la Thèse.
           
        1 h 03 mn 43 s, sq. : Ici, le cher abbé guérardien, pour finir sa logorrhée pénible et lamentable, boursouflée et soufflée, il le reconnaît d'ailleurs lui-même, casse-croûte immangeable et imbuvable, et pour cause, car quand on défend une thèse hérétique, on ne peut le faire qu'en torturant les mots et en martyrisant le discursif, a l'audace d'invoquer le dogme de l'Immaculée-Conception pour prétendre apporter caution à sa thèse monophysite qui voudrait que, in casu de "la crise de l'Église", seul compterait l'argument de l'apostolicitas doctrinæ, qui soit disant aurait pouvoir abracadabrantesque de supprimer celui de l'apostolicitas hierarchiæ. Sa cervelle a dû fumer, cramer, en vérité, pour inventer ça, mais voici son raisonnement : le dogme de l'Immaculée-Conception, c'est-à-dire qu'une personne, celle de très-sainte Vierge Marie, soit exemptée du péché originel, renverse et annihile un autre dogme, pourtant vérité à croire de Foi, de fide, celui de l'universalité de la transmission du péché originel d'Adam à tout homme. Alors, puisque cela est possible, il peut très-bien en être de même in casu de "la crise de l'Église" : un dogme, celui de l'apostolicitas doctrinæ, à savoir que le Magistère vaticandeux est hérétique, renverse et annihile un autre dogme, celui de l'apostolicitas hierarchiæ, à savoir que le pape qui bénéficie de la pacifica universalis ecclesiæ adhæsio puisse cependant, en l'occurrence vaticandeuse, ne pas être vrai pape, verus papa.
           
        En vérité, on est là en plein sophisme théologique (sophisme = "Argument, raisonnement faux malgré une apparence de vérité"). Le raisonnement que soutient là notre abbé Dutertre n'est qu'une velléité d'échappatoire, son parallèle en effet est parfaitement faux. Dans le cas, en effet, de l'Immaculée-Conception, nous sommes en présence d'un droit divin théologiquement supérieur qui ne tue pas un autre droit divin, mais qui au contraire l'englobe en le respectant intégralement, comme un cercle plus grand englobe un cercle plus petit qui a même centre que lui, sans attenter le moins du monde à sa structure. Mais il en est bien autrement quand on dit que le droit divin de l'apostolicitas doctrinæ abolit le droit divin de l'apostolicitas hierarchiæ, car ces deux droits divins sont à parfaite parité et égalité théologique, il n'y en a pas un qui serait supérieur à l'autre, ce qui veut dire que dans ce cas, dans le parallèle qu'on veut établir, il y a suppression formelle d'un droit divin par un autre, d'un cercle par un autre cercle ayant même centre que lui, d'exactement même dimension que lui et qui vient le supplanter et le supprimer. Ce qui est évidemment impossible à supposer sans attenter mortellement par-là même à la Constitution divine de l'Église, contrairement à ce qui se passe pour les deux dogmes de l'Immaculée-Conception et celui de l'universalité de la transmission de la faute originelle à tous les hommes, où un cercle plus grand ne supprime pas théologiquement un cercle plus petit que lui, n'attente en rien à son existence.
           
        Les guérardiens nous disent par ailleurs que ce ne serait là qu'une exception qui confirmerait la règle générale. Mais il est rigoureusement impossible de supposer une exception qui confirmerait soit disant la règle générale lorsqu'on est en présence du droit divin : le droit divin en effet, ne saurait supporter aucune exception, même prétendument confirmant sa règle générale, sans cesser ipso-facto, par là-même et par le fait même, d'être droit divin. Soit le droit divin existe éternellement, en toute situation et sans faille aucune, soit il n'existe pas et n'a jamais existé.
           
        Voilà. J'ai fini mon épluchage de la conférence crypto-guérardienne de l'abbé Dutertre au-dessus de la poubelle... et on peut bien comprendre par ce qui précède qu'elle est vraiment remplie à ras-bord.
           
        Il est grand'temps que j'aille la vider, excusez-moi je reviens tout-de-suite, j'en ai pas pour longtemps... 
 
cerveau feminin
Théologie de "la crise de l'Église"
selon la thèse guérardienne.....
           
           
        L'hérésie magistérielle de Vatican II. J'ai déjà amorcé la question plus haut, mais il faut y revenir à présent, ce sera une excellente porte d'entrée pour donner la vraie solution théologique de "la crise de l'Église", qui consiste dans la thèse de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" dont on pourra déjà trouver l'exposé théologique synthétique ici : https://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/ExposePassionEglise2.pdf.
           
        Le grand point qui est la majeure de tout syllogisme à poser pour bâtir le raisonnement théologique à faire quant à "la crise de l'Église", est en effet de considérer l'hérésie magistérielle de Vatican II. Si on l'appréhende dans la vérité exacte de ce qu'il est, ce grand point, alors, il nous donnera la solution théologique de "la crise de l'Église" ; si par contre on l'appréhende mal, alors, il va nous mener dans les marécages voire les sables mouvants de l'hérésie et/ou du schisme.
           
        La grande erreur des sédévacs, qu'ils soient barbaresques ou guérardiens, est de vouloir considérer la question en bloc, puis de foncer dessus tel taureau sur chiffon rouge : à Vatican II, nous sommes en présence, soutiennent-ils, d'hérésies à caractère formel.
           
        Or, ils vont trop vite. Il y a deux choses à considérer dans les décrets magistériaux de Vatican II : 1/ le contenant, c'est-à-dire l'acte de promulgation desdits décrets ; 2/ le contenu, soit la doctrine elle-même professée dans lesdits décrets. Or bien, si le contenu est effectivement parfaitement hérétique, et là-dessus, les sédévacantistes ont entièrement et totalement raison, j'y souscris moi-même sans réserve ni restriction, il n'en est pas du tout de même du contenant, c'est-à-dire de la manière dont cesdits décrets ont été promulgués. Ceux-ci ont été promulgués par les Pères de Vatican II una cum Paul VI en toute inadvertance de la malice hérétique contenue dans les doctrines ainsi promulguées.
             
        Ils ne pouvaient d'ailleurs pas commettre in Persona Ecclesiæ (car à Vatican II ils ne sont pas là en docteurs privés mais en docteurs universels des catholiques), des actes de promulgation doctrinale qui ne soient autre chose que des actes hérétiques simplement matériels et sans coulpe aucune, puisque ils étaient réunis à Vatican II derrière un pape qui avait bénéficié et qui bénéficiait toujours, à Vatican II, de l'infaillible pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, ce qui donc faisait qu'il était théologiquement impossible qu'un pape vrai pape, comme l'était Paul VI, et donc tous les évêques una cum avec lui, puisse promulguer et professer des hérésies formellement.
           
        Que les Pères de Vatican II n'aient promulgué les décrets hérétiques du concile que de manière simplement matérielle, c'est-à-dire qu'ils l'aient fait avec une entière inadvertance, nous en avons une belle illustration par exemple dans la Liberté religieuse, qui, dans son § 1, affirme que la Liberté religieuse est "conforme à la vérité et à la justice, (...) ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral de l'homme et des associations à l'égard de la vraie religion et de l'unique Église du Christ" (§ 1). Les Pères de Vatican II se trompent, certes, bougrement, de croire cela, qui d'ailleurs fut une incise préparée par le traditionaliste Caetus Internationalis Patrum pour être mise à bonne place dans le décret hérétique, mais il n'en reste pas moins que cela montre leur inadvertance totale quant à la malice de la doctrine, ou plutôt de l'anti-doctrine, de la Liberté religieuse. Plus avant, toujours dans cette Introduction du décret hérétique, les Pères avaient déjà dit : "Considérant avec diligence ces aspirations [de l'homme moderne à la Liberté religieuse], dans le but de déclarer à quel point elles sont conformes à la vérité et à la justice, etc." On trouve par ailleurs d'autres passages dans le corps du décret, allant dans le même sens, il déborderait le cadre de cet article de tous les citer.
           
        Vacant, dans le DTC, a de bonnes précisions sur la question, qui rentrent en plein dans notre sujet : "Moralité de l'acte d'hérésie, le péché matériel et le péché formel. ― Lorsque la volonté n'intervient dans l'acte d'hérésie qu'à titre d'élément psychologique générateur de cet acte, sans qu'il y ait intention de s'opposer à la règle véritable de la foi, il y a sans doute tous les éléments constitutifs du péché d'hérésie, mais le péché n'existe pas en réalité, car la malice, c'est-à-dire la volonté du mal, est absente [c'est éminemment le cas pour l'Épouse du Christ, l'Église, puisque la Foi nous enseigne qu'elle est sans faute aucune, immaculée]. C'est, appliquée à l'hérésie, la distinction courante du péché matériel et du péché formel. Sur cette distinction, voir Lehmkuhl, Theologia moralis, t. 1, n. 220. Pour qu'il y ait péché formel, il ne suffit pas de la liberté de l'acte, il faut encore l'advertance de la malice de cet acte ou tout au moins un doute sérieux à cet égard. S. Alphonse, op. cit.. I. V, n. 1. Lors donc que le jugement erroné de l'intelligence se produit sans connaissance de la règle véritable de la foi catholique, telle que l'a instituée le Christ, il y a simplement hérésie matérielle ; lorsqu'il y a advertance de l'opposition dans laquelle on se met par rapport à l'autorité de l'Église du Christ, il y a hérésie formelle ; dividuntur hæretici in formales ei materiales. Formales illi sunt, quibus Ecclesias auctoritas est sufficienter nota ; materiales vero qui invincibili ignorantia circa ipsam Ecclesiam laborantes, bona fide eligunt aliam regulam directivam. Billot, De Ecclesia, th. XI. Le péché n'existe donc que dans l'hérésie formelle, qui est en conséquence seule considérée par les théologiens et les canonistes comme la véritable hérésie. C. Dixit apostolus, 29, caus. XXIV, q. in ; C. Damnamus, 2, De summa Trinitate. Cf. Ferraris, loc. cit., n. 3" (Vacant, art. Hérésie).
           
        Ce qui signifie en clair que puisque les Pères de Vatican II n'ont pu commettre in Persona Ecclesiæ le péché formel d'hérésie mais seulement le péché matériel d'hérésie, et c'est de Foi de le croire, de fide, puisque Paul VI, acteur principal de la mise en œuvre des actes de Vatican II bénéficiait à Vatican II de l'infaillible pacifica universalis ecclesiæ adhæsio sur sa personne pontificale, alors, tout le raisonnement sédévacantiste, qu'il soit barbaresque ou guérardien, s'écroule d'un seul coup d'un seul sur pied, puisque son pivot prolégoménique premier tient sur la proposition que nous sommes en présence de péchés hérétiques formels à Vatican II, ce qui est totalement faux, et donc toutes leurs déductions subséquentes, en cascade, s'écroulent les unes après les autres comme dans un jeu de dominos.
           
        Pour asseoir cette supposition que les acteurs de Vatican II ont commis des péchés formels d'hérésie, les sédévacs commencent par nous dire qu'ils n'ont pas l'intention d'actualiser ce que Mgr Guérard des Lauriers appelait le Bien-Fin de l'Église. Nous venons juste de voir plus haut qu'ils nient que les papes modernes aient prononcé un vrai "oui, accepto" enregistrant qu'ils veulent poursuivre cedit Bien-Fin de l'Église. Or, outre ce que je disais plus haut en disant qu'il était complètement impossible de supposer que les papes modernes aient la possibilité dans le sein du conclave de tromper le Saint-Esprit en formulant un "oui, accepto" subjectif qui serait en fait un non objectif, cette proposition est parfaitement mensongère et gravement calomniatrice envers les papes modernes, très-notamment Jean XXIII et Paul VI.
           
        Il n'est pas bien difficile, dans le discours d'ouverture du concile de Jean XXIII ou au contraire dans le discours de clôture du concile de Paul VI, alpha et oméga de Vatican II pour bien comprendre quelle fut leur intention d'ouvrir ce concile universel, de prendre acte tout au contraire de la bonne intention pontificale très-orthodoxe qu'ont les deux papes alpha & oméga de Vatican II de vouloir enseigner la vraie Foi, authentique et intégrale, à l'homme moderne. Commençons par citer cette magnifique phrase de Paul VI, dans son Discours de clôture du concile, du 7 décembre 1965 : "Pouvons-Nous dire que nous avons rendu gloire à Dieu, que nous avons cherché à le connaître et à l'aimer, que nous avons progressé dans l’effort pour le contempler, dans la préoccupation de le louer et dans l'art de proclamer ce qu'il est aux hommes qui nous regardent comme pasteurs et maîtres dans les voies de Dieu ? Nous croyons franchement que oui, notamment parce que c'est de cette intention première et profonde que jaillit l'idée de réunir un Concile. Ils résonnent encore dans cette basilique les mots prononcés lors du discours d'ouverture par Notre vénéré prédécesseur Jean XXIII, que Nous pouvons bien appeler l'auteur de ce grand rassemblement". Il y a bel et bien là l'intention du pape moderne de "proclamer ce que Dieu est aux hommes modernes" dans le concile, donc l'intention de leur y débiter la bonne doctrine de la Foi et du salut, intention, Paul VI le dit explicitement, qui est génitrice et motivation théologique première de tout le concile.   
           
        Mais puisque Paul VI évoque Jean XXIII, lisons donc maintenant ensemble ce que ce pape dit quant à son intention pontificale d'ouvrir le concile, et lisons-le dans la citation qu'en fait le pape Benoît XVI dans son discours aux cardinaux de son premier Noël pontifical, en 2005, ce qui aura l'avantage de bien montrer la pérennité sans faille de la pensée des papes modernes sur cette bonne intention authentique d'enseigner la Foi à l'homme moderne, de 1962 à 2005 en passant par 1965 : "Je ne citerai ici, dit Benoît XVI, que les célèbres paroles de Jean XXIII, dans lesquelles cette herméneutique [de la continuité] est exprimée sans équivoque, lorsqu'il dit que le Concile «veut transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation», et il poursuit : «Notre devoir ne consiste pas seulement à conserver ce trésor précieux [du Dépôt révélé de la Foi], comme si nous nous préoccupions uniquement de l'antiquité, mais de nous consacrer avec une ferme volonté et sans peur à cette tâche, que notre époque exige... Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d'une façon qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet, il faut faire une distinction entre le dépôt de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérée doctrine, et la façon dont celles-ci sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée» (S. Oec. Conc. Vat. II Constitutiones Decreta Declarationes, 1974, pp. 863-865)" (Discours à la Curie romaine à l'occasion de la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005).
           
        ... Où voyez-vous dans ces propos pontificaux, de Jean XXIII, de Paul VI, de Benoît XVI, une mauvaise volonté des papes modernes de ne vouloir pas poursuivre le Bien-Fin de l'Église ? Moi je ne la vois pas, et personne qui veut rester honnête ne peut la voir. Tout au contraire, transparaît clairement, de manière tout simplement édifiante, leur bon vouloir de poursuivre ledit Bien-Fin de l'Église.
           
        Cependant, et c'est là que nous marchons entre deux abîmes, ce bon vouloir, motivation pontificale indubitable quant au concile moderne, qui déjà invalide in radice le raisonnement guérardien, est-il suffisant pour prouver le bien faire dans Vatican II, c'est-à-dire que les Actes de Vatican II ne pourraient qu'être doctrinalement parfaitement orthodoxes ? C'est là que, de leur côté, les "ralliés" tombent dans un autre abîme que celui dans lequel tombent les sédévacs, voulant croire que la légitimité des papes vaticandeux couplée à leur bon vouloir magistériel ne peut que produire de bons actes poursuivant le Bien-Fin de l'Église.
           
        Or, il n'en est rien. À Vatican II, le mal faire a hélas été la longue-main de leur bon vouloir.
           
        Cependant, cette citation que fait Benoît XVI de Jean XXIII est roborative et fort intéressante. Elle l'est en effet, mais pas du tout pour ce que croit Benoît XVI, elle l'est en ce seul sens précis qu'elle manifeste fort bien la bonne motivation et la bonne volonté morale des Pères dans Vatican II. Et il faut dire que cela procure un grand soulagement spirituel pour l'âme catholique. Effectivement, contrairement aux sédévacantistes qui veulent croire pharisaïquement que les décrets magistériaux hérétiques de Vatican II ont été faits par les Pères conciliaires avec mauvaise motivation et advertance coupable de promouvoir sciemment l'hérésie (ce qui leur permet bien sûr de poser subséquemment un jugement d'illégitimité : les papes conciliaires ne sont pas papes parce qu'ils ont promulgué des hérésies à Vatican II avec malice et advertance, en toute connaissance de mauvaise cause ; mais la prémisse très-fausse de leur raisonnement les conduit à une conclusion encore plus fausse...), on a ici, dans la déclaration du pape Jean XXIII à laquelle fera écho le pape Paul VI dans son discours de clôture du concile, la preuve formelle de la bonne intention desdits Pères de Vatican II. Dont acte sur papier timbré, enregistré pardevant Maître Dieu, notaire dans le Ciel.   
           
        Et c'est certes extrêmement important de prendre bon acte de cette bonne motivation qui assure que les Pères vaticandeux ont promulgué leurs décrets hérétiques en toute inadvertance des graves hérésies voire même apostasies commises par eux dans le concile moderne. Car cela permet de comprendre que l'Épouse du Christ, par ces actes magistériaux défectueux qui l'engagent elle-même, est mise seulement dans le péché matériel d'hérésie et non dans le péché formel (ce qui du reste est évidemment rigoureusement impossible, sans avoir à en conclure immédiatement que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église"), la mettant donc ainsi dans l'économie de la Passion que saint Paul définit de cette manière : "Le Christ a été fait péché pour notre salut" (II Cor V, 21), un péché, faut-il le dire, simplement matériel et sans coulpe aucune, ce qui est une situation de "si grande contradiction" (He XII, 3), autre définition de saint Paul de l'économie de la Passion du Christ. Comme donc, dans Vatican II.   
           
        Ce premier point de la bonne motivation des papes du concile moderne est très-important, certes. Mais le pape Benoît XVI en tire une déduction totalement fausse, que voici : puisque les Pères vaticandeux ont eu une bonne motivation de vouloir transmettre aux fidèles de l'ère moderne le bon Dépôt révélé de la Foi, alors cela prouve ipso-facto, par le fait même, que l'herméneutique de continuité est la seule grille de lecture à faire des doctrines promulguées dans Vatican II ; le concile lui-même ne peut qu'être bon dans ses actes magistériaux à cause même de la bonne motivation des Pères. Benoît XVI oublie là une seule chose, mais elle va détruire tout son raisonnement : je peux avoir une très-bonne motivation de vouloir faire une bonne chose, et puis, cependant, au moment de l'acte, n'arriver en fait à faire qu'une très-mauvaise chose in actu... sans même forcément en prendre aucunement conscience (du moins, en la commettant dans le moment présent de l'action, de l'agir ; parce qu'après, normalement, ma conscience, sous l'action du Saint-Esprit, doit, tôt ou tard, peu et puis prou, prendre conscience que j'ai mal agi).   
           
        C'est en effet une chose de dire que la motivation des Pères de Vatican II est bonne, dont acte dans la joie, mais c'en est une tout autre de dire que les actes commis par lesdits Pères avec cette bonne motivation, sont bons en eux-mêmes par le seul fait de cette dite bonne motivation, comme Benoît XVI en fait le très-faux raisonnement. Mais on le voit passer à pieds joints sur ce très-important distinguo, et soutenir indûment que la bonne motivation des Pères de Vatican II suffit à prouver à elle seule que les actes magistériaux de Vatican II ne peuvent qu'être bons et ne pouvoir être lus que par l'herméneutique de continuité (= "Je ne citerai ici que les célèbres paroles de Jean XXIII, dans lesquelles cette herméneutique [de continuité] est exprimée sans équivoque, lorsqu'il dit que le Concile «veut transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation»", dit Benoît XVI ; or, c'est faux, Jean XXIII ne fait, dans sa déclaration, que dire vouloir respecter cette herméneutique de continuité, mais cette dite herméneutique n'en est pas pour autant et par le fait même mise en œuvre concrète et exprimée sans équivoque dans les actes de Vatican II...).   
           
        Son raisonnement est donc parfaitement faux. Benoît XVI fait là l'économie d'une démonstration, mais il n'a pas le droit : il faut nécessairement et impérativement faire la démonstration que les actes de Vatican II suivent la bonne motivation des Pères conciliaires pour pouvoir légitimement soutenir qu'ils ne peuvent être lus qu'avec l'herméneutique de continuité. Or, les actes concrets de Vatican II infirment au contraire formellement cette démonstration, leur doctrine est intrinsèquement mauvaise, quand bien même la motivation des Pères conciliaires est bonne. Cette situation n'est pas du tout impossible, sur le plan de la théologie morale. Je prendrai ici pour l'illustrer le simple mais percutant exemple de Saül avant sa conversion : il avait très-bonne motivation en persécutant les chrétiens jusqu'à les faire mourir (d'ailleurs Jésus-Christ Lui-même enregistre dans les persécuteurs juifs des chrétiens cette bonne motivation puisqu'Il prophétise : "Ils vous chasseront des synagogues, et l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu" ― Jn XVI, 2), et cependant, bien sûr, Saül commettait là, en persécutant les chrétiens avec bonne motivation, des actes très-mauvais par lesquels, faut-il le dire, il ne rendait pas du tout hommage à Dieu. C'est la même problématique de théologie morale pour les Pères de Vatican II : ils ont fait le pire du pire en croyant vraiment faire le mieux du mieux.   
           
        Dans cette question très-importante, Benoît XVI a en fait juste oublié de bien lire ce que dit son prédécesseur Jean XXIII : "Le Concile VEUT transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation". Si fait, fort bien, c'est une affaire entendue, le concile veut, on s'en réjouit, on s'en congratule même vraiment sincèrement. Mais... le concile l'a-t-il fait ? Est-ce qu'il a fait ce qu'il a dit vouloir faire ? L'acte conciliaire a-t-il suivi le vouloir conciliaire ? Encore une fois, la réponse, enregistrée indubitablement et indiscutablement dans les annales ecclésiastiques modernes, est NON. Non, Vatican II n'a pas fait ce qu'il a voulu faire dans le concile. La doctrine des actes magistériaux du concile enregistre en effet tout au contraire une rupture formelle avec la Tradition et la Foi catholiques. Mais le pape conciliaire Benoît veut que ce bon vouloir des Pères de Vatican II soit automatiquement synonyme d'un bon faire, l'acte magistériel bon ayant, selon lui, suivi obligatoirement et parfaitement le bon vouloir originel, voire même étant prouvé par ce seul bon vouloir. Il est là dans une erreur complète, sur le seul plan de la théologie morale sans même rentrer dans les travaux pratiques de Vatican II.
 
Santa croce di gerusalemme at Night
(Basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem)
           
        ... Où sommes-nous rendus, dans notre réflexion ? Nous sommes rendus déjà très-loin pour que nos âmes puissent comprendre vraiment ce qu'est "la crise de l'Église". Nous sommes rendus à prendre acte que l'Église Universelle, à Vatican II, est en état de péché matériel cependant sans faute aucune de sa part. Nous sommes donc rendus au point névralgique où nous pouvons tout comprendre, si nous le voulons bien et si Dieu nous en donne la grâce.
           
        Car cet état de péché matériel est le signe topique de l'économie de la Passion du Christ révélé par saint Paul aux Corinthiens. Il le leur dit très-clairement : "Le Christ a été fait péché pour notre salut" (II Cor V, 21). Ainsi donc, puisque la vérité vraie des faits de l'Église Universelle à Vatican II nous révèle qu'elle est faite péché matériel sans coulpe à l'instar du Christ vivant sa Passion, nous avons donc là la révélation du Saint-Esprit de ce qu'est vraiment "la crise de l'Église", à savoir que l'Épouse-Église du Christ vit et meurt désormais depuis Vatican II l'économie spécifique de LA PASSION DU CHRIST. C'est donc la thèse de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" qui donne la véritable note théologique de "la crise de l'Église".
           
        En vérité, il n'y a rien de plus à dire. Tout est dit par là.
           
        En langue mystique, cet exposé de la "crise de l'Église" que je viens de faire, s’énonce ainsi : il y a un moment dans la vie terrestre du Messie où Il est configuré au péché dans tout son extérieur, formaté dirions-nous dans notre langue informatique, revêtu d’un vêtement de péché qui Le fait invinciblement voir comme un pécheur, Lui, pourtant toujours le Saint des saints, précisément pour opérer par-là le Salut universel des âmes, la Rédemption du monde. C’est ce qu’on appelle "LA PASSION DU CHRIST". Cette Passion du Christ est suivie de la mort du Christ (car la configuration du Saint de Dieu au péché, même simplement matérielle et dans son for externe, entraîne sa mort), puis de sa Résurrection. AINSI DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, CETTE ÉPOUSE IMMACULÉE QUI VIVRA DE MÊME SA PROPRE ET PERSONNELLE PASSION PUIS SA MORT, EN CO-RÉDEMPTRICE, AVANT SA RÉSURRECTION.
           
        Autre aspect de la question, d'une extrême importance spirituelle. De Vatican II, mettant l'Église sous la "puissance des ténèbres" et lui faisant vivre sa Passion, il résulte, comme d'une cause à effet très-immédiate et inéluctable, l'avènement imminent du règne de l'Antéchrist-personne. Parce que, pour paraître en ce monde, l'Antéchrist avait précisément besoin de l'obscurcissement de l'Église. Souvenons-nous de ce qu'en disait saint Paul : "Que seulement disparaisse ce [= ou celui] qui fait obstacle présentement, alors se manifestera l'Inique que le Seigneur Jésus fera disparaître par le souffle de sa Bouche et qu'Il anéantira par l'éclat de sa Venue" (II Thess II, 7-8).
           
        Or, selon les meilleurs exégètes, "ce" ou "celui" qui doit disparaître, c'est l'Église, c'est le pape, en tant que paratonnerre de sainteté sur le monde. Or encore, depuis l'hérétique Vatican II, la sainteté de l'Église est invinciblement obscurcie au for externe. Donc, l'obstacle est levé. Et notons bien dans cette prophétie paulinienne, le "seulement" suivi du "alors", indiquant clairement l'intime et simultanée connexion des deux faits : dès que l'Église sera invinciblement obscurcie au for externe, et c'est dès 1961-1965, l'Antéchrist-personne aura le terrible pouvoir de se manifester, de paraître à tout moment, dans le monde.
           
        Par on pourrait dire une presque étonnante suspension que nous vivons depuis plus de soixante ans à présent, il n'est pas encore paru depuis lors, cependant que les signes de l'avènement de son règne maudit s'affermissent de plus en plus, dans les jours même où j'écris ces lignes. Mais, pour notre encouragement, ne notons pas moins que saint Paul prophétise qu'une fois paru, il sera quasi immédiatement précipité dans l'Abîme par le souffle du Seigneur, comme de quelque chose d'aussi insignifiant qu'il se croit tout-puissant comme Dieu (... enfin, disons que cette immédiateté scripturaire correspond aux fameux "3 ans et demi" ou "42 mois" ou "1260 jours" annoncés si précisément dans l'Apocalypse sous trois formes différentes -pour que ceux qui ont tendance à relativiser le texte littéral de la Ste-Écriture ne puissent justement pas le faire quant à cette durée ainsi annoncée-, et que le Christ promet miséricordieusement d'abréger en faveur des élus, dans l'Évangile...).
           
        Puis suivra le Règne de la Gloire du Christ dans la Résurrection de l'Église, initiée par la Parousie, qui verra l'instauration d'un nouvelle économie de salut, celle dite du Millenium, qui mettre l'homme et l'Église dans une élévation et un palier aussi supérieur à l'économie de salut du Temps des nations et de Rome son centre, qui est (encore) la nôtre pour l'instant, que celle-ci avait été supérieure à l'économie de salut vétérotestamentaire.
           
        Pour conclure d'une manière générale, il en en résulte donc, de cette situation APOCALYPTIQUE manifestée par Vatican II, que l'Histoire est finie, en ce compris (et même surtout) l'Histoire de l'Église, je veux dire dans son économie inhérente au Temps des nations. Voilà ce que nous apprend la "crise de l'Église" vue dans la lumière très-pure de la Foi. À condition, évidemment, d'en accepter le surnaturel éclairage, et, n'en déplaisent à certains, de tirer la chasse d'eau sur tout "maurrassisme", c'est-à-dire sur toute idolâtrie orgueilleuse de l'excellence des nations résumée par la fameuse "Rome éternelle" exaltée aux nues fascistement par Maurras.
           
        L'Église du Temps des nations est morte virtuellement depuis les assises de Vatican II, et elle va mourir effectivement dans et par le règne de l'Antéchrist-personne qui ne saurait tarder à présent. Rien ne peut empêcher l'aboutissement de cette dynamique mystique, face certes prodigieusement négative de l'accomplissement plénier de la Rédemption par la co-Rédemption personnelle et effective de l'Église qui s'opère par sa présente Passion, mais hélas aboutissement nécessaire, et nécessaire de toute nécessité divine. C'est pourquoi, prévoir une conversion de l'Église post-Vatican II, dans l'Histoire et en corps d'Institution, par exemple dans le cadre d'un Vatican III, est non seulement hors sujet mais surtout scandaleux voire même impie, parce que cela révèle des pensées mondaines voire réprouvées (c'est à ceux-là, qui refusent la Passion de l'Église et surtout ce qui s'ensuit de positif, que Notre-Seigneur, à travers saint Pierre refusant Sa Passion, dit : "Retire-toi de moi, Satan, tu m'es un sujet de scandale, tes pensées sont celles du monde, non celles de Dieu" ― Matth XVI, 23). Et c'est ce point capital (fin de l'Histoire, c'est-à-dire fin du Temps des nations et de l'Église romaine), que la plupart des théologiens catholiques, modernes ou traditionalistes du reste, ne saisissent pas, ou ne veulent pas saisir, je ne sais Dieu le sait comme dirait saint Paul.
 
 Saint Pierre le Vieux Catholic Church Christ in his Passion MeisterDrucke 673434
Notre-Sauveur Jésus-Christ, vivant sa Passion
           
        Je vais quand même apporter ici quelques méditations personnelles, que je fais depuis bien des années, qui pourront aider à bien vivre (et mourir, à la fois) le Mystère de l'Église désormais plongée irrémédiablement, depuis Vatican II, sans remède ni déclouement possible de la croix, dans la Passion jusqu'à sa mort dans son économie de salut actuelle, dite du Temps des nations et de Rome son centre, usque ad mortem.
           
        Le Christ a été fait péché pour notre salut ; l'Église contemporaine est faite péché pour notre salut. Notez bien que la formule de saint Paul nous plonge là en plein oxymore, c'est-à-dire dans une contradiction antinomique entre des termes mis ensemble (exemple : un jour nocturne), car le péché est en soi exclusivement générateur de damnation... et non de salut. Mais justement, c'est là que se situe le nœud gordien de la question, un nœud de grande et salutaire mystique à dénouer, et qu'il faut bien comprendre.   
           
        Pour que le Christ Rédempteur anéantisse le péché par sa Divinité, il faut nécessairement de toute nécessité théologique qu'il soit Lui-même "fait péché" RÉELLEMENT, et non simplement porter la malédiction du péché comme s'y sont frileusement cantonnés trop d'auteurs scolastiques. Or, la seule manière pour le Christ d'être "fait péché" sans que ne s'y trouve aucune espère de coulpe ou faute séparant de Dieu, tout en restant toujours le Saint des saints, est d'être "fait péché" simplement matériel, qui, en soi, exclut dans le principe toute coulpe. Et c'est exactement ce cas de figure qui arrive à notre Église à Vatican II : elle y est, elle aussi, à des fins co-Rédemptrices manifestes et évidentes, "faite péché pour notre salut". Car les Pères de Vatican II à commencer par le pape Paul VI ont promulgué cesdits Décrets peccamineux en toute inadvertance de la malice y contenue, complètement aveuglés sur cela par une disposition particulière de la Providence divine, quos vult perdere Jupiter dementat, Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre (non d'une perdition éternelle, mais seulement temporelle, c'est ainsi qu'Il a "perdu" son Fils sur la Croix, ce qui Lui a arraché ce terrible cri de désespérance, et non de désespoir, comme l'avait voulu Luther, Eli, Eli, lamma sabachtani !).
           
        Rappelons-nous que l'Église est une "Personne morale" (Can. 100, § 1). En tant que telle, comme toute personne, elle peut donc pécher, ou, pour employer la langue de saint Paul, être faite péché. Un péché qui sera évidemment sans coulpe aucune, une simple matière de péché ou "péché matériel", puisque cette dite personne, l'Église, est sainte de toute sainteté, parfaitement immaculée, comme étant l'Épouse du Christ. Or, cette mise de l'Église dans l'état de péché matériel sans coulpe est nécessaire de toute nécessité, quand, dans les mystérieux Décrets divins, l'Église-Épouse, à la suite du Christ-Époux, doit, elle aussi, sauver le monde en co-Rédemptrice, c'est-à-dire être mise dans l'économie propre à la Passion du Christ, que saint Paul, vraiment inspiré quand il a écrit cela, a résumé d'un trait lapidaire et récapitulatif, en disant que cela consiste essentiellement à être "fait péché pour notre salut". La mystique de la Passion n'est en effet pas difficile à comprendre : pour racheter le péché du monde, il faut absolument que l'acteur de la Passion, soit le Christ Lui-même soit son Épouse l'Église, soit identifié au péché, "fait péché", pour, en tant que victime expiatoire, pouvoir par-là même brûler, réduire en cendres, engloutir et anéantir le péché du monde, le racheter. Et c'est ce que la Personne morale de l'Église vit, à la suite du Christ, depuis Vatican II.   
           
        C'est bien cela que l'Église a à vivre (et à mourir, au terme du processus), dans, par et depuis Vatican II, voilà la grande révélation de "la crise de l'Église" : Dieu veut que l'Église vive la Passion du Christ, et donc, par les causes secondes, humaines, Il la met complètement dans l'économie du péché matériel, sous "la puissance des ténèbres", très-notamment en aveuglant invinciblement l'esprit des "membres enseignants" de la génération ecclésiale prédestinée par Dieu à introduire l'Église dans sa propre et personnelle Passion. Lesquels, una cum le pape, ont alors commis in Persona Ecclesiae un péché matériel d'hérésie très-notamment par la promulgation de la Liberté religieuse, sans coulpe aucune de la part de l'Église, aux fins ultimes et supérieures de la faire vivre désormais dans l'économie propre à la Passion, d'être ainsi "faite péché". Car l'heure pour elle, cette heure dont le Christ a dit, quant à Lui, "Voici l'heure" (Lc XXII, 53) quand sa Passion a commencé au jardin de Gethsémani, est venue, et c'est l'heure co-rédemptrice du concile Vatican II, son jardin de Gethsémani à elle.   
           
        Le proverbe antique dit : Jupiter aveugle ceux qu'Il veut perdre, Quos vult perdere Jupiter dementat. Nous sommes exactement dans ce cas de figure. Dieu, dans ses mystérieux Décrets providentiels, a aveuglé l'esprit des Pères conciliaire pour les perdre, c'est-à-dire pour perdre l'Église comme Il a perdu son Fils bien-aimé, en qui, pourtant, Il a mis toutes ses complaisances, lorsqu'Il L'a abandonné à "la puissance des ténèbres" pour qu'elle Le "fasse péché pour notre salut", c'est-à-dire pour que la Rédemption puisse s'accomplir. Car la cause première et essentielle de l'économie de la Passion, c'est cela, c'est "être fait péché" pour pouvoir opérer le salut universel. Si l'acteur de la Passion, l'Église-Épouse de nos jours après le Christ il y a 2 000 ans, n'est pas "fait péché", alors, la Rédemption ou la co-Rédemption ne peut pas s'opérer. Et c'est pourquoi, l'heure étant venue de nos jours où l'Église doit devenir co-Rédemptrice, les Pères de Vatican II una cum Paul VI, c'est-à-dire l'Église Universelle, ont été perdus par la Providence divine, qui les a laissé dans un aveuglement complet quant au caractère hérétique formel, par exemple, de la Liberté religieuse ou du syncrétisme religieux hétérodoxe qu'on trouve dans Nostra Aetate.   
           
        Si ce péché matériel commis in Persona Ecclesiae à Vatican II n'a aucune incidence sur la note de sainteté de l'Église, il en a par contre, et terriblement, pour revêtir au for externe l'Église de malédiction suprême, d'apparence de péché, ce qui la fait rentrer dans l'économie de la Passion. C'est d'ailleurs précisément ce qui explique que l'Église moderne, maudite comme une lépreuse depuis Vatican II et de plus en plus léprosée plus le temps avance (elle est vraiment couverte de pustules purulentes et répugnantes sous le pape Léon XIV ― un vrai "cloaque d'impureté" comme avait prophétisé Notre-Dame de La Salette de la génération cléricale de la fin des temps, beaucoup moins quant aux mœurs sexuelles que quant au mode général de vie des clercs : "Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints Mystères, par l'amour de l'argent, l'amour de l'honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d'impureté"), l'Église moderne disais-je, désormais, depuis Vatican II, pieds et mains liés, ligotée jusqu'à la paralysie sous "la puissance des ténèbres", radicalement impuissante au for externe public contre toute forme de mal, n'aura plus aucune force contre "l'homme de péché", l'Antéchrist-personne, lorsque celui-ci paraîtra en ce très-bas monde, pour la punition des impies et la parfaite purification des justes, qui en souffriront beaucoup, lequel Antéchrist-personne, pour sa condamnation, mettra à mort l'Épouse du Christ léprosée et parvenue au stade terminal, dans son règne.   
           
        Considérons bien que puisque l'acte de la Liberté religieuse est doté de l'infaillibilité ecclésiale, alors, c'est le Saint-Esprit qui veut cet acte, par l'organe immaculé de l'Église. Mais que veut-Il donc dire à nos âmes fidèles, puisque cet acte ecclésial est un péché matériel d'hérésie ? La réponse est toute simple. Le Saint-Esprit, par-là, nous dit, nous montre, qu'Il met Lui-même (c'est ce que signifie la note d'infaillibilité) l'Église du Christ dans l'économie de la Passion, puisque le péché matériel en est la caractéristique essentielle, et que cet acte le manifeste formellement. Voilà le sens de cette infaillibilité dont sont dotés ces actes de péché matériels commis par l'Église à Vatican II... À Vatican II, les Pères modernes crucifient la Foi de l'Église, la font donc rentrer par-là même dans l'économie de la Passion du Christ, mais ils ne renient pas la Foi de l'Église par un péché formel d'hérésie.
             
        Comprendre et admettre que nous vivons la fin des temps-Passion de l'Église n'est pas forcément donné à tout le monde. Certaines âmes, mêmes si les choses de la Passion sont clairement dites, ne peuvent pas comprendre, ne comprennent toujours pas. Je n'en ai que trop fait l'expérience depuis trente ans que je prêche "LA PASSION DE L'ÉGLISE", pratiquement dans le désert. Elle déchire un voile dans l'âme, qui anéantit radicalement tout concept humanisé ou mondain du salut... C'est pourquoi lorsque saint Pierre refuse la Passion, Jésus, scandalisé, lui rétorque : "Tu as le goût des choses de ce monde, et non celles de Dieu" (Matth XVI, 23). Il faut vraiment sacrifier toute son humanité pour rentrer dans l'économie de la Passion. Je serai donc fort étonné que tous comprennent ce que je viens d'exposer. Il me semble l'avoir fait cependant le plus simplement, le plus clairement, le plus parfaitement qu'il m'a été possible de le faire, pour que tout le monde comprenne, mais je sais que cela ne sert de rien pour éclairer certaines âmes. Jésus aussi ne fut pas compris lorsqu'il annonça sa Passion à ses Apôtres : comment prétendrais-je, moi petit disciple, être au-dessus du Maître ? Reprochera-t-on à Jésus d'avoir mal expliqué aux Apôtres la Passion ? Non, bien sûr. Jésus est le maître de doctrine, et en plus, aimant les âmes, il est le meilleur pédagogue qu'on puisse trouver pour les enseigner.   
           
        Cependant, quand Il prophétise clairement Sa Passion à ses Apôtres, l'homme, dans les Apôtres, dit qu'il "ne comprend rien à cela". Or, pourtant, le Christ la leur annonce en termes simples, faciles à comprendre, absolument non-équivoques, sans images paraboliques, au surplus Sa Passion était déjà révélée dans les écrits inspirés des prophètes de Yahweh que connaissaient fort bien les Apôtres, et auxquels, d'ailleurs, Jésus les renvoie explicitement : "Ensuite, Jésus prit à part les douze, et leur dit : «Voici que nous montons à Jérusalem, et tout ce que a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'homme s'accomplira. Car Il sera livré aux gentils, et on se moquera de Lui, et on Le flagellera, et on crachera sur Lui ; et après qu'on L'aura flagellé, on Le fera mourir ; et le troisième jour, Il ressuscitera». Mais ils ne comprirent rien à cela ; ce langage leur était caché, et ils ne saisissaient point ce qui était dit" (Lc XVIII, 31-34). Convenons pourtant que c'était on ne peut plus clairement dit ! En soi, donc, il n'y avait pas... à ne pas comprendre. Il y avait juste à entendre le sens obvie, simple et non-équivoque, des mots prononcés par Jésus...   
           
        C'est donc bien la chose en elle-même que les Apôtres ne pouvaient admettre, accepter, représentant pour lors tous les hommes dans ce refus de conscientiser la Passion. Et en effet, la Passion est tellement insupportable à l'homme, tellement contre sa nature, qu'il la rejette instinctivement, sans même y réfléchir : elle est vraiment extra-humaine, j'allais écrire... extra-terrestre. Il faut d'ailleurs noter soigneusement que même la très-sainte Humanité du Christ a voulu la rejeter dans un premier mouvement, lequel premier mouvement n'est donc en soi entaché, le Christ étant parfaitement saint, d'aucun péché ("Père, s'il se peut, que ce Calice s'éloigne de Moi..."). Il ne l'a acceptée ("... cependant, non ma Volonté mais la Vôtre" ― Matth XXVI, 39), qu'après être passé par une effrayante suée de sang de tout son Corps, une hématidrose comme la décrivent les spécialistes, c'est-à-dire une sorte d'explosion interne de tout le micro-tissu sanguin sous-cutané, sous le coup d'une émotion extrêmement forte et violente, capable de faire mourir celui qui l'éprouve, un véritable tsunami métabolique, une révolte universelle irrépressible de tout le corps (certains spirituels considèrent d'ailleurs, à très-juste titre, l'Agonie de Jésus au jardin des Oliviers comme une première mort ; il est parfaitement vrai que le Christ serait effectivement mort sur-le-champ s'Il n'avait été physiquement soutenu et conforté par l'Ange envoyé par son Père pour L'assister alors).   
           
        L'acceptation nécessaire de la Passion par l'âme fidèle est donc le point du dogme catholique le plus difficile, le plus névralgique, crucial, la pierre de touche du vrai chrétien. Il n'est pas inutile de rappeler que ce fut le seul vrai obstacle que Clovis, notre premier et glorieux roy très-chrétien, eut grand'peine à franchir pour achever sa conversion commencée à Tolbiac ; Grégoire de Tours dans son Historia Francorum nous révèle en effet sa répartie scandalisée à l'évêque Rémy qui le catéchisait, lorsque celui-ci lui lisait le récit de la Passion du Christ ; il sortait alors colériquement son scramasaxe de son fourreau et s'écriait : "Si j'avais été là avec mes francs, JAMAIS le Christ n'aurait été crucifié !" Le brave et fier Sicambre, qui avait alors environ 25 ans, eut tant de mal à accepter que le Christ ait à passer nécessairement par la Passion pour sauver les hommes, que cela retarda l'administration de son baptême, qui n'eut lieu, contre les coutumes liturgiques de l'époque, qu'à la Noël (on lira avec grand fruit tout le détail de cette remarquable conversion de Clovis, fort intéressante, fort édifiante, en cliquant sur le lien suivant : http://www.eglise-la-crise.fr/images/pdf.L/L'extraordinaireConversionDeClovis.pdf)... En soi donc, il n'est pas du tout étonnant, ni même aucunement répréhensible quant au premier mouvement de révolte de la nature humaine, de voir l'homme, quel qu'il soit, rejeter la Passion le plus loin possible de lui. Surtout quand elle a lieu en Église...   
           
        Mais qu'est-ce donc bien que la Passion, pour être aussi insupportable à la nature humaine ? Pour que même le Christ, dans un premier mouvement, s'y recule Lui-même ? L'Apôtre des nations est celui qui a le mieux défini la Passion du Christ, dont il synthétise admirablement toute l'économie spécifique par ces mots inspirés : "Le Christ a été fait péché pour notre salut". Oh ! alors, on comprend d'un seul coup pourquoi c'est tellement insupportable d'avoir à vivre la Passion, son économie spécifique, car c'est voir tout son être, toute sa personne, invinciblement formaté à la matière du péché ; et ce, nonobstant le for interne de celui qui est "fait péché", qu'il soit parfaitement innocent quand il s'agit du Christ ou de l'Église, ou bien plus ou moins innocent, quand la Passion visite les âmes des pauvres cloportes du Seigneur que nous sommes tous. C'est extraordinairement contraire à la nature humaine créée par Dieu pour le Bien, et c'est pourquoi une autre formule de saint Paul est de définir la Passion comme "une si grande contradiction" (He XII, 3).   
           
        Or donc, on l'a compris, si je médite ainsi en profondeur sur la Passion, c'est parce que l'Église catholique, apostolique et romaine, la vit de nos jours, dans le cadre apocalyptique de la fin des temps. Et c'est pourquoi il est si dur pour les théologiens, d'en prendre bon acte : "Tout, Seigneur, mais pas ça", clament-ils tous, la plupart du temps inconsciemment, dans le fond secret de leurs âmes, les tradis comme les modernes, en écho bien peu glorieux aux onze Apôtres fuyant la Passion (dont il faut se rappeler que l'un d'entre eux est mort en odeur de damnation...), secouant leurs manteaux dans la poussière à l'instar des juifs rebelles et orgueilleux. L'examen théologique rigoureux et complet des assises de "la crise de l'Église" révèle en effet formellement et sans fard la "si grande contradiction" (He XII, 3) où elle se trouve depuis Vatican II avec sa Constitution divine, sa mise en état de péché matériel pour notre salut, et révèle donc que l'Église vit la Passion.
           
        Il est fort bon de prendre acte que l'inadvertance totale de la malice contenue dans la doctrine antichristique, de la part des Pères de Vatican II qui la promeuvent en Église, qui la crucifie et la met dans l'économie de la Passion jusqu'à la faire mourir, se vérifie lors de la première et archétypale Passion, celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet, la sainte-Écriture nous enseigne fort bien que les juifs et les romains, qui ensemble récapitulent métapolitiquement le monde tout entier, étaient dans l'inadvertance complète du péché pourtant hyper-gravissime qu'ils commettaient en mettant à mort la Personne du Christ-Messie. Quel péché, en effet, est plus grave que le déicide ? En vérité, il n'y en a aucun. Mais pour autant, ce péché, le plus grave possible, fut commis par les hommes dans l'inadvertance. C'est Notre-Seigneur Lui-même qui nous le dit et enseigne du haut de la croix : "Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font" (Lc XXIII, 34). S'ils savaient ce qu'ils faisaient, ils seraient certes remplis de malice comme les démons dans l'enfer ou l'Antéchrist-personne dans son règne maudit. Mais ils ne savent pas ce qu'ils font en mettant à mort le Christ, et donc pèchent par inadvertance. Oh !, certains parmi eux, il y a 2 000 ans, ont probablement commis le péché de déicide avec malice et advertance, peu ou prou, nous verrons cela au Jugement dernier, mais globalement, d'une manière générale, Jésus-Christ enseigne que les hommes l'ont fait mourir par inadvertance, ne sachant ce qu'ils faisaient.   
           
        Saint Pierre, il n'en pouvait être autrement, confirmera l'enseignement du Christ quant à cette inadvertance générale non seulement des romains mais même des juifs qui Le crucifièrent : "Mais vous [hommes israélites], vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu'on vous accordât la grâce d'un meurtrier ; et vous avez fait mourir l'Auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d'entre les morts ; ce dont nous sommes témoins. C'est à cause de la foi en Son nom que ce nom a raffermi cet homme [saints Pierre et Jean venaient de guérir miraculeusement un malade], que vous voyez et connaissez ; et la foi qui vient de Lui a opéré en présence de vous tous cette parfaite guérison. Et maintenant, mes frères, je sais que vous avez agi par ignorance, aussi bien que vos chefs [... même les chefs, les grand'prêtres donc, les Anne, les Caïphe, notons-le soigneusement, ne sont pas exclus par saint Pierre de l'inadvertance de leur péché d'avoir fait mettre à mort le Christ, bien au contraire, saint Pierre les inclue explicitement et presque nommément dans l'inadvertance...]. Mais Dieu, qui avait prédit par la bouche de tous les prophètes que Son Christ devait souffrir, l'a ainsi accompli" (Act III, 14-18).   
           
        Ce que dit saint Pierre est extrêmement intéressant dans ce dernier v. 18, à savoir que non seulement les hommes, et donc en ce compris les chefs juifs, ont péché par inadvertance lorsqu'ils firent mourir Jésus-Christ, mais c'était en fait la Volonté divine qui l'avait ordonné ainsi ; en dernière analyse en effet, c'est Dieu qui a accompli son dessein de la Rédemption en ordonnant par sa Providence l'inadvertance des hommes lorsqu'ils firent mourir le Christ. Faut-il avoir à dire que c'est extrêmement éclairant pour notre situation de seconde Passion, "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que nous vivons et mourons présentement depuis Vatican II. En fait, c'est très-exactement la même chose. Cette inadvertance des papes modernes à crucifier l'Église par leur doctrine antichristique, est effectivement et en dernière analyse, providentiellement voulue et opérée en eux par Dieu pour pouvoir mettre en œuvre justement "LA PASSION DE L'ÉGLISE".
           
        ... Mais alors, me dira peut-être l'abbé Dutertre, mais que faut-il donc bien faire, face à la "PASSION DE L'ÉGLISE" dont l'aspect pratique est de la voir "être faite péché pour notre salut", singulièrement dans son Magistère doctrinal, et même moral maintenant, avec Amoris Lætitia et surtout l'abominable et très-exécrable Fiducia Supplicans ?   
           
        Il faut, dans notre vie spirituelle personnelle, aller poser la question à saint Jean, aux saintes femmes et surtout à la très-sainte Vierge Marie, assistant Jésus au pied de la croix, et surtout, surtout, écouter leurs réponses dans le fond de notre âme. Comment "être fait péché pour notre salut", car le chemin de l'Église doit être aussi le nôtre à nous chrétiens du rang, sans n'y rajouter jamais aucune coulpe séparant de Dieu...? Comprenons que l'oxymore spirituel paulinien est insoluble si l'on en reste au point de vue humain et avec nos forces humaines ; et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle onze Apôtres sur douze ont fui la Passion du Christ, ils comptaient trop, à commencer par saint Pierre, sur leurs forces humaines. Oxymore en effet, que cette révélation de saint Paul, car le péché est générateur en soi de damnation et non de salut. Pour qu'il puisse être générateur de salut Rédempteur comme l'enseigne saint Paul aux Corinthiens sous l'inspiration du Saint-Esprit, il faut bien se rendre compte que c'est donc un renversement complet de la nature des choses qui présuppose l'emploi radical et très-obligé de la toute-Puissance divine, ce qu'un autre passage de saint Paul éclaire : "Ma grâce te suffit, car c'est dans la faiblesse que ma Puissance se montre tout entière" (II Cor XII, 9). Plus donc il y a faiblesse, jusqu'à devoir aller jusqu'à l'anéantissement, la kénose, et la matière du péché ecclésial sans coulpe manifesté à Vatican II par les Pères actuels de l'Église una cum le pape manifeste cet extrême, ce summum de la faiblesse, cette kénose mystique, plus la toute-Puissance divine est nécessaire de toute nécessité pour que la vie de la grâce divine puisse toujours exister et surtout dominer et régner, circuler dans les veines de l'âme du fidèle et dans l'Église soumises à l'extrême de ladite faiblesse.   
           
        Il faut donc une grâce divine très-spéciale, qu'il faut demander à Dieu tous les jours, pour tenir saintement dans l'économie de la Passion que manifeste "la crise de l'Église" contemporaine, depuis Vatican II quant à la Foi et depuis le Concordat napoléonien quant aux Mœurs, sans y faillir jamais de bâbord ou de tribord, ni dans le modernisme laxiste et honteusement lâche ni non plus dans l'intégrisme obscurantiste et orgueilleusement sectaire. Inutile donc de chercher une thèse expliquant "la crise de l'Église" qui serait comme un petit nid douillet d'ermitage embaumé par un quiet, tiède et doux zéphyr, et où l'on pourrait vivre sa Foi tranquillement. Cela n'existe plus si tant est que ça a jamais existé dans l'Église militante. N'oublions surtout pas que, sur la croix, le Christ crucifié n'a aucun positionnement de repos. S'Il tire sur ses bras pour soulager ses pieds, Il agrandit la plaie des mains ; s'Il appuie sur ses pieds cloués pour soulager la plaie des mains, Il agrandit la plaie des pieds. Tout son Corps physique, Isaïe l'a bien dit, n'est plus qu'une plaie, et nous ne devons parler de cela qu'à deux genoux dans notre âme. Or, il en est exactement de même pour le Corps mystique du Christ qu'est l'Église lorsque, elle aussi, de par la Providence divine, a sa propre et personnelle Passion à vivre et à mourir à la fin des temps, et c'est nous, fidèles catholiques du temps présent, qui la vivons et mourons à la fois. Il ne saurait être question pour nous donc, de vouloir trouver dans "la crise de l'Église" qui est "PASSION DE L'ÉGLISE" une solution intellectuelle, théologique, spirituelle, de repos. Il n'y en a pas, il n'y en a plus. Tout, au contraire, est écartèlement mortifère usque ad mortem. Chaque fidèle donc, doit faire ce qu'il peut, sous l'inspiration du Saint-Esprit, pour bien vivre à son niveau la Foi en Église, en ayant toujours devant les yeux de l'âme la sainteté impeccable à mettre en œuvre dans sa vie, qui est autant le modus de la vie de l'âme lorsqu'elle a à vivre et mourir la Passion, que dans les temps ordinaires où elle n'a pas encore à la vivre et mourir.
           
        Les fidèles catholiques qui veulent garder la vraie Foi de nos jours sont au Calvaire, au pied de la croix, où est lamentablement pendue l'Épouse du Christ, l'Église, se tordant de douleur ignominieusement et dans l'opprobre. Stabat Mater dolorosa. Et l'âme fidèle qui veut garder la Foi jusqu'à la fin doit prendre de plus en plus et de mieux en mieux conscience que là est son Lieu mystique actuel, dorénavant, et nulle part ailleurs. Il n'y a plus aucun espoir sur le plan humain, et il faut y inclure surtout, hélas, le plan humain-ecclésial. Aucun homme d'église, petit ou grand, ne peut déclouer l'Épouse du Christ que l'on voit, là, abominablement crucifiée par les papes modernes, fichée sur le pieu d'infamie, sous le coup de la Justice divine. Plus aucun espoir dans l'ordre humain. L'Église du Christ, dans son économie de salut actuelle dite du Temps des nations et de Rome son centre, va donc mourir.   
           
        Or, c'est précisément quand il n'y a plus aucun espoir du côté de la terre, que c'est le grand moment de l'Espérance. Puisque tout est quasi mort quant au salut, sur la terre, c'est précisément là où il y a le plus grand espoir de Résurrection surnaturelle. Spem contra spem, c'est-à-dire l'Espérance contre l'Espérance même, nous enseigne saint Paul à propos de la situation "désespérante" d'Abraham devant sacrifier son seul fils, Isaac, après la mort duquel il ne devait plus lui rester aucun espoir de postérité humaine de laquelle devait, Yahweh l'avait pourtant promis, naître le Salut incarné.
           
        Le formidable Hymne pascal nous met cette Espérance surnaturelle dans l'âme avec une force extraordinaire : L'auteur de la Vie est mort, dux vitae mortuus, commence-t-il. Éh bien ! C'est fini. Qu'attendre, lorsque le chef de la Vie est mort ? Logiquement, de cette logique humaine dont Dieu rit, il n'y a plus rien à attendre puisque le principe de la Vie est mort !, puisque la seule chose qui pouvait vaincre la mort a été vaincue par elle ! Et cependant, imperturbable, l'Hymne pascal continue sans hiatus, comme si la mort n'avait RIEN fait mourir : L'auteur de la Vie est mort, ET VIVANT, IL RÈGNE !, dux vitae mortuus, REGNAT VIVUS !
           
        Ainsi en sera-t-il de notre Église, la Dame aimée de tout cœur digne et droit : lorsqu'elle mourra de mâlemort sous la main maudite de l'Antéchrist-personne, et il n'y en a certainement pas pour très-longtemps maintenant, c'est, à quelques "secondes eschatologiques" près, le moment où elle ressuscitera pleine de gloire, en co-Rédemptrice, revêtue de la Gloire du Christ venant régner sur la terre, ainsi que nous l'annonce le Saint-Esprit dans l'Apocalypse : "Et moi, Jean, je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du Ciel, d'auprès de Dieu, prête comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis une voix forte venant du trône, qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et Il habitera avec eux ; et ils seront Son peuple, et Dieu Lui-même sera avec eux, comme leur Dieu" (Apoc XXI, 1-3). 
           
        "L'Église est au commencement de toutes choses" (saint Épiphane). Elle est donc au commencement du monde. Si l'Église est devenue matériellement apostate depuis Vatican II, alors le monde l'est aussi. Et c'est la situation que nous avons à vivre, en attendant le Seigneur, expectans expectavi Dominum et intendit mihi (J'ai attendu, et encore attendu le Seigneur, et Il a fait attention à moi ― Ps XXXIX, 2).    
           
        Je terminerai le propos très-prophétique de la conclusion générale de mon présent article, par la prière de saint Jean de Damas : "Mais, Seigneur, allège le lourd fardeau de mes péchés qui T'ont gravement offensé ; purifie mon esprit et mon cœur. Conduis-moi par le juste chemin (Ps XXII, 3), comme une lampe qui m'éclaire. Donne-moi de dire hardiment Ta parole ; que la langue de feu de ton Esprit (Act II, 3) me donne une langue parfaitement libre, et me rende toujours attentif à Ta présence. Sois mon berger, Seigneur, et sois avec moi le berger de tes brebis, pour que mon cœur ne me fasse dévier ni à droite ni à gauche. Que ton Esprit bon me dirige sur le droit chemin pour que mes actions s'accomplissent selon Ta volonté : jusqu'au bout !" (Exposé de la Foi orthodoxe, I).    
           
        Pour faire concret dans notre "PASSION DE L'ÉGLISE", je répondrai donc qu'on peut tout faire au pied du Calvaire Rédempteur, ou co-Rédempteur quant à l'Église, suivre les modernes mais sans épouser leur péché, ce qui est un parcours du combattant tout ce qu'il y a de plus difficile et héroïque (que j'ai décidé d'emprunter Deo adjuvante, quant à moi, depuis le 19 mars 2018, en ayant tout-à-fait marre de la mauvaise foi et de la Foi mauvaise tout court des tradis après trente-sept ans de pratique cultuelle avec eux, d'abord avec les sédévacs puis avec les "ralliés" : cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/aux-dernieres-nouvelles-de-la-passion-de-l-eglise?Itemid=1) ; ou alors se retirer des structures officielles comme l'ont fait de facto les tradis dans leur ensemble, mais alors sans surtout, surtout, surtout, bâtir aucune contre-théologie ecclésiale ni aucune rébellion contre les modernes, et moins encore les juger en se mettant sur une prétendue hauteur doctrinale qui ne s'avèrera être que bassesse si on l'ausculte en sa profondeur et son fond, comme je le fais présentement dans cet article avec le sédévacantisme guérardien, sans cependant vouloir plus, ... Dieu m'en garde !, juger les guérardiens, eux non plus.   
           
        Oui, on peut TOUT faire au pied de la croix, et même faire surnaturellement RIEN (ce qui n'équivaut nullement à oisivement ne rien faire, Jésus-Christ faisant au contraire TOUT, plus que l'addition de tous ses agirs dans ses trois ans de vie publique, lorsqu'Il était IMMOBILE sur la croix, cloué aux deux pieds et aux deux mains), sauf bâtir une théologie hérétique pour fuir la "PASSION DE L'ÉGLISE", comme hélas il appert singulièrement de la théologie sédévacantiste, barbaresque ou guérardienne, mais encore de toutes celles en présence dans le Tradiland, les lefébvristes, les "ralliés", etc., ou chez les modernes.
   
Fou chinois Lotus bleuQualitéSupérieure
 
        ... L'humour n'est jamais très-loin de l'Amour ou Charité divine. Je terminerai donc mon article sur une note d'humour tonique et topique. Il faudrait vraiment que tous les tenants hérético-schismatiques des thèses tradis, mais encore les tenants modernistes des thèses modernes, passent par le fou chinois du Lotus bleu de la BD Tintin & Milou, d'Hergé. Celui-ci, en effet, muni d'un terrible sabre de samouraï, poursuivait tout celui qui lui tombait sous la main en lui déclarant : "Lao-Tseu l'a dit : il faut trouver la voie ; l'avez-vous trouvée ? Si vous ne l'avez pas trouvée, je vais vous couper la tête, après vous la trouverez".   
           
        Oui, il faut vraiment que tous les cathos actuels, qu'ils soient tradis ou modernes, se coupent la tête, c'est-à-dire s'auto-guillotinent leurs petites idées sur "la crise de l'Église", pour pouvoir vivre enfin de la seule grande Vérité de Dieu manifestée dans "l'aujourd'hui de l'Église", qui consiste essentiellement dans "LA PASSION DE L'ÉGLISE".   
           
        C'est ainsi, et ainsi seulement, qu'ils pourront vivre leur Foi salvifiquement et authentiquement, dans l'espérance enthousiasmée de la Résurrection glorieuse...   
           
        Amen dico vobis.
 
Basilica of Saint Lawrence outside the Walls
(Basilique Saint-Laurent-hors-les-murs)
           
        Il ne reste plus aux sédévacantistes qu'à comprendre, pour redevenir de bons catholiques, ce que je leur souhaite bien sincèrement, le devoir formel de Foi que leur intime la règle prochaine de la Légitimité pontificale, à savoir l'infaillible pacifica universalis ecclesiæ adhæsio, que j'ai rappelée en profondeur dans ce nouvel article, sans rien changer par ailleurs de la bonne doctrine qu'ils professent catholiquement ni non plus quant à leur apostolat pratique. Ce devoir leur est tout tracé : puisque la désignation-reconnaissance ecclésiale universelle du pape fait infailliblement le vrai pape, verus papa, majeure, puisque Léon XIV est le pape actuel qui en bénéficie formellement, mineure, les sédévacantistes ont donc, conclusion, sous peine d'encourir l'anathème formel, à professer que Léon XIV est le vrai pape actuel. Toutes leurs messes doivent donc, désormais, être impérativement dites una cum Léon XIV. C'est quant à eux la seule chose qu'ils ont vraiment à changer. Là réside le devoir de tout catholique digne de ce nom, qui ne se fabrique pas orgueilleusement ex nihilo son église voire même son pape (comme le font les sédévacs-survivantistes), mais qui prend l'une et l'autre des Mains du Saint-Esprit et du Christ, dans l'état de crucifixion et de Passion où l'Église se trouve certes terriblement et affreusement avec le pape Léon XIV. Parce que c'est là que Dieu la veut. 
           
        Reconnaître Léon XIV comme verus papa, ainsi que l'église romaine actuelle comme toujours vraie Épouse du Christ, est certes un vrai martyre pour le catholique actuel, mais justement, c'est cela le chemin de l'Église aujourd'hui : vivre "LA PASSION DE L'ÉGLISE" précisément parce que Léon XIV est vrai pape, précisément parce que l'église romaine est vraie Église. Et la grâce salvifique de Dieu pour toute âme se trouve dans ce chemin ecclésial crucifié, et nulle part ailleurs. Si l'on ne reconnaît pas Léon XIV comme vrai pape, l'église romaine comme vraie Église, alors, on ne vit pas "LA PASSION DE L'ÉGLISE" que le Saint-Esprit et le Père font vivre à l'Épouse du Christ aujourd'hui, dans notre contemporanéité ecclésiale depuis Vatican II quant à la Foi et depuis le Concordat napoléonien quant aux Mœurs. On s'invente alors damnablement une vie ecclésiale qui surnaturellement n'existe pas, qui vit dans les ténèbres extérieures inexistentielles puisqu'elle n'est plus una cum l'Église Universelle. 
           
        Mais rejeter avec orgueil et rébellion ce formel devoir de Foi, c'est vivre hérétiquement sa Foi dans une bulle de savon surréaliste qui n'existe pas, c'est vouloir "faire la volonté de Dieu contre la Volonté de Dieu" (André Frossard, à propos des tradis), c'est se créer contre la Volonté divine un petit nid douillet de pseudo-église, de petite-église schismatique, et mettre son âme, par un chemin insoupçonné du sédévacantiste, sur la voie de la damnation. 
           
        Que les sédévacantistes prennent à cœur de ne pas mériter qu'on soit obligé de dire d'eux ce que saint Bernard disait des hérétiques cathares : "On ne les convainc ni par le raisonnement (ils ne comprennent pas), ni par les autorités (ils ne les reçoivent pas), ni par la persuasion (car ils sont de mauvaise foi)" ! 
           
        Que Dieu et sa très-sainte Mère, et saint Joseph Patron de l'Église Universelle, soient en bonne et victorieuse aide aux sédévacantistes, barbaresques ou guérardiens, pour les aider à vaincre leur démon, qui ne leur est si terrible, qui aveugle si formidablement leurs yeux au point qu'ils ne peuvent plus du tout les ouvrir, que parce qu'ils l'ont trop couvé et caressé dans leur sein, en se mettant avec orgueil au-dessus de tout le monde !
 
Basilica di Santa Maria Maggiore Roma
(Basilique Sainte-Marie-Majeure)
           
        Quant à moi, voici ce que je vais faire. Dénonçant le péché matériel dans lequel vit l'Épouse-Église du Christ non pas seulement depuis Vatican II mais depuis le Concordat napoléonien, c'est-à-dire pratiquement au sortir même de la Révolution (l'Église est en effet en état de péché matériel depuis le Concordat quant aux Mœurs seules, puis quant aux Mœurs et à la Foi depuis Vatican II), ce qu'aucun sédévacantiste le plus osé n'ose même faire il n'ose même pas y penser, et de loin, je vais aller faire pèlerinage à Rome cet été pour montrer au Christ (qui le sait déjà, bien sûr) mon humble soumission et amour entier pour l'Église que Sa libéralité et Son Amour infini pour moi m'a donnée pour faire mon salut dans ma vie terrestre, dans son économie du Temps des nations dont le centre est à Rome.
           
        Et, une fois à Rome, j'y ferai, avec l'aide de Dieu, entre autres, le tour des sept églises (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_des_sept_%C3%A9glises#) en tant que romeu, soit quelque 36 kms de marche dans le centre historique de Rome, car si le parcours fait 25 kms en une seule journée, en passant d'une église à une autre sans discontinuer, ce que faisait saint Philippe Néri (1515-1595) qui avait relancé la tradition à son époque, je le ferai quant à moi et mes 69 ans en juillet prochain, sur quatre jours fractionnés, en partant et revenant chaque fois à l'aire de services où je stationnerai mon camping-car pour chaque tournée, une ou deux églises par jour à la fois...
 
En la fête de sainte Jeanne de Valois,
Reyne de France et fondatrice,
Ce 4 février 2026.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
           
Le sette chiese di Roma Antoine Lafréry 1575
 
LES SEPT ÉGLISES, dans l'ordre processionnel :
Saint-Pierre-de-Rome ; Saint-Paul-hors-les-murs ;
Saint-Sébastien-hors-les-murs ; Saint-Jean-de-Latran ; Sainte-Croix
de-Jérusalem ; Saint-Laurent-hors-les-murs ; Sainte-Marie-Majeure.
 
(gravure de 1575)
 
 
 
04-02-2026 08:26:00
 

Les musulmans croient-ils au vrai Dieu, qui serait donc le même que le nôtre, catholique...?

 
 
 
 
 
Les musulmans croient-ils au vrai Dieu,
qui serait donc le même que le nôtre, catholique...?
 
               
 
        J'ai bien conscience que ce que je vais dire aujourd'hui dans ce nouvel article va aller complètement à contre-courant radical de la pensée théologique dominante actuelle sur la question, je n'ose écrire "la pensée unique", mais, comme le dit un proverbe arabe ou chinois (les meilleurs) : "C'est en nageant à contre-courant qu'on attrape de l'eau fraîche"... 
       
Ange aux 2 trompettes Modif complète        
 
        La pensée dominante en la matière est celle-ci : Le musulman croit au vrai Dieu, il adore le vrai Dieu ; quand bien même il Lui rend un faux culte, il adore le Dieu Un, donc le vrai Dieu. Une formule latine résume la thèse, falsus cultus veri numinis, le faux culte rendu au vrai Dieu. Cette assertion doctrinale est professée par un nombre très-impressionnant, et, à l'abordage de la question, fort troublant, de grands théologiens des siècles passés, de saints docteurs in utroque, de papes à leur scolastique suite, etc., etc.. Et, sur la question, il n'est que trop vrai que les modernes vaticandeux n'ont rien fait d'autre que suivre leur doctrine "traditionaliste", fort notamment dans le très-sulfureux décret magistériel conciliaire Nostra Aetate ; bien évidemment tellement heureux de pouvoir le faire, ça va sans dire, car est-il besoin de préciser que ladite assertion apporte beaucoup d'eau à leur moulin œcuméniste hétérodoxe. C'est ainsi par exemple que le pape saint Jean-Paul II, en disant aux jeunes musulmans "Nous croyons au même Dieu" (discours de Casablanca, 19 août 1985), n'a rien fait d'autre qu'être l'écho très-parfait de ce qu'a professé en son temps un autre saint pape, Pie X, dans son catéchisme en 1905, y disant très-clairement quant à lui que les musulmans "admettent le seul vrai Dieu, ammettendo l’unico vero Dio". Car si, bien sûr, les musulmans admettent le seul vrai Dieu comme croit pouvoir le professer Pie X, comme d'autre part nous catholiques admettons aussi le seul vrai Dieu, alors, conclusion syllogistique obligée et formelle, c'est donc que nous, musulmans et catholiques, admettons, croyons et adorons, le même Dieu, Jean-Paul II faisant ici allusion uniquement à la Substance divine Une à laquelle fait également allusion Pie X, et non pas à la structure Trinitaire de Dieu. Jean-Paul II a donc eu raison d'aller jusqu'au bout du théorème... tirez en effet la chevillette de son syllogisme, et la bobinette cherra.
           
        Pourquoi m'arrêterai-je en si bon chemin ? Il convient d'ailleurs de bien exposer la thèse de la "pensée dominante" en la matière, avant d'en discuter et d'en faire une mise à plat chirurgicale. Voici donc quelques dires de quelques auteurs anciens et nouveaux en la cruciale matière, j'en tire la petite liste d'auteurs "ralliés" qui, par un grand et sûrement ahanant travail sur moult et moult années, s'en sont fait une grosse, grosse, grosse collection, et je gage fort qu'ils s'en gargarisent scrupuleusement et religieusement la glotte tous les matins à jeun avant de prendre leur petit dej' :
           
        - Le théologien Francisco Suarez (1548-1617) : "Et cette raison est probante en général pour le cas des Sarrasins, et des autres infidèles connaissant et vénérant le seul et unique vrai Dieu, quant aux rites non-contraires à la raison naturelle" (Tractatus de fide theologica, commentant un texte de saint Thomas (II-II, q. 10, a. 11), in Opera omnia, Paris, Vivès, t. XII (1858), n° 9-10, p. 451-452) ― "De cette façon, c’est la religion juive et peut-être de nombreuses manifestations religieuses des mahométans et autres infidèles similaires, qui adorent le seul vrai Dieu" (Tractatus Primi de Fide Theologica, parte secunda, sectio IV, Disp. XVIII).
           
        - Le Cardinal de Lugo, théologien post-tridentin, écrit, en 1646 : "Car parmi eux [les infidèles], il y en a qui, bien qu’ils ne croient pas à tous les dogmes de la religion catholique, reconnaissent néanmoins le Dieu un et véritable [agnoscunt tamen Deum unum, & verum], tels sont les Turcs, et tous les Mahométans, ainsi que les Juifs" (De virtute fidei divinæ, disp. 12, n. 50, Lyon, 1646, volume 3, 286).
           
        - L’abbé Jacques-Paul Migne, dans sa célèbre Encyclopédie théologique du XIXème siècle : "ALLAH. Nom de Dieu chez les Arabes. Il faut se garder de le prendre pour le nom d’une divinité particulière, car les Musulmans adorent le vrai Dieu et ont en horreur le culte des idoles" (t. XXIV, p. 128, 2ème col.).
           
        - Le théologien Pierre le Chantre, mort en 1197, va même, en plein Moyen-Âge, jusqu'à oser soutenir, quant aux chrétiens sans église dans les pays musulmans : "Les chrétiens pèchent-ils s’ils adorent avec ceux-là même qui adorent un seul Dieu comme nous, que nous adorons ? Réponse : Si cela peut être fait sans scandale, ils ne pèchent pas (de Summa de sacramentis et animæ consiliis, cap. V, § 219 ; texte inédit publié et annoté, Volume 3, Nauwelærts, p. 195). Du coup, voilà-t-il pas absous tous les papes post-conciliaires se rendant dans les mosquées, avec ou sans babouches... car si le Vicaire du Christ le fait, ça ne peut être que sans scandale.
           
        - Mgr Fernando Vellosillo, mort évêque de Lugo en 1587, quant à lui, prend à tâche de réfuter l’opinion que les infidèles n’adorent pas le vrai Dieu : "Nous disons que les philosophes naturels, qui n’étaient pas idolâtres, connaissaient le vrai Dieu, & l’adoraient [quant à ceux-là, la thèse est exacte] ; les sarrasins aussi croient et adorent le vrai Dieu [Deum sarraceni etiam & verum deum credunt & colunt], de même les Juifs : ils se trompent cependant sur quelques [...!] articles, davantage en ce qui concerne l’incarnation du Christ [... et peut-être aussi quant au dogme trinitaire, n'est-il pas ?]" (Advertentiæ Theologiæ Scolasticæ in B. Chrysost. et quatuor Doct. Ecclesiae, 1601, p.344).
           
        - Le Père Jacques Bonnetat (1867) : "Parmi les peuples infidèles, les musulmans connaissent le vrai Dieu" (Pie IX en face de la révolution, p. 86).
           
        - Le théologien et canoniste Vitus Pichler (1670-1736) écrivait ceci : "Car on appelle païen, ceux qui nient le vrai Dieu et adorent les idoles, les Sarrazins adorent vraiment le seul et véritable Dieu" (Summa jurisprudentiæ sacræ universæ, Secundum quinque Decratalium Gregorii Papæ IX, Lib V, Titulis VI, col. 239).
           
        - Les théologiens Regatillo & Zalba, en 1954, développant la thèse de "la pensée dominante commune" en la matière jusqu'à son ultime conséquence anté(i)christique, vont, très-logiquement remarquons-le bien, jusqu'à supposer "une église dans laquelle le vrai Dieu sera adoré, et dans cette catégorie les auteurs placent généralement la mosquée musulmane" (cf. Theologia Moralis, 1954). Zist & zest !, du coup, voilà la multi-église d'Abou-d'Ahbi canonisée... bien avant Vatican II.
           
        - Le P. Boubée, pour la revue jésuite Études (1922), professe, quant à lui : "Son DIEU [au juif] est le DIEU des musulmans, le DIEU de tous les monothéistes, le vrai DIEU des chrétiens" (n° 171, p. 740).
           
        Je n'aurai certes garde d'oublier de citer les papes modernes, qui, on s'en doute, souscrivent tous à cette "pensée dominante commune" en la matière, qu'ils soient post-concordataires ou post-conciliaires. Les "ralliés" citent de Pie XI par exemple les passages de deux encycliques, Caritati Christi Compulsi du 3 mai 1932 et Divini Redemptoris du 19 mars 1937, et ils sont tout-à-fait fondés à en déduire qu'on ne peut tirer du propos pontifical autre chose que le musulman croit au vrai Dieu, puisque le pape y professe que, après la Révélation, l'immense majorité des hommes adorent le vrai Dieu, ce qui serait impossible si les musulmans n'étaient pas à comprendre dans le nombre. Mais lisons Pie XI : "Dans une telle union d’esprits et de forces, ceux-là, naturellement, doivent être les premiers qui se glorifient du nom de chrétiens, fidèles à la glorieuse tradition des temps apostoliques, quand la multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme ; mais que tous ceux qui admettent encore un Dieu et lui adressent leurs adorations apportent, eux aussi, leur concours sincère et cordial, afin d’éloigner de l’humanité le grand danger qui la menace tout entière" (Caritate Christi compulsi).
           
        Pie XI revient sur cette idée parfaitement juste et par ailleurs moralement roborative, dès lors qu'on veuille bien la professer catholiquement, à savoir que la majorité des hommes n'ont effectivement pas répudié la croyance au vrai Dieu (ou, sans doute, pour la plupart des non-chrétiens, à une inchoation du vrai Dieu), DANS LEUR PERSONNE PRIVÉE, EN LEUR FOR PRIVÉ, MAIS NULLEMENT PAR LE CANAL DE LEURS FAUSSES RELIGIONS QUI NE LEUR ENSEIGNENT PAS LE VRAI DIEU EN CE COMPRIS LE MAHOMÉTISME, comme les "ralliés" corrompent et subvertissent leur Foi en voulant le professer : "Dans ce combat engagé dans la puissance des ténèbres contre l’idée même de la Divinité, Nous gardons l’espérance que la lutte sera vaillamment soutenue, non seulement par ceux qui se glorifient de porter le nom du Christ, mais aussi par tous les hommes (et ils sont l’immense majorité dans le monde) qui croient encore en Dieu et l’adorent" (Divini Redemptoris). À la vérité, cette pensée que les non-chrétiens peuvent très-bien en leur for privé croire au vrai Dieu est déjà connue dès les premiers temps du christianisme. C'est pourquoi saint Augustin, sur la fin du IVème siècle, formulait : "Il y en a qui appartiennent au Corps de l'Église sans appartenir à son Âme [les mauvais chrétiens en état de péché mortel], et d'autres qui appartiennent à son Âme sans appartenir à son Corps [les païens ou adeptes de fausses religions de bonne volonté qui désirent le vrai Dieu dans leurs cœurs, et qui y conforment leurs mœurs et leurs vies, autant qu'il est en eux de le faire]".           
 
        Je vais arrêter là mes citations, on en a en effet assez, dans tous les sens du terme y compris ad nauseam, pour comprendre la thèse de la "pensée commune et dominante" en la matière qui, pour en rester et se circonscrire au sujet de mon article, est : le musulman croit et adore le vrai Dieu.
 
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        ... Que bien penser d'une telle doctrine si étrange ?, de "si étonnantes stipulations", comme disaient les Évêques Réclamants des articles sulfureux du diabolique Concordat napoléonien ? Que, premièrement, le catholique, qui vit du Saint-Esprit depuis qu'il a reçu le Sacrement de Confirmation, ne peut, dès l'abord, qu'être infiniment choqué dans sa Foi d'une telle affirmation, à savoir, donc, pour en rester à notre catégorie d'infidèles, que le musulman croit au vrai Dieu, qu'il adore en Allah le vrai et unique Dieu, quand bien même on complète en disant qu'il L'adorerait par un mauvais et faux culte.
           
        Et cette première réaction de sa Foi, à la fois instinctive et irrépressible, qui lui vient du Saint-Esprit, est confirmée par l'examen théologique de ladite doctrine, que je vais m'employer à faire maintenant avec rigueur et vigueur. Voyons cela ensemble de très-près, en effet, en prenant les choses par le haut ou plutôt par le Très-Haut, par le raisonnement qui sera supérieur à tout raisonnement, c'est-à-dire par le raisonnement métaphysique.
           
        Je commencerai justement par rappeler quelque chose de très-important, qui n'est, pour parler par euphémisme, que bien peu perçu de nos jours enténébrés et sataniquement humanisés, c'est à savoir que la métaphysique, science qui s'occupe des causes premières des choses dans le Réel, est au-dessus de toute autre science, comme le Ciel dépasse la terre. Lorsqu'elle fait un raisonnement sur une chose ou objet, ce raisonnement est ipso-facto la clef de voûte de tout autre raisonnement basé sur toute autre science, qui ne pourra que lui être inférieur et subordonné, en subséquente dépendance totale de celui-ci. Tout raisonnement en effet tenu contre le raisonnement métaphysique sur un sujet donné est condamné et se condamne lui-même, comme voulant s'établir en rejetant la pierre d'angle, la clef de voûte, ce qui arriva aux pharisiens : "Jésus leur dit : N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, celle-là même est devenue la tête de l'angle ; c'est le Seigneur qui a fait cela, et c'est une chose admirable à nos yeux ? Et celui qui tombera sur cette pierre, s'y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera" (Matth XXI, 42 & 44).
           
        Or, voici. Je vais maintenant asseoir le raisonnement métaphysique dans la question qui nous occupe. L'objet traité est "Dieu". Je vais mettre en rouge et en gras le raisonnement métaphysique sur "Dieu", tous les mots que je vais écrire seront d'essence métaphysique, et donc obligeront formellement à la croyance celui qui les lira, si tant est qu'il est, veut rester ou (re)devenir, catholique :
           
        Dieu est Un ET Trine. En Dieu, la Trinité EST l'Unité. En Dieu, l'Unité EST la Trinité.
           
        Ce simple (et sublime) énoncé suffit à résoudre absolument la question musulmane de soi, ex se. Tout autre raisonnement tenu en la questio, qui ne pourra qu'être de nature inférieure à celui-là qui est purement métaphysique, ne pourra qu'y être obligatoirement en adéquation subséquente, sous peine de montrer, et sa forfaiture, et sa radicale fausseté.
           
        Avant de voir comment la susdite assertion métaphysique, que j'ai mise en rouge gras, résout radicalement la question musulmane, méditons un peu sur elle. On ne peut disconvenir qu'elle prend vraiment aux tripes notre pauvre intelligence humaine, limitée par tous les côtés et surtout par le haut : mais comment, en Dieu, l'Unité puisse-t-elle ÊTRE à la fois et en même temps la Trinité ? Et de même : comment, en Dieu, la Trinité, ÊTRE de même l'Unité ? À la vérité, je n'en sais rien, mais ce qui s'appelle vraiment : absolument rien. Et vous non plus. Et personne n'en sait rien. Tout le monde connaît l'histoire que rapporte saint Augustin sur sa propre expérience personnelle. Un jour, au bord d'une plage, méditant sur le Mystère de Dieu le plus que son esprit très-profond pouvait le faire à l'aide de force dialectique, tâchant d'essayer d'essayer d'essayer de saisir comment l'Unité pouvait en même temps et à la fois être Trinité, et vice-versa, il aperçoit tout-à-coup, sortant soudain de sa vaine introspection intellectuelle, un enfant qui, pendant qu'il s'efforçait de penser, courait quant à lui vers la mer remplir d'eau un coquillage, puis, revenant, qui versait le minuscule contenu dans un trou de sable qu'il avait fait non loin d'Augustin, répétant sans cesse l'opération dans des allées et venues incessantes. Ne pouvant s'empêcher d'être interpellé par le manège insolite et obsédant de l'enfant, saint Augustin, rompant sa réflexion, sortant de son intellect, finit par lui dire : "Mais que fais-tu, enfant ?" ― Et l'enfant, qui n'était rien d'autre que l'Enfant-Jésus Lui-même, de lui répondre : "J'ai l'intention de mettre toute la mer dans ce trou de sable" ― Saint Augustin, de s'exclamer : "Mais tu n'y arriveras jamais !" ― "Pas plus que toi, Augustin, tu n'arriveras à comprendre le Mystère de la Sainte-Trinité divine", lui rétorqua l'Enfant divin qui, après cette parole, s'évanouit du regard d'Augustin. De l'épisode merveilleux, saint Augustin comprit qu'il devait s'en tenir à l'assertion métaphysique impérée par la Foi, à savoir que Dieu est à la fois et en même temps Un et Trine, Trine et Un, sans aller plus loin.
           
        Voilà. C'est tout, en effet. Dieu est Un ET Trine, Trine ET Un. Et c'est amplement suffisant, surtout pour résoudre radicalement et absolument notre problématique musulmane du moment. À la limite d'ailleurs, je n'ai même pas besoin d'en écrire plus pour les gens intelligents qui liront ceci (il n'y en a pas d'autres, d'ailleurs, qui me lisent...), l'assertion métaphysique résout par le haut ou plutôt par le Très-Haut notre question du jour en condamnant comme fausseté radicale, in radice, la doctrine qui nous occupe, à savoir que le musulman croit au vrai Dieu, adore le vrai Dieu. Il n'y a pas grand raisonnement à faire, en effet, pour le comprendre. Puisque, en Dieu, la Trinité EST l'Unité et que l'Unité EST la Trinité, cela signifie que quand on parle de l'Unité de Dieu, cela, métaphysiquement, s'épèle en outre très-immédiatement c'est-à-dire en même temps et à la fois, et non médiatement, T-r-i-n-i-t-é ; et de semblable et identique façon et manière, quand on parle de la Trinité de Dieu, cela s'épèle en outre très-immédiatement, et non médiatement, U-n-i-t-é de Dieu. Quand bien même on ne sait pas comment ça marche, aucune "mécanique de Saint-Simon" ne pouvant rationnellement, humainement, expliquer la chose...
           
        Dès lors, par ce raisonnement métaphysique qui, ainsi que je l'ai dit, soumet à sa loi, comme lui étant infiniment supérieur, tout autre raisonnement d'autre nature, fût-il scolastique, il est impossible de dire que le musulman croit au vrai Dieu et l'adore. En effet, sa doctrine coranique le fait rejeter formellement le dogme de la Trinité divine, voici en effet les sourates ou versets les plus marquants qui le lui enseignent : "Ô gens du Livre [= la Bible] ! N’exagérez pas dans votre religion et ne dites, sur Dieu, que la vérité (...) et ne dites plus «Trois». Cessez ! Ce sera bien mieux pour vous. Votre Dieu est un Dieu unique. Il est trop parfait pour avoir un fils" (Coran IV, 171) ― "Ce sont certes des mécréants ceux qui disent : «En vérité, Dieu est le troisième de trois», alors qu’il n’y a pas d’autre divinité à part Dieu" (Coran V, 73) ― "… Votre Dieu est un Dieu unique. Quiconque espère rencontrer son Seigneur, qu’il fasse de bonnes actions et qu’il L’adore sans rien Lui associer [sous-entendu formel : Lui associer des Personnes divines]" (Coran XVIII, 110) ― "N’attribue donc pas d’autres divinités à Dieu, sinon tu seras jeté dans l’enfer, blâmé et réprouvé" (Coran XVII, 39). Etc., etc.
           
        Or donc, puisque métaphysiquement la Trinité EST l'Unité, le malheureux musulman, en disant : "Je ne crois pas à la Trinité divine", dit en même temps et à la fois, quoiqu'il n'en ait pas conscience : "Je ne crois pas au Dieu Un, à l'Unité divine". Mais dès lors que sa profession de foi lui fait endosser qu'il ne croit pas au Dieu Un par le simple et seul fait ipso-facto qu'il ne croit pas au Dieu Trine, il ne peut donc croire et ne croit donc malheureusement pas au vrai Dieu. Ce qu'il fallait démonter et démontrer, hélas, cqfd, et qui convainc de fausseté radicale, et surtout scandaleuse au regard de la Foi, l'assertion scolastique épousée communément par les tradis comme par les modernes, qui voudrait qu'en professant un Dieu Un, rejetant conséquemment tout polythéisme et/ou idolâtrie, cela serait théologiquement suffisant pour faire du musulman un adorateur du vrai Dieu...
           
        Il n'est pas bien difficile de prendre une comparaison dans l'ordre humain pour bien faire ressortir cette conclusion que je viens de poser, à savoir que le musulman, de par sa fausse religion coranique, ne croit pas au vrai Dieu ni ne L'adore, quand bien même par ailleurs il aurait en son for privé bonne, véridique, voire ardente et édifiante intention de découvrir ce vrai Dieu, aux fins de Le servir et de L'aimer (disposition intérieure qui lui est comptée, bien sûr, par le Bon Dieu, et qui lui mérite des grâces surnaturelles pour l'amener à conversion véritable). Prenons l'exemple de la personne humaine. Le catéchisme nous apprend qu'elle est composée d'un corps et d'une âme. Et prenons maintenant Grosjean, l'idiot du village, qui professerait qu'il croit à la personne humaine en cela uniquement qu'elle a une âme, mais refusant formellement de croire qu'elle a un corps ; il croit que la personne humaine a une âme, mais il refuse de croire qu'elle a un corps, professant en cela l'hérésie docète. Questio. Est-ce que, par sa seule croyance que la personne humaine a une âme, qui est une des deux composantes métaphysiques de la personne humaine, cela serait suffisant pour dire que Grosjean croit à la personne humaine ? Bien sûr que non. Pour que Grosjean puisse être dit croire à la personne humaine, il faut absolument qu'il croit, et à l'existence de l'âme, et à l'existence du corps, dans la personne humaine. Le simple fait de croire seulement à l'existence de l'âme dans la personne humaine n'est pas suffisant pour qu'il puisse être dit que Grosjean croit à la personne humaine. Et, le lecteur l'a déjà compris, il en est exactement de même pour la croyance en Dieu : le simple fait que le musulman dit croire au Dieu Un mais en couplant formellement sadite croyance avec le rejet formel de la croyance au Dieu Trine, n'est pas plus suffisant qu'avec Grosjean pour qu'on puisse dire de lui qu'il croit au vrai Dieu, c'est au contraire fort dirimant.
 
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        Contre cette doctrine, à la fois catholique et métaphysique, que je professe et qu'il me semble tout catholique doit professer, les scolastiques anciens et modernes, pour soutenir la leur, invoquent le quid et le quis, c'est-à-dire dissèquent par l'intellect les choses abordées (pour simplifier, je laisse de côté le qualis, c'est-à-dire la question des Attributs divins, car cela ne change rien au raisonnement de fond, et permet d'éviter des longueurs inutiles). Laissons le P. Basile Valuet, champion (hélas) bien connu de la mauvaise cause "ralliée" qui s'évertue perseverare diabolicum à blanchir à la chaux pharisaïque les pires hétérodoxies pontificalo-ecclésiales modernes vaticandeuses et post, nous exposer ce raisonnement, il le fait d'ailleurs très-bien (cf. L’Église au défi des religions, Basile Valuet, pp. 235-240) :
           
        "a) quant au quid, à la réalité désignée [de Dieu], à la substance [divine] dont il s’agit, les juifs et les musulmans parlent bien de la même réalité que nous [oui, mais ils en parlent de manière seulement métaphorique, parabolique, en image, et même, hélas souvent, en mirage dans le désert des Tartares, et non pas dans le Réel métaphysique, comme nous le faisons, nous, chrétiens ; je vais développer cela, qui est essentiel à saisir et qui marque un abîme infranchissable entre la croyance musulmane et la nôtre chrétienne, tout-à-l'heure] : ce point n’a jamais été mis en cause dans l’histoire de la théologie ; il suffit pour s’en convaincre de consulter les discussions des chrétiens avec les juifs, et les musulmans à travers les siècles, ainsi que les assertions des théologiens sur le falsus cultus veri numinis, le faux culte rendu au vrai Dieu. Les mêmes idées se retrouvent par exemple dans nos anciens catéchismes diocésains.
           
        "b) Quant au quis, c’est-à-dire à la personnalité de Dieu, il est évident que les musulmans nient que cette réalité créatrice de l’univers soit tri-personnelle. En ce sens «ils n’ont pas le même Dieu», c’est-à-dire quant à ce qu’ils affirment de Lui. Évidemment, il ne s’agit nullement d’une question mineure, mais cet aspect ne remet pas en cause le 1er sens (a)".
           
        "... cet aspect ne remet pas en cause le 1er sens (a)". Sur cette lancée formidablement de travers, en ce qu'elle dissèque dans des cloisonnements séparés le quid du quis, voulant à tort que l'un et l'autre, dissocié l'un de l'autre, puisse tenir indépendamment dans l'existence réelle, notre auteur, de finir son exposé en prenant soigneusement à tâche de synthétiser dans des mots choisis toute sa thèse, qui donc n'est rien d'autre que celle de tout ce courant "traditionaliste" en la matière que nous avons vu que dessus, professée communément par les tradis et les modernes ensemble cul et chemise, avant comme après Vatican II qui, ici, in casu, n'est même pas une ligne de démarcation entre le bien et le mal : "Selon la foi et la théologie catholiques, ces hypostases, sujets ou personnes (Père, Fils et Esprit Saint), réellement distincts entre eux par une opposition de relations réelles, sont toutefois réellement identiques à cette substance, la divinité. (...) Mais on peut penser et exprimer les uns sans les autres, car il y a une distinction de raison entre personnes et substance divine (on peut connaître celle-ci, en ignorant, voire en niant celles-là)". La première phrase est correcte ; la seconde est hérétique. La première, d'ailleurs, ce que n'a pas remarqué le P. Valuet qui n'a pas l'air de comprendre ce qu'il écrit lui-même, condamne formellement la seconde, car si les Personnes divines sont dites être réellement identiques à la Divinité Une, c'est-à-dire métaphysiquement, elles ne sauraient en être... dissociées.
           
        Pour le bien saisir, j'en reviens à la métaphysique, justement. Car c'est elle, encore et toujours, qui a le dernier mot qui est aussi le premier, alpha & oméga, et qui va trancher de manière décisoire et formelle notre question, faisant radicalement ressortir l'hérésie de cette seconde phrase, laquelle s'avère être toute l'assise théologique de l'assertion "traditionaliste" que nous étudions, à savoir que le musulman croit au vrai Dieu Un, adore le vrai Dieu Un.
           
        Le P. Valuet croit pouvoir asseoir que le musulman croit au vrai Dieu Un, parce qu'il y a "une distinction de raison entre personnes et substance divine (on peut connaître celle-ci, en ignorant, voire en niant celles-là)". Et donc, quand bien même le musulman récuserait les Personnes divines, cela ne l'empêcherait pas de croire véritablement à la Substance divine, Une. Ce raisonnement est parfaitement hérétique.
           
        Une distinction de raison qui philosophiquement s'assimile à l'être de raison, en effet, fait référence à un être qui n'a d'existence non-substantielle que dans la pensée, en opposition avec l'être réel (le philosophe cartésien Baruch Spinoza 1632-1677, qui fut le premier à employer la formule "être de raison", la définit comme "une façon de penser qui sert à retenir, expliquer et imaginer plus facilement les choses connues"). C'est-à-dire que c'est par intellection (= acte de l'intellect), in abstracto, qu'on conçoit les êtres de raison, et non point du tout dans le réel, in concreto. Et c'est bien à ce niveau in abstracto non-Réel que se situe notre auteur, qui écrit, sans même y faire attention : "Mais on peut penser et exprimer les uns sans les autres, car il y a une distinction de raison entre personnes et substance divine". Or, métaphysiquement, la conclusion est simple : concevoir en Dieu les Personnes divines et la Substance divine par un acte d'intellection qui conceptualise des êtres de raison différents, n'autorise absolument pas à pouvoir les faire vivre et exister en séparé dans le Réel, le in concreto. Autrement dit, l'affirmation de notre auteur, à savoir que l'on peut très-bien croire à la Substance divine tout en reniant les Personnes divines, est parfaitement hérétique, et même insensé. Pour le bien comprendre, reprenons l'exemple de la personne humaine dotée d'un corps et d'une âme. C'est par des êtres de raison que je sais que la personne humaine est composée d'un corps et aussi d'une âme, différents entre eux. Mais ces êtres de raison ontologiques ne peuvent pas exister en séparé dans le Réel, dans le in concreto : on n'a jamais vu, en effet, une personne humaine-corps seulement, ou une personne humaine-âme seulement. Et de même, il ne saurait exister de croyant professant sa Foi seulement dans la Substance divine à l'exclusion formelle des Personnes divines, comme le veulent tous les auteurs scolastiques qui soutiennent la thèse que je mets dans cet article à l'examen. Autant la personne humaine n'existe pas dans le Réel si elle n'est à la fois et en même temps corps et âme, autant le Dieu vrai n'existe pas dans le Réel s'Il n'est à la fois et en même temps Substance et Personnes divines trines...
           
        Nous sommes là en présence, justement, avec le très-gros défaut des scolastiques, leur faille abyssale, leur tentation immanente, parce qu'ils tombent souvent dans l'abus de l'intellection des choses, de s'imaginer que ce qu'ils ont conçu en termes d'êtres de raison par leur intellect est par-là même revêtu de l'existence dans le Réel des choses, c'est-à-dire faire exister in concreto ce qui n'est que dans l'intellect in abstracto. C'est une sclérose du scolastique qui hélas peut souvent tourner vinaigre en nécrose mortifère. On en a un exemple flagrant, frappant, dans "la crise de l'Église", avec les tradis guérardiens tombant dans cette scolastique erreur grave de mettre in concreto ce qui n'a l'existence qu'intellectuellement, in abstracto, lorsqu'ils en font l'application à la personne pontificale (tout pape en effet, professent-ils, est composé d'une matière et d'une forme, qui sont effectivement des êtres de raison parfaitement discernables dans la fonction pontificale ; mais ils poursuivent de manière complètement absurde et hérétique en voulant faire exister dans le in concreto un pape-matière seul, qu'ils ont baptisé materialiter -néologisme inventé pour les besoins de leur mauvaise cause semi-sédévacantiste-, sans qu'il soit revêtu à la fois et en même temps de la forme pontificale ou Autorité divine : c'est tomber à deux pieds joints dans l'erreur de vouloir faire exister dans le Réel un être de raison qui n'existe que dans l'intellect).
           
        En somme, en voulant faire subsister métaphysiquement ce qui n'existe pas réellement, mais seulement in abstracto, le P. Valuet tombe dans l'erreur de Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers au XIIème siècle : "… Son défaut, comme celui d'Abailard son contemporain, fut de vouloir expliquer les dogmes de la théologie par les abstractions et les précisions de la dialectique. Il disait que la divinité ou l'essence divine est réellement distinguée de Dieu. C'est le mot réellement qui constitue l'erreur. Si Gilbert s'était borné à dire que Dieu et la Divinité ne sont pas la même chose formellement, ou in statu rationis comme s'expriment les logiciens, sans doute il n'aurait pas été condamné ; cela signifierait seulement que ces deux termes, Dieu et la Divinité, n'ont pas précisément le même sens, ou ne présentent pas absolument la même idée à l'esprit. Mais ce subtil métaphysicien ne prenait pas la peine de s'expliquer ainsi" (Dictionnaire des hérésies, Migne, p. 1122). C'est la même chose hérétique lorsqu'on dit que la Substance divine puisse être réellement distinguée des Personnes divines, c'est le mot réellement qui constitue l'erreur. Il ne peut pas exister de croyant qui ne croit qu'à la Substance divine Une sans croire en même temps et à la fois aux Trois Personnes divines qui composent cette dite Substance : ce croyant-là ne croirait pas au vrai Dieu Un, mais seulement à un fantôme de Dieu Un, non-substantiel. Professer le contraire, comme le fait le P. Valuet, est parfaitement hérétique.
           
        Comme disait le jésuite Jean Perrone (1794-1876), à propos du nestorianisme (un P. Perrone fort estimé par Vacant dans son article sur le Magistère ordinaire & universel, qui l'appelle "le théologien le plus autorisé du temps") : "Ainsi, il n'est pas un seul instant, soit avant, soit après l'Incarnation, pendant lequel on puisse supposer ou concevoir l'humanité du Christ existant en dehors de la Personne du Verbe. Car, si on examinait cette humanité à part et en dehors de cette subsistance ou Personne, ce ne serait plus l'humanité du Christ, c'est-à-dire du Verbe incarné, mais bien une pure abstraction, ou un être de raison [= idem pour notre affaire : la Substance divine sans les Personnes divines ne serait qu'un être de raison n'ayant aucune existence dans le Réel, une pure abstraction, c'est-à-dire qu'à partir d'elle seule, il serait métaphysiquement impossible de poser l'acte de croyance dans le Dieu vrai Un et Réel...]" (Théologie dogmatique, t. III, p. 190).
           
        Et plus loin, à propos de l'adoptianisme, ce "roman du nestorianisme", le P. Perrone de continuer judicieusement son explication : "Comme nous l'avons fait observer plus haut, la nature humaine du Christ ne peut pas être considérée d'une manière purement abstractive et par une simple opération de l'esprit en dehors et à part la divinité ; CAR ELLE NE SERAIT PLUS SUBSISTANTE, puisque toute la subsistance de cette humanité est la personne du Verbe divin ; si, par conséquent, on enlève cette subsistance, CETTE HUMANITÉ N'EXISTERAIT RÉELLEMENT PAS DANS LA NATURE DES CHOSES. Car rien n'existe au concret, si ce n'est par la subsistance [= de la même manière, la Substance divine Une ne peut pas être considérée d'une manière purement abstractive et par une simple opération de l'esprit en dehors et à part les Trois Personnes divines, car elle ne serait plus subsistante, puisque toute la subsistance de cette Substance divine Une est les Trois Personnes divines, etc.]. De plus, l'Humanité de Jésus-Christ, séparée de la Divinité, ne serait plus l'Humanité du Christ, mais bien celle de tout autre individu qui ne serait pas le Christ ; car la notion de Christ emporte nécessairement celle de Verbe fait chair [= de la même manière, une Substance divine Une toute seule, sans les Trois Personnes divines qui la composent métaphysiquement, pourrait tout-à-fait bien être... n'importe quel Être prétendument suprême, décliné hérétiquement de manière infiniment polymorphique par les religions fausses inventées par les pauvres humains tarés du péché originel et assis à l'ombre de la mort, sans oublier l'influence du démon soufflant sur les fumées du mensonge et de l'erreur !]" (ibid., t. III, p. 219, note 1).
           
        En conclusion, je dis et affirme que la métaphysique interdit formellement de dire que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un.
 
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        ... Mais au fait, au fait, il est grand'temps maintenant de répondre à la question que présuppose mon titre, Les musulmans croient-ils au vrai Dieu Un, qui serait donc le même que le nôtre, catholique...?, à laquelle donc, j'ai répondu par la négative : si donc les musulmans ne croient pas au vrai Dieu, mais alors, à quel dieu croient-ils...?, quel dieu adorent-ils...?, dont par ailleurs il est tout-à-fait possible qu'ils l'adorent avec grande sincérité et élan d'amour dans leurs âmes plongées dans l'ignorance invincible...?, peut-être dans certains cas, plus et mieux, que tant de chrétiens tièdes, dont j'espère je ne fais pas partie, le font envers le vrai et réel Dieu Un et Trine...?
           
        Ma réponse est la suivante. 1/ ce qui est très-positif chez lui, c'est que le musulman n'est pas polythéiste, il rejette toute idolâtrie et croit très-fort à l'Unicité de Dieu, et ceci ne peut que lui être compté à grand et bon crédit par le Bon Dieu ("Allah est une abréviation pour Al-Elah, le Dieu ; il vient de la racine alah, adorer, d'où dérive aussi l'Eloah des Hébreux, qui l'un et l'autre signifient l'adorable ; c'est donc un des noms les plus dignes d'être donnés à cet Être souverain qui mérite les hommages de tous les hommes et de toutes les créatures" ― Migne, t. XXIV, p. 128, col. 2). Mais 2/ il ne croit cependant pas au Dieu Un, j'entends le vrai Dieu Un Réel, puisque métaphysiquement cette croyance inclut obligatoirement et formellement de croire en même temps et à la fois au Dieu Trine, comme je l'ai expliqué plus haut.
           
        Alors, à quoi donc croit le musulman sincère et de bonne volonté dans sa croyance, comme il en existe sûrement beaucoup parmi eux, c'est du moins à espérer, car "Dieu notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité" (I Tim II, 4), Vérité qui n'est rien d'autre, substantiellement, que Dieu Lui-même par Jésus-Christ Notre-Seigneur et grand'Frère à tous...? Si l'on veut être exact et véridique, il faut dire et répondre que le musulman croit à l'idée du vrai Dieu Un, à sa métaphore. Ayant détaché un être de raison, la Substance divine Une, pour le faire vivre indûment dans le Réel, cette dite Substance ne peut donc être que fantomatique, ectoplasmique diraient les spirites de la fin du XIXème siècle, non-réelle, non-vraie, non-véridique, comme nous l'a fort bien expliqué tout-à-l'heure le P. Perrone. La métaphore est le transport du sens propre au sens figuré, parabolique. Elle se définit comme "une figure par laquelle on transporte, pour ainsi dire, la signification propre d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison qui est dans l'esprit" (Traité des Tropes, César Chesneau-Dumarsais). Définition qui convient admirablement bien à l'acte de croyance musulmane posé à partir d'un être de raison mis indûment dans le Réel. Le rhétoricien français Pierre Fontanier définit la "métaphore" comme l'emploi d'"un mot dans un sens ressemblant à, et cependant différent de son sens habituel" (Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Tzvetan Todorov et Oswald Ducrot, p. 354). Là encore, c'est on ne peut mieux dit.
           
        Prenons un exemple pratique pour bien faire comprendre les choses. Le mot "flamme" désigne dans son sens premier et réel, la flamme d'un feu, avec tous ses attributs, chaleur, lumière, vie et consomption ; mais on peut l'employer, par déviation et dérivation de son sens métaphysique premier, de manière métaphorique, par exemple : "La flamme de sa passion l'a mené aux pires excès". Cette flamme métaphorique n'a plus ni chaleur, ni lumière, ni pouvoir de consomption. C'est seulement de cette dernière manière métaphorique, donc par déviation et dérivation, que le musulman peut être dit croire au Dieu Un : il ne s'agit en fait que d'un pseudo-Dieu Un puisqu'il est radicalement déconnecté des Trois Personnes divines, mais le musulman le fait ressembler au vrai Dieu Un, notamment par le qualis, les Attributs divins dont le musulman le dote, Allah est juste, miséricordieux, tout-puissant, créateur du Ciel et de la terre, etc., etc..
           
        Croire donc en un Dieu Un métaphorique, parabolique, c'est certes déjà beaucoup, cela purge le croyant de toute idolâtrie polythéiste, mais cela n'est évidemment pas suffisant pour faire du mahométan un croyant au vrai Dieu Un qui, Lui, est Réel, métaphysiquement réel, comme étant Un et Trine à la fois et en même temps.
           
        D'où l'énorme scandale et blasphème gravissime de lire dans le vaticandeux Nostra Aetate que le musulman croit au Dieu... vivant et subsistant, blasphème éhonté que j'ai déjà vigoureusement dénoncé dans un précédent article (cf. https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/sommes-nous-dans-le-cas-d-un-pape-heretique-ou-d-une-eglise-heretique?Itemid=1) : "L'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant". Le mensonge blasphématoire, ici, est absolument flagrant dans tous les mots employés, inouï dans sa radicalité et son impudence mêmes, scandaleux au plus haut point. Dès lors que Dieu, en effet, est dit être "vivant et subsistant", il s'agit obligatoirement du vrai Dieu Un ET Trine, d'une vraie flamme de feu qui répand dans l'âme lumière, chaleur et vie, c'est-à-dire du Dieu réel, non-métaphorique, non-parabolique, auquel dieu métaphorique croit le musulman se confinant dans l'être de raison non-trinitaire : c'est seulement lorsqu'Il est Un ET Trine qu'Il vit éternellement, qu'Il subsiste éternellement, c'est de cette seule et exclusive manière qu'Il peut être dit VIVANT ET SUBSISTANT.
           
        Le blasphème vaticandeux n'est pas moins grand lorsque Nostra Aetate dit que le musulman croit au Dieu "Créateur du Ciel et de la terre", car le Dieu qui crée ne peut également être que le vrai Dieu Réel vivant et subsistant, par conséquent Un ET Trine, précisément par le Verbe, deuxième Personne de la Sainte-Trinité par Qui tout a été fait, à commencer par le Ciel et la terre bien entendu, "toutes choses ont été faites par Lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans Lui" (Jn I, 3), et non le Dieu métaphorique que le musulman s'imagine en croyant et adorant un non-substantiel être de raison, métaphysiquement radicalement incapable et impuissant à créer quoi que ce soit, surtout pas le Ciel et la terre... Certes, nous disons dans le Credo, "Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre" (et par ailleurs, notons que le Saint-Esprit est également dit être Créateur, il n'est que de lire la toute première strophe liturgique du Veni... Creator Spiritus : Viens, Esprit Créateur, Visite l'âme de tes fidèles, Emplis de la grâce d'En-Haut, Les cœurs que tu as créés), mais c'est par la Seconde Personne-Verbe de la Sainte-Trinité que la Création est métaphysiquement faite, saint Jean, infailliblement de par le Saint-Esprit, nous en fait la révélation dans le Prologue de son Évangile. Celui qui récuse donc l'existence du Fils puisqu'il refuse de croire en la Trinité des Personnes en Dieu, un Dieu qui, prétendument et blasphématoirement, serait soit disant "trop parfait pour avoir un fils" (Coran, sourate IV), ce qui est le cas du musulman, ne peut donc pas être dit croire au Dieu "Créateur du ciel et de la terre". C'est un vrai scandale de voir les Pères de Vatican II una cum Paul VI, puis tous les papes qui vont les suivre, mentir magistériellement à ce sujet.
 
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        Nous avons vu plus haut une grande liste de scolastiques de tout poils, tradis et modernes, professant que le musulman croit au vrai Dieu Un. Il faut cependant prendre en note qu'un très-grand théologien du XVIème siècle, Michele Ghislieri, le cardinal Alexandrin qui deviendra le pape saint Pie V, s'inscrit radicalement en faux contre cette opinion. Rappelons que sous le pontificat du très-irascible et très-rigoriste pape Paul IV, de sinistre mémoire, maniaquement pointilleux sur la question doctrinale (jusqu'à calomnier très-gravement en les traitant d'hérétiques de saints évêques qui n'avaient rien à se reprocher sur la Foi, c'est le moins qu'on puisse dire d'eux dont certains étaient des saints), le cardinal Alexandrin était rien moins que le Maître du Sacré-Palais, c'est-à-dire que Paul IV, en raison de sa très-grande science théologique, avait fait de ce dominicain le grand-inquisiteur pour toute l'Église Universelle, rien de moins (excusez du peu). Or, pour le pape Pie V, le Pacha turc musulman ne croit pas au vrai Dieu, et il entend la chose de par sa profession de foi musulmane et non pas au niveau de sa personne individuelle privée. Il le dira vertement, en des termes fâchés, au faible roy de France Valois, Charles IX, qui, dans une missive au pape, avait appelé "empereur" le Pacha turc musulman :
           
        "Nous avons reçu la lettre que Votre Majesté vient de Nous adresser. (...) Il est un point que Nous n'avons pu lire, ni sans étonnement, ni sans un profond chagrin, et sur lequel Nous avons cru devoir Nous expliquer avec Votre Majesté, en mettant dans nos plaintes l'accent de liberté qui convient au caractère dont Nous sommes revêtu. En effet, Votre Majesté désigne le tyran le plus inhumain, qui est en même temps l’ennemi le plus acharné de la Religion chrétienne, sous le nom d’Empereur des Turcs, COMME SI CELUI QUI NE CONNAÎT PAS LE VRAI DIEU pouvait jamais être Empereur ! Très cher fils en Jésus-Christ, donner le nom d’empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal. Votre Majesté ignore-t-elle qu'en décorant de ce nom l'ennemi de Dieu tout-puissant, elle scandalise les fidèles adorateurs de Jésus et leur est une pierre d'achoppement ? Quant à cette amitié formée par les rois vos ancêtres d'illustre mémoire, et que Votre Majesté nous écrit vouloir conserver dans l'intérêt même des chrétiens en général, Nous pensons qu'elle se trompe gravement [le pape faisait allusion à l'alliance contre-nature que François 1er avait faite avec le turc musulman, et que donc Charles IX son successeur au trône de France se proposait de continuer]. (...) Pourquoi en effet, lier amitié avec ceux qui haïssent le Seigneur ?" (Saint Pie V, un pape pour notre temps, Pierre Tilloy, p. 248, citant Histoire de saint Pie V, Pape, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, Comte de Falloux, t. II, pp. 240-241, 3ème éd., 1858).
           
        "Comme si celui qui ne connaît pas le vrai Dieu pouvait jamais être Empereur !" Affirmation formidable, en vérité ! Elle contient deux enseignements fondamentaux de tout premier ordre. Le premier regarde au premier chef notre sujet, à savoir que le turc, de par sa profession de foi musulmane, ne connaît pas le vrai Dieu, la suite de la lettre pontificale l'explicite en précisant qu'il est l'ennemi de Dieu tout-puissant, il fait partie des infidèles qui haïssent le Seigneur (on est vraiment aux extrêmes antipodes de ce qu'osent dire les Pères de Vatican II una cum Paul VI, qui regardent "avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant"...). Le second, qui n'intéresse pas notre sujet au premier chef, est cependant par trop important pour ne pas manquer de l'agrafer tout en haut du tableau noir, en tête d'affiche : le pape saint Pie V fait dériver la validité du pouvoir politique de sa subordination et son allégeance formelles et obligatoires à la vraie Religion, grande loi métapolitique que le moderne... ne peut même plus comprendre, en nos jours post-révolutionnaires démocratiques spirituellement lobotomisés. Autrement dit, il enseigne que le Politique dérive métaphysiquement du Religieux, tout pouvoir politique post-christique qui ne s'appuie pas sur le Dieu vrai Un et Trine et sur son Christ-Messie, explicitement et surtout constitutionnellement (suivez mon regard en direction des Démocraties modernes post-révolutionnaires dont la plupart, d'ailleurs, de nos jours, tournent salement de l'œil en Démonazies, en mayonnaise ratée), n'existe... tout simplement pas.
           
        Mais ce double enseignement corrélé du pape très-catholique qu'était le grand saint Pie V n'est plus accepté par les papes modernes. Saint Pie V n'aurait par exemple jamais accepté, au grand jamais !, de passer un concordat à parité de parties avec un État constitutionnellement musulman, comme l'a par exemple fait sans vergogne Paul VI, en 1964, avec le Maroc (ne faisant d'ailleurs en cela que suivre la pratique concordataire pontificale hétérodoxe avec tous États, même constitutionnellement athées, hérétiquement initiée par Pie VII avec Napoléon en 1801...). Tout simplement, on vient de le lire, parce qu'il est hors de question, théologiquement, de reconnaître une quelconque validité à un pouvoir politique qui n'est pas basé constitutionnellement sur la vraie Religion, validité que présuppose formellement la structure juridique synallagmatique de tout concordat à toute partie co-contractante acceptée dans l'acte concordataire ; d'autant plus, comme je le rappelais dans mon précédent article, qu'il est pareillement tout-à-fait hors de question pour la Société suréminemment de droit divin qu'est l'Église-Épouse du Christ d'accepter une partie étatique co-contractante concordataire qui n'est pas, quant à elle, de droit divin.
           
        Mais, comme je le disais plus haut, la déviance gravissime en la matière n'est même pas le fait de Vatican II et post, c'est déjà bien avant, dès le Concordat napoléonien de 1801, que l'hétérodoxie est promue par le Siège de Pierre en la matière qui, si elle ne touche pas encore la Foi, attente mortellement aux Mœurs par le vecteur du Politique constitutionnel. Ne se doutant pas le moins du monde qu'ils se condamnent eux-mêmes en rapportant positivement la chose, les "ralliés" évoquent par exemple l'adresse que fit Pie XII en juin 1950 au représentant musulman du gouvernement indonésien, par laquelle il est trop manifeste qu'il donne une note théologique des plus positives au dieu inscrit dans la constitution musulmane de l'Indonésie, l'assimilant et l'identifiant sans aucune réserve ni restriction aucunes au vrai Dieu Un : "Mr le Ministre, à votre première entrée solennelle dans votre haute Mission, en parlant au nom de vos citoyens, vous avez rendu hommage à l’ultime et richissime source de véritable et authentique paix. Dans les principes de base proclamées par votre État naissant, dans le «Pantjasila» (constitution), le nom et l’autorité suprême du Tout Puissant prend la première place [il est manifeste ici que Pie XII considère le dieu musulman auquel fait formelle allusion ladite constitution politique indonésienne comme étant le vrai Dieu Un, qui nous est commun, nous catholiques, avec eux, musulmans...]. Là où la primauté due à Dieu et à Lui seul est reconnue et soutenue, les hommes, les nations, la démocratie et une conscience sociale droite naturellement et avec une harmonie, forte et pleine de fruits, trouvent leur place propre dans la hiérarchie des valeurs" (Catholic News Service, 5 Juin 1950 ― aussi rapporté dans The Times, Indonesian envoy at the Holy See, Rome, May 25).        
           
        Saint Pie V a dû s'en retourner de honte et de sainte-colère Boanergès dans sa tombe : que n'aurait-il tancé et fustigé d'importance son indigne successeur sur le Siège de Pierre, quand on le voit vertement reprendre le roy français Charles IX pour une faute infiniment moins grave que celles commises par Pie XII et Paul VI ! Pour, par ailleurs, n'évoquer que ces deux seuls cas qui se sont multipliés quasi à l'infini depuis !!...
 
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        Mais on me dira sans aucun doute qu'il y a beaucoup moins de théologiens à soutenir l'hétérodoxie de la doctrine qui veut que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un, que de théologiens à la trouver très-orthodoxe. Dans l'état actuel des choses, sur le plan doctrinal, c'est sans doute vrai. Certains d'ailleurs se croiraient autorisé à poursuivre volontiers en allant jusqu'à dire que ladite doctrine, étant donc communément professée par la généralité des auteurs et théologiens probes et sérieux de nombreux siècles, ne peut qu'être dotée de l'infaillibilité ecclésiale. La thèse est cependant très-fausse, généralité relative n'étant pas synonyme d'universalité, seule note théologique ayant droit à l'infaillibilité ecclésiale. Nous en avons la preuve dans des cas de même genre que la doctrine qui veut que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un, qui, rassemblant pourtant sur eux, pendant un long temps, un consensus général inférieur à la note d'universalité, se sont en définitive avérés être faux, lorsque le Saint-Esprit, le fil du temps passant, les a décantés dans la Vérité. 
           
        J'en aperçois deux exemples éclatants au moins dans l'Histoire de l'Église : quant à la doctrine de l'Immaculée-Conception ; et surtout quant à la doctrine du Millenium, nouvelle économie de salut venant parousiaquement après l'extinction de notre actuel Temps des nations et de Rome son centre qui aura lieu dans et par le règne de l'Antéchrist-personne. Les deux doctrines sont d'ailleurs si intimement liées qu'elles ont toutes les deux subies le même obscurcissement néo-pharisaïque général de la part des scolastiques aux esgourdes ensablées dans leurs êtres de raison n'accédant pas à la vérité métaphysique des choses, la dernière doctrine, celle du Millenium, étant encore actuellement, en Église, complètement sous le boisseau et non sur le chandelier où elle devrait glorieusement être.
           
        Quant à ceux qui demeureraient étonnés de voir la majorité, et même la grande majorité, des docteurs, des Pères, des meilleurs théologiens, etc., privilégier communément et pendant un long temps une mauvaise orientation doctrinale en Église, on va leur dérouler un abrégé de l'histoire du dogme de l'Immaculée-Conception de la Vierge Marie qui va les convaincre que la chose, certes peu reluisante pour l'esprit humain, est tout-à-fait possible. Sans que, par ailleurs, cela touche le moins du monde au dogme de l'infaillibilité ecclésiale.
           
        Avant de commencer, je souligne à nouveau, car c'est très-important, la très-grande connexité entre la doctrine de l'Immaculée-Conception de la Vierge-Mère et celle du Millenium, à savoir la réintégration post-parousiaque de la Création terrestre dans sa perfection originelle dans le cadre d'une nouvelle économie de salut qui durera mille ans avant la fin du monde (on appelait cela palingénésie au XIXème siècle), Millenium qui n'est rien moins que l'ultime effet béni, l'ultime désenveloppement dogmatique et explicitation dans la vie terrestre de l'Église militante, du dogme de l'Immaculée-Conception de la Vierge-Mère. Il faut même formuler le point doctrinal suivant : le futur avènement du Millenium est certain à présent, depuis qu'en 1854 on sait de Foi, de fide, que la Vierge-Mère est immaculée dans sa Conception. On va d'ailleurs se rendre compte que les théologiens qui rejettent la croyance dans l'Immaculée-Conception de la Vierge-Mère sont les mêmes qui refusent la doctrine du Millenium...
           
        Mais voici cet historique, qui intéresse beaucoup notre sujet, parce qu'il prouve dans les faits qu'une opinion doctrinale partagée au fil des siècles par un grand nombre de théologiens, de Pères, de docteurs, voire de papes, etc., sans que ce grand nombre ne puisse cependant prétendre s'identifier avec l'Église Universelle, n'est pas dotée de l'infaillibilité ecclésiale (ce qui est tout-à-fait le cas pour la thèse qui occupe mon présent article, à savoir que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un). Je tire cet historique d'un remarquable petit ouvrage, La Vierge immaculée, histoire et doctrine, Éphrem Longpré, o.f.m., aux Éditions franciscaines, 1939. Je l'avais déjà relaté dans les annexes de mon Bientôt le Règne millénaire, grand historique apologétique sur le millénarisme, que j'avais écrit en 1992 sous la signature pseudonymique Louis de Boanergès.
           
        On va commencer par ce point important : "Dès les temps apostoliques, la croyance de l'Église à la toute sainteté de Marie" (p. 9), est chose déjà parfaitement connue et communément admise... de même donc, que l'espérance en le Millenium partagée majoritairement par les premiers chrétiens durant les trois premiers siècles chrétiens.
           
        "Toutefois, il fallut des siècles d'ardentes spéculations avant de percevoir en pleine lumière que cette foi, si formellement exprimée par la liturgie et la théologie orientales surtout, et perçue avec tant de profondeur et d'émotion par le sens chrétien, contenait le dogme de l'Immaculée-Conception.
           
        "Dès le XIIème siècle, des sentiments divers se manifestent. Aux uns, il paraît impossible de concilier la perpétuelle sainteté de Marie dans sa conception, avec le dogme de la déchéance universelle et la foi au Christ, universel Rédempteur. On s'étonnera toujours de voir saint Bernard lui-même, le héraut de Marie-Médiatrice, se rallier avec éclat au sentiment "maculiste" [= ceux qui ne croyaient pas que Marie était immaculée dans sa conception], dans sa lettre historique aux chanoines de Lyon, vers 1138. D'autres, au contraire, héritiers immédiats de la pensée anselmienne et plus en contact avec la liturgie anglo-saxonne et normande, n'hésitent pas, à l'heure où l'art gothique crée Chartres et Notre-Dame de Paris, à proclamer la non-déchéance de la Vierge.
           
        "Au XIIIème siècle, la situation se modifie avec l'entrée en scène de l'Université de Paris [à tendance "maculiste" et... anti-millénariste], et l'avènement de sa suprématie intellectuelle dans l'Église. Les témoins de l'Immaculée-Conception disparaissent de l'histoire [!], et seul, le puissant évêque de Lincoln, Robert Grossetête, paraît continuer la tradition immaculiste [notons bien la très-significative attitude, par les tenants de l'une ou l'autre opinion, soit adopter la thèse maculiste en même temps que rejeter le joachimisme, qui était un millénarisme abâtardi, ou soit, au contraire, adopter la thèse immaculiste et aussi celle joachimite : 1. L'Université de Paris est en même temps maculiste et anti-joachimite ; 2. L'évêque Grossetête est immaculiste et joachimite ; 3. Le courant général est, à très-grande majorité, pour l'enfouissement voire l'anathème des deux doctrines, immaculiste et joachimite...]. L'autorité de saint Bernard s'impose à la théologie mariale [comme celles des saints Augustin et Jérôme s'imposent à celle eschatologique concernant le Millenium].
           
        "(...) Malgré toute la plénitude et le lyrisme de sa doctrine et de sa dévotion mariale, saint Bonaventure [1217-1274] ne dépasse pas ce sentiment [pro-maculiste], mais le soutient sans réserve. «Il est, à son avis, le plus communément accepté, le plus rationnel, le plus sûr dans la foi, et le plus conforme à la doctrine des saints. Personne, ajoute-t-il, de ceux que nous avons entendu de nos propres oreilles, n'a osé affirmer que la Vierge est exempte du péché originel» (III Sent. ; d. 3, a. 1, q. 2, éd. Quaracci, 1887, III 68) [Là encore, remarquons soigneusement que saint Bonaventure a la même attitude quant à la doctrine eschatologique : dans ses "Hexamoron", il tâche de faire un exposé approchant du joachimisme, mais sans jamais le professer]" (p. 11).
           
        À propos de cet impressionnant : Personne au siècle bonaventurien ne professe plus la doctrine immaculiste quant à la Vierge-Mère bénie, Perrone corrige cependant l'affirmation en faisant remarquer que la thèse maculiste ne faisait que sembler avoir la profession de foi de tout l'univers, en fait, c'était une fausse impression donnée par le grand nombre des scolastiques qui, sur le sujet, ne faisaient que se copier les uns les autres : "Les scolastiques l'agitaient [la thèse maculiste] d'après les principes théologiques reçus alors, avec lesquels la vérité de cette pieuse croyance [immaculiste] était presque inconciliable, et comme l'oiseau suit celui que le précède, ils se copiaient de même mutuellement, comme on le voit en les lisant [... et l'on constate exactement la même chose quant à la doctrine qui veut que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un : il n'y a qu'à relire les citations que je fais en tête de mon article des auteurs qui professent cette fausse doctrine pour se rendre compte qu'effectivement, ils se copient les uns les autres dans ce qu'il est convenu scolastiquement de dire]" (Théologie dogmatique, Perrone, t. II, p. 443). Pour autant, il n'en reste pas moins que le vent, nullement soufflé par le Saint-Esprit, était très-majoritairement à la thèse maculiste, il l'était même vent debout, agressivement.
           
        "À sa suite [de saint Bonaventure], tous s'engagent dans la voie de la négation [c'est aussi saint Bonaventure qui a effacé le joachimisme chez les Franciscains...]" (ibid.). Jusqu'à Olivi, pourtant favorable au joachimisme, qui durcit le mouvement maculiste : "L'opposition devient si véhémente qu'il repousse la thèse de la non-déchéance comme une hérésie et une impiété suprême, dans les fragments de ses écrits découverts récemment à Padoue et à Florence" (ibid.). Ainsi, au XIIIème siècle, non seulement la très-grande majorité des docteurs et théologiens est contre la thèse immaculiste, mais même le camp franciscain (qui pourtant, par la suite, va être le plus ardent promoteur du dogme de l'Immaculée-Conception de la Vierge-Mère) : "Pas un écrivain franciscain, au XIIIème siècle, théologien ou mystique, prédicateur ou exégète (sauf dans une certain mesure le Bx Raymond Lulle), qui affirme le dogme en question. En-dehors de l'école franciscaine, la situation n'est guère différente : les hautes gloires de l'école dominicaine, saint Thomas d'Aquin et saint Albert le Grand, et après eux Pierre de Tarentaise et Bombologni de Bologne, adoptent une attitude doctrinale analogue à celle de saint Bonaventure. De même Gilles de Rome et les maîtres du clergé séculier : Gérard d'Abbeville, Godefroy de Fontaines et Henri de Gand lui-même, bien qu'il s'applique, dans un effort dialectique très-appréciable, à placer la sanctification de la Vierge à l'instant même de sa conception et assure qu'elle n'a été sous l'empire de la faute originelle qu'un instant fugace, «non nisi in instanti et transitu». L'accord est si complet que, dans sa lutte contre Duns Scot en 1340, l'un des maîtres les plus brillants de Paris, Jean de Pouilly, déclare solennellement «qu'aucun livre approuvé ou édité par l'Université de Paris avant lui, ne se prononce en faveur de l'Immaculée-Conception»" (pp. 11-12).
           
        Voilà qui se passe de commentaire. La thèse maculiste a donc pour elle une généralité impressionnante d'auteurs les plus recommandables quant à leur orthodoxie, sans cependant que la chose accède à l'universalité... comme celle qui veut que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un. Comment, quant à la question immaculiste, la réaction dans le bon sens va-t-elle s'affirmer ? Par un docteur de l'Église complètement isolé, le Bienheureux Jean Duns Scot (v. 1266-1308) : "À chacun sa gloire : ç'a été celle de Duns Scot de se déclarer résolument en faveur du privilège de Marie, à Paris et à Oxford, et de le défendre sur le terrain théologique avec une dialectique triomphante" (p. 12), et l'on verra des théologiens scolastiques s'opposer à lui au nom de "la Physique d'Aristote" (ibid.) ! "Étudiée dans l'ensemble de ses textes, la pensée de Duns Scot sur le problème de l'Immaculée-Conception est d'une unité parfaite. (...) Écrivant en 1302, contre la majorité des docteurs et des mystiques, à l'heure où l'Église n'avait aucunement défini sa position, Scot ne pouvait proposer son opinion que comme une probabilité, en réservant le jugement de l'Église Romaine. Telle est exactement son attitude, sans nul fléchissement [Telle va être également la mienne, à son humble exemple, quant à la thèse que je soutiens en cet article contre l'opinion commune en la matière, à savoir que je nie que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un, je vais mieux le dire dans ma conclusion]. Sa dialectique va droit aux objections et ne s'embarrasse point d'arguments sans valeur [... et je pense que la mienne en fait autant !].
             
         "(...) Scot fonde son argumentation sur le dogme de la Rédemption et l'excellence du Christ dans sa fonction médiatrice. Le Christ est un médiateur parfait, dit-il en substance, il convenait qu'Il exerçât un acte de médiation souveraine à l'égard de quelque créature : cet acte ne se réalise que s'il la préserve du péché originel. Loin de soustraire la Vierge à l'influence des mérites du Christ [comme l'en accusaient les scolastiques "maculistes"], un tel acte suppose au contraire une application plus noble et plus efficace de son influence rédemptrice [... et soit dit en passant, voilà qui condamne le double-bémol mis très-inintelligemment par un document magistériel récent, Mater Populi fidelis du 7 octobre dernier, c'est encore tout chaud ça vient de sortir du four, sur la doctrine de Marie co-Rédemptrice : loin que cette doctrine mariale des plus orthodoxes, n'en déplaise au cardinal Victor-Manuel Fernandez approuvé par le pape Léon XIV, fasse obstacle ou écran opaque à la Rédemption du Christ, c'est exactement le contraire qui est vrai, la co-Rédemption de la Vierge-Mère donne le plus grand éclat au dogme de la Rédemption du Christ ― Et derechef, toujours de la même manière et par le même raisonnement théologique vrai, loin que la doctrine du Millenium dévalue la Rédemption du Christ, comme le soutiennent les anti-millénaristes bornés, elle est tout au contraire la manifestation "plus noble et plus efficace de l'influence rédemptrice" du Christ à la terre...]. Exaltation ultime de Marie, la conception dans la grâce et la pureté la plus parfaite dans l'ordre surnaturel, après la sainteté du Verbe Incarné, constitue le plus haut titre de gloire du Christ-Jésus. Or, Duns Scot pose partout ce principe : «J'aime mieux excéder que défaillir dans la louange du Christ»" (ibid.).
           
        Tout ce raisonnement scotiste qui remet si bien à l'endroit (par le haut, par l'Amour divin !) ce que la scolastique bornée avait mis à l'envers par des raisonnements trop discursifs et humains, à base d'êtres de raison, s'applique extraordinairement bien au Millenium. N'est-il pas la manifestation à la terre du summum de l'Amour du Christ ? Notre-Seigneur ne va-t-Il pas lui enlever le revêtement du péché (dont elle revêtue, nous enseigne saint Paul, "non par sa faute" ― Rom VIII, 20), et la remettre dans son premier état immaculé parce qu'Il est tout-puissant et qu'Il nous aime tout-puissamment ? De la même manière qu'il est nécessaire qu'il y ait une créature immaculée, n'est-il pas aussi nécessaire que la Création reprenne le vêtement immaculé qui était celui que le Créateur divin lui avait donné à l'origine des temps, à cause de l'Amour tout-puissant du Christ ? Et, pour fonder ce raisonnement théologique scotiste, n'est-ce pas le lieu de rappeler ici que le Christ épancha de son Sacré-Cœur tout son Amour aux hommes, au soir du Jeudi-Saint : "Jésus, après avoir aimé les Siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin" (Jn XIII, 1), in finem dilexi, ce qui, selon le mot latin, signifie aussi jusqu'à l'excès (car tout Amour véritable est excessif par rapport à la Loi)... Cela ne signifie-t-il pas, après et pour finir l'Immaculée-Conception : jusqu'au Millenium ? Jusques à quand opposerons-nous notre vanité superficielle et notre prétendue sagesse à œillères à la réalité de l'Amour divin du Christ pour nous ?
           
        "J'établis donc, conclut Duns Scot dans son Cours d'Oxford, que la Vierge n'a pas contracté le péché originel, par l'excellence de son Fils en tant qu'Il est Rédempteur, Réconciliateur et Médiateur" (ibid.). On est pareillement fondé de soutenir le même raisonnement quant au Millenium : J'établis donc que la terre n'est pas irrémissiblement souillée par le péché originel, à cause de l'excellence de Notre-Seigneur Jésus-Christ, etc. (...) Appuyé sur le dogme de la Rédemption et de l'excellence du Christ Médiateur, fondement inébranlable, le raisonnement scotiste suffit, en bonne logique, à ruiner définitivement toutes les oppositions. Pourtant, à la mort du Docteur, le 8 novembre 1308, à Cologne, la lutte ne fait que s'engager : c'est une querelle de Chrétienté qui va se prolonger, dans la suite des siècles, jusqu'à Pie IX" (p. 17). (...) Les oppositions ne manquèrent point. À Paris, Jean de Pouilly, dès 1310, s'élève avec une véhémence tragique contre la thèse de la Conception immaculée et, après s'être acharné à renverser l'argumentation proposée par Scot, il réclame avec fougue, en cas d'obstination, les procédures classiques par le feu qui, à cette date, conduisent au bûcher les Templiers déchus et torturés. Sans déployer ce zèle par trop intempestif, des théologiens de marque et en nombre imposant, se refusent à accepter la thèse scotiste : tels Jean de Naples et Grégoire de Rimini, ce dernier au nom de la théologie augustinienne. Même à l'intérieur de l'Ordre franciscain, l'autorité théologique de Scot ne s'impose point absolument, du moins dans la première partie du XIVème siècle.
           
        "(...) Sans se lasser de cette opposition, sans cesse renaissante, les disciples de Scot diffusent cependant sa doctrine dans la plupart des universités d'Europe" (p. 18). Malgré un certain progrès immaculiste constaté dans le XIVème siècle, la doctrine resta stationnaire "tant que le Saint-Siège réservera son attitude. Or, jusqu'à la fin du XVème siècle, Rome, dans l'expectative, refusera de s'engager dans la direction indiquée par Duns Scot. C'est ainsi que, pour faire pièce aux tendances antiromaines du concile de Bâle, le Saint-Siège refuse d'entériner les décrets de ce concile concernant la doctrine immaculiste. (...) Tout au plus, malgré les réserves de Jean XXII et de Clément VI, qui s'étaient prononcés, à titre de docteurs privés, contre le privilège marial, la fête de la Conception fait-elle son entrée, sans éclat d'ailleurs et sans contenu défini, à la Curie romaine, en Avignon, vers le milieu du XIVème siècle. L'élévation à la tiare de Sixte IV va permettre au Saint-Siège de définir une première fois son attitude. (...) Jusqu'à son pontificat, les luttes autour de la non-déchéance se sont principalement livrées à Paris et à Bâle. Dans la seconde moitié du XVème siècle, elles s'élèvent soudain en Italie avec un caractère agressif qu'elles n'avaient eu jusqu'alors que sous la plume de Jean de Pouilly et de Jean de Montson. Dès 1467, un théologien humaniste fort apprécié, Raphaël de Pornaxi, dénonce la définition du concile d'Avignon ; en 1470, il renouvelle plus directement ses critiques contre la doctrine de la non-déchéance dans son Traité sur les prérogatives de Notre-Seigneur, ce qui lui vaut, l'année suivante, une réfutation du futur Sixte IV.
           
        "Cinq ans après, vers 1475, un collègue des plus doctes, Vincent Bandelli, entre à son tour en scène, et publie, à Milan, un opuscule retentissant où il s'applique à prouver que c'est une impiété de soustraire la Vierge bénie à la loi commune du péché originel. «Ô prodige stupéfiant !, s'écrie-t-il, que quelques va-nu-pieds modernes, pleins de vent et vides de sagesse, aient si facilement saisi ce que les anciens docteurs, illustres par leur sainteté et leur génie, n'ont pas compris ! Enveloppés des ténèbres de l'ignorance, ils dédaignent d'apprendre quel fut sur cette question le sentiment des Apôtres et des Docteurs qu'illuminait la grâce divine ! Égarés et délirants, ils ne voient point que nier le péché originel dans Marie, c'est nier sa Rédemption». On juge de l'émotion soulevée dans la Chrétienté par un manifeste aussi provoquant et qui prétendait s'appuyer sur l'autorité de «deux cents maîtres très-illustres», qu'il énumérait avec éclat [soit dit en passant, les "ralliés" en énumèrent moins pour la doctrine qui veut que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un !]. (...) Après de longs débats à la cour pontificale entre Bandelli et le ministre général des Frères Mineurs, Sixte IV se décide à intervenir [et le fera en approuvant un Office marial] où se lit la profession de foi la plus explicite du privilège de la non-déchéance de Marie" (p. 22), le 29 avril 1476. À partir de là, le renversement de tendance va s'affirmer, et l'on verra les immaculistes gagner de plus en plus de terrain jusqu'à Pie IX.
           
        Mais on ira si loin dans l'anathématisation des immaculistes, que le même pape qui avait approuvé l'Office immaculiste, se vit obliger de sévir. "Il intervient donc cette fois avec toutes l'autorité du Saint-Siège, par la célèbre constitution Grave nimis de 1482. Après avoir rappelé «avec douleur» que des théologiens et des prédicateurs «n'ont pas rougi d'affirmer dans leurs prédications populaires et ne cessent de prêcher tous les jours aux foules que ceux qui tiennent et affirment que la glorieuse et Immaculée Vierge-Marie a été conçue sans péché, sont des hérétiques, et que l'Église elle-même ne célèbre pas la conception mais la sanctification de la Vierge», il ajoute : «Nous blâmons et condamnons les affirmations des prédicateurs qui se laissent emporter au point de prétendre que c'est un péché de croire ou de soutenir que la Mère de Dieu a été préservée de la tache originelle. Nous blâmons et condamnons ces affirmations, en vertu de l'autorité apostolique, comme fausses, entachées d'erreur et absolument éloignées de la vérité, ainsi que les livres qui les contiennent»" (pp. 24-25).
           
        "La science franciscaine avait parlé avec Scot, l'autorité pontificale s'était exprimée avec Sixte IV. La sainteté devait élever la voix : son heure se fit attendre longtemps. Elle vint enfin avec l'un des grands apôtres modernes, saint Léonard de Port-Maurice (1751)" (p. 27). On ne saurait évidemment relater au long le valeureux combat de ce saint pour la bonne cause. Citons simplement cet extrait d'une de ses lettres, qui nous remplit d'une émotion profonde : "... Prions avec instance, afin que l'Esprit-Saint inspire à notre Saint-Père le Pape, la volonté de s'occuper avec ardeur de cette œuvre de tant d'importance [de proclamer urbi et orbi le dogme immaculiste], dont dépend le repos du monde : car je tiens pour une chose très-certaine que si l'on rend cet honneur à l'impératrice du monde, on verra à l'instant se rétablir la paix universelle ! Oh, quel grand bien !" Ici, il est évident que, par une vue prophétique, saint Léonard plongeait dans l'ultime aboutissement du dogme immaculiste qui est le dogme millénariste. En ce début du XXIème siècle où j'écris et où vous me lisez, amis lecteurs, on voit en effet assez que la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception en 1854 n'a pas engendré l'immédiate paix universelle sur la terre, mais... qu'en serait-il si l'Église définissait l'ultime aboutissement du dogme immaculiste qui est le dogme du Millenium ? On pourrait croire qu'à l'instant même le Millenium viendrait et que Jésus ne pourrait plus s'empêcher de manifester Sa Gloire à la terre puisque son Épouse la proclamerait ! Certes, l'obscurcissement de la doctrine millénaire dans l'Église par l'abus de la science scolastique est encore plus grand que celui constaté pour le dogme immaculiste, mais n'est-ce pas normal ? L'excès de l'Amour in finem dilexi n'entraîne-t-il pas préliminairement l'excès de l'opprobre ? Il n'en reste pas moins que ce petit historique que je viens de brosser nous permet de constater ceci : pendant plusieurs siècles, l'Église officielle suivie de ses plus grands docteurs et saints voire même de la papauté, soutint l'opinion maculiste...
           
        On a bien compris pourquoi j'ai rappelé longuement et avec force détails, tout cet historique, d'ailleurs en soi passionnant et si instructif par tous les côtés, sur l'Immaculée-Conception de la Vierge-Mère, surtout quand il est couplé à la doctrine du Millenium : une opinion doctrinale dans l'Église professée par une généralité même grande mais souffrant des exceptions ne saurait être couverte par l'infaillibilité ecclésiale, laquelle n'est promise qu'à l'universalité sans faille, dont le signe topique est le Magistère de l'Église. Or, la doctrine qui veut que le musulman croit et adore le vrai Dieu Un est à ranger dans cette catégorie non-infaillible de généralité relative, et non dans l'universalité ecclésiale infaillible.
 
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        On voit même de saints docteurs raconter à peu près n'importe quoi sur notre sujet, à cause de leur obscurcissement d'esprit sur la question du Millenium. Ainsi, les "ralliés", plus inintelligents encore que cesdits docteurs inintelligents qu'ils citent, rapportent le commentaire incroyable de stupidité, je suis morfondu et désolé d'avoir à l'écrire mais ce n'est que trop vrai, de saint Robert Bellarmin sur la prophétie de Jérémie XXXI. Mais je cite d'abord son texte bellarminien plus que tiré par les cheveux :
           
        "«Je donnerai ma loi dans leurs viscères, et je l’écrirai dans leurs cœurs, et un homme n’enseignera plus son prochain en disant : connais le Seigneur. Car tous me connaîtront du plus petit jusqu’au plus grand». Je réponds avec saint Augustin dans son livre de l’esprit et de la lettre, 24, que ces paroles (je donnerai ma loi) signifient la grâce du nouveau testament, c’est-à-dire la foi opérant par la charité, que le Seigneur infuse dans nos cœurs, pour que non seulement nous connaissions mais pour que nous observions les commandements divins. Ces paroles (et il n’enseignera plus) signifient la récompense de la foi, c’est-à-dire la béatitude, dans laquelle tous les élus verront Dieu face à face.
           
        "Si quelqu’un veut à tout prix que ces dernières paroles s’entendent de ce siècle, on pourra répondre que le prophète ne parle pas ici des mystères absconds de l’Écriture, mais de la connaissance d’un seul Dieu. À l’époque de l’ancien testament, ce n’était pas seulement les Gentils qui adoraient les faux dieux, le peuple de Dieu lui-même se tournait fréquemment vers les idoles et les faux dieux. Jérémie a prédit qu’il arriverait un temps, celui du nouveau testament, où tous les hommes connaîtraient le Dieu unique, ce que nous voyons maintenant accompli. Car, les Gentils se sont convertis à la foi ; et même s’ils sont impies, les Juifs et les Turcs adorent un seul Dieu" (Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps. Tome 1 : Les règles de la foi. 1ère Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV. Livre 3 : L’interprétation de la parole de Dieu).
           
        Or, cette prophétie de Jér. XXXI, sur laquelle glose notre saint Bellarmin n'importe comment, annonce les Temps du Millenium qui n'ont, en soi, strictement rien à voir avec ceux du Temps des nations. Ce qui le prouve, c'est que l'économie du Temps des nations a comme assise théologique fondamentale d'être hiérarchisée, hieros - archos, elle est basée sur le commandement sacré, ce que la théologie a synthétisé dans les formules "membres enseignants" et "membres enseignés". Or, Jérémie, de par le Saint-Esprit, nous prophétise tout au contraire, ici, dans son ch. XXXI, un Temps ou économie de salut où, tout au contraire et à rebours, il n'y aura plus de membres dans l'Église à enseigner d'autres membres, car personne ne dira plus à une autre personne : Connais Yahweh, car tous Le connaîtront de par eux-mêmes, les petits comme les grands, sans intermédiaire hiérarchisé. C'est assez dire de manière éclatante et si visible, sauf pour les aveugles scolastiques qui ne veulent pas voir, à l'instar des antiques pharisiens, que cette prophétie, en tout état de cause, ne concerne pas et ne peut pas concerner le Temps des nations, l'économie de salut du Nouveau Testament qui est nôtre, mais regarde le seul Millenium, dont le caractère théologique essentiel sera précisément que la Connaissance de Yahweh sera, par l'Opération ineffable du Saint-Esprit, démocratisée, synodalisée, si l'on peut me permettre l'emploi de ces termes actuellement tellement sulfureux. Vouloir donc appliquer à une chose ce qui lui est antinomiquement opposé, c'est à peu près vouloir appliquer à un rond les attributs d'un carré, et c'est exactement ce qu'on voit saint Robert Bellarmin faire dans sa glose imbécile, par obscurcissement anti-millénariste complet et radical (j'ai donné la véritable exégèse de Jér. XXXI, que je ne fais ici que résumer, dans l'article suivant, auquel on voudra bien se reporter, si l'on veut approfondir cette prophétie très-importante : https://www.eglise-la-crise.fr/index.php/fr/component/joomblog/post/la-conception-liturgique-pseudo-millenariste-de-mgr-arthur-roche-prefet-de-la-congregation-pour-le-culte-divin-anticipation-vaticandeuse-luciferienne-d-une-nouvelle-economie-de-salut-2?Itemid=1).
           
        Vouloir donc lire une prophétie d'un rond en pensant carré ne peut, on le conçoit aisément, qu'aboutir à se planter complètement, et à tomber, tôt ou tard dans sa glose, dans une erreur grossière et honteuse. Saint Robert Bellarmin n'y manque pas, rien n'éclaire son esprit en effet, de A à Z dans son raisonnement, lorsqu'il finit sa glose absurde en disant que si on applique à notre Temps des nations la prophétie de la Connaissance universelle de Dieu par les humains, qui donc sera seulement le fait advenu du Millenium, cela ne peut vouloir que dire que tous les hommes de ce Temps qui est nôtre... connaîtront le vrai Dieu... y compris bien entendu les pires adeptes des fausses religions (suivez son regard, ou plutôt ne le suivez pas), car la prophétie de Jérémie le veut ainsi puisqu'elle parle de l'universalité des hommes... y compris donc, cqfd, les musulmans.
           
        Or, la prémisse du raisonnement bellarminien étant radicalement fausse, sa conclusion l'est donc tout aussi radicalement : il est évident que l'universalité des hommes de notre Temps des nations ne réalise nullement la prophétie de Jérémie XXXI, il y a une proportion impressionnante d'hommes, bien plus d'une moitié certainement par rapport aux chrétiens, qui ne professent nullement de par leur religion fausse le vrai Dieu, même si l'on prend en compte que certains hommes enfermés dans leur fausse foi religieuse croient cependant au vrai Dieu dans leur for privé connu de Dieu seul, Jér XXXI ne s'appliquera en réalité que dans le Temps du Millenium post-parousiaque où Dieu répandra son Esprit-Saint sur toute chair vivant dans cette nouvelle économie salvifique. De toutes façons, comme je viens de le dire, il est rigoureusement impossible que Jér XXXI concerne notre Temps des nations, puisque non seulement la connaissance de Dieu sera l'universel partage de tous les humains, mais surtout, cette dite connaissance le sera de manière non-hiérarchisée, comme Jér. XXXI l'explicite si bellement et si formellement, ce qui, là, ne supporte aucune équivoque, quant au fait que cela n'est pas réalisé et ne peut théologiquement pas l'être, dans notre Temps actuel des nations dont l'essence est justement d'être hiérarchisée... cqfd. Or, puisque je viens de prouver que c'est à faux qu'on puisse dire que la Connaissance universelle de Dieu est le fait de tous les humains vivant dans notre économie de salut du Temps des nations, il est donc impossible stricto sensu d'en déduire théologiquement, comme le fait saint Bellarmin et nos "ralliés" à sa suite, que les musulmans croient au vrai Dieu.
           
        Je ferai par ailleurs remarquer que saint Bellarmin glose n'importe comment sur la prophétie "Un homme n'enseignera plus son prochain en disant : connais le Seigneur. Car tous me connaîtront du plus petit jusqu’au plus grand", en osant la commenter ainsi : "Ces paroles (et il n’enseignera plus) signifient la récompense de la foi, c’est-à-dire la béatitude, dans laquelle tous les élus verront Dieu face à face". Il est évident, sauf donc pour notre scolastique coincé dans ses petites catégories mentales, que le prophète parle là d'un temps terrestre qui n'a rien à voir avec le Ciel éternel, même en tirant à fond l'élastique d'un sens accommodatice jusqu'à la faire péter, puisqu'il nous entretient d'un homme qui n'enseignera plus un autre homme, cela donc, ne peut s'appliquer au Ciel éternel où il n'y a plus d'hommes (... ni non plus de femmes, ben non, désolé, Mahomet, absolument désolé !), cela a trait à la terre, en tout état de cause, dans quelque économie de salut de son choix on veut en faire l'application...
           
        Pour finir, je dirai, après lecture de ce morceau bellarminien, qu'on comprend mieux maintenant comment les scolastiques se sont plantés, entraînant derrière eux les papes (cependant, de manière non-infaillible), c'est au fond par hérésie aloge. L'hérésie aloge, a-Logos, est le rejet et refus de la Prophétie en Église, elle est déjà connue et sévit déjà dès les premiers siècles chrétiens. Évidemment, une des toutes premières règles de cette hérésie, c'est de rejeter tout Temps ou économie de salut prophétique post-Temps des nations, rejeter la prophétie vétérotestamentaire en lecture première et immédiate obvie dérivée du Saint-Esprit, que Yahweh fait du Millenium, dans lequel, et dans lequel seulement, est prophétisé que tous les hommes auront universellement la Connaissance du vrai Dieu.
           
        Mais comme cette prophétie ne saurait être récusée puisqu'elle vient de Dieu par la sainte-Écriture, alors, comme les scolastiques ont supprimé le seul Temps où elle est destinée à s'accomplir providentiellement, qui est le Millenium post-Temps des nations, ils sont donc bien obligés de l'appliquer à la seule économie de salut que leur hérésie aloge leur fait obligation de croire, à savoir celle du Temps des nations et de Rome son centre, c'est-à-dire notre Temps, l'appliquant donc hérétiquement à un Temps qui théologiquement ne lui correspond absolument pas, qui lui est même antinomiquement opposé quant au modus théologique, ce qu'on voit saint Bellarmin très-clairement faire dans sa glose de Jér. XXXI. Mais, et c'est là que se construit l'hérésie, professer que tous les hommes de notre Temps des nations ont universellement la Connaissance du vrai Dieu oblige donc à professer que, à quelque catégorie de religion ils appartiennent même radicalement fausse, ils n'en croient pas moins, tous, au vrai Dieu, quand bien même on complète en disant qu'ils le feraient par des faux et mauvais cultes. Tout particulièrement bien sûr, la catégorie d'humains très-nombreuse des musulmans, qu'on ne saurait exclure de la croyance au vrai Dieu sans récuser que l'universalité des humains croient au vrai Dieu dans notre Temps des nations.
           
        C'est ainsi que partant d'une prémisse très-fausse, les scolastiques finissent par aboutir à une conclusion radicalement hérétique et surtout à vocation de finir apostate et anté(i)christique, dans la Babel des religions et le règne de l'Antéchrist-personne... comme ne le montre que trop l'atroce formule du pape François, ultime perversion achevée, aboutie, finalisée, de la pensée hérétique qu'on est en train d'étudier, véritable abomination de la désolation dans le Lieu-Saint : "LA DIVERSITÉ DES RELIGIONS EST UNE SAGE VOLONTÉ DIVINE, PAR LAQUELLE DIEU A CRÉÉ LES ÊTRES HUMAINS" (déclaration d'Abu-d'Ahbi du 4 février 2019). Si, en effet, on veut que dans le Temps des nations qui est nôtre, tous les hommes, universellement, croient au vrai Dieu quoiqu'on soit bien obligé de prendre acte que la majorité d'entre eux soient enfermés dans une fausse religion, alors, ce qui compte, ce n'est plus la fausse religion mais le fait que tous les hommes croient au vrai Dieu. Dès lors, il n'y a plus qu'un pas à franchir pour dire qu'en définitive, lesdites religions fausses, simples écorces des choses sans aucune valeur, pourraient bien être elles-mêmes voulues par le Bon Dieu pour respecter le caractère spirituel particulier dominant de chacune et toutes les races humaines, différent selon lesdites races, puisqu'en fait elles n'ont aucune importance, n'empêchant nullement l'universalité des hommes de croire au vrai Dieu, donc de pouvoir assurer leur salut éternel.
 
        Tirez en effet la chevillette...
 
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        J'ai lu par ailleurs, toujours dans la boîte de Pandore des "ralliés", que si l'on récuse que le musulman croit au vrai Dieu pour la raison qu'il ne croit pas au dogme de la Très-Sainte Trinité qui est à la fois Un et Trine, alors il faut en dire autant des orthodoxes grecs schismatiques qui ne professent pas non plus une doctrine exacte sur la Très-Sainte Trinité, récusant quant à eux la Procession du Saint-Esprit, émanant et du Père et du Fils. Or, bien sûr, c'est impossible de dire que les orthodoxes grecs ne croient pas au vrai Dieu, quoique se trompant quant au dogme de la Très-Sainte Trinité. Donc, cqfd, le même raisonnement est à faire pour les musulmans, également : quand bien même ils ne croient pas au dogme Trinitaire, ils n'en croient pas moins, comme les orthodoxes grecs schismatiques, au vrai Dieu.
           
        L'objection, une fois de plus, ne tient pas la route et fait pschiiiiiiiit. On ne peut effectivement pas dire que les orthodoxes grecs, qui ne croient pas à la Procession du Saint-Esprit émanant du Père et du Fils, ne croient pas au vrai Dieu, mais uniquement parce que le dogme de ladite Procession pneumatologique, quoique très-important, est second, et non primordial à l'essence divine, comme l'est le dogme de la Trinité que récusent en bloc et in globo les musulmans. Ainsi donc, les orthodoxes grecs, quand bien mêmes ils sont hérétiques quant à la Procession du Saint-Esprit, n'en croient pas moins au vrai Dieu, mais pas les musulmans qui rejettent le dogme de la Trinité. Pour satisfaire théologiquement à l'acte de croyance au vrai Dieu, en effet, il faut et il suffit de croire à la fois et en même temps, et au dogme de l'Unité divine, et à celui de la Trinité des Personnes divines, cela seul est requis, mais absolument requis. Or, l'orthodoxe grec croit effectivement bien à l'Unicité divine, et il croit aussi au dogme trinitaire des Trois Personnes divines. C'est pourquoi son cas n'est pas assimilable à celui du musulman. Par contre, l'hérétique Arius ne pouvait pas être dit croire au vrai Dieu, car son hérésie sur le Fils de Dieu était trinitaire avant d'être christologique, il professait en effet que Dieu le Fils, Deuxième Personne de la très-sainte Trinité qui donc s'était incarnée en Jésus-Christ, avait été créé par le Père, ou du moins qu'Il était d'une substance divine inférieure à celle du Père, en fait seul vrai Dieu existant pour Arius (il faisait par ailleurs le même raisonnement hérétique pour le Saint-Esprit que pour le Fils). Ce grand hérésiarque s'avérait être carrément, en fait, un monothéiste non-trinitaire tout-à-fait assimilable, théologiquement parlant, au musulman. 
 
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        Autre fausseté fort grave des "ralliés". Ils arguent mensongèrement (à les lire, on est obligé, avec affliction et sainte-colère, ils fatiguent vraiment les nerfs, de constater qu'ils n'arrêtent pas de se mentir à eux-mêmes avant de mentir à ceux qu'ils trompent...), qu'Abraham ne croyait pas à la Trinité, ils ne croyaient qu'à l'Unicité du Dieu. C'est pourquoi, selon eux, les papes modernes ont donc bien raison de dire qu'Abraham est le père des monothéistes, que ceux-ci croient ou bien non au dogme trinitaire, c'est-à-dire qu'ils soient chrétiens, juifs ou musulmans... Or donc, je continue leur raisonnement basé sur le mensonge, puisque la Foi nous enseigne qu'Abraham croyait au vrai Dieu quoique ne croyant qu'à l'Unicité divine, la même conclusion est à retenir pour le musulman qui, ne croyant lui aussi qu'à l'Unicité divine, croit donc effectivement comme Abraham au vrai Dieu. Malheureusement pour lesdits "ralliés" qui ne cessent de prostituer leur Foi aux pires déviances modernes par le mensonge, le raisonnement est faux à la base : Abraham croyait, à tout le moins inchoativement, au dogme de la Trinité divine, il savait que Dieu était composé de Trois Personnes divines. La révélation lui en avait été faite magistralement et sans voile à Mambré, dans ce qui est un des chapitres les plus touchants de la Sainte-Écriture :
           
        "Le Seigneur apparut à Abraham en la vallée de Mambré, lorsqu'il était assis à la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour.
           
        "Abraham ayant levé les yeux, trois hommes lui apparurent, debout près de lui. Aussitôt qu'il les eut aperçus, il courut de la porte de sa tente au-devant d'eux, et se prosterna en terre [Il y a ici, que le juif et l'arabe ne manquent pas de le remarquer avec grand'soin, une révélation vétérotestamentaire du Dieu Un en Trois Personnes, c'est-à-dire du vrai Dieu : Abraham en effet, et toute son attitude le dit tellement bien, de manière si émouvante, comprend très-immédiatement, lorsqu'il voit ces "trois hommes", qu'il est en présence de Dieu, et c'est pourquoi il va tout-de-suite Les adorer...].
           
        "Et il dit : Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant Vos yeux, ne passez pas devant Votre serviteur sans Vous arrêter.
           
        "Je Vous apporterai un peu d'eau pour laver Vos pieds, et Vous Vous reposerez sous cet arbre ;
           
        "Et je Vous servirai un peu de pain pour reprendre Vos forces ; et Vous continuerez ensuite Votre chemin : car c'est pour cela que Vous êtes venus vers Votre serviteur. Ils lui répondirent : Faites ce que vous avez dit.
           
        "Abraham entra promptement dans sa tente, et dit à Sara : Pétrissez vite trois mesures de farine, et faites cuire des pains sous la cendre.
           
        "Il courut en même temps à son troupeau, et il y prit un veau très tendre et excellent qu'il donna à un serviteur, qui se hâta de le faire cuire.
           
        "Ayant pris ensuite du beurre et du lait, avec le veau qu'il avait fait cuire, il le servit devant eux ; et lui, cependant, se tenait debout auprès d'eux sous l'arbre.
           
        "L'Un d'eux [... comme il est trinitairement révélateur, ce scripturaire "L'Un d'eux" !] dit à Abraham : Je reviendrai vous voir dans un an, en ce même temps, et Sara votre femme aura un fils, etc." (Gen XVIII, 1-10).
           
        Il est donc clair qu'Abraham, et après lui, Moïse, avait la révélation de la Trinité des Personnes en Dieu, Foi qu'ils ont universellement transmise pendant des siècles à tous les juifs antiques précédant la Venue de Jésus-Christ. Le vrai juif avant le Christ croit au moins inchoativement à la Trinité en même temps qu'au Dieu Un, et donc croit au vrai Dieu comme Abraham, et c'est pourquoi, devant ce juif édifiant, à la Foi pure et pleine d'énergie spirituelle, Jésus, admiratif, dit (à propos de Nathanaël, qui deviendra un des douze Apôtres, saint Barthélémy) : "Voici un véritable fils d'Israël, un homme qui ne sait pas mentir, en qui ne se trouve point de fraude" ― Jn I, 47). Dans le si bel et spirituellement profond épisode de Mambré, où l'on voit Abraham se mettre en quatre et même en huit, d'une manière si édifiante, pour bien recevoir les trois Hôtes divins qui se présentent à la porte de sa tente, qu'il reconnaît tout-de-suite être Dieu et qu'il appelle indistinctement "Seigneur", il est révélé très-clairement à Abraham l'existence des Trois Personnes divines en Dieu. La vraie religion juive issue d'Abraham, prédestinée à faire bon accueil à Jésus-Christ Fils de Dieu et Dieu Lui-même, professe en effet le dogme de la Trinité divine. La notion de Parole ou Verbe de Dieu en tant qu'entité divine spécifique mais intégrée à la Divinité unique, était en effet parfaitement connue des vrais juifs de l'Antiquité, pieux et droits avec leur Foi, tels Nathanaël ou Nicodème ou encore Joseph d'Arimathie, que Jésus était heureux de pouvoir honorer.
           
        Tandis que le juif après le Christ, le juif talmudique, par haine de la Révélation évangélique où Jésus révèle très-clairement les Trois Personnes divines (par exemple et très-notamment dans la formule du baptême : "Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit" ― Matth XXVIII, 19), va cesser de croire au dogme divin trinitaire, se confinant hérétiquement dans la croyance à un Dieu un qui ne pourra plus, dès lors, qu'être métaphorique. Puisqu'en effet les juifs judaïques refusent la Messianité de Jésus, messianité qui révèle qu'Il est le Fils de Dieu, c'est-à-dire une Personne divine distincte de Dieu son Père que Jésus invoque sans cesse dans l'Évangile, distincte également de l'Esprit de Dieu, autre entité divine elle aussi évangéliquement invoquée par Jésus-Christ, les trois Personnes formant la Très-Sainte Trinité, alors, ils ne pouvaient subséquemment que rejeter le dogme de la Très-Sainte Trinité divine trop imbriquée et liée à Sa Bonne Nouvelle messianique, où Il s'annonçait en Fils de Dieu incarné différent du Père. Ce n'est qu'à partir du IIème siècle de notre ère chrétienne que les juifs, devenus judaïques par leur rejet de Jésus-Christ et de sa Révélation qui incluait le dogme trinitaire divin, ne voudront plus croire et ne croiront plus à la Trinité divine ni non plus, bien sûr, à la Divinité du Messie... Et en cela, dont ils contamineront la croyance arabe (car le Coran est l'œuvre de juifs talmudiques), les juifs, après le passage du Christ sur cette terre et singulièrement chez eux, ne peuvent plus être dits croire au Dieu vrai. Ni le juif talmudique post-christique, ni le musulman post-talmudique, ne peuvent plus être dits croire au vrai Dieu Un, c'est pourquoi ils ne peuvent donc plus être dits fils d'Abraham quant à la Foi, comme les papes modernes mentent effrontément et scandaleusement en le disant (par exemple, François, dans son voyage en Irak, du 5 au 8 mars 2021).
           
        Abraham, ecclésialement, messianiquement et théologiquement, n'est le père spirituel que de la SEULE religion monothéiste VÉRITABLE parmi les trois en présence, à savoir celle chrétienne, qui professe, et la Divinité de Jésus-Christ Fils de Dieu incarné et Messie de tous les hommes, et la Trinité des Personnes divines en l'Unicité intégrale de Dieu. Car c'est seulement ainsi, en professant ces deux dogmes, qu'on est un VRAI monothéiste. Ce n'est plus seulement que racialement, et non religieusement, qu'Abraham est père des juifs et des arabes, selon que la Genèse en fait certes le récit très-précis dans ses ch. XV à XVIII & XXI, en engendrant d'abord avec la servante Agar, Ismaël, le père des arabes, et en engendrant ensuite avec sa femme légitime Saraï, Israël, le père des juifs. Faire l'amalgame, comme n'ont pas honte de le faire les papes modernes vaticandeux, entre le racial et le religieux, en trichant au préalable sans vergogne sur la Foi d'Abraham qui, soit disant, ne serait que monothéiste sans être trinitaire, est une erreur si grossière, qu'il faut vraiment être à notre temps tout donné à "la puissance des ténèbres" antéchristiques, pour qu'elle puisse faire figure de vérité parmi les enfants des hommes, et ne pas crouler immédiatement sous le ridicule et les lazzis...
 
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        Je vais donner maintenant le lien d'un remarquable article de théologie, signé Maxime Georgel (... et tant pis s'il a l'air d'être protestant voire même calviniste : comme j'aurai voulu trouver un si bel et savant article sous la signature et plume d'un scolastique catholique !), qui prouve magnifiquement tout ce que je viens de dire, à partir des textes juifs antiques (cf. https://parlafoi.fr/2017/08/14/les-juifs-antiques-croyaient-ils-en-la-trinite/), et en citer de larges extraits, mais il faut absolument que le lecteur lise en entier tout l'article, qui n'est pas très-long, article tout-à-fait exceptionnel pour notre sujet, qui est de pourfendre radicalement la mauvaise foi des juifs judaïques béni-oui-oui par les papes modernes depuis le scandaleux décret Nostra Aetate de Vatican II.
           
        L'auteur commence par fort bien brosser la problématique d'ensemble, ainsi : "Il est vrai que la doctrine de la Trinité a été précisée et précisément définie uniquement par les chrétiens car ils ont reçu une révélation plus claire par l’Incarnation du Fils. Mais il est faux de penser que cette doctrine s’opposait aux attentes juives au sujet du Messie. Nous montrerons ainsi que ceux-ci attendaient un Messie qui est Dieu d’un côté, et de l’autre que ceux-ci croyaient en un Dieu multi-personnel".
           
        Et il poursuit : "Un aveu des spécialistes Juifs.― Le Docteur Juif Benjamin Sommer, dans sa conférence au sujet des «corps de Dieu» affirme que les Juifs ont tort de se moquer des chrétiens trinitaires puisque cette doctrine tire son origine du judaïsme antique. Celui-ci donne des exemples de textes Juifs qui confessent un Dieu en trois personnes. Il admet même que lorsqu’il faisait ses recherches pour écrire son livre à ce sujet, il n’avait pas du tout pour but de prouver que les juifs étaient trinitaires mais c’est la conclusion auquel il dit être forcé par soucis d’honnêteté intellectuelle.
           
        "Nous présenterons donc ici des anciens textes juifs qui appuient les affirmations de ce docteur et invitons nos lecteurs à écouter sa conférence en entier.
           
        "Le Métatrôn ou Ange de l’Éternel.― Commençons donc par le Talmud Babylonien. Dans ce Talmud Babylonien 38b, en commentant Exode 24:1, le rabbin signale que quand Dieu dit «monte vers l’Éternel» (et non «monte vers moi»), il parle du Métatrôn et non de Lui-même. Le Métatrôn est un titre du messager le plus élevé de Dieu, celui que l’Ancien Testament appelle «Ange de l’Éternel». Ainsi, le rabbin attribue à ce Messager le nom YHWH, le Nom que Dieu a révélé à Moïse comme étant Son Nom propre.
           
        "Et nous ne devons pas nous tromper ici, ce n’est pas parce que le titre d’ange lui est donné qu’il est considéré comme un être créé. Le mot Mlak en hébreu que nous traduisons par Ange signifie simplement Messager ou Représentant. Ainsi quand Jacob envoie des messagers à son frères Esaü en Genèse 32:3, le mot hébreu utilisé est le pluriel de Mlak, le pluriel d’ange. C’est ainsi que le rabbin pouvait dire que le Messager de Dieu est YHWH, l’Éternel.
           
        "Le spécialiste Juif Nahum Sarna reconnait ainsi : il est clair que dans plusieurs textes, la distinction entre Dieu et son Ange s’estompe (Gen. 16:7-9, 11; 22:11-12, 15-18; Exod. 3:2, 4; Jug. 6:11-23). Lors de l’Exode hors d’Égypte, c’est tantôt Dieu (Exod. 13:21), tantôt son Ange (14:9) qui mène le camp des Israélites (Nahum Sarna, Genesis, The JPS Torah Commentary, page 383)".
           
        Ce qui signifie formellement que le juif antique perçoit déjà deux Personnes divines en Dieu. Ici, il n'est pas inutile de noter que saint Hilaire de Poitiers (315-367) professe aussi exactement la même doctrine que nos bons juifs antiques, lorsqu'il considère l'Ange de l'Éternel dans l'Ancien-Testament comme étant le Verbe de Dieu Lui-même, la deuxième Personne de la Sainte-Trinité divine, c'est ce qu'il dit dans son Traité sur la Trinité. Mais continuons à lire la fort intéressante étude :
           
        "De même, le Targum juif parle d’une certaine entité appelée Memra (ou Parole) de Dieu qui est une personne distincte de Dieu, mais qui partage les attributs de Dieu. Ainsi le Targum, en expliquant de nombreux passages de la Bible qui décrivent une action de Dieu, dit que c’est en fait la Parole de Dieu qui est à l’œuvre". Et de citer dans un tableau impressionnant, vingt occurrences bibliques qui le montrent, prises dans la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, les Juges, Josué et Isaïe. Puis, de continuer : "Ainsi, le Targum affirme que la Memra de Dieu crée l’homme, révèle les 10 commandements, sauve Israël, assiste Moïse, etc., lui attribuant ainsi des actions divines tout en la distinguant de YHWH. Il est clair aussi que la Parole de Dieu est une personne pour les Juifs antiques. L’Ange (ou la Parole) de Dieu sont ainsi, dans le Targum, ce qui permet d’être en relation avec Dieu".
           
        Les juifs antiques discernent aussi l'Esprit de Dieu, le Saint-Esprit, comme entité divine différente du Père créateur et de son Verbe :
           
        "Mais le Targum connait aussi une troisième entité, appelée Saint-Esprit, intercédant entre l’Éternel et Israël. Ainsi le Docteur Michael Brown dit : «Lamentations Rabbah 3:60,9 rapporte qu’après que l’empereur romain Hadrien ait exécuté deux Juifs, le Saint-Esprit se mit à crier Tu as vu, Ô Éternel, le mal qui m’est fait. Prends en main ma cause ! Tu vois leur vengeance, leurs complots contre moi. Voilà un exemple du Saint-Esprit intercédant. Selon Lévitique Rabbah 6:1, le Saint-Esprit est un conseiller-avocat qui parle de la part du Seigneur à Israël et de la part d’Israël au Seigneur… Dans toutes ces citations, qui peuvent être facilement multipliées (voyez par exemple, Genèse Rabbah 84:11 ; Cantique des cantiques Rabbah 8:16, Lamentations Rabbah 1:48), il est clair que le Saint-Esprit est considéré comme une personne, un qui et non un quoi, avec une dimension personnelle et non simplement un pouvoir impersonnel. Il est considéré comme Dieu Lui-même et toutefois comme une entité distincte de Dieu qui peut intercéder entre Dieu et l’homme» (Dr. Michael Brown, Answering Jewish Objections to Jesus, volume 2, Page 55-56).
           
        "Philon d’Alexandrie [-20-45], un juif Alexandrin [qui vit donc exactement au temps de Jésus-Christ], dit aussi, dans ses écrits, qu’il existe trois Figures Divines dans l’Ancien Testament qui font ce que Dieu seul fait. Il parle premièrement, comme le Targum, de la Parole : « … par la Parole, la cause de toutes choses, par qui tout a été créé» (Philon d’Alexandrie, Les sacrifices d’Abel et de Caïn, 8).
           
        "Il suggère aussi que le Messie, dont il est question en Zacharie, ne serait pas un simple homme, mais une personne divine : «… Voici, un homme dont le nom est Orient !» (Zacharie). Voilà une appellation nouvelle, si vous considérez que cela est dit d’un homme fait d’un corps et d’une âme; mais si vous considérez que cela concerne un être incorporel qui ne diffère en rien de l’Image Divine, vous reconnaitrez que le nom d’Orient fut donné à celui qui est bienheureux. Car le Père de l’univers l’a causé à apparaitre comme Fils Ainé, celui qu’il appelle ailleurs le Premier-né, qui, étant ainsi né, imitant les voies de son Père, a formé telle et telle espèce» (Philon d’Alexandrie, Sur la Confusion des Langues, 14.62-63). Il fait donc un lien entre les prophéties de Zacharie sur le Messie et la figure de l’Image, du Premier-né, du Fils, c’est-à-dire de la Parole.
           
        "Le spécialiste juif Alan F. Segal remarque au sujet de Philon : «Philon affirme que le logos (la Parole) était le partenaire de Dieu dans la création. Ainsi, il appelait le logos, le Commencement, le Seigneur des anges, et plus significativement, le Nom de Dieu. Puisqu’il voyait le logos comme une émanation de Dieu, il pouvait en parler comme de sa descendance, ou comme le premier-né de Dieu. Il était considéré comme immortel, un homme céleste, vrai père de l’humanité» (Alan F. Segal, Two Powers in Heaven, [Brill Academic, 2002], p. 173 quoting Leg. All. Iii, 96 ; Conf. 146; Agr. 51 ; Fug. 72, etc.).
           
        "Des rabbins du second siècle rapportent des croyances similaires venant de la période du Second Temple et de la période Tannaïtique.
           
        "De même, pour Philon, le Saint-Esprit est Divin (Sur les Géants, chapitre 11), il viendra demeurer dans des personnes pour les aider à faire la volonté de Dieu (Les Lois spéciales, I, 54), il sera répandu sur des personnes (Sur les Vertus, 39), il conduira les personnes à chercher Dieu et à l’adorer (Les Lois spéciales, I, 48).
           
        "Enfin, Philon rapporte, au sujet de Genèse 18:2 où l’Éternel apparait à Abraham et celui-ci en levant les yeux voit trois hommes, une tradition juive disant que ces trois sont Dieu. Il dit : «Il est raisonnable que l’un soit trois et que les trois soient un» (Philon d’Alexandrie, Sur Abraham, 199-122).
           
        "Le Messie s’appelle YHWH (l’Éternel)
           
        "Des spécialistes modernes Juifs comme Daniel Boyarin et Alan F. Segal ont prouvé dans leurs livres que les Juifs pré-Chrétiens et non-Chrétiens au début de l’ère chrétienne affirmaient que le Dieu unique était constitué de multiples personnes, rapporte Reformed Apologetics Ministries."Boyarin conclue au sujet des anciens Juifs : «(Ils) croyaient que Dieu avait un Adjoint ou Émissaire ou même un Fils divin, exalté au-dessus des anges, qui agissait comme intermédiaire entre Dieu et le monde dans la création, la révélation et la rédemption» (Daniel Boyarin, The Jewish Gospels, The New Press, 2012).
           
        "Les recherches d’Alan F. Segal, un Juif non-Chrétien, se résument ainsi : «Les anciens Israélites connaissaient deux YHWH – l’un invisible, un esprit, l’autre visible, souvent sous forme humaine. Parfois les deux YHWH apparaissent ensemble dans le texte, parfois ils sont distincts, parfois non. (…) Ils ne voyaient pas cela comme une violation du monothéisme car les deux étaient YHWH. Il n’y avait donc pas de second dieu distinct gérant le cosmos [comme dans le manichéisme]. Durant la période du Second Temple, les théologiens et écrivains juifs ont spéculé sur l’identité du second YHWH. (…) Ces spéculations n’étaient pas vues comme non-orthodoxes. Toutefois, les choses changèrent lorsque certains Juifs, les premiers Chrétiens, ont fait la connection entre Jésus et ce concept juif orthodoxe [de second YHWH]. Cela explique pourquoi ces Juifs, les premiers convertis à suivre Jésus le Christ, pouvaient adorer simultanément le Dieu d’Israel et Jésus tout en refusant de reconnaître un autre dieu. Jésus était le second YHWH, le YHWH incarné. En réponse à cela, comme le montre Segal, le judaïsme a rejeté comme hérésie l’idée des deux pouvoirs (célestes) au second siècle après Jésus-Christ» (Michael S. Heiser, Two Powers in Heaven).
           
        On voit donc ici à quel point sont coupables les juifs judaïques du temps de Jésus, qui oseront Le faire mourir sous le motif qu'Il s'était dit Dieu, ce qu'Il était réellement, puisque leur tradition doctrinale la plus pure professait que le Messie serait Dieu...
           
        "En appelant le Messie YHWH [donc, en l'identifiant formellement à Dieu], ils ne faisaient en fait que reprendre ce que les prophètes eux-mêmes avaient annoncé : «Je susciterai à David un germe juste ; il règnera en roi et prospérera, il pratiquera le droit et la justice dans le pays. En son temps, Juda sera sauvé, Israël aura la sécurité dans sa demeure. Et voici le nom dont on l’appellera : YHWH notre Justice» (Jér. 23:5-6). Ce passage de Jérémie 23:6 n’est pas appliqué au Messie par les Chrétiens uniquement mais ce sont les Juifs eux-mêmes qui appliquaient ce verset au Messie : «Dieu appellera le Roi-Messie par son Nom, comme il est dit Voici le nom dont on l’appellera : Yahvé, notre Justice» (Midrash Rabba sur les Psaumes, chapitre 21). Et encore : «Quel est le nom du Roi-Messie ? Rabbi Abba Bar-Kahana a dit : YHWH est son Nom, ainsi qu’il est écrit : voici le Nom dont on l’appellera, YHWH, notre Justice» (Midrash Rabba sur les Lamentations, chapitre 1, verset 16). Cela est confirmé par le Talmud : «Concernant le Messie, voici le nom dont il sera appelé : YHWH notre Justice» (Talmud de Babylone, Baba Bathra75b), ainsi que par le Midrashei Ge-oula : «Et le Messie fils de David s’assiéra dans la Yéchiva d’en haut, par le Saint, béni soit-Il, et il sera appelé YHWH, comme est d’habitude appelé son Possesseur (le possesseur du Nom), ainsi qu’il est écrit, et voici le Nom dont il sera appelé : YHWH notre Justice» (Pirqei Mashiah, Midrashei Ge-oula.
           
        "Dans le Midrash des Psaumes, il est écrit que Dieu appelle le Messie de Son Nom, et quel est Son Nom ? La réponse donnée est : «YHWH, Homme de guerre» (Exode 15:3).
           
        "Le nom d’un individu fait référence à son identité-même, sa personne, son être. Dire que le Nom de Dieu est en quelqu’un ou que quelqu’un porte le Nom de Dieu, c’est dire qu’il est Dieu. C’est comme si un musulman disait que le Messie s’appelle Allah.
           
        "Ainsi, il est reconnu que les textes Juifs attribuaient le Nom de Dieu, et par cela l’identité de Dieu, au Messie.
           
        "Mais, là encore, laissons la parole à un rabbin très apprécié des prosélytes musulmans, Moïse Ben Maimoun, aussi appelé Maïmonide.
           
        "Maïmonide dit que le Nom YHWH est le seul qui fait explicitement référence à l’essence de Dieu, son Être-même, sa nature. Et ce nom est celui du Messie. Tous les autres noms ne sont que relatifs ou dérivés, c’est-à-dire lié à une action divine. Par conséquent, la manière la plus explicite de dire que le Messie est Dieu c’est de dire que son nom est YHWH. Même si l’on dit «le Messie est Dieu (Elohim)», cela est un nom dérivé, moins explicite que si l’on dit «le Messie est YHWH». Maïmonide rajoute : «En somme, ce qui fait que ce Nom a une si haute importance et qu’on se garde de le prononcer, c’est qu’il indique l’Essence-même de Dieu de sorte qu’aucun être créé ne participe à ce qu’il indique» (Maïmonide, Guide des égarés, chapitre 61).
           
        "Si aucun être créé ne participe à ce Nom et que le Messie le porte, permettez-nous de conclure que le Messie n’est pas créé. Encore une fois, le tétragramme [= YHWH] désigne exclusivement l’essence divine, les Juifs l’ont bien compris. Et les anciens textes Juifs donnent ce Nom au Messie, en accord avec le témoignage des prophètes.
           
        "Si personne, si ce n’est Dieu, ne peut être porteur de ce Nom et que le Messie le porte, cela ne nous laisse que peu d’options quant à l’identité du Messie.
           
        "Et pourtant le Messie s’appelle YHWH, toujours selon les rabbins. Il apparait alors clairement que pour ces rabbins le Messie n’est pas «quelque chose d’autre» que Dieu. Il est Dieu. C’est ainsi que le Rabbi Simeon Ben Jochai, en commentant le Zohar, dit : «Il existe un homme parfait, qui est un Messager. Ce Messager est le Metatrôn, le Gardien d’Israël ; Il est à l’Image du Saint, béni soit-Il, qui est une émanation de Lui. Oui, il est YHWH ; de lui on ne peut pas dire qu’il est créé, ni formé, ni fait ; mais il est une émanation de Dieu. Cela s’accorde avec ce qui est dit par Jérémie. (…) Il est YHWH notre Justice» (Jérémie 23:5-6)» (Rabbi Simeon ben Jochai. The Propositions of the Zohar, cap. 38, Amsterdam edition)".
           
        L'auteur rapporte plusieurs autres témoignages des juifs anciens, prouvant que la doctrine de la Divinité du Messie était parfaitement connue des juifs anciens jusqu'à l'époque de Jésus, puis, il poursuit :
           
        "C’est dans ce contexte religieux que le Christianisme est apparu et c’est pour cela que les premiers chrétiens ont identifié Jésus comme étant ce deuxième qui est Yahweh (Jean 1:1-3, 10; Colossiens 1:15-17, Hébreux 1:8, 10-12).
           
        "Le spécialiste J. C. O’Neill écrit donc : «Il n’y a aucun doute quant au fait qu’il existait des Juifs avant Christ qui reconnaissaient que, bien que Dieu soit Un, il est aussi Trois» (J. C. O’Neill, Who Did Jesus Think He Was ?, Brill 1995, p. 94).
           
        "Conclusion
           
        "En regardant les sources juives ainsi que leurs analyses faites par des spécialistes et docteurs tant Juifs que Chrétiens, une conclusion s’impose : la notion d’un Dieu multi-personnel n’est pas une idée inventée par les chrétiens ni volée aux païens.
           
        "Comme nous l’avons dit, ce sont eux qui ont formulé précisément la doctrine trinitaire, mais ils ont derrière eux une longue tradition juive reconnaissant un Ange/Parole/Fils/Sagesse et un Esprit appelés, avec le Père, Yahweh, et accomplissant des œuvres divines. Leur relation avec le Père étant décrit comme “procédant de” Lui ou “émanant de” Lui. Ainsi, sans confesser explicitement la Trinité, ils allaient dans le sens de celle-ci, la formulaient comme en balbutiant.
           
        "Une formulation imprécise qui essaye de rendre cohérentes les données de l’Ancien Testament. ― L’éclairage du Nouveau Testament permettra aux Chrétiens de confesser avec une précision admirable ces vérités. Et c’est en réaction aux chrétiens que les Juifs [judaïques] ont changé leurs interprétations [à cause de leur haine de Jésus-Christ], progressivement, tout au long du Moyen-Âge, comme en témoignent les pères de l’Église comme Justin Martyr, contemporain des premiers changements d’interprétation".
           
        (fin de citation)
           
        On saisit mieux à présent, à quel point d'apostasie incroyable sont rendus les papes modernes depuis Vatican II, en prétendant que les juifs judaïques sont monothéistes, et donc eux aussi fils spirituels d'Abraham, puisque le VRAI monothéisme inclut obligatoirement le dogme trinitaire ainsi que celui de la Divinité du Messie... au rapport même des juifs de l'Antiquité... desquels, très-mensongèrement, les juifs judaïques post-christiques prétendent tenir leur doctrine d'un monothéisme non-trinitaire et non-messianique !
           
        Or, cette foi nouvelle et hérétique du juif judaïque post-christique, qui, si l'on va en son fond théologique, pourrait même être considérée comme, pardon pour l'oxymore, un athéisme transcendant, une sorte d'adoration gnostique de l'Inconnaissable, il la transmettra via le Coran aux arabes qui deviendront les musulmans non-trinitaires et non-messianiques en tant qu'ils refusent de croire à la Divinité de Jésus, leur communiquant par ailleurs non seulement leur péché mais la condamnation de leur péché, à savoir que ni les juifs talmudiques ni les musulmans post-talmudiques ne peuvent plus être dits croire au vrai Dieu, comme les scolastiques modernes et anciens blasphèment, prostituent et apostasient eux-mêmes leur Foi en le prétendant. 
 
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        De plus, ... et quel plus !, non seulement, comme on vient de le voir, le Dieu prétendument Un des musulmans ne l'est pas puisque leur monothéisme n'est ni trinitaire ni messianique, mais leur conception métaphysique de ce Dieu Un en tant que telle est radicalement fausse, même si l'on fait abstraction de leur non-trinitarisme et de leur non-messianisme.
 
        En effet, contrairement à ce qu'affirme leur Coran (= "Dites-leur [aux gens du Livre] : «Nous croyons à ce qui nous a été révélé et à ce qui vous a été révélé. Notre Dieu et le vôtre ne sont qu’Un. Et nous Lui sommes soumis» (sourate 29, 46), leur conception du Dieu Un, abstraction faite du trinitarisme et du messianisme, est radicalement différente du Dieu Un catholique, c'est-à-dire du Dieu Un véritable.
 
        Premièrement, le Dieu Un musulman n'est pas un Père. Or, si le Dieu Un n'est pas un Père, il n'est pas Dieu du tout, car le Père n'est pas un accident, un attribut du Dieu Un qui, si on le supprime, n'attente en rien à l'intégrité parfaite de l'essence du Dieu Un, comme si on enlève un vêtement à une personne, celle-ci reste intégralement la personne qu'elle est, le Père est au contraire un des Noms du Dieu Un en tant qu'essence, ce qui veut bien sûr dire que si on rejette de conceptualiser le Dieu Un par le Père, alors, ce prétendument vrai Dieu Un n'est plus rien du tout, ce n'est plus qu'un grand vide métaphysique. Le Père est si substantiellement Dieu, que lorsque les Apôtres demandent à Jésus de leur apprendre à prier Dieu, Jésus leur enseigne une prière super-essentielle pour s'adresser à Lui qui conceptualise tellement la métaphysique de Dieu par le seul concept Père, qu'elle s'appelle tout naturellement le... Pater : "Notre Père qui êtes aux Cieux, que Votre Nom soit sanctifié, etc." ! C'est tellement beau et surtout vrai, pour les créatures humaines, d'avoir un Dieu qui EST Père de tous et chacun d'entre nous, que je me souviens d'un prêtre révélant dans un sermon qu'une personne était venue à lui pour se convertir à la Foi catholique, parce que ce qui l'avait touchée, c'était que, dans la Religion chrétienne et dans elle seulement, Dieu était Père... 
 
        Or, "Allah rejette catégoriquement toute paternité à l’égard de sa création (5, 18). La seule relation possible de la créature avec Allah est celle d’esclave à maître : «Il ne sied pas au Tout-Clément davoir un enfant ! Il nest pas (un seul être), parmi ceux qui sont dans les cieux et sur terre, qui ne doive venir en serviteur devant le Tout-Clément» (Coran, sourate 19, 92-93)" (Avons-nous le même Dieu que les musulmans ?, abbé Alexis Piraux, 25 juillet 2024). La religion coranique refuse donc pour Dieu d'être un Père ad intra (dans les cieux) et ad extra (sur la terre).
 
        Mais le Dieu véritable, que révèle la vraie Religion, est métaphysiquement un Père, Il est tellement Père que si on lui ôte ce Nom divin, Il n'est plus Dieu du tout, ni Trine ni Un. Et c'est pourquoi c'est vrai autant ad intra, comme le dogme trinitaire le professe puisque Dieu a un Fils Unique, qu'ad extra, c'est-à-dire pour nous ses enfants qui sommes ses créatures. Pour en rester à l'ad extra, l'Ancien-Testament comme le Nouveau le révèlent de nombreuses fois, le plus formellement et clairement possible. "«Vous êtes les enfants de Yahweh, votre Dieu» (Deut XIV, 1) ; et un exemple dans le Nouveau Testament : «Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. En effet, vous n’avez point reçu un Esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, en qui nous crions : Abba ! Père ! Cet Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu» (Rom VIII, 14-16). D’autres passages scripturaires véhiculent cette vérité (par exemples, pour l’Ancien Testament : Ex IV, 22 ; Dt XXXII, 6 ; XXXII, 18 ; Is LXIII, 16 ; pour le Nouveau Testament : Mt VI, 9 ; Jn XX, 17 ; He XII, 7). (...) [Le fait que la religion coranique ne veut pas que Dieu soit Père,] cela est en partie lié au fait que le Coran ne conçoit pour la divinité la possibilité d’avoir un fils que de manière charnelle, par relation sexuelle : «Créateur Originel des cieux et de la terre, comment, quand Il [Allah] na pas de compagne, aurait-Il un enfant ?» (Coran, sourate 6, 101)" (ibid.).
 
        Secondement. Or, n'étant pas Père, Allah n'est pas l'Amour substantiel et éternel, autre Nom du Dieu Un en tant qu'essence, révélé par la Religion véritable, et par elle seule (aucune autre religion que celle chrétienne, en effet, ne révèle que Dieu est Amour). "Le Dieu biblique «est amour» (1 Jn IV, 8), d’abord «ad intra», c’est-à-dire : entre les Personnes de la Trinité, qui s’aiment mutuellement et de toute éternité, comme peuvent nous le laisser entrevoir certains versets du Nouveau Testament (par exemple : Jn XIV, 31 ; XV, 9). Le Dieu biblique est également amour «ad extra», c’est-à-dire qu’il aime sa création, et spécialement l’humanité. «Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle» (Jn III, 16). Dieu le Fils assume une vraie humanité, avec laquelle il donne sa vie par amour pour les hommes, et pour chacun individuellement (Gal II, 20). Et l’Esprit Saint est donné aux croyants (Rom V, 5) et habite en eux (I Cor III, 16). En retour de l’initiative d’amour de Dieu, les hommes sont appelés à l’aimer (1 Jn IV, 19 ; Matth XXII, 37), et à s’aimer les uns les autres (I Jn IV, 11).
 
        "De son côté, le Coran ne présente pas Allah comme étant amour. Bien que deux versets semblent présenter Allah comme «le tout-aimant» (11, 90 et 85, 14), «cette affirmation n’implique cependant pas la profondeur de l’amour dans la nature de Dieu, telle qu’elle apparaît dans la déclaration biblique “Dieu est amour”» (The Love of God in the Quran and in the Bible, John Gilchrist). En effet, il semble que l’expression veuille signifier qu’Allah aime celui qui se tourne vers lui et se repent, et donc que l’amour d’Allah est la conséquence, la réponse du repentir de l’homme (Cf. le tafsir d’Al-Tabari sur 11, 90). De plus, Allah donne son pardon, mais il ne se donne pas lui-même [ce qui est exigé sine qua non par l'Amour véritable]. D’autres passages du Coran laissent penser que l’amour d’Allah, au lieu de précéder la réponse de l’homme, répond aux actions de ce dernier : «Allah aime ceux qui combattent pour Sa cause en rang, semblables à un édifice solidement bâti» (61, 4 ; voir aussi 2, 195). «C’est un fait, nulle part dans le Coran il n’est dit que Dieu aime quelqu’un qui ne l’aime pas d’abord, et l’amour de Dieu n’est jamais utilisé comme facteur de motivation central pour attirer quelqu’un près de lui» (Cf. Anonyme, The Character of God in Bible and Quran. A Study In Contrasts). Enfin, tandis que le Dieu biblique appelle les hommes à l’aimer plus que tout (Dt VI, 5 ; Matth XXII, 37), Allah ne demande pas l’amour des hommes, mais leur soumission (par exemple : 3, 32 ; 58, 13 ― Cf. Interroger lislam. Mille et une questions à poser aux musulmans, abbé Guy Pagès, p. 48-49)" (ibid.)
 
        Combien le commentaire divinement inspiré de saint Hilaire de Poitiers, dans son célèbre Traité de la Trinité, foudroie à la racine même de l'os la conception hérétique et même diabolique du prétendu "dieu" Un des musulmans, non-Père, non-Amour : "Dieu ne sait rien être d'autre qu'amour, il ne sait rien être d'autre que le Père. Et celui qui l'aime n'est pas envieux, et celui qui est le Père l'est dans sa totalité. Ce nom n'admet pas de compromis, comme si Dieu pouvait être le Père sur certains aspects, mais ne l'était pas sur d'autres" (De Trinitate, IX, 61) ! Combien, en regard et comparaison du vrai Dieu Un, Père et Amour super-substantiels, le "dieu" Un des musulmans montre à tout regard son néant absolu, sa mort et son inexistence métaphysique radicales, derrière lesquels peut très-bien se cacher l'ennemi redoutable des âmes !     
 
        Il n'est que trop clair maintenant que par tous les côtés où l'on prend la question du "dieu" Un des musulmans, il ne saurait d'aucune façon être assimilé au Dieu Un véritable... même si on déconnecte la problématique du Trinitarisme et du Messianisme.
 
LesDeuxDupontdCestMonOpinionEtJeLaPartage
 
        Pour mettre le point final quant à ce que je dis dans ce nouvel article, à savoir donc que le musulman, de par sa très-fausse religion, ne croit pas au vrai Dieu, je ne saurai déroger, bien sûr, à ma petite coutume humoristique :
           
        "C'est mon opinion et je la partage" (les deux Dupont/d, dans Tintin & Milou). On appelle ça, en théologie, la communication des idiomes (mais là, c'est plutôt la communication des idiots).
 
En la fête de saint Nicolas 1er, pape,
Ce 13 novembre 2025.
Vincent Morlier,
Écrivain catholique.
 
 
 Nicolaus Ier Pape
 
Saint Nicolas 1er, pape (v. 800-867)
 
 
 
13-11-2025 07:42:00
 

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