Le survol très-superficiel de Mgr Viganò pour solutionner "la crise de l'Église" générée par Vatican II

 

LE SURVOL TRÈS-SUPERFICIEL

DE MGR VIGANÒ

POUR SOLUTIONNER "LA CRISE DE L'ÉGLISE"

GÉNÉRÉE PAR VATICAN II

 

        Voilà un titre qui pourra surprendre le catholique qui voit Mgr Viganò comme un "lanceur d'alerte" sans peur et sans reproche, ce que cet archevêque vénérable, issu du monde conciliaire mais vraiment converti, est certainement pour une très-grande part, je le reconnais bien volontiers (conversion qui est très-rare, car il est extrêmement difficile de se convertir du modernisme, le pape Benoît XVI en est un contre-exemple hélas fort décevant et affligeant, lui qui veut toujours voir Vatican II comme saint et sain).

        Cependant, voilà. J'ai lu avec grande attention ses deux contributions de fond les plus récentes sur "la crise vaticandeuse de l'Église" et la solution à y apporter, à savoir : 1/ Excursus sur Vatican II et ses conséquences, du 10 juin 2020 ; et 2/ Mgr Carlo Maria Viganò décrypte “l’esprit du Concile” dans un entretien avec Phil Lawler, du 28 juin 2020 (on pourra trouver ces deux textes in extenso, à savoir, le premier sur le site "Benoît & moi" : http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/06/10/mgr-vigano-vatican-ii-le-ver-etait-dans-le-fruit/ ; et le second, sur le blog de Jeanne Smits : https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2020/06/mgr-carlo-maria-vigano-decrypte-lesprit.html).

        Et ces deux contributions révèlent une grande incohérence de fond, de la part de Mgr Viganò, dans la solution théologique qu'il prétend apporter à "la crise de l'Église" générée par le concile Vatican II. C'est même fort frappant.

        Avant de rentrer dans la démonstration théologique de cette incohérence, je crois bon d'en donner l'explication morale. Cette incohérence s'explique par le fait que la nature humaine va tout-de-suite à fuir à toutes jambes l'économie de la Passion, inconsciemment et sans même y réfléchir. Par tous les subterfuges qu'elle peut trouver, y compris et même surtout, ceux les plus frappés de stupidité et d'absurdité, la fin, qui ici est la fuite de la Passion, justifiant tous les moyens. Or, l'Église vit sa Passion depuis Vatican II. Il n'est donc pas étonnant de voir tout le monde, ou très-peu s'en faut, fuir, de préférence le plus stupidement possible. Que l'Église vive sa propre et personnelle Passion, c'est même LA seule chose spirituelle à comprendre de nos jours sinon rien, et c'est bien pourquoi j'en ai fait le titre de mon site créé en 2012 : L'Église vit la Passion du Christ depuis Vatican II. En soi, je ne suis donc pas surpris de voir Mgr Viganò, qui n'a pas vraiment compris que "la crise de l'Église" révèle qu'elle vit sa Passion, émettre des solutions incohérentes et même théologiquement absurdes...

        Et je continue en disant qu'il ne faut pas s'étonner ni trop se culpabiliser (encore moins culpabiliser son prochain) de voir notre nature humaine fuir la Passion, car saint Paul nous enseigne très-théologiquement que l'économie de la Passion consiste essentiellement à "ÊTRE FAIT PÉCHÉ pour le salut" (II Cor V, 21), oxymore spirituel très-puissant révélé plus par le Saint-Esprit que par saint Paul. Or, par-là même d'être fait péché pour le salut, notre nature humaine doit vivre la "si grande contradiction" (He XII, 3) écartelante du Christ en croix, jusqu'à devoir en mourir très-certainement, car le péché entraîne la mort. C'est la destinée de tout acteur de la Passion, ainsi que nous l'a montré en toute clarté Notre-Seigneur Jésus-Christ quand Il eut à vivre et à mourir la sienne propre et personnelle il y a 2 000 ans. Alors bien sûr, comment voulez-vous, vous, être configuré au péché (même s'il s'agit d'un péché sans aucune coulpe puisque, dans le cadre de la Rédemption cause première de la Passion, il est ordonné "au salut"), sans vous récrier et le rejeter tout d'une pièce, dans votre première réaction instinctive, sachant au surplus fort bien qu'il va vous faire mourir, et mourir ignominieusement dans la figure du monde qui passe ? Même un pécheur plein de malice, lorsqu'il est pris publiquement sur le fait de son péché, et que soudain la honte de son péché le frappe en pleine figure, cherche à se justifier, à dire que son péché n'est pas un péché... Alors, vous qui êtes juste, ou qui cherchez à le devenir c'est du pareil au même, lorsque l'on vous montre une Épouse du Christ, une Église qui est vraiment "FAITE PÉCHÉ", et c'est à Vatican II que ça se passe, votre premier mouvement de réaction ne peut qu'être la fuite, puisque même le pécheur coupable fuit devant son coupable péché, tellement le péché est en soi haïssable même par celui qui le commet. Vous ne pouvez que vouloir fuir la réalité ecclésiale d'une Église vivant sa Passion, même si saint Paul vous dit qu'à la suite du Christ, c'est "pour le salut" que l'Église est "faite péché"...

        Et il ne faut d'ailleurs voir là aucune coulpe ou faute formelle, au moins dans le désir de fuite de la Passion, puisque même le Christ, le Saint des saints, a vécu ce désir de fuite de devoir être configuré au péché au for externe de sa Personne, sans, faut-il avoir à en apporter la précision, aucune faute de Sa part : "Que ce calice s'éloigne de Moi..." Cependant, quand bien même il n'y a aucune faute à fuir instinctivement la Passion, ce désir de fuite voire cette fuite tout court quand on y cède, EST CONTRAIRE À LA VOLONTÉ DIVINE, et il ne faut pas le suivre, il faut au contraire, le premier et instinctif mouvement passé, revenir combattre dans le pré carré de la Foi pour vivre et mourir la Passion autant qu'il est en nous de le faire, autant que Dieu le veut pour nous, afin de vaincre surnaturellement : "... Cependant, non pas ma volonté, ô Père, mais la vôtre !" C'est ce chemin d'acceptation de l'économie de la Passion, de non-fuite, que le Christ veut que nous suivions actuellement, à l'heure terrible et affreuse où son Épouse, l'Église, vit sa propre et personnelle Passion.

        Pour autant, alors que les yeux de tous les fidèles catholiques, sauf ceux des invertébrés de la Foi de préférence cardinaux qui cherchent encore à justifier l'injustifiable, s'ouvrent péniblement et en souffrant, de nos jours, sur la réalité du péché ecclésial de Vatican II, on discerne trop dans les âmes fidèles cette fuite instinctive des conséquences théologiques de cette "si grande contradiction", fuite qui fut celle de onze Apôtres sur douze lors de la première Passion du Christ, fuite que je vois par exemple dans Mgr Viganò.

        Après ces nécessaires considérations morales, je rentre maintenant dans le concret de ce qui me fait poser ce constat de fuite de "LA PASSION DE L'ÉGLISE" par Mgr Viganò, fuite qui est d'ailleurs aussi le fait de son excellent confrère "lanceur d'alertes", Mgr Schneider, et qui est sûrement inconsciente chez tous les deux.

        Je vais commencer en disant qu'on voit Mgr Viganò, dans son écrit du 10 juin, se démarquer de Mgr Schneider lorsque celui-ci note les erreurs qu'on trouve dans Vatican II de doctrinalement secondaires, comme pouvant théologiquement être réparées par la suite, par exemple dans le cadre d'un Vatican III : "On peut légitimement espérer et croire qu’un futur pape ou concile œcuménique corrigera les déclarations erronées faites par Vatican II", formule Mgr Schneider. À juste titre, Mgr Viganò corrige : "Cela me semble être un argument qui, même avec les meilleures intentions, sape les fondations de l’édifice catholique. Si, en effet, nous admettons qu’il puisse y avoir des actes magistériels qui, en raison d’une sensibilité modifiée, sont susceptibles d’être abrogés, modifiés ou interprétés différemment au fil du temps, nous tombons inexorablement sous la condamnation du décret Lamentabili (1907, décret de Pie X condamnant les erreurs du modernisme)".

        Fort bonne remarque. Mais Mgr Viganò n'a pas l'air de se rendre compte que dire cela, c'est souligner plus encore... l'anormalité de Vatican II. S'il est impossible de pouvoir réformer des décrets doctrinaux promulgués en concile universel (et c'est bien sûr le cas), alors... nous restons avec les décrets hérétiques de Vatican II ! Et la vraie question de fond se fait encore plus lancinante : COMMENT SE FAIT-IL QUE LES PÈRES DE VATICAN II UNA CUM LE PAPE, "MEMBRES ENSEIGNANTS" D'UNE GÉNÉRATION ECCLÉSIALE DONNÉE DE SOI EN POSSESSION DU CHARISME D'INFAILLIBILITÉ POUR TOUT ENSEIGNEMENT DOCTRINAL ORDINAIRE & UNIVERSEL, AIENT BIEN PU, DANS CEDIT CADRE, ENSEIGNER L'ERREUR MAGISTÉRIELLE SUR DES POINTS FONDAMENTAUX DU DOGME À L'UNIVERSALITÉ DES FIDÈLES ? C'EST THÉOLOGIQUEMENT IMPOSSIBLE DE TOUTE IMPOSSIBILITÉ SANS AVOIR À CONCLURE, SOIT 1/ SI LA CONTRADICTION CONSTATÉE EST FORMELLE, QUE "LES PORTES DE L'ENFER ONT PRÉVALU CONTRE L'ÉGLISE" ; SOIT 2/ SI LA CONTRADICTION CONSTATÉE EST SEULEMENT MATÉRIELLE, QUE L'ÉGLISE EST RENTRÉE PAR-LÀ MÊME DANS L'ÉCONOMIE DE LA PASSION USQUE AD MORTEM.

        Voilà l'immédiate réflexion théologique qu'on doit se faire après le constat vrai et véridique, que fait Mgr Viganò mais que ne fait pas Mgr Schneider, d'erreurs magistérielles dans Vatican II qui, loin de toucher un domaine disciplinaire secondaire qui pourrait être ultérieurement réparé, comme veut le croire pusillanimement Mgr Schneider, touchent au contraire le noyau dogmatique de la Foi, comme le professe au moins implicitement Mgr Viganò, puisqu'il dit de ces erreurs vaticandeuses qu'elles sont théologiquement ultérieurement irréparables. Et, sur cela, il a parfaitement raison. Il faut bien saisir, par exemple, que La Liberté religieuse est la contradictoire formelle du Dogme défini Hors de l'Église, point de salut, hors du Christ, point de salut. Dieu, le Christ, l'Église, n'existent tout simplement plus du tout au for public dans la doctrine de la Liberté religieuse, c'est malheureusement clair comme de l'eau de roche et visible comme éléphante enceinte dans corridor étroit, dans les § 4 & § 5 de Dignitatis Humanae Personae, comme je l'ai montré dans mon précédent article (cf. http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/la-tres-fausse-argumentation-des-theologiens-conservateurs-brandmuller-brambilla-etc-pour-pretendument-justifier-le-concile-vatican-ii?Itemid=483).

        Mais donc, abruptement, Mgr Viganò, après avoir posé le juste constat d'une hérésie vaticandeuse qui, touchant en plein le noyau dogmatique de la Foi à Vatican II, ne peut pas, théologiquement, être ultérieurement réparée, et avoir rectifié sur cela Mgr Schneider, n'en tire aucunement la conclusion, qui pourtant s'impose par le fait même, de la mise de l'Église dans l'économie de la Passion. J'ai beau lire la suite et fin de son premier écrit du 10 juin, il fait d'autres considérations, à droite, à gauche, en soi du reste très-intéressantes et édifiantes, par exemple sur le devoir moral de se convertir avec humilité une fois qu'on a pris conscience d'avoir été infecté et infesté des hérésies présentes dans Vatican II, mais, ... passez muscade !, c'est le grand silence de sa part quant au fait que de trouver des hérésies qui attaquent le noyau dogmatique de la Foi dans Vatican II, concile universel légitime, est en soi révéler que l'Église vit désormais la "si grande contradiction" inhérente à la Passion du Christ, comme l'enseigne saint Paul aux Hébreux.

        Déçu, et même, ... pourquoi cacherai-je mon imperfection ?, agacé, je mets de côté l'écrit du 10 juin, prends l'interview du 28 juin, et essaye de me dire que je vais peut-être y trouver ce qui manque bougrement dans l'écrit du 10 juin. Là, dès l'abordage abordé, je m'aperçois avec surprise et plaisir que c'est... l'interviewer, Phil Lawler, donc le simple laïc, qui accule l'évêque, l'homme d'Église, Mgr Viganò, à se poser enfin les bonnes questions, c'est lui en effet qui le force à donner une réponse sur le fond théologique du problème. Il pose très-bien sa question : "... Si l’ensemble du Concile pose problème, comment cela a-t-il pu se produire ? Comment concilier cela avec ce que nous croyons de l’inerrance du Magistère ? Comment les Pères du Concile ont-ils tous pu être ainsi trompés ?" Le journaliste a fait une légère erreur de vocabulaire, inerrance alors qu'il aurait dû dire infaillibilité, notre archevêque va le rectifier sur ce point de détail, mais c'est lui, le laïc, qui a raison sur le point central du débat, et qui oblige un Mgr Viganò spirituellement défaillant à aborder le vrai problème de fond, la vraie question théologique, la questio magna, que, trop visiblement, il fuit et ne veut pas aborder (... exactement comme, quarante ans avant lui, l'avait fui Mgr Lefebvre, lui aussi...) : COMMENT CONCILIER CELA, C'EST-À-DIRE LA PRÉSENCE DANS VATICAN II D'ERREURS ATTAQUANT LE NOYAU DOGMATIQUE DE LA FOI, AVEC CE QUE NOUS CROYONS PAR LA FOI DE L'INFAILLIBILITÉ DU MAGISTÈRE ? Comment les Pères ont-ils pu être trompés et subséquemment tromper les fidèles alors qu'ils se trouvaient... sous mouvance directe et immédiate du Saint-Esprit pour enseigner universellement la Foi aux fidèles de l'orbe catholique ?!?

        Voilà le vrai problème. Comprenons bien que si nous ne pouvons pas donner de réponse à cette situation, alors cela signifiera que l'Église est plongée dans la "si grande contradiction" inhérente à l'économie de la Passion du Christ (la Foi invalide en effet et évacue in radice l'autre alternative, à savoir que cette situation prouverait que "les portes de l'enfer ont prévalu contre l'Église"). Nous aurons donc par-là même la certitude que "la crise de l'Église" que nous vivons par et depuis Vatican II, est celle dernière, proprement apocalyptique, et que rien historiquement ne pourra la réparer, la finale de cette crise étant le Retour en gloire du Christ faisant surnaturellement irruption dans notre monde, pour terrasser "la puissance des ténèbres" dans l'Antéchrist manifesté, et surtout pour ressusciter son Épouse-Église.

        Donc, spirituellement titillé par le laïc, je lis avec encore plus d'attention la réponse de Mgr Viganò, pour voir ce qu'il va répondre à la VRAIE question de l'interviewer. Va-t-il prendre acte, comme il doit le faire, de la réalité théologique de cette "si grande contradiction" que manifeste à l'éclat éclatant Vatican II ? Va-t-il au contraire lâchement, comme les onze Apôtres sur douze aux temps de la Passion du Christ, FUIR la réalité de cette "si grande contradiction" qui révèle formellement que l'Épouse du Christ est en train de vivre sa propre et personnelle Passion, en trichant sur les attendus théologiques du problème...?

        Hélas !, il me faut résoudre à cocher la deuxième case et caser la deuxième coche. Fausser complètement la réponse, se réfugier dans le mensonge pour ne pas avoir à embrasser "LA PASSION DE L'ÉGLISE", c'est effectivement ce que Mgr Viganò va faire, comme tous les tradis sans exception l'ont fait avant lui depuis plus d'un demi-siècle maintenant, sans parler des modernes qui, eux, excusez du peu, ne voient même pas qu'il y a... un problème à résoudre (puisqu'aussi bien, pour eux, nous vivons tous, depuis le post-concile, dans l'Alleluia jouissif et perpétuel du Royaume enfin manifesté, et qui le sera progressistement de plus en plus...).

        Voici en effet ce qu'ose dire Mgr Viganò : "Je crois que le problème de l’infaillibilité du Magistère (l’inerrance que vous avez mentionnée est propre à l’Écriture Sainte) ne se pose même pas, car le Législateur, c’est-à-dire le Pontife Romain autour duquel le Concile est convoqué, a solennellement et clairement indiqué qu’il ne voulait pas utiliser l’autorité doctrinale qu’il aurait pu exercer s’il l’avait voulu",

        ... Zut & zest !, "Ah non !, c'est un peu court, jeune homme !!" (Cyrano de Bergerac) Pardon, je ne cherche nullement à manquer de respect à Mgr Viganò, mais là, je trouve tout-de-même qu'il exagère. Au reste, j'ai bien le droit de l'appeler jeune homme, car il ne mène le bonum certamen pour la Tradition catholique, le bon combat spirituel dont parle saint Paul, que depuis quelques années seulement ; quant à moi, je le mène, Deo adjuvante, depuis 1975 environ... et je peux dire que, pour ce qui est du bonum certamen, j'ai vraiment porté "la chaleur et le poids du jour" (Matth XX, 12), ce qui n'est pas le cas de Mgr Viganò, ouvrier de la onzième heure et demi bien sonnée (mais qu'on se rassure : je n'ai pas "l'œil mauvais" des ouvriers de la première heure dans la Parabole évangélique, je suis loin d'être jaloux du Denier, c'est-à-dire de la grâce du salut, que lui donne, comme à moi, le bon Père de famille, je m'en réjouis au contraire !).

        J'ai un peu honte d'avoir à rappeler à Mgr Viganò ce qu'il doit sûrement savoir très-bien (ou alors, c'est à désespérer de nos Pères dans la Foi, car il en est un), à savoir qu'il existe DEUX modes magistériels couverts tous deux de même formelle manière par l'infaillibilité ecclésiale : 1/ le mode extraordinaire dogmatique ; 2/ le mode ordinaire & universel.

        Or, le Législateur du concile moderne comme il dit, c'est-à-dire le pape Paul VI, s'il a exclu explicitement l'emploi du mode extraordinaire dogmatique de définition dans Vatican II, A TOUT AUSSI EXPLICITEMENT INDIQUÉ L'EMPLOI DU MODE ORDINAIRE & UNIVERSEL D'ENSEIGNEMENT DANS SON CONCILE, COMME VOULU FORMELLEMENT PAR LUI, ACTEUR PRINCIPAL DE LA MISE EN OEUVRE DE L'INFAILLIBILITÉ DANS L'ÉGLISE, ainsi que je le rappelais dans mon précédent article, quoique, il est vrai, il l'ait fait un peu faiblement et dans le brouillard-brouillon, au niveau de la manière de le dire.          

        Exactement contrairement à ce qui est dit, en effet, Paul VI, à chaque fois qu'il parle de "pastoralité" quant à Vatican II, contrebalance immédiatement cette "pastoralité" avec... l'emploi qu'il a fait dans le concile du mode magistériel ordinaire & universel, de soi doté de l'infaillibilité. On ne saurait donc honnêtement évoquer la "pastoralité" dont parle Paul VI sans parler EN MÊME TEMPS de l'infaillibilité magistérielle du mode ordinaire & universel, que le pape du concile met explicitement à parité avec cette fameuse (mais surtout fumeuse) "pastoralité" conciliaire. Invoquer la "pastoralité" de Vatican II pour soutenir sa non-infaillibilité est donc exactement faire de la contre-lecture, dire exactement le contraire de ce qu'a dit le pape du concile moderne.

        Je rappelle en effet les paroles précises de Paul VI sur le sujet : "Étant donné le caractère pastoral du Concile, celui-ci a évité de proclamer selon le mode extraordinaire des dogmes dotés de la note d'infaillibilité… CEPENDANT, LE CONCILE A ATTRIBUÉ À SES ENSEIGNEMENTS L'AUTORITÉ DU MAGISTÈRE SUPRÊME ORDINAIRE, etc." ; et dans cette Audience de mercredi de janvier 1966, il ne faisait que rappeler de mémoire ce qu'il avait dit dans le Discours de clôture du concile lui-même un mois auparavant, en ces termes où, comme on peut le voir, il balance identiquement la "pastoralité" dans Vatican II avec l'emploi... du mode magistériel ordinaire & universel qui y a été fait : "... Mais il est bon de noter ici une chose : LE MAGISTÈRE DE L'ÉGLISE, bien qu'il n'ait pas voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires, A ÉTENDU SON ENSEIGNEMENT AUTORISÉ à une quantité de questions qui engagent aujourd'hui la conscience et l'activité de l'homme ; il en est venu, pour ainsi dire, à dialoguer avec lui ; ET TOUT EN CONSERVANT TOUJOURS L'AUTORITÉ ET LA FORCE QUI LUI SONT PROPRES, il a pris la voix familière et amie de la charité pastorale".

        Autrement dit, exactement contrairement à l'affirmation péremptoire mais totalement fausse de Mgr Viganò, la vérité est celle-ci, et je reprends sa phrase dans le bon sens cette fois-ci : le Législateur, c’est-à-dire le Pontife Romain autour duquel le Concile est convoqué, a solennellement et clairement indiqué qu’il voulait utiliser l’autorité doctrinale PAR LE MODE MAGISTÉRIEL ORDINAIRE & UNIVERSEL, de soi doté de l'infaillibilité.

        Et, comme j'en ai fait la démonstration théologique dans mon précédent article, et je ne la referai pas ici, ce mode ordinaire & universel doté de l'infaillibilité a été dûment employé par exemple pour le décret Dignitatis Humanae Personae... dont le contenu doctrinal est pire qu'hérétique, quand la vérité est de dire qu'il est carrément APOSTAT.

        Donc, contrairement à ce qu'affirme très-faussement plus loin dans cet interview Mgr Viganò, à savoir que dans le concile moderne "l'infaillibilité magistérielle avait pourtant été clairement exclue dès le départ", ce qui n'est exact que pour le mode magistériel extraordinaire de définition, l'infaillibilité magistérielle est bel et bien présente dans Vatican II, par le mode ordinaire & universel d'enseignement, très-notamment, justement, pour les pires déviances doctrinales du concile moderne, comme le décret sur la Liberté religieuse.     

        Après ces tromperies pénibles de l'évêque, qui faussent radicalement la problématique générale, j'avoue que c'est avec plaisir et réconfort que je vois le laïc réinsister à juste titre, dans sa deuxième question, sur le problème théologique de fond posé par Vatican II, que donc Mgr Viganò veut fuir, parce qu'il révèle que l'Église est plongée dans la Passion du Christ et que donc, nous vivons la période de la fin des temps depuis Vatican II : "Ph. Lawler : Deuxièmement, quelle est la solution ? Mgr Schneider propose qu’un futur Pontife rejette les erreurs ; votre Excellence trouve cela insuffisant. Mais alors comment corriger les erreurs, de manière à maintenir l’autorité du magistère d’enseignement ?"

        Très-excellente question, qui remet le waypoint juste où il faut sur la boussole. Mais, continuant à être fort déçu (... et agacé !), je vois Mgr Viganò partir sur une voie de garage en soi pire que la solution entrevue par Mgr Schneider. On ne pouvait du reste que s'y attendre. Puisqu'il pose faussement que Vatican II n'est pas infaillible, alors, partant sur ces mauvaises prolégomènes, il ose soutenir, puisque la Constitution divine de l'Église n'est nullement atteinte par le concile moderne non-infaillible, qu'on pourra, à la discrétion d'un futur bon pape, tirer... la chasse d'eau dessus sans complexe, mais oui, oui, carrément... l'OUBLIER !!! C'est-à-dire sans s'occuper aucunement à corriger les erreurs qu'on trouve dedans, comme aurait voulu le préconiser Mgr Schneider !!! Et repartir avec la Tradition comme s'il n'avait jamais existé !!! Je le cite : "Il appartiendra à l’un de ses Successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de sa puissance apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du Successeur du Prince des Apôtres ressortiront intactes et reconfirmées. En fait, elles n’ont pas été délibérément remises en cause lors de Vatican II, alors qu’elles le seraient le jour où un Pontife corrigerait les erreurs que le Concile a engendrées en jouant sur l’équivoque d’une autorité officiellement niée, mais que toute la Hiérarchie, à commencer par les papes du Concile, à subrepticement laissée croire aux fidèles".

        Autrement dit, la "solution" de Mgr Viganò est encore plus théologiquement déjantée que celle de Mgr Schneider : oublier radicalement tout Vatican II, comme quelque chose qui n'a JAMAIS existé !!! Comme s'il était possible, voyons, de jeter aux oubliettes du château le PLUS GRAND concile universel légitimement assemblé depuis la naissance de l'Église, cum Petro et sub Petro, composé de 2 500 évêques !!! Je préfère penser que Mgr Viganò n'a pas réfléchi à la "solution" qu'il propose.

        Que fait-il, en effet, de l'apostolicitas doctrinae !?, note théologique qui caractérise l'Église, laquelle note, comme le rappelait le cardinal Journet dans L'Église du Verbe Incarné, ne saurait rigoureusement souffrir aucune coupure sans par-là même montrer que l'Église catholique n'est pas d'Institution divine...?? Cher Mgr Viganò, mais à quoi donc servirait à un futur bon Pontife sur le Siège de Pierre de reprendre l'intégralité de la doctrine catholique, après l'apostasie de Vatican II dûment enregistrée dans les annales ecclésiastiques, puisqu'il aura été implacablement prouvé que l'Église a été doctrinalement subvertie une fois dans un concile universel, dans un cadre d'infaillibilité certain, et donc qu'elle a cessé théologiquement d'exister pendant tout ce très-long temps s'écoulant entre le moment dudit concile et le moment où un "saint pape" reprendrait l'intégralité de la bonne doctrine du salut ? Cela ne servirait à rien, convenez-en, sauf à fonder une nouvelle Église du Christ à partir dudit bon pape, une nouvelle fondation ecclésiale qui commencerait avec la reprise doctrinale en main que ferait ce nouveau Pontife romain doctrinalement pur de toute hérésie, ce qui est, il n'y a pas besoin de le préciser, théologiquement impossible.

        La solution avancée par Mgr Viganò est donc encore plus fausse que celle de Mgr Schneider.

        La note d'Apostolicité, qui relie entre elles sans hiatus chaque génération ecclésiale non seulement par la transmission du sacrement de l'Ordre et de la juridiction mais encore par celle de la doctrine apostolique (comme autant de maillons dans une chaîne ininterrompue qui part du Sein de la Trinité, passe par le Christ, puis s'émane dans le sein du premier Collège apostolique, pour s'épandre dans toutes les générations successives des successeurs des Apôtres, jusqu'à celle actuelle), cette note disais-je, serait en effet détruite, et tout le reste avec elle, avec la "solution" que propose Mgr Viganò. Le cardinal Journet, dans L'Église du Verbe Incarné, expose ainsi la question : "Qu'il y ait faille, et, qu'ensuite, une autre institution, apparemment identique, reprenne la place : il pourra sembler que rien n'est modifié ; en réalité, tout sera bouleversé, et cela d'ailleurs ne tardera pas à paraître. Certes, dans une pareille hypothèse, (…) l'institution qui prétendrait remplacer le corps apostolique et qu'une rupture en séparerait, étant une institution nouvelle, ne saurait être l'institution indéfectible fondée dans le monde par Jésus ; en conséquence, elle n'hériterait d'aucun des mystérieux privilèges attachés par Jésus au vrai corps apostolique ; elle n'aurait qu'une similitude du pouvoir d'ordre, qu'une similitude du pouvoir de juridiction, et qu'une apparence de pérennité. De ce point de vue, la nécessité de la succession ininterrompue du corps apostolique, se perçoit avec évidence. Sans elle en effet, le dernier anneau de la chaîne à laquelle est suspendue l'Église se briserait, l'apostolicité divine de l'Église s'effondrerait" (Essai de théologie spéculative, tome 1 : la Hiérarchie apostolique, ch. X).

        Voilà qui condamne et annihile radicalement la solution de Mgr Viganò, qu'il fait consister dans la conversion de l'Église moderne qui reprendrait la Tradition, qui reprendrait la saine doctrine anti-Liberté religieuse et la bonne Messe. Car gardons-nous bien de penser que la note d'Apostolicité a trait seulement à la succession hiérarchique, en vérité elle regarde autant celle doctrinale, comme le même auteur ne manque pas de le préciser un peu plus loin dans son Traité : "Les premiers apologistes ont regardé la preuve par l'Apostolicité comme un moyen permettant de découvrir en même temps où étaient la doctrine divine et la hiérarchie divine. Ils ont en quelque sorte fondu ensemble la question de la continuité de la doctrine (apostolicitas doctrinae) et la question de la continuité de la hiérarchie (apostolicitas hierarchiae). Et il est vrai que ces deux questions sont en réalité étroitement connexes, bien que l'esprit puisse les distinguer l'une de l'autre" (ibidem).

        Autrement dit, une hiérarchie ecclésiale qui aurait doctrinalement prévariqué une seule fois, dans un maillon de la chaîne apostolique, en rejetant en corps d'institution moralement un la doctrine des Apôtres, ne serait-ce que sur un point mais un point fondamental, n'est plus du tout, en droit théologique fondamental, et pour cette seule et suffisante raison, en possession de la note d'Apostolicité, même si elle continuerait à rester intacte du côté de l'apostolicitas hierarchiae, en transmettant sans changement la succession apostolique par le sacre et la juridiction (comme c'est très-exactement le cas de l'Église conciliaire). Et bien entendu, cette note une fois, et une SEULE fois, perdue, elle ne se récupère pas. Quand bien même l’église conciliaire déciderait, soixante ans après son rejet doctrinal coupable, de renouer avec l'apostolicitas doctrinae… Voilà le droit théologique fondamental qui annihile radicalement la "solution" de Mgr Viganò...

        Comme je le disais en commençant ces présentes lignes, on ne peut fuir "LA PASSION DE L'ÉGLISE", quand la Providence divine l'ordonne pour elle, ce qui est notre cas, qu'en empruntant les voies les plus absurdes et stupides. Malheureusement, et sûrement à son corps défendant et sans en prendre vraiment conscience, c'est la voie que suit présentement Mgr Viganò. Je note sans plaisir par exemple, dans ses réponses à Phil Lawler, une autre vue superficielle, fausse et spirituellement très-malsaine : "Vous me demandez : «Comment les Pères du Concile ont-ils tous pu être trompés ?» Je vous réponds en m’appuyant sur mon expérience de ces années-là et sur les paroles des confrères avec lesquels je me suis confronté. Personne n’aurait pu imaginer qu’au sein du corps ecclésial il y eût des forces hostiles si puissantes et organisées qu’elles pussent réussir à rejeter les schémas préparatoires parfaitement orthodoxes préparés par les cardinaux et les prélats d’une sûre fidélité vis-à-vis de l’Église, en les remplaçant par un conglomérat d’erreurs habilement déguisées dissimulés au sein de discours prolixes et volontairement équivoques. Personne ne pouvait croire que, sous les voûtes de la Basilique vaticane, on avait pu convoquer des états généraux qui décréteraient l’abdication de l’Église catholique et l’instauration de la Révolution (comme je l’ai rappelé dans un de mes écrits antérieurs, le cardinal Suenens a défini Vatican II comme «le 1789 de l’Église»). Les Pères conciliaires ont fait l’objet d’une tromperie spectaculaire, d’une fraude savamment perpétrée avec les moyens les plus subtils : ils se sont retrouvés en minorité dans les groupes linguistiques, exclus des réunions convoquées au dernier moment, poussés à donner leur «placet» quand on leur faisait croire que le Saint-Père le voulait ainsi. Et ce que les novateurs n’ont pas pu réaliser dans l’Aula Conciliaire, ils l’ont fait dans les Commissions et les Conseils, grâce à l’activisme des théologiens et des experts accrédités et acclamés par une puissante machine médiatique. Il y a une masse énorme d’études et de documents qui témoignent de cette intention systématique malveillante, d’une part, et de l’optimisme naïf ou de la négligence des bons d’autre part. L’activité du Cœtus Internationalis Patrum n’a réussi à faire que peu de chose, voire rien, lorsque les violations du règlement par les progressistes ont été ratifiées à la Table Sacrée".

        Une fois de plus, ce que dit Mgr Viganò ne répond pas du tout à la question à la fois spirituelle et théologique de fond, que voici : comment se fait-il que la "barrière immunologique" surnaturelle des Pères Enseignants de toute une génération ecclésiale donnée, ait pu être ainsi abaissée au point que le mysterium iniquitatis puisse subvertir ladite génération ecclésiale et lui faire commettre des actes d'hérésie magistériellement promulgués et sous couvert de l'infaillibilité ecclésiale, de par le mode ordinaire & universel ? Dire que le fait de la subversion a eu lieu, comme le fait Mgr Viganò, ne résout absolument rien du tout : ce qu'il faut expliquer, c'est POURQUOI, malgré la Présence toute-puissante du Saint-Esprit dans un concile universel, cette dite subversion a pu avoir la possibilité de triompher, POURQUOI le fait de la subversion a-t-il pu exister ?

        Or, qu'on veuille bien me détromper si je m'abuse, mais je crois bien que je suis le seul à avoir le courage de donner la bonne et vraie réponse dans tout le monde catholique : si la Foi de toute une génération ecclésiale de "membres enseignants" a pu être ainsi spectaculairement et dramatiquement subvertie à Vatican II, c'est parce que les Mœurs de nombreuses générations ecclésiales précédentes étaient déjà subverties depuis plus d'un siècle et demi, à partir du concordat napoléonien. C'est cette subversion des Mœurs qui s'est transvasée insensiblement et surtout occultement, sans que personne ne s'en rende compte, dans la Foi, jusqu'au point d'éclatement crucial et ultime de rupture où la subversion de la Foi par les mauvaises Mœurs ne pouvait que se manifester ad extra, à l'extérieur, après un long et invisible pourrissement ad intra, à l'intérieur de la Foi, comme je l'explique le plus à fond possible dans la grande trilogie d'un de mes derniers articles (cf. http://www.eglise-la-crise.fr/index.php/component/joomblog/post/les-moeurs-ecclesiales-concordataires-avec-les-etats-modernes-athees-sont-la-cause-premiere-de-la-crise-de-l-eglise-la-subversion-de-la-foi-a-vatican-ii-n-en-est-que-le-fruit-pourri-1?Itemid=483). Et c'est cela qu'enregistre et manifeste Vatican II : le déchirement brutal du voile, Vatican II fut le révélateur de cette lente corruption de la Foi ad intra par les mauvaises Mœurs ecclésiales adoptées dès le concordat napoléonien, puis tous ces concordats suivants contre-nature du XIXème siècle et du début du XXème siècle passés entre l'Église et des États post-révolutionnaires désormais tous constitutionnellement athées. Car l'Église reconnaissant, par la technique concordataire, la validité de ces sociétés politiques droitdel'hommistes d'essence satanique, ces "filles de Babylone"  (Louis Veuillot), ne pouvait qu'en adopter les mœurs mauvaises, tant il est vrai que si je ne vis pas comme je pense, je finirais tôt ou tard par penser comme je vis.

        La raison essentielle et principale de la subversion des "membres enseignants" à Vatican II ne réside donc absolument pas, comme l'imaginent d'une manière complotiste très-malsaine Mgr Viganò et tant d'autres esprits conservateurs avec lui, vivant leur Foi dans l'obscurantisme et l'inintelligence profonde des assises de "la crise de l'Église", dans des forces ténébreuses qui auraient soi-disant le pouvoir de subvertir naturellement l'Église (cette thèse, en effet, est parfaitement hérétique, en cela qu'elle donne en soi une force victorieuse aux puissances du mal pour renverser l'Église, comme si, ... ô blasphème !, Satan était plus fort que le Christ), c'est l'Église ELLE-MÊME qui a perverti ses Mœurs, par la pratique concordataire pontificale avec des sociétés politiques constitutionnellement athées, dont elle a été subséquemment obligée d'épouser les Mœurs athées. Vatican II a été la fin de cet écartèlement contre-nature entre la Foi et les Mœurs vécu depuis le concordat napoléonien pendant tout le XIXème siècle et le début du XXème, en faisant correspondre désormais les mauvaises mœurs avec... la mauvaise Foi (Liberté religieuse).

        On me dira sans doute que je ne fais là que reculer le problème de fond : si l'explication que je donne de la corruption de la Foi à Vatican II est vraie, et elle est vraie, c'est-à-dire s'il est vrai que ce sont les Mœurs mauvaises de l'Église adoptées par la pratique concordataire pontificale avec des États constitutionnellement athées qui ont fini par pervertir radicalement la Foi de l'Église à Vatican II, alors, comment est-il théologiquement possible que les Mœurs de l'Église aient pu être, elles aussi, elles les premières, perverties de par le Concordat napoléonien qui est LE VATICAN II DES MŒURS, puisqu'aussi bien, le charisme de l'infaillibilité est donné par le Christ à son Église autant pour les Mœurs que pour la Foi, l'Église étant en effet infaillible non pas seulement pour la Foi mais aussi, à parité, pour les Mœurs ?

        Voilà en effet une très-excellente question, et moi, avec le courage de la Foi, je vais donner la bonne réponse, je ne vais pas fuir, fuir "LA PASSION DE L'ÉGLISE". La réponse réside dans un adage antique : Jupiter commence par rendre fous ceux qu'Il veut perdre, quos vult perdere Jupiter dementat. Dieu met un voile d'aveuglement dans l'esprit des "membres enseignants" d'une génération ecclésiale donnée, qu'elle soit celle des Mœurs avec Pie VII ou celle de la Foi avec Paul VI, pour que, aveuglés, ils mettent l'Église qu'ils représentent, sans faute aucune de leur part (croyant même faire le mieux du mieux en faisant le pire du pire), dans l'économie de la Passion du Christ qui consiste essentiellement à "être fait péché pour le salut", par des actes magistériels matériellement mauvais. Ils sont ainsi "perdus", de Volonté divine (il ne s'agit pas bien sûr d'une perdition éternelle, mais d'une perdition temporelle, dans la figure du monde qui passe, comme celle du Christ perdu, abandonné par son Père sur la croix, et mourant). Parce que cette Heure fatidique décrétée par la Providence divine, dont a parlé le Christ lorsqu'Il eut à vivre et mourir sa Passion ("Voici l'heure et la puissance des ténèbres" ―         Lc XXII, 53), est venue, pour l'Épouse comme pour l'Époux. Et c'est pourquoi "Jupiter" aveugle l'esprit des "membres enseignants" de la génération ecclésiale prédestinée de toute Éternité à faire rentrer l'Église dans l'économie de la Passion : pour qu'elle soit "faite péché pour notre salut", ce qui est l'essence même de la Passion. Et depuis 1801 quant aux Mœurs et depuis 1965 quant aux Mœurs & à la Foi, nous vivons une Église "faite péché pour le salut". Et nous allons le vivre usque ad mortem, car une fois cloué sur le bois de la croix, le Christ "fait péché pour notre salut" ne fut pas décloué (... il n'y aura donc pas de bon pape reprenant la bonne doctrine, comme le voudrait Mgr Viganò, après le clouement doctrinal de l'Église à et par Vatican II...). Cette mort de l'Épouse du Christ dans son économie de salut actuelle, dite du Temps des nations et de Rome son centre, aura lieu dans et par le règne de l'Antéchrist-personne, tel qu'annoncé par les saintes Écritures infailliblement. Puis, enfin, viendront le Christ Jésus en Gloire et son Royaume glorieux...

        Je n'ai plus rien à dire, sauf ceci : Mgr Viganò et Mgr Schneider sont de bons et édifiants "lanceurs d'alerte", je les estime sincèrement et ai grand respect pour eux, car, en tant que prêtres du Seigneur, ils ont su faire humblement et publiquement machine arrière et tâcher, tant bien que mal, de reprendre le flambeau de la vraie Foi, à la face de toute l'Église, alors qu'ils étaient déjà propulsés très-loin dans les nuées modernistes par le tremplin de Vatican II. Réagir, même imparfaitement (comme je suis hélas obligé de le dire dans ce présent article, pas par plaisir, de Mgr Viganò, et il y aurait aussi beaucoup de choses à redire quant à Mgr Schneider), après cinquante ans de tromperie ecclésiale dont on est victime, est peut-être beaucoup plus méritoire aux Yeux du Seigneur que réagir aux lendemains même du concile moderne sans en être soi-même aucunement contaminé, ce qui fut le cas des premiers traditionalistes.

        Mais je dis qu'il faudrait qu'ils aient le courage maintenant d'aller jusqu'au bout de leur conversion, au bout de la Foi, qui leur révèlera que la "crise de l'Église" s'épèle "PASSION DE L'ÉGLISE", qu'elle est dernière, vraiment "la der des der", et de nature apocalyptique.

        Fasse le Ciel que mon présent écrit, rédigé ad aedificationem et non ad destructionem, leur vienne en aide.

        J'ai cité plus haut la Parole de Jésus, lorsqu'Il eut à embrasser sa propre et personnelle Passion, seul, sans aucun Apôtre ni disciple avec Lui, pour L'aider à le faire : "Que ce calice s'éloigne de Moi !", gémit-Il atrocement, seul, abominablement tout seul devant son Père, avec juste un Ange pour L'aider à ne pas en mourir... car il s'agissait, et Jésus en avait bien entendu une affreuse conscience, d'être "fait péché". C'était... "pour le salut" ? Certes !, certes !, mais il s'agissait bel et bien d'être FAIT PÉCHÉ pour cedit salut universel. Et c'était insupportable. La tension spirituelle de Jésus pour l'accepter, fut extrême, et normalement, sans l'aide de l'Ange, aurait dû Le faire mourir sur place, tout-de-suite, là, dans la grotte de Gethsémani, cette tension fut si forte qu'elle se transmit de l'âme au corps, à sa nature humaine parfaite de Fils de l'Homme, comme une onde de choc pire qu'un tsunami dévastateur, c'est elle qui est la cause de cette hématidrose, cette suée de sang qu'Il subit alors par éclatement général de tous les petits vaisseaux sanguins sous-cutanés...

        Combien tous, certes, nous avons envie d'en dire autant : oui, que le calice de la Passion de l'Église qui se montre devant nos yeux, s'éloigne de nous !

        Nous voulons tous vivre dans la gloire que donne la Vérité de la Religion, tous nous dirions bien volontiers comme la mère des apôtres Jacques et Jean, Donne-moi, Seigneur, un trône de gloire à ta droite et à ta gauche dans ton Royaume. Mais Jésus répond immédiatement, du tac au tac : "POUVEZ-VOUS BOIRE LA COUPE QUE JE VAIS BOIRE ?" C'est en effet la condition sine qua non pour avoir droit à ce trône de gloire. Et de nos jours, cela consiste à épouser "LA PASSION DE L'ÉGLISE".

        Saint Basile (330-379) a un bon commentaire sur ce qu'est cette fameuse coupe ou calice de la Passion, qu'Origène voyait comme une figure entière de la Passion : "«Que rendrai-je au Seigneur ?» (Ps CXV, 12). Non pas des sacrifices, ni des holocaustes, ni les observances du culte légal, mais ma vie elle-même tout entière. Et c'est pourquoi, dit le psalmiste, «j'élèverai la coupe du salut»    (v. 13). Le labeur qu'il a enduré dans les combats de sa dévotion filiale envers Dieu et la constance par laquelle, jusqu'à en mourir, il a résisté au péché, le psalmiste appelle cela sa coupe. C'est à propos de cette coupe que le Seigneur lui-même s'exprime dans les évangiles : «Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi» (Matth XXVI, 39). Et encore aux disciples : «Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?» Il voulait parler de cette mort qu'il voulait souffrir pour le salut du monde. C'est pourquoi, dit-il, «j'élèverai la coupe du salut», c'est-à-dire, je suis tendu de tout mon être, assoiffé, vers la consommation du martyre, au point que je tiens les tourments endurés dans les combats de l'amour filial pour un repos de l'âme et du corps, et non une souffrance. Moi-même donc, dit-il, je m'offrirai au Seigneur, comme un sacrifice et une oblation (…). Et je suis prêt à témoigner de ces promesses devant tout le peuple, car «je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple !» (v. 14)".

        Pour toute âme fidèle de nos jours, cette coupe ou calice consiste à ne pas FUIR, lorsque la réalité de la Passion se présente à nous, une Passion qui désormais, de nos jours, est... ecclésiale.

 

En la fête de Notre-Dame des Anges,

Ce 2 août 2020.

Vincent Morlier,

Écrivain catholique.

 

 

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02 août 2020, 15:58
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